ill V T.r I ■ * A < *SXy> r % • • rEgnes 7 ^ ntllWAIUIlT RTEOIEB CHEZ L'HOIKR LES AS1MABI > Ml GEOFFROY SAINT ■F l« SIDOliE MEMBRE DE L ? INSTITUT (ACADEME DES SCIENCES E|| f LBR ET INSPECTEUR GENERAL HONORAIRE DE L'lNSTRUCTION PUBLIQUE , PROFE3SEUR-ADMINISTRATEUR All MUSEUM D'HISTOIRE NATURELLE, MIOFESSEUR I»E ZOOLOG1E A LA FACULTE DES SCIENCE? DE PARIS, ASSOCII LIBRE DE i/ACADEMIE IMPERIALS DE MEDECINE , RESIDENT DE LA SOCIETE IMPERIALS D'ACCLIMATATION. 9 TOME DEUXIEME ♦v LIBRAIME DE VICTOR MASSON, PLACE DE 1/LXOLE-DE-MEDEClNEr IT. MDCCCLIX i* *1 S % * f* s y V ^ *4 - s V V \ \ / / / r 4 I <% I ; HISTOIRE NATURELLE GENERALE DES BJGNES OMANIQUES. TOME DEUXIEME. 1 J ■ ^m I Hi I I PARIS IMPRIMERIE DE L. MARTINET, RUE MIGNON, 2. » ■*-- HISTOIRE NATlffiELLE uo GENERALE DES REGNES ORGANIQUES > " PRINCIPALEMENT KTODIEE CHEZ L'HOMIIE ET LES MIIAOX, VM M.I SID0R1 GEOFFROY SAIIVT-H1LA1RE ■ MEMBRE DE L'lNSTITUT (ACADEMIE DES SCIENCES), CONSEILLER ET INSPECTEUR GENERAL HONORAIRE DE L'lNSTRUCTION PUBLIQUE , PROFESSEUR-ADMINISTRATEUR AU MUSEUM D'HISTOIRE NATURELLE, PROFESSEUR DE ZOOLOGIE A LA FACULTE DES SCIENCES DE PARIS, ASSOCIE LIBRE DE L'ACADEMIE IMPERIALE DE MEDECINE , PRESIDENT DE LA SOCIETE IMPERIALE D'ACCLIMATATJON, 5 TOME DEUXIEME. PARIS LIBRAIRIE DE VICTOR MASSON, PLACE DE L'ECOLE-DE-MEDECiNE, 17. MDCCGLIX L'auleur et l'editeur se reservent le droit de traduction ^^ " - « . marry soane./see » HISTOIRE NATURELLE GENERALE DES REGNES ORGANIQUES \S\S v, \/\/\ \s\/\s SECONDE PARTIE. MOTIONS BIOLOGIQUES FOATOAlflES fTAEES Les questions qui vont etre examinees dans cette scconde paiiie sont , de toutes , celles qui ont eie le plus les naluralistes. Vraiment fonda- sou vent tr mentales (i par dire, telles que solution r partie cello de r ont leur place necessairemcnt marquee en A de bi de toutes les voies de De la, dans les ouvrages eux-memes qui n'embrassent qu'une dcs divisions de la zoologie ou de la botanique, ces generalites qui precedent et eclairent l'expose des faits particuliers, soit qu'on y discute rapidement les questions que nous allons aborder a notre tour, soit qu'on suppose V. (1) Voyez t. I, Division de I'ouvrage, p. xxi ii. 1 .) . I 2 NOTIONS BIOLOGIZES FONDAMENT ALES lcs solutions prealablement obtenues, et qu'on so borne a * lcs resumer dans des definitions plus ou moins precises. C'est ainsi que precedent les auteurs de tous lcs livres bien faits sur une ou plusieurs branches de l'Histoire naturelle, et s'il existc des exceptions, c'est qu'on a sous- entendu ces niemes solutions , en v recourant commc a des vcrites universellement connucs et acceptees. Ccux qui ont ainsi abrege le travail, oni cm la science beaucoup plus avancee qu'elle ne 1'est. Trop souvent, ou ils se flattaient d'avoir obtenu une solution, le problcmc ou ils marc compJefement pose; et le k confiancc a la suite de leurs pi ' 1 ' cesseurs , ne leur avait paru aplani que parce ([u'lis se tenaient trop loin des obstacles pour les apercevoir, a plus forte raison, pour les rencontrer. Voila ou en sont encore plusieurs de ces notions foil - dont on se croyait deja maitre il } ; pi pour discuter des f qu'on a souvent trancliecs pages. Bten des effoi saires pour jeter un de sur tel point s tenait pour eclairc des vives lueurs de 1'evidence : sur te autre, nous n'aurons reussi qu'a eteindre de fausse lurnieres qui ne pouvaient qu'eblouir et egarer. En realite, ici memc, tout est a revoir ; tout, depuis rancienne et celebre division des rcgnes de la nature, jusqu'a la notion fondamentale entre toutes, cellc de Fespece organique ; et c'est ;\ partir de sa base qu'il faut reprendre i' edifice de la science, fallut-il en renverser une partie pour consolider le reste. ■ " ■ \f\S\j\r •»A/\A/WVV . WW VVVV V*v/ V\/ V VV \/ \.,\^\/WV/ SOMMATRE. r I. Etat de la question. — II. Division des corps naturels, selon Arisiote, et scion lcs auteurs peripateticiens de la renaissance scienlifique. — III, Doctrine des Alchi- mistes. Division ternairc de la nature. — IV. Origine du mot regne. Les trois regncs des Alchimistes. — V. Les trois regnes de Koenig-, de Linne etdes autres naturalistes des xvir et-xvur siecles. I. LIVRE PREMIER. DES REGNES ORGANIQUES. CHAPITRE NOTIONS HISTORIQUES SUR LES REGNES DE LA NATURE, ET PRINC1PALEMENT SDR LES TROIS REGNES DES ALCHIMISTES (1). Les naturalistes ont enresistrc avee soin l'origine et la & date de l'etablissement dans la science de chacune des classes animales et vegetales, de chacun des ordres, des families, des genres dans lesquels elles se divisent et se subdivlsent. lis ne se sont pas arretes la. A cote des noms des especes, ils n'ont pas manque d'inscrire ceux des auteurs qui lcs ont fait cormaitre, classees et denom- mces ; et les plus humbles progres de la science ont eu (1) Les quatre premieres sections de ce chapitre ont ete lues a TAca- demie des sciences, dans sa seance du 6 novembre 185Zi. Un extrait a ete insere dans les Comptes rendus des seances ae I'Academie, t. XXXIX, p. 861. . i i : » ■ 7 T ~ •» - M 4 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. 1 CHAP. I. ainsi leurs hisloriens , empresses d'en tenir note et d'en conserver fidelement le souvenir. fait pour 3rniers details de la zoologie et de la botani faire pour la conception generate qui embrasse a la fois ius les corps naturelsPOn s'en ctonnera peut-etre, et je 1'etonne moi-meme cl'avoir a le dire : Ces memes natu- ilistes qui savent si bien l'histoire du dernier genre, de 5 mousses, d'insectes ou de polypes, derniere espece d de de la premiere et de la plus h nature; de dw royaumes que la pbilosopt celebre en regnes ou i poesie elle-meme ont eree aussi bien que la science, et que l'usage nous a rendue a tous si familiere. Qui a etabli ces vastes groupes place d d pi toutes les classifi point de ie unanime au sommet de A quelle epoque? A quel Quelle est l'origine de ce mot regn e le sont, chose Autant de questions encore irresolues , et qui b non parce qu'on n'a pu resoudre, mais parce qu'aucun des naturalistes modernes n'a meme songe a les poser; aucun, san.s excepter Cuvier dans son ouvrage classique sur le Regne animal, De Candolle dans son grand Prodromus regni vegetabilis, et tous eeux qui, dans notre siecle, avant ces maitres illustres ou a leur exemple, ont inscrit le mot Regne au frontispice de leurs livres, l'employant partout, san s l'ex- pliquer nulle part (1 + * (1) Daubenton estle seul qui ait signale cette lacunc dans nos con- naissances, et il n'a pas essaye de la remplir. Voyez Seances des Ecol normales, Paris, in-8, 1800, t. T, p. ft'26. es ■ ■ I I f. ■ * ■ REGNES DE LA NATURE. 5 / Au defaut des livres modernes, tous muets sur ces questions, j'ai interroge, sans plus de succes, ceux de Linne, puis ceux^de ses predecesseurs immediats et de ses premiers devanciers; et c'est ainsi que remontant * d'epoque en epoque jusqu'a la source, j'ai fini par la ren- contrer ou j'etais d'abord loin de la chercher : dans ces * conceptions mystiques des alchimistes du moyen age et de la renaissance, dans cette philosophie hermetique, ou les chimistes trouvent les origines de leur science, ou sont aussi, sur plus de points qu'on ne l'imagine, celles de la notre. C'est ce que je vais montrer par un premier exemple, en restituant aux alchimistes la eelebre division des corps nature! s en trois groupes principaux, et l'ap- plication a chacun de ces groupes du nom qu'on lui donne encore et qu'on lui donnera sans doute tou- jours; par consequent, la conception tout entiere des trois regnes de la nature, telle qu'elle a ete si longtemps et si generalement admise. II. La division ternaire des corps naturels date de si loin dans la science qu'elle peut sembler y avoir existe de tout temps. Selon quelques auteurs, elle remonterait en effet jusqu'a l'origine de l'Histoire naturelle ; plus haut encore, jusqu'aux premieres impressions produites sur l'esprit de l'homme par la vue de ces trois formes si distinctes de p/e/re, la plante Malheureusement pou opin *\ 6 MOTIONS FONDAMENTALES, UV. I, CHAP. 1. purem on t conj ecti 1 rales , title millc de ces premieres impr tin celebre zootomiste (\ apt tout reccmment L'homme n'a pas seulement distingue de bonne s'est aussi, et avant tout, pierre, la plante, Yanin distingue lui-meme. La i primitivement admise, a done ete quaternaire, i make. Et si, au-dcssus de eette division quater des une bientot se celle-ci point I * ^and naturaliste de 1'antiquite (2 6 on, eomme nous dinons aujourd'hui, les corps organiques et vivants el corps po Arist ippel pnncipe pe ses expressions memes, « la 3). »Etce qui dis- tingue Fetre anime de Fetre inanime, e'est qu'il vit (Zi), soit qu'il n'ait, eomme la plante, que Ydme nutritive (5), soit qu'il posscde aussi, eomme l'animal, les faeultes de (1) M. Straus-Durckheim, Theologie de la nature, 1852, 1. 1, p. 36. (2) De Anima, lib. II. Voyez Blainville et Maupied, Histoire des sciences de V organi- sation, 1 8Zi 5 , t. I, p. 222 et 248. C'est par erreur que les savants auteurs de ce livre ont substitue aux mot sV-Au-/// et a|uxa, qu'emploie toujours Aristote, deux mots dont aucun auteur ne s'est servi, du moins dans ce sens, . et aA'j/ja. (3) Traduction de M. Barthelemy Saint-Hilaire, 1846, p. 32. (4) To c-?jv. Voyez Lib. II, cap. it. (5) Resume des vues d' Aristote, par M. Bartiieeemy Saint- Hilaire, loc. cit., Preface, p. xvni. KEGNES DE LA NATURE 7 sentir et dc se mouvoir, ou, en outre, eommc l'hormnc, 1' intelligence. Telle est, sur les differences les plus generates des etres, la conception d'Aristote, presentee pcut-elrc par son auteur d'une manicre trop concise, et basee sur des arguments que Ton peut juger trop exclusivenient mcta- physiques. Mais, apres Aristote, viennent ses disciples et ses commentateurs, et ce qu'il avail pn laisser mi pen dans Tombre, ceux-ci le mcttent en lumicre, rcprodui- sani et developpant tour a tour ses vues sous des formes varices, depuis 1'antiquite jusqu'a ia renaissance de l'His- toire naturellc; depuis les philosoplics du Lycee et du Musee jusqu'aux ecrivains encyclopediques du moyen les. Ici, n e s age, jusqu'aux auteurs du xvi e et du xv comme partout, durant ce long regne du pcripatctisme dont l'esprit moderne eut taut de peine a s'affranchir, 1c porte jusqu'a la fklelite Ai respect du maitre est souvent presque servile, jusqu'a la rep aussi bien que de sa pensee. lui-meme dans ceux qui s'inspirent de lui : par cxemple, dans Hermolaus Barbarus, lorsqu'en 1553, il oppose aux etres inanimes, inanimi (1), les etres animes, ani- mantes, ou les plantes, les brutes et l'homme ; dans Freigius, lorsqu'en 1576, il reproduit les memes divi- sions sous les noms de corpus inanimatum et animatum, les memes subdivisions sous ceux de vegetans , sentiens irrationale et sentiens rationale ; dans Christofle de Savi- gny, lorsqu'en 1587, il fait des corps composes deux (1) Ou res inanimcBk w^mm ^^^^mimm^m 8 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. f CHAP. I. oupes, d une part, les inanimes et br ■fi Pi les animaux subdivises en bestes et hommes; enfin (pour prendre aussi des exemples parmi les auleurs du siecle suivant) , dans 1632, il distin hoinme et dans pi les animaux et lorsque, vers la meme epoque, il pariage successivement les mixtes parfaits en deux groupes principaux, les uns sans time et sans vie, les autres animes et vivants, et ceux-ci, en insensibles Pi Dmme les animaux qui ables, comme l'homme « seul, les autres irraisonnables, comme les betes (1). » (1) Voyez : Hermolaus Barbarus, Compendium scientice naturalis, Pans, in-4, 1553; Lib.V, De anima, feuillet 36. — Nul auleur ne s'est exprime, a cet egard, d'une maniere a la fois plus claire et plus concise: « Omne quod animam habet, dit Barbarus, aut vegetatione » sola vivit; autsensum adjungit, ut bruta ; aut rationem adhibet, ut » homo. » Et plus bas : « In plantis, sola est vegetatio; in Us vero » qua; sensu moventur, et vegetatio, et sensio cernitur ; at homini et " m 9 et atio , et sensio, et intellects est attributa. » Freigius, Qucestiones physical, Bale, in-12, 1579. Cetauteurajoute, comme subdivision, un groupe U^tcv, qu'il place parmi les animaux,' comme faisant le passage de ceux-ci aux vegetaux. Void une partie du tableau synoptique dans lequel Freigius resume ses vues : Corpus animatum vegetans, ut stirpes sentiens, ut animal r I'CstdGOUTOV verum ) irrationale ( rationale (homo) SAVIGNY, Tableaux accomplis de tons les arts liberaux, Paris, 1587, et 2« edit., 1619. (Voyez sur ce curieux ouvrage, t. I, p. 18 .) Du Pleix, Physique ou science des choses naturelles. Voyez Liv. I, (hap. vn. Je cite cet ouvrage de preference a beaucoup d'autres, a cause de Festime dont il a joui au xvn' siecle, et qu'attestent les nom- BEGNES DE LA NATURE. 9 Apres ces aulcars, apres tons mix qui, eomme cux, out ue! lenient rcprodnit cede meme division binairc et ecs memes subdivisions , vicndrait la fonle de ecux qui les out plus on moins vagucment admiscs et uecs; ceux-ci en si grand nombre, que ce qui est de de modei des siecles, la plus generalemcnt accept represcntant, sur ce point, ce qu'on pout appeler la doc- trine classique, a cote de systemes plus nouveaux, mais non plus rationnels. Si bien que les naturalistes qui , aux xvm e et xix e siecles, ont cru innover en proposant ce qu'ils out appele les regnes organique et inorganique, ne propo- saient, en realite, qu'un retour a une idee aussi anciennc que la science elle-meme, ou elle avait domine pendant vinot siecles. III. Les alchimistcs ont ete, cux aussi, sur beaucoup de points, les disciples d'Aristote ; sur d'autres, sur un grand nombre, leurs systemes, ou, comme ils se plai- saient a 1 'appeler, leur philosophie naturelle (1) etait entierement opposeeala doctrine pcripateticienne. ■ breuses editions qu'on en a publiees de 1602 a 161x0. 11 pent done etfe prispour un des meilleurs representants des doctrines alors rep antes. J. Jonston, Tkaumatographia naturalise Amsterdam, in-18, 1G32. (1) Philosophia naturalis. D'oii le nom de philosopher, si longtemps doune aux alchimistes ; d'oti aussi pierre philosophale, lapis philoso* phorum ou sapientiwrn II. 1. JO NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I CHAP. 1 Nous sommcs ici sur un de s de div point de corp 1'activile vitale cstpartout, dans chaque ctre en parliculier comme dans la nature entiere. Les mineraux eux-memes ont, disaient-ils, une vie obseure, imparfaite, seulement essentielle, et non vegetative, ni sensitive ; on ne saurait i la refuser aux pierres les plus grossieres, a plus forte raison, aux metaux. C'est la un des fondements de la doctrine des alchimistes, qui, du reste, ne sont ni les inventeurs de cette erreur, aussi ancienne que la philo- sophic , ni les seuls qui l'aient adoptee et soutenue clans les temps modernes.Tournefort lui-meme a cru a la nais- sance, a la vie, a la generation des mineraux, temoin son Memoire, plus curieux que digne de fori, sur le Laby- rinthe de Candie et les stalactites d'Antiparos (1). A ce point de vue disparait la distinction fondamentale d'Aristote. Les mineraux ne constituent plus un groupe a et doues de vie ; ils prennent place dans la serie que composent ceux-ci, premier terme caracterise seulement par une vie moins active, par un plus petit nombre de facultes, et ne differant part, oppose aux etres organises (1) Dans les Memoir es de VAcademie des sciences, 1702, p. 217. Voyez aussi dans VHistoire de VAcademie, p. Zi9 et suiv., le re- sume des vues de Tournefort sur la reproduction des mineraux par semences et leur accroissement par vegetation. Au commencement du xvih? siecle, ces vues trouvaient encore faveur parmi les savants, et jusque dans FAcademie elle-meme. Dans le notre meme, on a parle de la vie, moins intense seulement, des mineraux. Voyez Gaede, De la force vitale consider ee comme unique dans tons les corps de la nature, dans les Annales des sciences physiques deBruxelles, t. VI, p. 365, 1820. — Surun, Nouvel apergu philosophique sur I'histoire de la vie, Paris, in-8, 1820.— Et plusieurs autrcs auteurs. w REGNES DE LA NATURE. 11 ainsi des vegetaux que eommc les vegetaux different des ■ animaux; echelle unique dont les mineraux oecupent l'echelon le plus bas. Les alchimistes n'ont done point dit, et ils ne pouvaient pas dire : Les etres inanimes et animes ; ils ont dit : Les mineraux, les vegetaux, les animaux ; les trois genres, les trois families de mixtes, et, plus tard, les trois regnes. Toute ecole , toute secte a ses dissidents. Plusieurs alchimistes aux roupes din aii admis, les corps celestes separes des terrestres, ou les uns distingues des mineraux ord ent l'homme des animaux, animaux, ou s'ecartent, par d'autres combinaisons, de la division ternaire. Mais ce ne sont la que des exceptions, et celle-ci est la regie tres pouvait ptee. l'eut-elle pas ete? Quell plus con forme a l'espr dominait inspirant a la foi de Pylhagore et de la theologie chretienne, a des des br le septenaire epoques d chimie adeptes des idees les plus repandues p Le vpten des mt Genese; d'ou les sept planet de la *. les pt pt pt part de l'homme, les sept saveurs, les de musique (1 ) . Le par dans la creation materielle, dev ■i (1) Ou encore les sept etres radicaux, les sept etres crees, comme on pcut le voir dans un curieux ouvrage de Davisson , traduit par 12 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. I. b pi fort empl par consequent aussi, trois natures en une ; % -* * mm d points dc vue dans l'ensemblc ha de la nature, trois formes principals: d'ou ception de trois elements, substitute par principes. chimiq ris genres de mi efforts, a si longtemp 2 des egnes fi Paris, in-12, 1651; voyez p. 212 et suiv. Voyez aussi la Revelation des mysteres des teintures essentielles des metaux, Iraduite de Fallemand en francais, en 1645, par Israel. (1) Lc sel, le soufre et le mercure. (2) Sans parler de plusieurs autres conceptions analogues; par exemple, de la triple nature de la pierre philosophale, essentieilement vegetale et animale en meme temps que minerale, ainsi que l'expli- quent tous les alchimist'es; ou encore, des trois regions sur-cekste, celeste et sous-celeste, triple division du monde universel, disent Espagnet, Enchiridion physicce restitute, Paris, in-12,1623, p. 6, et Rociias, Physique demonstrative, Paris, in-12, 1642, liv, II, p. 2. « Les a trois families de la nature, dit plus bas ce dernier (p. 54), puisqu'en » general et en partieulier tout est compose de ces trois principes » sensuels (le sel, le soufre et le mercure), comme une espece de petite » trinite visible et materielle. » Crollius? dans la preface de sa dissertation De signaturis, ordi- nairement imprimee a la suite de sa celebre Basilica chymica, a une autre tri-unitas : Dieu, les anges et la machine visible ; trois mondes, dit-il, en un univers : « Tres mundi, et hi tres unum sunt universum. » On lit aussi dans la Praxis de Jean Crasseus ou Chortalas&eus artifi vers 1600, insere dans le Theatrum chemicum, t. VI, 1661 (vovezp. 339 et 340), et reproduit dans la Bibliotheca chemica curiosa de Manget, t. II, 1702 (p. 603) : « Tria sunt... corpus, anima et spiritus. Aut » cceleste, terrenum etaquosum. Sal, sulphur etmercurius... tria tarn en REGNES DE LA. NATURE. " * 13 cux-memes ternairement subdivises (1). non qui Telles sont les mystiques doctrines repandues, pe une longuc suite de sieeles, parmi les alchimistes; sans doutc parmi les vulgaires chercheurs d'or; mais parmi les philosophes hermetiqiies, veritables philosopkes de la nature, dans le sens modcrnc dc ces mots, et tellement que plus d'un disciple de Sehelling semble proceder tout autant de Basile Valentin et de Paracelse que de son illustre maitrc (2). » unum... ajoute l'auteur, sicut in Deo Paler, Filius et Spiritus » sanctus. » Selon Grasseus, tout ce qui doit subsister [subsistentiam habere), doit « ex una re oriri, in tria dividi, et haic tria in unum » rursus componi.» Ce curieux ecrit renferme, commeon le voit, une veritable theorie de la tri-unite. Voyez encore, pour des vues analogues, et, en general, sur le nombre ternaire et son excellence [excellentia ternarii) : Dorneus, Clavis totius philosophies chernisticce , et De natura lucis philosophies, ou- vragestres estlmes a la fin du xvi e sieele; tons deux reimprimes dans le Theatr. chem., t. I, Strasbourg, 1659. — P. J. Fabre, lettre dedi- cate) ire placee en tete du Currus triumphalis antimonii de Basile Valentin, edit, in-12 de Toulous?, 1656. — Davissoke et Hellot, loc. cit., p. 211 et 615. — Becuer, Physica subterra?iea, Francfort, in-12, 1669, et Tripus hermeticus fatidicus, Francfort, in-12, 1689; chacun de ces ouvrages avec un curieux et bizarre Schema totius globi terr-aqua-aerei. — Et une foule d'autres auteurs. Ces citations mettront le lecteur k meme de se convaincre que j'ai fidelement interprets les vues generates des alchimistes, vues dont la division ternaire derivait comme une consequence presque necessaire. (1) Voyez surtout Dorneus, Clavis phil. chem., dans le Theat. chem., loc. cit., p. 201 a 206.— Grasseus Chortalass^eus, loc. cit.; Theatr., p. 303, et Bibl. chem., p. 589 : « Triplicia miner alia, dit-il..., majora{metalla)... ; media (marcassitce}... ; minora (salia). (2) Sur Schelling et son ecole, voyez t. I, p. 293 et suiv. On a vu (p. 9) que les alchimistes donnaient a !eur science le nom de Philosophia naturalis, presque identique aveceelui que Tecole allemande a rendu si celebre : N a tur philosophic. li NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. I. De la, sans mil doute, la division ternaire de la nature ; bien plus metaphysique et theologique, comme on le voit, que puisee dans l'observation. C'est sous l'influence de que 1'homme a cesse d cuper, dans l'echelle ascendante des distinct , dessus d des vegetaux , des animaux. Les alchimistes l'ont fait po la pi redescendre parmi ceux-ci; lui qui, pourtant, repetait et representait a un autre point de vue, selon eux, la terre, le , / llaisil leurfallait trots genres principaux de mixtes ; ni plus ni moins , non plura nee pauciora (2); afin qu'ils pussent dire a un titre de plus : La creation est a l'imagedu Createur ; il y a trois mondes, et ces trois mondes ne sontqu'un (3 IV. Les alchimistes n'ont pas seulement transmis aux natu- ralistes la division ternaire : d'eux aussi nous sont venus ces noms de regnes on royaumes mineral, vegetal, ani- (1) En un mot, le microcosme. Omnia in se mineralia habet (homo), clil, entre autres alchimistes, Paragelse, Opera omnia, edit. in-foL, Geneva?, 1669, t. I, p. 420. In homine omnia astra sunt...; Mundus omnis in homine conside- randus, dit-il encore, ibid., p. 235, 236 et 814. (2) Expressions du pere Kagbes, dans sa dissertation : Quid sit lapis philosophorum? Dissertation qui fait parlie du Mundus subter- raneus, et qui est reproduite dans la Bib. chem. cur. de Manget. Voyez t. I, p 55. (3) Et hi tres unum sunt uniuersum. (Crollius, loc. cit.) REGNES DE LA NATURE. 45 wo/, sous lesquels on designe si generalement , et clans le langage vulgaire aussi bien que dans la languc scientifique , les groupes principaux dcs corps na- turels. On pourrait croire que l'application du mot regne a ees trois groupes a du suivre de tres pres leur distinction. Les alchimistes de toutes les epoques qui appelaient le soleil \eroidesastres, faisaient aussi de l'orle roi des me- taux ou des mineraux, d'ou le nom d'eau legale ou royale, donn.e, des qu'il fut connu, au dissolvant du metal royal. Etils nese sont pas arretes la. Apres le roi des metaux, rex, ils ont place, plus tard, il est vrai, plusieurs regules oupetits rois, reguli. lis ont fait aussi de l'homme le roi des animaux, ct soumis les vegetaux au sceptre du grand vegetable, c'est-a-dire de la vigne, ou pour tra- duire plus exactement, du vin. Voila done les trois rois de la nature (1), et il etait inevitable qu'on en vint a dire aussi les trois regnes ou royaumes. Mais cette conception bizarre des trois rois et des trois royaumes ne s'est completec que peu a pen, et seulement dans les temps modernes. Longtemps apres l'etablissement dela division ternaire, on disait, non les trois regnes, mais les trois parties principales du monde physique, les trois : (1) Les alchimistes etaient d'ailleurs loin d'etre les seuls chez les- quels eussent cours de telles idees. Voyez, dans un curieux ouvrage intitule Historia de los animates, par Velez , Madrid, 1613, le resume des idees de ce temps sur les quatre rois des animaux : le lion, roi des quadrupedes (pour d'autres auteurs, roi des animaux) ; 1'aigle, roi des oiseaux; le basilic, roi des serpents, et le roi des abeilles. 16 NOTIONS FONDAMENTAL'liS, L1V. ], CHAP. 1. grands genres dcs mixtes (1), les trois families do In nature (2). fo A la ill us h croire les philosophes hermetiqucs qu'ils out donnec de leur pi ^ fa mouse I ceuvre pretendue du faisaicnt tin roi d'Eg Hermes contemporain de IS s fois grand, etait a Her- d'anres la Table, narce qu'il possedait les trois parties de la philosophie du mc dcs commcntateurs vegetate et animate ph lire, scion la plupart naturelle mineraie, irnaire de la nature. qui, d'apres 1'origine que je viens de lui assignor, doit be y .-; . (1) Tria summa ou principalia genera mixtorum ou rerum, disent la plupart des auteurs; tria genera generalissima, disent quelques autres. (2) Ou encore les trois mixtions i « mixtiones animalis, vegetabilis, mineralis, » comme (lit encore Beciier, en 1669, dans sa Physica subterranea, deja eitee. Vingt ans plus tard, au contraire, il emploie le mot Regnum. « Trict » principalia mixta, nempe tria regna^ » dit-il, Trip, herm.fat., p. 105. (3) « Vocatus sum Hermes trismegistns, habens tres partes philoso- phies, a Je cite ici la Tabula smaragdina, d'apres la Bibl. chem. curioba de Manget, t. I, p. 389. La meme phrase se retrouve, avec des variantes, dans les nombreuses reproductions que les alchimistes ont faites de la Table d'emeraude. (Zi) Expressions de Bernard le Trevisan, dans la premiere partie du Livre de la philosophie naturelle. • - &*: I ^^^^^»^M| REGNES DE LA NATURE. tural dans i' interpretation adn M les eommenta- temps ce qu'il faut penser de d Her comme le premier , qu'un personnage Table d'emeraude une de ees oeffcvres apoeryph iix, et la s & et destin a ntiquite Les e< es nombre de a Ini don \lexandi le prestige d'une plus haute du in oven age, et meme de la renaissance, ressemblent trop souvent a la Table d'emeraude Dar l'obscurite calculee de tyle, et pr < fois aux suppositions les plus contraires . Mais ici , du ins, le doute ne porte pas sur la division ternaire. Soit elle fut venue d'Alexandrie en Europe par l'interme- e des Arabes, soit qu'elle eut pris naissance dans les ecoles du moyen age (questions irresolues, et peut lublftsV on la trnnvft clairement enoncee par une multitude d'auteurs, dont qu Animatum ralia aient dit quelques rabbins (1) ; Mine getabilia, animalia , disent les alchimistes uoms (2\ et aussi ordre, qu'adoptent la plup I (1) Voyez Kuiegsmann, Commentariolus interpres Tabulw Hermetis smaragdince (sans indication de date ni de lieu, maisecrit vers le milieu du xvn e siecle), reproduit dans la Bibl. chem. cur. de Manget, t. I, ■ p. 381 et suiv. (2) Dans plusieurs ouvrages alchimiques, on trouve metalla (dans un sens general) au lieu de rnineralia. Dans d'autres , par exemple dans les Seer eta Alchimice magnalia, attribues a Saint Thomas d'Aquin, Cologne, 1579, p. 14, et Leyde, 1603, p. 16, on substitue plantce a vegetabilia, animantia a animalia. Mais ce sont la de rares exceptions. Les mots rnineralia, vegetabilia, animalia, etaient telle- II. ^m "N 18 NOTIONS PONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. 1. eonsaere do plus on plus l'assentiment cles alchimisles depuis Basile Valentin (1) jusqu'aux auteurs dti du xvii e sieele. Cost dans eelui-ei trots families commoncent: a proudi miques francais ® ailemaiids , le xvi e el ( cm ds gen i les / dans les livres alchi >ni do Reqnes de I; prelude a cette conceptioi ■ egna. On dira peut-etre que Paraoelse avaifc ap oomme XVI sieele, Vlais il v a loin de 'oya pi s dure, des !e de I'homme. nception dos ; Paraoelse o! onfc du etre au ns, a plus forte raison chez ses predeces- \ la verite, on pent supposer que les tria regna que < de ees innombrables mistes se passaient de les tins , tou jours pas e; les ■ ment consacres par l'usage, que les alchimisles croyaient devoir s'en servir alors meme qu'ilsecrivaient dansleurs langues. C'estainsi qiruii a fait passer res mots, a l'aide d'une legere modification terminale, jusque dans les idiomes qui se pretaient le moinsa les recevoir. Mini rahen, Vegetabilien, Animalien, disaient les alchimisles allemands. Le premier de ces mots latins germanises est le seul qui ait subsists (1) Basile \alentin admet, dans plusieurs passages, la division ternaire ; dans d'autres, il semble ne pas la connaitr* Les mysterieux ecrils qu'on attribue au moine d'Erfurt sont-ils tons de la meme main? 11 y a lieu, pour le moins, d'en douter. (2) Pourquoi I'homme, se demande Paracelse, a-t-il ete ctee apres tous les autres etres? Parce que le roi ne devait venir qu'apres le oyaume? « Jus natures est ut regrmm rege prim est. » (Loc. cil. t. I, p. 360.) famula •ft \ REGNES DE LA MATURE. I 9 mitres, venus jusqu'a nous, mais des longlemps oublies sur les plus hauls rayons des bibliotheques. A 1'egan de ces ecrits, par cela meme qu'on ne sait rien, toutes te§ conjectures sont permises. Ce que je dirai seule- 4 ment, e'est que rien, a ma connaissance , ne les jus- fifie, el qu'on a, an contraire, plus d'un motif de s'y refuser. Le premier alchimiste chez lequelje trouve, et encore u'est-ce que partiellement, les Regnes de la nature, c'est lc president d'Espagnet, auteur anonyme, en 1623, de deux ouvrages tres renommes en leur temps, Y Enchiri- dion physicoB restitute et Y Arcanum philosophies herme- ticce opus (I). Dans Y Arcanum , l'aiiteur mentionne ■ ''xpresscment Tun des regnes, liegnum metallorum, ■ mais dans un seul passage (2), sans s'y arreter, et non sans se contredire lui-meme ; car il reproduit ailleurs, a plusieurs reprises, en leur donnant une autre valeur, les mots regnum et imperium naturce(2>) : termes nouveaux dans l'emploi desquels il semble se complaire, mais sans y attacher encore un sens fixe et precis. Si bien que Ton assiste, pour ainsi dire, dans les ouvrages d'Espagnet, a la naissance de cette conception des regnes de la nature, \ (1) Ces deux ouvrages, qu'on trouve ordipairement reunis en un volume in-12, ont ete plusieurs fois reimprimes. On les trouve aussi dans la Bibl. chem. cur. de Manget, t. II. V Arcanum 9 ce livre ecrit, disaient les alchimistes, de la main d'un yrand mattre (Voyez DufresiNOY, Histoire de la philosopjtie herme- tique, t. L p. 389), a ete souvent attriluie au Chevalier imperial- Voyez plus bas. (2) Arcanum, § 111. (3) Et aussi Jiepnnm elementary. Voyez V Enchiridion , §CL1X. HI 20 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. I. destinee a jouir bientot d'une si grande faveur parmi bien que parmi les alchimi Cette 1 d'Esp ption celebre est-elle, en effet, l'muvre compatriote ne faisait que reproduce les idees de quelque predecesse peut-etre du mysterieux alchimiste connu sous le nom du Chevalier imperial (2" ? Est en d d'origine francaise ou allemande ? Toujours est-il qu termes , Allema apres le president d'Espagnet, repar dans les ecrits, oublies, d'Andre Krebs et France, dans les ouvrages de Collesson (4). Pour Krebs ijourd'hui de Casander (3) pletement puis en pour Casander qui Collesson, il y a trois regnes, c'est-a-du sont trop nouveaux pour que pas a pas, comme pour car ces mots ie disnensenf de les expliquer avant de s'en servir), les trois ft (1) 11 est a remarquer que le mot regnum, la premiere fois que l'emploie Espagnel (Enchirid. , § LXXX1II), est oppose au mot tyrannis, plut6t en maniere de jeu de mots que dans un sens scientifique. L'auleur dit, en parlant du feu : « Verum tyrannidem eocercet ilk plerumque in regn o naturw. » (2) Auteur du Miroir des alchimi stes , 1609.— Voyez p. 19, note 1. (3) Krebs, OratAo continens causas cur principes et omnes veram sapientiam ambientes philosophiam magnifacere debeant; discours (non publie?) cite et en partie reproduit par Casander dans l'ouvragp ci-apres indique. — fort, 1630. Frederic Casander, Natura loquax , in-12, Franc- W uoservcmons pour I intelligence des principes et fondements de la nature, Paris, in-12, 1631 Ce petit ouvrage, ordinairement annexe a YIdee parfaicte de la philosophie hermetique de Collesson, a ete, comme elle, plusieurs fois reimprime, et se retrouve, comme elle aussi, traduit en latin par Heilmann, dans le Theatrum chemicum, t. VI. RIilGNES DE LA NATURE. 21 + de la nature, les trois parties principals du monde (1). Mais les trois regnes ne sont pas, pour Krebs et pour * Casander, les memes que pour Collesson. Subissant Tin- fluence de l'ecole alchimique sans lui appartenir entiere- ment, les deux premiers n'adoptent pas la division ter- naire des Hermetiques ; ils veulent un regne 4there ou celeste, cethereum, et deux regnes terrestres, vegetabile et minerale, dont l'un comprend tous les etres vivants, l'autre les corps bruts. Trois regnes ou royaumes, ajoutent-ils , qui ont chacun leur prince et leur chef : c'est le soleil qui preside aux astres, l'homme a tous les etres doues de vie, Tor aux mineraux. On retrouve, au contraire, chez l'alchimiste Collesson, la division ordinairement admise dans l'ecole hermetique. Les trois regnes sont, pour lui, les animaux, les vege- taux, les mineraux. C'est Dieu lui-meme qui a, dit-il, ainsi partage Y empire de la nature en trois regnes diffe- rents : naturo? imperium in tria regna divisum (2 expressions de Collesson en 1651 , et de son traducteur Heilmann en 1661 , dans lesquelles tous les naturalistes reconnaitront s de Linne dans les preliminaires du Systema naturce (S). C'est une rencontre singuliere, si ce n'est qu'ime rencontre ; et si le grand natiiraiiste (1) Prcecipuce 'partes mundi seu regna, Casander, loc. cit. (2) Theat. chem., loc. cit., p. 157. Trois regnes differ ents 9 et plus bas, Chaque regne de V empire de nature, dit Collesson dans le texte fran^ais, § XI et XII, loc. cit., p. 11, On voit que le mot regne, c'est-a-dire le mot royaume sous sa forme latine, avait des lors prevalu en fran^ais. (3) A partir de la dixieme edition. Imperium natwm In regna naturce tria divisa [naturalia), dit l/mne. i ^^^F \ ' 2 W 2 NOTIONS FONJKUIENTALES, LIV. 1, CHAP, I. sucdois a fail m nil emprunt a ralchimisle iraneais, e'es! mi honneur qu'on s'etonne de voir \enir jusqu'a lui de si loin el de si haul. i Les auteurs qui adoplenl, sous cette forme nouvelle, Fancierinc division ternaire, sont, a parlir du milieu du xvn e sieele, de plus en plus nombreux. Sans reproduhv iei une Jongue liste de noms trop dignes de Toubli ou ils soul tombes, disons seulement que, des 1645, la con- ception des troisregnes se retrouve iusque dans lesZiwes secrets de Basil e \ revus et completes pai s adeptes selon V esprit du temps. Ainsi introduite ji dans le sancluaire de la philosophic hcrmetique, e tarde pas a dominer partout on l'alehimie est en honi et la triple unite de la nature, sa tri-unitas* a bientot f comprise et accept egna naturcn; on , tout simpl des pi regnum . V. L'epoque on la (Conception trois regncs de !a nature s'etablit en alchimie, est celle ou elle s'introduit en 16A9 Michel < l< Gazoph frontisp ! 1), et par la meme la repand mi les naturalistes de tons les pays ; car les planches Gazophilacium, si imparfaites qu'elles soienl, le foul / / (1) Gazophilacium rerum nattiralium e regno vegetal rib', animali et ninerali depromptant/m^ iil-foiie, 16/|2. \ REGNES DE LA NATURE. 23 par toute l'Europe, ct cettc suite des r (■ules de Basile Besler On ne voit cependai conception des par a t naturalises , de la meme faveur qtid parirti lea aJehi Pendant les premiers que de loin en loin , iudi<|uee , plutol qu' adoptee par eux (1), et commc one nouveaute iion encore eonsacree par 1'usage: Pour assister a sou avene- ment dans la science, ou desormais etle va lenirune si &rande place, il taut venir jusqu'a Jonston et a ses Notitue regni vegetabilis et regni miner alls (2), posterieures de plus d'un quart de siecle a sa eurieuse Thaumatogra- phia (3) ; jusqu'a Emmanuel KcBflig et a ses Regnum, c Regnum ve< 1688 ft). Q d'hui de ces livres, si eelebi in erne Jo s ses ouvrages iques, et celui de par Bailer, a fini par s'efiacer de la memoire des (1) Je ne vois guere a oiler, dans cette periode, que Gyllenstalpe, auteur d'un eerit botanique, remarquable par la nouveaute hardie de son titre : Dissertatio de Regno vegetabili in r/enere, in 12, Abow, 1656. (2) In-12, Leipzig, 1661. (3) Citee plus haut, p. 9. \l\) Le Regnum animale a paru en 1682, in-/r\ Colonim muiuiliand'* Les deux autres ouvrages de Koenig out etc publics a Bale, le Regnum minerale, 1vol. in-&°, 1686 , et le Regnum, vcgetdbilr , S vol. in-4°, 1688 et 1696. Beaucoup d'exemplaires portent des litres re fails, : **bc &* [|;,f,! " posterieures, qui out trompe les bibliographer w *^w . 1 2/| NOTIONS FONDAMMNTALES^ LIV. I, GHAF. I. ralisfces. Cuvier lui-nieme, ni dans sojj Histoire ties sciences, ni ailleurs, ne mentionne, meine une Ibis, Fan- teur de ee premier Regne animal, dont il avait repris el illustre le litre. De ces deux auleurs, Koenig, qui teoait de plus pres mix nlehhnistes (1), est eelui qui a le plus insiste sur la eonception alehimique des trois rcgnes; c'estlui suitout qui I'a etablie et popularisee parmi les naturalistes, mais non absolument telle qu'elle avait eted'abordadmise. Les trois •egnes sent bien pour lui, eomme pour ses predecesseurs, * trois royaumes ; mais le vin, For lui-meme, sont dechus de leur antique royaute ; il n'y a plus, apres Dieu, qu'un roi de la nature, 1'homme ; les trois royaumes sont ses trois domaines, ou loutes choses sont creees et ordon- nees en vue de lui et a son usage (2). Nul doute que eette interpretation des tria regna, si conlbrme aux idees alors dominantes , n'ait ete pour beaueoup dans le sucees / < lurabled'une conception vieillie sous sonancienne forme, il qui allait disparaitre aux premieres lumieres du wm e sieele. (1) On l'a raeme considere comme un philosophe hermetique. (2) « Homo, dit Koenig, prater Deum summum regum regem, rex ac Dominus, ut pote in cujus gratiam, utilitatem, necessitatem, jucunditatem ilia fabrefacta sunt.» (Voyez Reg. veget., p. % 2.) — El dans le Prwloquium : « Rex omnium creatorum homo. » Voyez aussi le Beg. minerale. « Regnum vocatur, maxime respectu Hominis qui Rex et Dominus gloriosorum Dei operum salutatus est ab omni antiquitate, » dit Koemg, p. 2. Ce qui ne l'empeche pas de dire aussi, 2* partie, p. 1 : « Coronam jure sibi [aurum) in hoc regno vindicat. » Les autres passages sont trop formels pour qu'on puisse voir r expression de la pensee de l'auteur, dans ee retour d'un instant aux anciennes idees sur les regnes. . REGNES DE LA (NATURE. 25 A ce point do vue, Ivcenig a justifie, eonnne aimaient :s le dire ses contemporains, les presages de son nom royal (1). C'est par M smloiit que la division de la nature en trois regnes, dans le nienie siecle qui l'a vue se pro- autre en alchimie, passe en hisloire natureJIe, et devierit d'un usage general ; tellement que les auteurs qui la donnent apres Koenig ne font, pendant longtemps, que la tui i einpr directement oil mdireetement. Tels - sont, pour me bonier iei a deux noms eelebres, Bruck- mann, dont les Lettres (2), tres estimees et tres lues en I f i Jur temps, la repandent et la popularisent par toute 1 Eu- * 'ope; et Linne lui-ineme, qui, l'adoptant a son tour, et i'introduisant dans le Systema naturae, lui donne, en 1735, la sanction supreme. Tons les naturalistes eonnaissent. les Observationes in * ■ 'tyna tria naturae; tons ont lu, relu et medite cette con- cise et, philosophique introduction du Systema naturae (3). Vu milieu des innombrables comuientaires dont elle a i &e robjet, uh point, cependant, est to u jours reste dans ) i ( J .} Regit nomen et omen hahes, dit, en s'adressant a Koenig, Fauteur (1< < vers inscrits au-dessousdu portrait de Koenig, en tetedu Regnum ^nnerale, et trop bien selon l'esprit du temps pour ne pas avoir ete alors fort goutes. Aussi ont-ils ete plusieurs fois reproduits. On sait qu'en allemand, Koenig signifie roi, d'ou le nom de Rex £t de Reges souvent donne a Emmanuel Koenig eta la famille celebre de typographies dont il etait membra. J'ai sous les yeux des livres du *vu c sifecle portant au bas du titre : Ex officina typographica regurn. (2) Epistolw itinerant 1728 a 1761. (3) Le Systema naiurce s'ouvrait d'abord par les Observationes. Plus tard Linne les a rejetees vers la fin de Fouvrage. Dans les dernieres Editions, a partir de la dixieme, Linne les a remplacees par la iiou- f! lle Introduction intituMe Imppriwn naturce. i\. 2. ^. 1 : * "26 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I, CHAi'. I. t'ombre : la conforrnite, non-seulement des vues, mais ies terines memes de Linne, avec les vues et les ieranes les alehimistes ; dans les limites, do mping, ou poovail ( ( r • ies accepter un esprit si supeneur et si sage. Si L Regnurn lapideum au lieu de Begnum minerale, ailleurs il parle la langue des alehimistes. Globu * queus (1), tel est Tun des noins sous lesquels ils> i ils out le desiene le globe terrestre : Linne le lui donne t aussi. Ccelestia, elementa, n* ternaire, sou vent admise par premiere division imistes au-dessus de egna imperium natures, qui admet encore, en attendant t encore, coimne on l'a vu, cept approehement pou\ au de cette etude historiaue. et auxauels d sur Fun des grands monuments du to effaeabl le, de c d tard, les regnes de (1) Et quelquefois, terr-aqua-aerem. Voyez p. 13. (2) Voyez p. 21. (3) On trouve, par exemple, dans un avertissement place en tetede plusieurs editions du System* nature*. 9 cette expression si families aux alehimistes de la fin du xvi e siecle : Triplex naturcv regnurn, au lieu de Tria naturw regna. X ?■ *_* ^/\/\ /\/W/\/\/v\ /\s\/\/\/\s\ /\ /\/\/\/-v/\ t\ r\ /\s\s\/\ s\ r\ /\ /-\/\ a r\ /\ a. r\ /\s\r\ r\ /^./^/^>\ *v CHAPITRE II. VUES DES AUTEURS MODERNES SUR LES REGNES DE LA NATURE Sommaire. — I. Nouveauxregnes, proposes depuis Linne. — II. Regnes proposes parmi les corps bruts. Regne ether e. — III. Regnes proposes parmi les corps organises. Regne des zoophytes on psychodiaire. — IV. Regne hnmain. — V. Regnes organique et inorganique. — VI. Empire organique et empire inorganique. I Haller a appele Linne le dominateur de relle ; et ler (IV i & .ot, a part le sentiment qui I'inspirait a Hal- en d'exagere. II a suffi que la conception des de la nature fut adoptee par Linne, pour bientot, d'aprcs lui, par les naturalistes de ; la lin du tous les pays, et si generalement que de dont perd passees domaine public eti usque d L'autorite de Linne n'a cependant pas ete si respectee , si absolue, qu'il n'ait rencontre non-seiilement dans notre siecle , mais dans le sien deja , de nombreux contradic- teurs. A part meme quelques dissidences qui ne portent que sur la nomenclature (2), c'est la division ternaire j / (4) Voyez t. 1, p. 73. 2) Ces dissidences sonl snrtoiit relatives an regne mineral. Linne *:*- < I NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. 1 CHAP. II. elle .,' que reiettent quelques contemporains de et plusieurs de ses suceesseurs ; lesunsne voulant aue d P fiit b i ■ ip i s indications qui seront bientot completers, Daubenton, I) Candolle, Gams, Qken, ont admis quatre regnes ; Bory d Saint-Vincent etM. Nees d'Esenbeck, cinq; M. Bischoff e et . l'abbe Maupied dans la Tetractys , livre singuljer d'lin aiiteui France, M. Horaninow (i). Et les divisions qu'ajoutent ces naturalistes aux trois regnes alch memes, il se et linnecns ne sont pas, pour tous, les e des nouvelles divi- c sieve pas seulemej devoir les admettr r de onze regnes. heureusement a discuter la valeur de veaux on pretendus tels. La plupart n'ont fait que passer un instant a la surface de abandonees presque aussitot que proposes pat eurs eux-memes , et trop dignes de l'oubli c une courte mention. ■ Une parti e de ces pour un instant \ ps qui les eomposent, ne fait d'ailleurs % de cet ouvrage. Tels sont, sans par i'appelait regnum lapideum. La plupart ont prefere, d'apres les alchi- mistes, le nom deminerale; d'a litres ont dit fossile; d'autms fcoittme Swedenborg) subterraneum ; d'autres encore, mpkilUmm (i) Voyez plus has, p« 31. — ■ * * r\i ^^iktio-* REGNES DE LA NATURE. 29 ou materiel, conception purement inetaphysique tie M. l'abbe Maupied (1), les cinq suivants : les astres ou le regne sideral; les elements; \e regne de I' air, de V atmosphere on des gaz ; le regne de Veau, et le regne ether e ou des imponderables. I es trois antres, formes par des demembremenls des regnes vegetal et animal , sont : le regne des champi- gnons; le regne des zoophytes , psychodiaire , chaotique, plantanimal , amphorganique, oil encore regne organique primitif; et le ree dire aronpes in indiques par les naturalisfes de la renaissance seienti- , par quelques alehimistes on meme par Aristote. II. Des cinq regnes inorganiques, aiiciin n'est un demem- brement du regnum miner ale on lapideum , tel que le concevaient les alehimistes et Linne. Pour i eu r s iV ire eux et pour lui, comme on l'n vu (3), avant la i (1) Dieu 9 I'homme et le monde, Paris, in-8, 1851, t. 11, p, A51. Void 'omment l'auteur resume lui-meme ses vues : « Le regne materiel ou » ponderal, caracterise par la pesanteur seulement. Nous ne pouvons » le considerer qu'abstractivement ; il forme la base, le substratum de » tons les autres regnes; il ne pent meme en tire separe...; il est » indeterminable en lui-meme. » (9) Pages 11 et S6. " -— •*■ w-^^r i 30 NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. I, HAP. II. distinction des regnes , venait celle des ccelestia , des elementa et des corpora naturalia , troisieme groupe subdivise en trois groupes secondaires, qui sont preci- sement les trois regnes alchimiques et linneens. G'est en faisant descendre au rang de ceux-ci les cce- leslia et les elementa qu'on a forme le regne sideral ou des astres, et le regne des elements, admis l'un par De Can- dolle(l)et M. l'abbe]Vlaupied(2),rantrepar Fourcroy(3) et par Oken (&) : De Gandolle, conduit a reconnaitre ■ quatre regnes dans la nature, parce qu'ily apcrcoit quatre forces principales, l'attraction, l'affinite, la force vitale et la sensibilite ; Fourcroy, par un reste de deference pour les opinions si longtemps admises sur les pretendus ele- ments ; Oken, parce qu'il concoit quatre ordres de corps : les uni-elementaires (ou les elements), les bi-e'lementaires , les tri-elementaires et les quadri-elementaires (5). < (1) Regni vegetabilis systema naturale, Paris, in-8, 1818. Voyez p. 117. Void comment De Candolle (qui, ici, ne se sert pas du mot regne) distingue les deux groupes de corps inorganiques: Inokoanica. C&lestia, sphceroidea Astka. ■ Terrestria, crystallisantia Minep.au a. (2) Loc. cit., p. /|52; sous le nom de regne sideral. (3) Encyclopedie methodique ; chimie et metallurgies article Regnes de la nature, t. VI, p. 37 ; 1815. (Zl) Esquisse du systeme d'anatomie 9 de physiologie et d'histoire naturelle, Paris, in-8, 1821. Voyez p. 2. Non-seulement Oken a plus tarcl abandonne ces vues pour revenir aux trois regnes ordinaires; mais il a pretendu etablir qu'il ne pern exister plus de] trois regnes : Es kann nur drei Nalurreiche geben, dil-il, dans son Lehrbuch der Natur phi losophie,.3 e edit., 1843, p. 78. (5) RAFtNESQUE-rSCHMALTZ, Principes fondamentmiw de sominloqie, — i ■ ~.»TSilU2cl.* R&GNES DE LA NATURE. Q I de deYatmosp ^ i sent des demembrements de ce meme groupe des elementa. M naiste allemand voulait, en 1818, quatre regnes : la terrc. 3 r quatre grandes nalurelles qu •yait alors devoir admettre : la geologic, Yatmospher se, la phytologie etla zoologie. M. Carus a depuis longtemps reliance a cette conee m , exposee dans un travail de sa jeunesse , plus dig d'autres egards d'un aussi grand nom. Mais ses vn / . r eprises, en Allemagne, par M . Bischoff. ! 'nRussie, par M. Horaninow,qui en meme temps ontpro- >ose une division de plus. 11 ne leur suffit pas d'etablir uu %ne pour tons les aneiens elements, ou, commeravait fait Carus, pour un d < qui de\ »ent ainsi deux regnes distracts (/i). Regnum aeris Palepme, in-8, 181Zi, a propose aussi un regne nouveau pour « les " elements el corps eleinentaires simples » ; mais il comprend clans * regne « les corps composes gazeux ou fluides » ; ce qui ne rem- c ptehe pas de donner le nom de regne elementaire ou sochologique. Vbyez son Introduction, p. 7. i (1) Ces deux regnes sont reunis par M. Fabbe Maimed, loc cit., P 451, sous le nom de regne medial ou fluidal. (2) Von den Naturreichen, ihrem Leben und ihrer Verioandschafl, Dresde, in-Zi, 1818. (3) Reich der Luft, comprenant die Luflarten und Dunstc. (4) Bischoff, Grunzuge der Naturlehre des Menschen, l re partus Vienne, in-8, 1837, p. 10.— Horaninow, Tetractys naturce seu schema ■ quadrimembre omnium naturalium, Petersbourg, in-8 ; 1843. *«!j;i ' ft 9 NOTIONS Ftfftl) AMfiNT ALES 5 LIW I, CHAP. II. regnum aquce i dit M. oraninow. On pent voir tlahs la Tetractys natures , idees preconeues ont conduit l'autcur a ces resultats : comme les alchi- mistcs avaient adniis trois regnes, parce qu'ils voulaient partout le uombre trois ou le nombre sept, M. Horaninow divise la nature en huit regnes, on pi u to t deux fois quatre regnes, parce que tout, dans la nature, doit etre selon ui quadruple et divisible par quatre, ou, pour reproduirc Jes (ermes monies dont il so sort : quadrimembre et qua- dripartibile, Le regne etkere on des imponderables est rneoiv imc des divisions de MM. Bisehoff et Horaninow (I), mais nou d'eux seuls. Bory de Saint-Vincent (2) avait propose ce regne en 4825 pour la lumiere, le feu, l'eleetricite, lui appliquaut ce meme nom de Regne etherei cethereum), qui I avait coins en Allemagne des le xvir siecle (5), et qui pourra bien se perpetuer dans la science. Norn singuliere- inent conformc, en effet, aux vues qui dominent aujour- d'liui en physique, Ces pretendus fluides imponderables que li ( 'orps simples, pparaissent pi •» / \ ( ph lib ubtile, imponderable, ether 'ee, qu (1) Reich der ImpunderabUien, Bischoff. — tieynum impondera- bilium sea cethereum, HORANINOW. ~ (2) Article Histoire naturelle du Dictionnaire classique d'histoire naturelle, t. VIII, p. 2Zi5 et 247. (3) Mais clans un sens different. Le regnum tMkereum, detail l>ti sernble des corps celestes. Voyez p. 21. REGIMES DE-LA NATURE. 33 comme ellc les enveloppe tons ; substance qui, repandue dans l'i des cieux, etabl pai " les uns aux autres. Demontrer l'existence, malheureu- seinent trop hypothetique encore, de cettc substance uni- versale, de cette autre sorte de matiere, comme l'appelait un de nos plus eminents physiciens, ne sera-ce pas etablir un autre regne inorganique ? Et si cette autre matiere, perceptible a notre esprit, sinon a nos sens, devinee par les anciens , admise par Newton , admise encore , et de plus en plus , par les astronomes et les physiciens mo- dernes, a toujours ete designee , depuis Pythagore , sous le nom d'eUer, comment ne pas appeler ethere le regne mysterieux qu'elle doit seule composer ? III. Parmi les trois regnes organiques , celui des champignons (1), propose par M. N( Esenbeck (2), n'a fait que paraitre un instant dans ience. Unanimement reiete par les botanistes, il par avoir etc bientot abandonne par son auteur lui-meme. Le celebre naturaliste allemand avait ete surtout conduit a etablir ce groupe par des vues systematiques, derivees de la philosophic de Schelling. II fallait, selon lui, que les 'egnes organiques pussent etre opposes deux a deux, ou, l (1) Pilzreich. (2) Handbuch der Botanik, t. 1, 1820. Voyez p. 12 et suiv., et Uh a 50. ir. 3 y: u NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. 1, CHAl>. II. comme disent les pbilosophes de la nature, qu'ils fussent polarises. De la, pour M. Nees d'Esenbeck, la necessite de separer, d'une part, les champignons des autres getaux, de 1'autre, l'homme des animaux : quatre vivanls entre lesquels est centralement inte s ve- interpose le cinquieme regne, eelui des corps bruts ou inorga- niques : le noyau mort de la lerre, comme 1'appelle M. Nees d'Esenbeck (1). Un autre regne auquel on a quelquefois rapporte aussi les cbampignons nombre de types or , et qui com prend rait un grand irement regardcs les uns comme vegetaux, les autres comme animaux, est celui qui a successivement recu les noms de Regne des zoophytes, psychodiaire, chaotique, amphorganique ou des amplwr- ganiques, et en dernier lieu, regne organique primitif. La multiplicile de ces noms atteste la l'aveur dont celtc nouvelle division a joui, a diverses epoqucs, aupres d'un assez grand nombre de naturalistes. Sans nous reporter a quelques indications plus anciennes, mais plus vagues, nous voyons un auteur deja cite, Freigius, placer, des 1579, entre le groupe des vegetaux, vegetans, et celui des animaux, animal verum, un groupe intermediaire , Zwo » Vautre (1)» j d'ou Ton peut assurer, ajoute Buffon )> ande division des productions pas » c (2). » * quatrieme groupe , indique par lormellement admis par Buffi Qt vegetal . des qu dans M. T regne de Tiedemann Cd) ; le regne psychodi Bory de Saint -Vincent, le regne pi de (1) Histoire naturelle, t. II, p. 262 et 263. (2) Buffon, comme on pent le remarquer, evite de se servir ici du mot regne. II en est de meme dans plusieurs autres passages des deux premiers volumes de VHistoire naturelle et du premier des Mineraux, oil il est question, a chaque instant, des animaux, des vegetaux , des mineraux , jamais des regnes animal, vegetal, mineral . Le mot regne est, au contraire, employe par Daubenton aussi bien dans la partie anatomique de VHistoire naturelle que dans ses ou- tages propres. C'est manifestement par une concession aux idees de •'epoque, qu'il a propose, dans sa troisieme lecon a l'Ecole normale, de rejeter le mot regne, et de dire simplement, comme Buffon, les animaux, les vegetaux, les mineraux. Voyez Seances des Ecoles nor- m ales, edit. delSOO, 1. 1, p. 627. (3) Treviranus, Biologie, 1. 1, Gcettingue, 1802, p. 165. — Tiede- mann, Zoologie, t. I, Landshut, 1808, p. 22. L'auteur, qui a aban- donne plus tard ce nouveau regne, ne rinclique des lors qu'nvoc une extreme reserve. 36 NOTIONS FONDAMENTALES, UV. I, CHAP. II. M. Requin, le regne amphorganique de M . I lite aux types de plus simple , que Virey b indique , il y lenom de regne chaoliqve, etM. JeanReynaud(3), ecemment , sous celui bien plus caracteristique de regne orgamque primitif (/[). A ce dernier point le nouveau regne, a proprement parler, ne se intermediaire, mais inferieur aux v< maux , « flottant entre la vpa-^fatinn < Pi g etre encore formant de ces deux branches ■s plupart des auteurs qui, sous des noms diver propose ou adopte le g ambigu des zoophyt (1) Bory de Saint-Vincent, loc. cit., et article Psychodiaire du meme Dictionnaire, t. XIV, 1828. - Requin, article Animal de YEn- cyclopedie nouvelle, t. I, p. 557 ; 1836. — Horaninow, loc. cit. L'auteur appelle le nouveau regne: llegnum amphorganicorum seu zoophytorum. (2: Philosophie de I'histoire naturelle, Paris, in-8, 1835, p. 251. (3) Cieletterre, Paris, gr. in-8, 1854, p. 114; 2 e edit., 1854, p. 126. (4) D'apres M. Montagne, dans un des savants articles dont il a enrichi le Dictionnaire universel d'histoire naturelle (voyez t. X, p. 30), ce nouveau regne aurait ete aussi indique sous le nom de regne infu- soire, par M. Nees d'Esenbeck, dans une note iutitulee Vegetative Bewegung, inseree k la suite d'un memoire de H. Flotow (voyez Nova Acta Academice naturce curiosorum, t.XXI, p. 566; 1843). Mais M. Nees d'Esenbeck etablit seulement dans ce travail, que « le monde des infusoires (lnfusorienwelt) » doit etre partage en deux provinces (mot& mot, deux ressorts, Gebiete) : les infusoires vegetaux, et les infusoires animaux, ou les microphytes et les microzoaires. Le monde des infusoires n'est done pas, pour l'auteur, un regne distinct, dans !e sens ou Tout entendu tant d'autres naturalistes. (5) Expressions de M. 3. Reynaud, loc. cit. i w .-...- 'v*a i .-^i LV_'*«- REGNES DE LA NATURE. 37 psychod diquer, ampl n'ont fait essay er d'en fi quels types organiques il doit endr defendu la cause Bory de Saint-Yincent a presque seul commune, mais par des arguments plus specieux que ■ solides et avec plus d'insistance que de succes. Jusqu'a ce jour, la tres grande majorite des naturalistes a continue a ne voir, dans ces etres pretendus mixtes, ou encore , selon Bory, dans ces corps alternativement animaux et vegetaux, que les derniers types, les uns de l'animalite, les autres de la vegetalite. TV ganiques ajoutes aux groupes regne On a attribue a Albert le Grand le merite d'avoir le pre- mier separe l'homme des animaux, et par la, indique et presque institue a Tavance ce meme regne humain que d' autres ont considere comme une conception toute mo- derne. La verite est qu'on n'a fait dans ces derniers temps ■ que revetir d'une forme nouvelle et plus scientifique une icienne ; bien plus ancienne meme qu' Albert le idee a Grand car lui-meme reprenait XIII en les exprimant beaucoup mieux sans doute, et comme il con- venait a l'Aristote chretien, des vues qui do tout temps avaient eu cours dans la science. Ceux qui en ont juge autrement , et qui ont pretendu M 41 ! - 38 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. II. ( 3 leg anciens naturalises avaient fait de l'homme mal, s'etaient laisse tromper par le double sens de mots , : Cwov , animal , animans , que les auteurs grecs et latins appliquent a ehaque instant a rhomme aussi bien qu'aux brutes. Sans doute, £oov, animal, animans, c'est V animal dans le sens que nous donnons aujourd'hui a ee mot ; mais c'est aussi, c'est surtout, dans un sens plus general, VStre anime, Ytitre vivant (1). De la cette con- tradiction apparente de quelques auteurs qui disent a la fois d'Aristote, qu'il voit dans l'homme le premier de ses £coa , et qu'il le « met en dehors de la serie des animaux » dont il est la mesure (2). » De la aussi la possibilite de raltacher I filiation, d •rand hoinme, par one double et inverse ►art, les naturalistes qui, comme Linne, bach, Cuvier et leurs disciples , ont vu dans le genre humain le premier groupe du d de l'autre, les auteurs, tres nombreux aussi, qui, ?rt le Grand aux temps modemes, l'ont separe des ux ; les uns constituant pour lui seul, comme Albert, olaus Barbarus, Freigius, Christofle de Savigny, six (3) et tant d'autres, au moins ce que nous appel- * 5 aujourd'hui am sous-regne; d'autres allant au del a (1) Entre les passages d'ou ressort clairement le sens vrai du mot animal en latin (sens qu'il a eu aussi en frpgais), je citerai cette phrase de Pline, cap. X, lib. lxxxiii : u Bipedum solus homo animal gignit. » (2) Blainville, Histoire des sciences de Vorganisation, publiee par M. Fabbc Maupied, t. I, p. 246. — Voyez aussi p. 212. (o) Pour Albert le Grand, voyez Pouciiet, Histoire des sciences naturelles au moyen dge y in -8, 1853, p. 276. — Pour JIermolaus Bar- bar us, Fretgius, Savigny et Di Pletx, voyez Chap. I, sect, ii, p. 7 et 8. a * ' REGNES BE LA NATURE. 39 et etablissant des le moy fique, le regne humain, ( on l'entend auiourd'hui. .J et la renaissance scienti- au xvm e Neander et Ozanam i faisant * composes, cinq classes on ordres (classes seu ordi meteora , metalla , pi animanlia on animalia et distin & b 4 pi d'en citer d'autres de la ineme epoque ; de beaucoup plus anciens : un eiitre autres dans une piece de vers presque contemporaine du Roman de la rose (2) ; et celui-ci est trop remarquable pour que je puisse l'omettre. L'auteur rapporte tous lcs etres naturels a quatre degres, qui enclosent, dit-il, le premier les pierres et metaulx; le second les vegetauloc, le tiers la sensitive (bestes, oyseaulx, poissons), et le quart, Yhomme seul. de on le voit, ce appele, de Vhumain egnes le mineral, le vegetal , Fammal et v 1 (1) Neainder, Physice, sive potius syllogce physicce rerum erudita- rum, in-12, Lipsice, 1585, et Compendium rerum physicarum, in-12, Witebergce, 1587. — Ozanam, Dictionnaire mathematique, in-Zi, Paris, 1691. Voyez p. 143. (2) La response de I'alchymiste a nature, piece composee vers 1320, et dont l'auteur est inconnu. On Ta attribute a Jean de Meujng. • * M. Meon l'a imprimee a la suite du Roman de la rose , dans l'edi- tion qu'il en a donnee en 1813. Voyez t. IV, p. 171. (3) Je dois la connaissance de la curieuse piece de vers qui vient d'etre eitee, a mon parent et ami M. Geoffroy- Chateau, tres verse dans notre ancienne litterature , comme le prouve son Recueil de t *■ mm i ■ ftO NOTIONS FONDA MBS [TALES , L1V. 1, CHAP. II. Pour fairc sortir les naturalistes d'une voie si long- temps suivie ; pour les determiner a faire entrer 1'homme dans ces cadres zoologiques, jusqu'alors reserves, comme disaient quelques anciens classificateurs, aux bruta, aux 1 rien moins que 1' auto rite de bestice (\ il n'a fall point a celle de B I monuments de I'ancienne langue francaise, publie avec le texte revu de Pathelin, en un volume in-12, Paris, 1853. Voiei le passage principal de cette piece, aussi peu connue que remarquable : Quatre degrez par vous fist naislrc Dont le premier si n'a fors qu'estre, Ce sont les pierres et metaulx : Au second sont les vegetaulx Qui ont estre et vegetative : Le tiers enclost la sensitive, Qui est trois diverses fa^ons, Comme bestes, oyseaulx, poissons. i Le quart fist en noble degre , Ainsi qu'il lui pleust a son gre, Plus parfaict de tous; ce fust Vhornme, Qui trois degrez en lui consomme. Cette derniere idee est une de celles qu'on trouve le plus sou vent reproduces au moyen age, a la renaissance et plus tard encore, parmi les alchimistes. (1) Voyez, par exemple, pour citer la classification du principal devancier de Linne, celle de Jean Ray, Synopsis methodica animalium quadrupedum, 1693, p. 54. (2) Tout le monde sait que, pour Linne et les auteurs linneens, I'homme est le premier genre du premier ordre de la classe des Qua- drupedia ou Mammalia. (3) « La premiere verite qui sort de cet examen serieux de la nature, » est une verite peut-etre humiliante pour 1'homme : c'est qu'il doit se » ranger lui-meme dans la classe des animaux. » (Hist, nat., 1. 1, p. V2; 1749.) — Plusieurs passages analogues, mais moins explicites, se trouvent dans les volumes suivants, notamment dans les t. II etIV. II est toutefois, dans Buffon, des passages dont le sens est tres dif- * ■ * > 4. .*-, - : ' . ; -■• I REGNES DE LA NATURE. Ill double autorite ellc-meine » en enlrainant la foule sur les l> fut loin d'etre de f » pour ton s . Dans le xviir siecle, dans le notre, il y a toujours eu disside diaries Bonnet, pom les etres organises, animes et raisonnables , constituent apres les mineraux, les vegetans et les animaux , une quatr classe generate (1 ) ; Man 2 : Dau- benton qui , voyant dans 1'homme le roi des trois regnes, le place au-dessus et trois pai ? la meme en dehors de tous Azyr, Lacepede, mon pere, ferent. Des le commencement du t. II, public atissi en 17/i9, Buffon, a Pres avoir parle de 1'homme, ajoute, p. 5 : « Nous devons ensuite h donner la seconde place aux animaux, la troisieme aux vegetaux, et )} enfin la dernier e aux mineraux. » Buffon est bien pres d'admettre lc * les quatre regnes. Le sens du passage que j'ai cite en premier lieu est ainsi modifie dans la Table generate des matieres, t. XV, p. cxlvij, 1767 : « L'homme )} doit, d certains egards, se ranger lui-meme dans la classe des ani- n maux auxquels il ressemble par tout ce qu'il a de materiel. » (1) Contemplation de la nature, t. 1, 1764, dans le Ghap. I de la 2} to division des corps organises. » (1) Tout le monde sail que le premier des grands ouvrages biolo- i i ; ' 1 I 46 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. II. I * A la tete de ceux qui ont admis cette division binaire, presque aussi repandue aujourd'hui que la division ternaire ellomeme, se plaeent, dans le xvm e siecle, Yicq d'Azyr, et ■ surtout Antoine -Laurent de Jussieu. « II n'y a que deux » regnes dans la nature, dont l'un jouit et dont l'autre est » prive de la vie, » dit Vieq d'Azyr, en 1786, dans son celcbre Discours sur I'anatomie (1). II n'y a que deux regnes, dit a son tour Jussieu en 1789 (2), et il les appelle des lors des noms qu'ils portent encore dans tant d'ou- vrages : le regne organique et le regne inorganique. C'est la, selon lui, et il le demontre, Farrangementle plusna- turel, l'expression la plus exacte des rapports generaux des etres; celle que les naturalistes doivent substituer a Yancienne distinction des trois regnes (3) . En croyant innover ici, Jussieu ne faisait en realite que proposer un retour au passe. La nouvelle combinaison qu 'il recommandait n'est autre, en effet, que la plus an- eienne de toutes ; T antique distinction des eV4 u X a et des a^a (4) ; la division des corps naturels en animantes giques de Bonnet porte ce titre remarquable : Considerations sur les corps organises. Voyez p. 41. Bonnet n'avait d'ailleurs fait qu'emprunter a Linne ce nom qu'on lui attribue si generalement. Voyez Chap. Ill, p. 54, note 1. (1) Dans le Traite d'anatomie et de physiologie, in-folio, Paris, 1786. Voyez p. 6. (2) Voyez la eelebre introduction du Genera plantarum, p. ij ; 1789. Voyez aussi I'article Methode du Dictionnaire des sciences natu- relles,t.XXX;18<2lx. (3) « Rejicienda igitur vetus triplicis regni distinctio...,cuirectius » substituitur recentior partitio. » {Gen. plant., loc. cit.) (4) Voyez Chap. I, sect, n, p. 6. i REGNES DE LA NATURE. Ill fs et inanimes et brute (1) ngtemps enseigm oupes deja meme siecle, sous les 1 Juss de regnum vegetabile - done rompu avec la tradition alchiraiq acceptee et consacree par Linne, que pour reprendre celle d'Aristote. On crut neanmoins a la nouveaute des vues de Jussieu, et ce fut la un des elements de la resistance qu'elles ren- contrerent parmi la multitude des naturalistes , comme aussi du succes qu'elles obtinrent aupres de quelques es- prits, ou plus fermes, ou plus aventureux. Daubenton (3) fut un de ceux qui s'empresserent de les aecueillir, substi- tuant toutefois aux noms proposes par Jussieu, ceux de ■ regne organise et de regne brut qui n'ont pas prevalu. etait l'idee de Jussieu, exprimee dans lalangue deBonnet. Dans notre siecle, le premier et le plus illustre partisan vues de Jussieu, e'est Bichat ; le plus ardent et le plus des perseverant, c'estDelametherie(4) : Tun, la posantrapide (1) Chap. I, sect, n, p. 7 et 8. (2) Ibid., sect, rv, p. 21. (3) Daubenton a beaucoup varie dans sa maniere de voirau sujet des regnes de la nature (voyez p. 42). C'est dans sa troisieme le^on a 1'Ecole normale qu'ila admis les deux regnes ; et dans la meme le^on, Un peu plus bas, on le voit insister sur le rejet absolu du mot regne. Mais ce dernier passage est Men moins Texpression scientifique de •'opinion de Tauteur, qu'une concession politique aux idees qui domi- flaient alors en France. Voyez les Seances des Ecoles normales, edit, de 1800, 1. 1, p. 427. (4) Considerations sur lesetres organises, 2 vol in-8, Paris, 1804. Voyez aussi le Journal de physique, t. LXXX1I, ou Delametherie resume c e qu'il appelle son opinion, p. 20 et suiv. I ^■w^^^p 1 48 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I, CHAP. II. ment, mais d'une main sure, au debut mcme deY Anatomic generate; celui-ci y revenant a plusieurs reprises, defen- dant ayec la chaleur d'an inventeur ce qu il appelle son opinion; cette opinion riouvelle qu'on eloigne , dit-il , qu'on repousse encore , mais qui ne pent manquer do triompher un jour (A i VI. phe en effet , et bien plutot que ne le sup posait ndon de ces anciens regnes f • damnait si absolument, en 1789, sauf a y revenir plus tard. ■ Pour conserver ces divisions et ces noms consacres par un usage seculaire , et faire droit cependant aux justes observations de Jussieu sur l'intimite des rapports qui unissent tous les etres doues de vie, il a suffi d'instituer, au-dessus des regnes, deux groupes d'un ordr deux groupes primaires, entre lesquels se re| regnes, considered comme de simples divi daires ou du second de Aucune objection ser l'etre con I re cette cone & de l'ordre naturel avec l'usage ; et dut-elle avoir quelques inconvenients, il faudrait bien encore s'y soumettre. Quel reformateur (l) On pent ratiacher a cette question des indications historiques deja donnees t. 1, p. 251 et 252, sur les vues de quelques auteurs un- derlies, relativement a la classification des sciences. v. u I 1 - KEGNES 1)E LA NATURE. 1x9 touvoir de rejeter de la science ces mots regne egne vegetal , usites par toute l'Europe depuis deux cent vinert ans? ces mots devenus de s en- core le Cuvier titres celebres d'un des principaux ouvrages de , du principal ouvrage de De Candolle ? Mots sur ksquels la science meme a presque perdu ses droits ; car Ay a longtemps qu'ils ne lui appartiennent plus en propre. La philosophic, la poesie les ont l'une et 1'autre empruntes histo ■ pour 1'enfance , les ont repris a ilgarises , qu'ils sont aujourd'hui toutes dans toutes les bouches ; termes non pi de la langue scientifique, mais de la langue generate, d 1 uulle autorite ne saurait les bann faire , foule du moins r. Quoi qu'on puisse 3ra a dire : le regne animal, le regne vdgetal; et non : le regne unique des uniniaux el des vegetaux. Puisque l'usage n'a rien ici de contraire a la logique, les uaturalistes ne peuvent faire mieux que de s'y soumettre, e * c'est ce que Jussieu lui-meme a reconnu , du moins par son exemple (1). Ces memes regnts animal et vegetal r t u 'il avait rejetes dans sa jeunesse, et entraine tant d'autres a rejeter apres lui, il s'est vu conduit a les ^prendre dans son age mur : tardif relour sur ses an- Cl ennes idees , ou se traduit , en traits peu dignes de lui, la longue hesitation de l'auteur du Genera plantarum. Par une confusion de langage tout a fait inadmissible, J ussieu applique a la fois le nom de regne, comme (1) Article Melhode, loc. cit., 1824. Voyez p. 628 et suiv., le paral- tele qu'etablit Jussieu entre les deux regne* organiques. ir. 4 I , OT^ 50 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. II. Linne , aux vegetaux d'une part, aux animaux de l'autre, et, comme lui-meme en 1789, a l'ensemble des etres organises. Ge double emploi d'un meme mot dans deux sens * differents, et pour deux degres de la hierarchie taxono- mique, se retrouve dans plusieurs livres reeents ; et dans -ci, d'autant moins excusable que la depuis longtemps une nomenclature pi pos pie de celle de pi e dans les ouvrages eux-memes du maitre. Au-dessus des mp tm,per nalurce de la nati egna divis dit expr lebres du Sy. plus ancien d empi tout en tier (1). Au-dessus des 'O 1 deux imp organique compr gamque , pour e in regna divisa : 1 empire regnes animal et vegetal; et le regne mineral. Division proposee des 1766 par 1'iliustre Pallas, dans un pas qu'on a eu le tort d'oublier jusqu'a ce jour (2) ; rep pi de nouveau, dans • \ par (1) Voyez Chap. I, sect. iv, p. 21. (2) II se trouve an commencement de VElenchus zoophytorum, La Haye, in-8. L'auteur (p. 3 et lx) combat la division ordinairement admise en trois regnes, et conclut ainsi : « Verius ergo corpora quce globus hie noster exhihet in bruta, » inertia, et organica, viva, distinguenlur ; istaque ie.rritorium, hcec » populum quasi constituent natures. Organicorum corporum impe- « rium, prcedicta trium regnorum methodo, in duas discerpi solet » provincias y etc » J'aurai a revenir ailleurs sur le remarquable preambule de VElen- chus. REGNES DE LA NATURE. 51 Rafinesque (1 d'une bien pi apparlient su par de auqu comb bes de termes nouveaux, comme sans l'abandon des ■ anciens et consacres, satisfasse pleinement au de \ Auss i dopl ;nt d bien _ par un grand nombre de plus en plus cours, non-seule- is deja meme en dehors d'elle. est nlns aniourd'hui de savoir. de Jussieu subordonnes si ces deux groupes (t) Loc. cit, 1814. Voyez p. 6 et 7. ( 2 ) Bien qu'il n'ait public srs vues que deux ans apres Rafinesque: v oy. Journ. de phys., t. LXXXHI. Mais l'ouvrage de Rafinesque n'etait P as de nature ii exercer la moindre influence sur la marche de la science. Blainville avait d'ailleurs expose plus anciennement, dans des eours Publics, les vues qu'il a ainsi resumees en 1816, loc. cit., p. 2Z»7 et 1h 'i e cite textuellement, mais en abregeant) : Tableau offrant une disposition systemalique de tons les corps uaturels. • r Empire I. Organises. CORPS. Regno I. Animaux (vrais et douteux). Regne II. Vegetaux (douteux et vrais). Empire II. Inorganises. J e dois ajouter que dans plusieurs de ces ouvrages, Blainvilles'est ser vi, d'apres Jussieu, des noms plus usites de regnes orgemique et in organique. Plusieurs des naturalistes qui se sont formes a son ecole, °nt, au contraire, continue a dire, d'apres lui, les empires organique et t inorganique. (3) Quelques auteurs plus recents, au lieu de deux empires, ont af lmis deux rnondes : Die organische Welt el die unorganische Welt, ditM. Von KobelT, ^■M / 52 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. II. dolvent recevoir le nom d'empires de la nature ; mais eombien de regnes doit comprendre chaque 9 ique empire ethere doit defmitivement prendre place, dans Yempire inorganique, a cote du Si n ombre d ous laissons a decider aux physiciens regnes organiques doit etre porte ; i par l'addition aux deux du b o ) humain d'Olivet . mme 1 ont propose ] du regne psychodia de M mi voulu Treviranus et Boryde Saint- si quatre, par Fadmission de tous dei de M. Nees d'Esenbeck, et celles plus selon Comb laisons diverses dont l'examen trouvera natu place dans les chapitres qui vont suivre. L'his toire de la science vient de poser les questions : science actuelle sont les elements de leur solution i 'gfaltigk Munich, in-Zi, 1836. Duo orbes. Orbis molecularis seu anorganicus, et orbis organicus 9 dit M. Horaninow, loc. tit. M. Hollard, De Vhomme et des races humaines, Paris, in-12, 1853, se sert a la fois des mots empire et monde, mais dans des acceptions nn peu differentes. « On distingue dans la nature, dit-il, p. 17, deux empires, celui » des corps bruts et des corps physiologiques ; deux mondes, le monde » physique et le monde physiologique. » i ■^ rK S\'\'\/\/\r:/\/\r^/\/\'\/\S^/\/-\/\/\/\S\ *\/\ r\s\/^. ~ 'XAAAAA^AA CHAPITRE III. DES REGNES ORGANIQUES ; DE ^ORGANISATION ET DE LA VIE* SOMMAIRE. I. Empires et regnes de la nature. Questions a resoudre. — II. Premieres notions sur l'organisation et la vie. — III. L'organisation sans la vie. Destruction gra- duelle de l'organisation par la inort. — IV. Suspension de la vie chez divers etres orga- nises. — V. Aptitude vitale. I. Linne a dit, dans le style aphoristique qui lui etait habituel : « Lapides crescunt. » Vegetabilia crescunt et vivunt. » Animalia crescunt, vivunt etsentiunt (1). » Et plus tard, seconde expression des memes faits, ou l'on entrevoit , au-dessus des trois regnes , les deux em- pires de la nature : « Lapides corpora congesta. » Vegetabilia corpora organisata et viva, non sentientia. » Animalia corpora organisata et viva , et sentientia, » sponteque se moventia (2) . » * (1) Ohservationes in regna tria naturce, dans le Systema natures. Ces Ohservationes se trouvent, tantot an commencement, tantot h la fin des neuf premieres editions. (2) Prolegomenes du Systema naturae, dans les dernieres editions, a partir de la dixieme. Et non pas seulement dans Tedition de Gmelin. i ' i i m . 54 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. III. Ainsi , dans le premier regne, des corps seulement agreges, de simples amas de maliere ; dans les deux der- niers, 011 dans l'empire organique, des corps oraanises vmits : distinction bientot reproduite par ijoiird'hui generalement admise. 1 \ ) done essentiellemerit Y organ / • ■g prop / • par rappor D'ou ces questions , sur lesquelles Linne passe comme si elles etaient resolues, comme si chacun n'avait ici, pour trouver une reponse, qu'a ouvrir le premier livre venu : Que faut-il entendre par organisation et par vie Quels sont les phenomenes caracteristiques de la vie , considered au point de vue le plus general ? Le sentiment et le mouvement sont-ils les vrais carac- ? teres de l'animalite? Et si cela est, commer nous, n'ayant conscience que de nos propres pouvons done de Questions a la suite desq de le voir (%) , au defaut / C'est a tort que M. Doternoy (dans Particle Animal du Dictionnaire universel d'histoire naturelle, t. I, p. 514 ; 1841) rapporte a cette edi- tion et attribue a ce compilateur cette seconde expression des diffe- rences generates des trois regnes linneens. (1) Bonnet, auquel on Taftribue generalement, n'a fait en realite que la reproduire, mais en insistant beaucoup plus sur elle que ne l'avait fait Linne. Les Considerations sur les corps organises ont paru en 1762, etla Contemplation de la nature en 1764. La dixieme edition du Sy sterna natures est de 1758 et 1759, 2) Chap. II, sect i, n, m et iv. V »1 ^O t.ft\iei REGNES ORGANIQUES. 55 de Linne, par un grand nombre d'auteurs, avant et depuis le Systema natures : Si les animaux, par cela seul qu'ils sentent, s'elevent assez au-dessus des vegctaux pour constituer, dans l'em- pire organique, un regne distinct, l'homme ne doit-il pas a son tour etre separe dc ceux-ci, non-seulement par les metaphysiciens et les moralistes, mais par les naturalistes eux-memes? d'ou cette gradation si bien indiquee par Bon 1 organises les etres organises et animes; les etres organises, animes et rai- sonnables; ou les regnes vegetal, animal et humain. Ces trois regnes comprennent-ils tous les etres vivants? anique et 1 'empire organique, et dans eelui-ci, le regne vegetal et le regne animal, sont-ils, ou non, relies Tun a l'autre par des groupes intermediates? Quel que soil le nombre des regnes qui doivent etre admis peuvent-ils tous etre exactement delimites ? Ou deux on Pi d'entre eux se confondent-ils a leurs limit )nt pense tant d'auteurs? Regno, natures, q meme (2 lithophytis, a d Telles sont plexes et d que place etude serieuse des corps vivants, et dont la tout marquee dans une Histoire naturelle generate des regnes de organiq Questions op au- 'Sus de la science actuelle, dans quelques-unes de (1) Chap. II, sect, iv, p. ZiO. (2) Prolegomenes du Systema natures, 10« edit. — Dans la dou- Z»eme , zoophytis, au lieu de lithophyti$. ) ■ ^■■^^M* ** ^** *- - 56 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I, CHAP. 111. leurs parties principales, pour etre ici entierement reso- lues , mais que nous ne devons pas moins aborder par les cotes ou elles nous sont accessibles. Ou la solution exacte et complete reste hors de notre portee, une solu- tion approchee et partielle est encore d'un grand prix , si elle est positive ; si elle est 1 'expression vraie de l'etat de nos connaissances ; si elle marque bien le point ou nous devons nous arreter aujourd'hui, et d'ou Ton devra partir demain . > C'est dans cet esprit que je vais traiter, dans ce chapitre et les quatre suivants, les cinq grandes questions qui viennent d'etre posees, essayant de coordonner, en ce qu 'elles ont de vrai, les doctrines generalement admises dans la science , de les rectifier en ce qu'elles ont de faux ou d'exagere , et de les completer sur quelques points. TI. Pour se faire une idee de Y organisation et de la vie, il suffit a chacun de nous de s'examiner, de s'interroger lui-meme : il se rec forme de parties har • 4 A 'ganis4, c'est-a-du de 1 'organisation et de remonte done en nous a l'instant ou nous commencons a porter notre attention sur l'etre que nous connaissons fois m objet et sujet, sur nous-meme. Nosce te ipsum. Par une extension que l'analogie rend facile , nous I . * . ' ' 'vi.^Koa REGNES ORGANIQUES 57 nisation pas plutot eonnaissanee de notre pre conscience de notre propre vie, que orea qui approchent de nous par l'ensemble de Premier degre d'ab ne tarde pas a s'ek blent, il passe pen et il ar.rmiprt. ainsi ion au-dessus duquel notre esprit Des animaux qui nous ressem- pe particulierc de ^organisation et de la vie telles qu'elles sont en nous, une notion generate, independante des formes et des condi- r% d'existence, propre a 1 'homme, a l'anin * facile savoir qui preexiste en nous etud seneuse , suffit , si lirnite , si impariait qu'il soit en< pour une premiere reponse a ces deux questions : Q c e que l'organisation .? qu'est-ce que la vie ? Et par etres Quelle est la distinction fondamentale nises et vivants et les corps bruts ? L'organisation, e'est F association in time et harmonique de parties plus ou moms heterogenes, se completant par leur pour solidair cysteine , un tout , une unite distincte dans le grand semble; en un mot, un individu. D'oii ce consensus unus 7 7 cette conspiratio una , deja signalee par Hippocrate (1 e t d'ou aussi cette celebre definition de Kant, qui exprime si bien la solidarite de toutes les parties d'un etre vivant : « Un produit organise de la nature est celui dans lequel * » tout est but, et aussi, reciproquement, moyen (2). » (1) Liber de Alimento. " (2) Et qui est tel, selon Kant, que chaque partie a sa raison dans ii. 'i. ■ I m^ ( w * 1 I 08 r NOTIONS FONDA.MENTALES, L1Y. 1, CHAP. III. , e est le jen meme cle ces par solidarity et leur harmonie, par I' organisation ; c'est Taction interieure el exterieure dc cet individu , et par la meme la manifestation de son individualite ;■ d'ou il suit que la vie peut encore etrc elite propre des etres organises eux-memes et sur monde g en ac- tion (j). Vivre, c'est agir et reagir; si bien que Ton peui ■ anises et vivants, par * rapport aux corps bruts, en disant d'eux qu'ils sont actifs, de ceux-ci qu'ils sont inactifs ou passifs. Ghacun des pre- miers est un centre propre d'actions plus ou moins va- rices ; la propriete commune et fondamentale des seconds est 1'inertie, e'est-a-dire, dans le sens le plus large de cc mot, et selon sa vraie definition physique, « ce defaut * » d 'aptitude qu'ont les corps pour apporter d'eux-memes » un changement dans leur etat actuel (2) . » Ainsi, Yactivite d'un cote, la passivile de 1 'autre , et non une activite , la plus grande , ici plus faible ou plus restreinte j par consequent une opposition tranchee , el ■ non une simple difference entre les etres organises et les corps inorganiques ; entre ceux dont on pent dire seule- les autres ou dans le tout. Dans les corps bruts, au contraire, chaque partie a sa raison en elle-meme. Kaist, Der Kritik der Urtheilskraft QEuvres, edi ft der teleologischen (1) Mais la reciproque n'est pas vraie, du moins d'une maniere generate, [^organisation n'est pas toujours la vie en puissance. (2) Hauy, Traite Mernentaire de physique, 2 e edit., t. T, p. 9. ■ ■ • ■ . rfthea! L REGNES ORGANIQUES. 59 merit qu'ils sont 3 qu'ils existent, qu'ils subsistent , etceux 'jui vivent. in 11 n'est raalheureusemeot pas rare do voir les savants obscurcir encore, par la confusion des mots et des idees, des suj'ets deja par eux-memes pleins de tenebres. Plu- sieurs auteurs , meme parmi les plus estimes , ont cru pouvoir dire indifieremment V organisation et la vie. Deux Hints sp.lnn p.wv nnnr p.xnrimp.r imp, senle et meme idee : moyen d / e 1 orga- i). Mais P deux idees , pour etre connexes , n'en restent differentes. Confondre la vie avec l'organisation , c'est assimiler Taction a Pagent , a Finstrument qui le produit et qui pent existcr sans elle : erreur de logique qui peut devenir une erreur de fait, et qui meme le devient dans plusieurs cas. P effet possibilite logique que l'organisation existe sans la vie , c'est-a-dire 1'agent sans Paction ; par consequent, qu'il y ait entre les corps brute et inertes, et les etres organises et vivants, des corps prives de vie comme les premiers, et pourtant organises comme les seconds. (1) « La vie n'est que le resultat de l'organisation, ou, pour mieux » dire, ce n'est que l'organisation, » (lit lui-meme Draparnaud, dans son Discours sur la vie et les fonctions vitales, Montpellier, in-8, 1802, p. 3. \ \ \ \ . \ ■ I • 60 NOTIONS FONDAMENTALES, LiV. I, CHAP. III. Existe-t-il do tels of res ? p * Oui, dit Bonnet; ear, selon lui , il existe une chaine universelle des tires clans laquelle ils sont tons, «hors » celuiqui l'afaite»; et tous, dans cette chaine, gradues, nuances, sans vide quelconque(l). Systeme ingenieux, mais faux, qui, en attendant qu'il soit expose et discute (2), se laisse deja appreeicr ici dans une de ses consequences. II fa ii t a Bonnet, aux confins de 1'empire organique et de 1'empire inorganiquc, un passage de 1'un a Fautre, et pour le trouver, le philosophe naturalise de Geneve se voit reduit a citer 1' 'organisation apparente des pierres feuil- letees, des pierres fibreuses, de l'ardoise, du talc, de I'amiante (3) ! Oui, dirons-nous a notre tour, mais a un autre point de vue, et d'apres des fails dim tout autre ordre, et qui, loin de porter atteinte a la distinction fondamentale de I deux empires de la nature, s'y rattachent et la fortifient ; s d'apres des faits qui nous montrent V organisation ou la vie n'est pas ou n'est plus , mais ou elle a ete ou pent Stre. Par ou nous saisirons, et plus nettenient peut-etre que par tout ailleurs , en quoi sont connexes et en quoi sent distinetcs ees deux idees : la vie et V organisation. . II est d'abord manifeste que l'organisation chez I'homme, chez Fanimal , chez le vegetal , ne cesse pas quand cesse la vie. Pretendra-t-on qu'un cadavre, fut-il ■ (1) Contempt, de lanat., Part, II, Chap, ix et x. (2) Voyez la troisieme partie de cette Histoire naturelle generate. (3) Contempt. , Part. Ill, CSiap. v. « De la truffe- a Famiante ou au talc, la distance ne parait pas I) grandi **> » dit aussi Bonnet, ibid., Part. IV, Chap, it. I* Atafaeso REGNES 0RGAN1QUES. 61 conserve intact, par excnvple, enferme dans un bloc de >laee , comme , pendant des siecles , l'elepbant de l'em- bouchure de la Lena (1) ; qu'un corps conservant encore sa forme etsa structure caraeteristiques, mais maintenant sans action propre, tombe an rang des corps brats, n'est pins qu'un agregat, plus complexe settlement que ceux-ci, ©t d'une autre origine ? Une consequence aussi extreme n a pas besoin d'etre serieuseroent diseutee. Pour nous en tenir a cet exemple , comment assimiler a un corps brut le corps naguere vivant, ou l'electricite pent encore produire une excitation transmise d'organe en organe ; dans lequel par consequent il faut bien admettre, apres 1'abolition complete de la sensibilile, du mouvement et de tons les actes vitaux, un reste d'harmonie et de solidarity? La mort, qui est la fin de la vie, n'est done que le com- mencement de la disorganisation ; et un etre ne cesse I pas d'etre organise, connne il meurt, a un instant donne. lei meme, de l'animal ou du vegetal a la matiere brute , la nature procede encore par transitions. IV. Dans un autre ordre de pbenomenes sont des fails plus deeisifs encore. Entre les corps bruts et les etres orga- nises et presentement vivants, ne sont pas seulement les i • (1) Vovez Cuviek, liecherches sur les ossements fossiles, 2 e edit.> %j 7 * f - I, p. 1 65 et suiv. — Cuvier a reuni, dans ce passage, les divers temples connus de grands animaux conserves en en tier dans la Slace, depuis la revolution geologique dont ils ont ete victimes. ■ 1 ne sont plus que des reunions de principes organiques chimique- )} ment sees, et la dessiecalion etablit une solution de continuite absolue, * entre la vie premiere des animaux qui nous occupent, et celle }) qu'une humidite nouvelle leur restitue. » (1) Voyez Chap. 1, sect, n, p. 6 etsuiv. ii. 5 ] ; • t \ \ NOTIONS F0ND4MENTALES, Lit. I, CHAP. III. 66 avant tout cette distinction quoi qu'en ait dit Bonnet , aussi trail Fondamentale , et que fondamen- tale : les corps bruts et non vivants ; les corpl orga- nises et vivants. Corpora congesta, nee viva; corpora organisata etviva (1). (1) Syst. nat. 9 loc. cit. * W* • •+* " * A .■• ■ c^ fcsibjB i vvv CHAPITRE IV. . ETUDE GEINERALE DE LA VIE. Sommaike. — I. Notions generates prelimin aires. De la definition de la vie. —II. Premier caractere general de la vie : Activite propre. — III. Conservation de l'etre organise an milieu de circonslances exterieures tendant a le detruire. Definitions de la vie par la resistance a la mort et par la resistance aux lois de la nature. Generalite de ces lois. — IV. Changement continuel de la composition intime. 11 n'y a point de matlere organique propre. Les corps simples les plus abondants dans les composes organiques, sont aussi les plus repandus dans la nature inorganique. - V. Modifications successive^ de Fetal general. flours de la vie. — VI. Identite organique. Individualile. nique. — VIII. Declin. Mort. Reproduction. La vie de Vespece est une vie sans declin. IX. Resume. Principales definitions de la vie. VII. Type qrga- i. Bep qu'elle f'- ^^^ -^^ r^r ^" ^ m ^ depuis l'origine de la philosophic, d nombrables definitions de la vie n'out cesse de se ] I duire dans la science : tantot expressions diverses d ^eme pensee, et, par consequent, reductibles les i ^x ptres : tantot differentes an fond aussi bien que < 7 lie; narfois nieme inconciliables. entre elles, coi s for tes systemes radicalement opposes dont s'inspiraien auteurs . U vraie , la meilleure definition de la vie serai nt elles derivaient, se sont effacees de la science, ri ep, d point perd I souvenir. La 4< ( histoire de la philosophic, qui est trop souvent celle des garements de Fesprit huinain, le soin de les tirer de oubli ou elles sont toinbees, heureusement pour leurs auteurs. C'est dans une sphere moms haute qu'il faut chercher les elements positifs de la science de la vie. Sa definition ne peut etre que 1 'expression concise des differences principales < fait apercev pie definition fait, au defaut d'unc definition de prineipe ; simple carac- teristique, que nous ne saurions toutefois reduire, commi ■ on le fait souvent encore dans les ecoles, a une indica tion sommaire des Dire de la vie rm'pl r . / pnetes fonctions e est la faculle de se mouvoir, de s reproduire et, pour une partie des etres vivants, de sentir ou encore, d'un etre organise, qu'il nait, croit, se repro duit et meurt, c'est enumerer, ce n'est pas definir. TouSi definition est une synthase, et il n'y a ici qifune analysi de h vie. -uie REGNES ORGANIQUES. 69 s les definitions trop metaphysiques et souvent trop hypothetiques des uns, et les definitions purement des- criptives des autres, y a-t-il plaee pour une definition ; i la fois exaete et generate, pour une definition qui rat- taehe a quelque fait eommun, a quelque idee d 'ensemble, les notions presentment acquises sur la vie ? Peut-etre ; ^ais n'en fut-il pas ainsi, ce qui importe a la science, c est que les faits soient etablis , et toutes les notions tehees entre elles, a l'aide de l'observation seule; qu'ils soient par la generalisation strietement logique des r esultats auxquels elle conduit, et sans 1 'intervention de toutes ces hypotheses conjectural es, de totis ces etres de raison auxquels ont si longtemps recouru les physio- logistes. C'est a ce point de vue que nous essaierons de nous 1 e « placer dans idme vegetative, de Chapitre. Le moment viendra ou nous oecuper de ce qu'on a si longtemps nomme encore a Mont- qu'on appelle pellier le principe vital , et presque pai la vitale ; pour pendant longtemp r estons sur dan rer des ex pi solide de la science posith s prematurees et illusoires t difficulte du suiet fit aha Le difficile que celui-ci ? De tous les mysteres de mature, c est ici surtout qu'Isis pe d plus impenetrable; et e, comme dans Plu- tarq (1) : « Nulle main mortelle n'a leve mon * voile ! n i * (*.) Inscription deSais, dans le traite A' his et Osiris. 1 • ■"' NOTIONS FONDAMENTALES, UV, K CHAP. IV * 1 u. r pr allons apercu 8 etudier d general des i"\ • que maniere plus appro fondie, nous avons ete conduits a caracteriser Fetre vivant par la faculte d'exercer une action interieure et exterieure produite par lui-meme ; d'ou Yactivite propre des corps organises, opposee passivite ps morg done pas propre. Nulle possible sans le concours du monde de ■ En lui-meme est le principe de cette activii nan produite, par le milieu dans lequel elk en depend, par consequent, mais qui n'en derive pas D'ou il nous est facile d'interrompre la vie d'un etre J anise, en modifiant les conditions dans lesquelles elle s'accomplissait, tandis que nous n'avons aucun moyen d'obtenir, d'une combinaison quelconque des corps bruts et des agents physiques dont nous disposons, la moindr etincelle de vie. Ou est la source de l'activite propre des etres orga- wises? Pour chacun d'eux, et des son origine, dans ceux qui I'dnt immediatement precede, lesquels a leur tour, precedes par d'autres, ont de meme recu d'eux la vie avec (1) Voyez Chap. IU, mi. \\ ...■'.•.; fr-stae les premiers ORGAN IQIJES. l'organ r s. I i ion, el ainsi suite, jusqu a la source premiere; e'est-a-dire, jusqu'ou la science ne saUrait remonter. Tout ce qu'elle pent dire, c est qu'il n'est pas nil seiil fait aUthentique qui, jusqii'n ce jour du moms, demente ce resultat de l'o v : la vie i gend Q vitale n'est-elle i de cette activite ? T ite de toutes les acl t reactions de la matiere qui compose les etres orga- lises ? Est-ce Taction elle-meme de 1'ame sur le corps ? El hez l'homme seul, ou aussi chez les animaux? Ou meme, l'ont voulu tant d'auteurs, chez tous les etres ' Ou bien encore faut-il admettre un principe vital, eomme a Ibis du corps et de 1'ame? Quest plusieUrs desquelles, apres tant de siecles, la discussion . -\, d'etre close ! heureusement l'exnlication des faits vitauj a vitaux, ne Test nullemenl par consequent a la demonstration f ta l'activite propre des etres organises. Aussi vitalistes et. noii-vitalistes sont-ils ici d' accord ! point unique de a partir duquel commence divergence des opinions ; encore, ici meme* les deux e a fond commun de formes si differentes qu ■ sont souvent combattue^ la meme ou En quelques termes qu'on l'exprime Muelque interpretation qu'on en donne, comment ne pas reeonnaitre, en derniere analyse, ce fait fondamental ? Les ganises presentent deux genres de phenomeUes i par d'actions ! des phe ^ . ques, physiques, chimiq Li ^■IW ! i /2 NOTIONS FONDAMEHTALE8, LIV. I. CHAP. IV. aux lois qui regissent aussi les corps brats; d'autres c'est de beaucoup le plus grand nombre, ou une act d'un ordre special associe ses effets a ceux des actio ou, comme on dit, des forces et des affinity ordinair C'est cette action speciale, ne fut-elle qu'un derive meme une forme de celles-ci, que nous appelons vit; que nous disons propre aux etres vivants et earaetei aussi elle finit. laquelle III. . est Get instant supreme ou elle s'eteint , ou elle laii champ libre aux forces et aux affinites ordinaires preeisement celui ou nous apprenons le mieux a la naitre. Nous assistons en quelque sorte ici a l'analy la vie. Entre ce corps maintenant inej dont la decomposition commence, et doue de mouvement, chaud dans une atmosphere froide, dans lequel se maintenaient, en presence les uns des autres, et sous la triple action de l'air, de l'humidite et de la chaleur, une multitude de composes instables; entre le cadavre, a un moment, voisin de la mort. p,t pp mt*^tait te , deja refroidi , cet etre naguere r heure l'animal, ou done est la difference? As , ni dans la matiere. ni dans les oirpnnstnn exterieures. La meme matiere, dans les memes circoi stances, en presence des memes agents physiques, pe etrele theatre des phenomenes les plus differents : ici l'e tretien, la conservation de l'etre organise; la sa decomp t.^K e j R&GNES ORGANIQUES. dest y a done autre chose vie < ? A que cette matiere qu'elle anime, et que ces circon- 'es exterieures qui sont les conditions de sa duree , m elles cessent, elle cesse aussi; mais qui n'en sau- causes efftcientes , puisque la vie peul * plus ou elles sont. encore. Si bien que, ne pou- w nous faire une idee exacte de ce qui constitue l'ac- propre de l'etre organise, nous Fapercevons pourtant raient etre les titude dans ses effets , dont le pi r I, et (huh q U1 resume tous les autres , est la conservation de l'etre 'g au milieu de circonstances exterieures tendraient a le detr - D'ou cette definition donnee par Stahl il y demi : . La mnsArvatifm * du melange corruptible dont noire » ps est for 1 » D'ou encore ces definitions si souvent reproduces flepuis un demi-siecle, et dont on a tant abuse ; definitions 4 lu ne sont, au fond, que des formes modernes de celle de Stahl : - « La vie est la faculte de resister aux lois generates de la )} nature (2) » ; ou encore : la resistance a toutes les causes (1) Theoria medica vera ; De vita et sanitate, edit, de Leipzig, 1831, t T l - h p. 2 k 28 et suiv. : — « Hie est ille respectus quo corpus, quatenus * simpliciter mixtum, opponitur et contradistinguitur corpori qua- * tenus vivo. » * Vita seu negotium conservations mixtionis » , es Wl dit d'une maniere plus concise, dans la Brevis repetitio, mem.e v olume, p. 480. (2) C'est la definition adoptee par la plupart des disciples de Cuvier, HUi ont cru suivre ici fldelement leur maitre. Mais Cuvier avail fait ( tes reserves, il est vrai, trop pen explicites dans le passage meme dont u. 5. 1 1 I w Ih NOTIONS FONDAMENTALES. L1V I. CHAP. IV. physiques de destruction ; la resistance a la mort (-1), comme a dit Bichat, dans un passage justement eelebre, mais en des termes trop concis pour etre clairs, et aux- quelson pent reprocher au moins l'apparence d'un cercle vicieux 9 \ ■ r Resister aux forces et aux affmites ordinaires, est-ce, pour les etres organises, n'en pas ressentir l'influenee, pt D Ceux qui, abordant eette question dans son ensembl posant en termes generaux , trop souvent vagues ou equivoques cm poi considerer les etres orga- comme affranchis des lois qui regissent les corp s bruts, n'eussent pas commis cette grave erreur, s'ils se sont inspires ses disciples. Le void textuellement : « Notre propre » corps, et plusieurs autres qui ont avec lui des rapports de forme et n de structure plus ou moins marques, paraissant resister, pendant » un certain temps, aux lois qui gouvernent les corps bruts, et mcme » agir sur toutce qui les environne d'une maniere entierementcon- » traire h ces lois, nous employons le nom de vie et de force vitale i) pour designer ces exceptions, au moins apparentes, aux lois » generates. » (Premiere lecon de YAnatomie comparee, t. I, 1800, p. let 2.) (1) Recherches physiologiques sur la vie et la mort, 1800, p. l.| Voici textuellement la definition de Bichat : « La vie est Tensemble » des fonctions qui resistent a la mort. » « Tel est, en effet, ajoute-t-il, le mode d'existence des corps r) vivants, que tout ce quilesentoure tend a les detruire. » On verra plus bas (note de la page 100) que Lamarck a lui-meme adopte en partiela definition de Bichat dont il s'eloigne surtant de points importants. (2) « Car c'est par la vie que la mort doit se definir. » (Henri Martin, de Rennes, Philosophie spiritualise de la nature , Paris, 18A9, 1. 11, p. 172.) ■ T1 -«at.slQ.e I REGIES ORGANIQUES. 75 che moins opposee de lis ont dit vitalise le plus pris la peine de la de composer et de la discuter, an lieu d< Jk ancher apres l'autre les divers problemes par culiers dans lesquels elle se resout, eut dit eun d'eux. Et comment s'y refuser? Un organise 1 ehaud dans un milieu froid : est-ce a dire qu affranchi des lois de la transmission de la chaleur par yonnement? Autant vaudr affirmer aussi d'un corps brut echauffe par une reaction chimique interieure, ou par un courant galvanique. Un animal saut, a distance du sol : est-ce que re a cesse d'exister pour lui ? Pas plus is magnetiquement ou electriquement par un pour attire ou repousse en sens contraire de Taction de pesanteur. Dans les deux exemples que je viens de cit la temperature de retre organise, la hauteur et la dir toon de son saut, sera perdu, selon les lois ehaleur dont le ibver ce qu gique par en lui, s'il n'eut ete, a tou instant, attire vers le sol? La reponse douteiu exempl pour person ne. Et de meme dans tous le k. s tous, il \ pas substitution aux actions ordinaires d 'ieure propre, mais combinaison de celle feste j n en 1 action premieres ; en sorte qu'il s'y produit des effets mixtes qu'on peut considerer, selon les cas, comme des resul pies diffi II IV v a dc P^ temp in » j : \W* ■ ■ NOTIONS FONDAMENTALES. LIV. I, CHAP. IV. seigne , A comme on l'enseigne encore dans quelqu des lois particulieres aux corps bruts, d'autr anises et vivants : une physique inor physique organique, profondement sepa (1). La nature a ses lois g a son empn doue d'une activite pr ;; les etres organises subissent encore cedent pas. II n'y a qu'une ph s i I V . -. G est parce que vivre, c est agir, que vivre, c'est aussi changer. L'inertie est la perpetuite indefinie du meme etat : si une cause exterieure n'intervient pas, le mineral est aujourd'hui ce qu'il etait hier ; il sera demain , dans un an , dans un siecle , et toujours, ce qu'il est aujour- d'hui. L'animal, le vegetal, en tant qu'etre actif, a, au contraire, par lui-meme, l'aptitude a se modifier; nous ■ voyons, en effet, qu'il ne cesse tie se modifier qu'en ces- santde vivre. Non-seulement il change dans son ensemble < m passant d'un age a un autre, c'est-a-dire a plusieim s reprises, de loin en loin ; mais aussi dans sa composition mterieure, chaque jour, chaque heure, a chaque instant. II est le siege d'un travail intimc et incessant, dont la succession des ages n'est que le resultat longuement ■ (1) Ge point a ete tres bien traite, a quelques egards, par M. Auguste COMTE, Cours de philosophic positive, /|0 C lecon. Voyez t. Ill , 1838, \). 269 et suiv. I r* REGNES ORGANIQUES. 3 prepare; travail si essentiel a la vie que quelq v S/i( ne Test pas, il en est du moms, apres l'activite propre, le caraetere principal, se retrouvant partout ou est celle-ci, comme a cote d'une cause son effet le plus general. Ce caraetere, resultant de toutes les actions exercees 'sur le monde exterieur et sur lui-meme par l'etre orga- inse, e'est la continuelle modification de sa composition i instant, des maferiaux etrangers sont dans son organisation , et il les fait propre sub introduits Dai / • iproquement, des par de stance sont eliminees, et lui deviennent etrangeres. Si bien que ce qui est lui aujourd'hui ne Fetait pas hjc r, ne * pas domain : peut-etre, dans un temps dq \% restera-t-il pas un tuaient d'abord. Si bien des ■ me temps qu'ils changent rapidement leur composi- i, aiterent lentement celle de leurs milieux ambiants, - ■■ 7 fatmosphere, des eaux, du sol, dans lesquels, en effet, puisent et versent incessamment. Echange perpetuel C wyx ^ y«*jv; vua U«, J COC1 VUJ1 UU1IIH1U11, 1JU1 Ut' 10UI" abandonne pas, qui leur prete settlement les elements Passagers de leur existence ; flux et reflux perpetuel des molec tour a tour p pi veritables transmutations de la si le theatre n'en et; i points de notre corp Ce qui caraclerise ;lles qu'ont reyees * paraitraient telles, ! , sur chacun des 5 haque instant de g done pas * J M *+*"** *^~ 78 NOTIONS FONDAMENTALES, L1Y. I, CHAP. IV. *) la nature des elements materiels qui le composent. II n'y a pas, a vrai dire, de matiere organique (1 ) ou vivante (2), de matiere propre aux etres organises, a plus forte raison a tel elre organise en particulier ; mais une ma- tiere commune a tous les regnes, dont les elements, aptes a jouer dans la nature les roles les plus varies, forment, par leurs combinaisons les plus complexes , ce que nous appelons les composes organiques (3 (1) Matiere organique, Buffon. Voyez plus bas, note 3. (2) Lebensmaterie , comme ont (lit plusieurs physiologistes alle- mands, particulierement Treviranus, Biologie oder Philosophie der lebenden Natur, 1823, t. II, p. hOk. (3) Pour les vues contraires de Buffon, voyez surtout son Histoire naturelle, t. II de la grande edition in-i de rimprimerie royale, et particulierement, dans ce volume, la recapitulation de 1' 'Histoire des animaux, ibid, p. Zi20; Voy. aussi t. VI, p. 87. Plusieurs physiologistes illustres ont encore admis de nos jours la matiere organique et productive de Buffon ; cette « matiere conti- » nuellement active par laquelle tout etre vivant jouitde la vie, etqui, » bien qu'immuable dans son essence, est cependant variable dans sa » forme. » Ce passage est de Treviranus, loc. cit., t. II. p. 403, et il est adopte par Tiedemann, dans le remarquable Parallele des corps vivants avec les corps sans vie, qui forme la premiere partie des pro- legomenes de son Traite de physiologic Voyez Liv. I, traduction francaise de Jourdan, p. 110 et Hi- L'impossibilite ou sont les chimistes de former, en l'absence de la vie, des corps de meme composition que ceux qui se produisent habi- tuellement chez les etres organises vivants, prouve-t-elle, comme on l'a pretendu, Texistence d'une matiere organique propre a ces etres? Nullement. Cette pretendue impossibilite pourra d'ailleurs cesser dans un etat plus avance de la science. Deja meme elle n'est pas absolue, puisque les chimistes, depuis M. Wohler, savent faire de l'uree dans leurs laboratoires. M. Berthelot vient aussi de leur apprendre (jan- vier 1855) a faire de Falcool - ""^rtatfthfi RE45NES ORGAMQUES. 79 Et il est meme a remarquer que ceux qui pour la plus grande part a former ces ces composes, sont precisement ceux qui jouent aussi Je plus grand role parmi les composes inorganiques. L'oxygene, l'hydrogene et le carbone, d'une part; de l'autre, ces deux gaz, le carbone etl'azote, associes ensemble, donnent la presque totalite des principes immediafs vegetaux et animaux. Ces qualre memes corps sont precisement ceux qui, a l'efat de me- lange et par deux de leurs combinaisons, forment l'atmo- sphere tout entiere de notre planete. Ge sont eux encore qui constituent en grande partie son ecorce, ou l'oxygene surtout se retrouve dans presque toutes les roches, et com- posent son enveloppe liquide. Les deux premiers, en parti- 24 d'eau, pour les — dans position de cette enveloppe, immensement etendue su r face ent profonde ; de esque egale aux it dont l'epaisseur cette envelopj3e dont la trois quarts de celle du n'est pas inferieure, en moyenne, a un myriametre. Les corps les plus repandus dans la nature organique sont done aussi les plus repan- dus dans la nature inorganique , et l'oxygene est , entre tons les gaz et sans nulle comparaison possible, l'agent principal des pbenomenes cbimiques produits au dehors aussi bien qu'au dedans de nous. Ainsi, de meme que les etres or dans des conditions speciales, a l'empire des lois gene rales de la nature, de meme ils sont composes de la ma ?e toutefois dans des combinaison d'un ordre special. Et, comme ou est la meme matier 6 a b necessairement memes proprietes, apres I ■ ■^■K -_ ^^ ^ kd.Bl r ™ ■■ .^^^^■P'^B-M I .i NOTIONS FONDAMENTALES, LIY. I, CHAP. IV. ■ n'y a qu'iine physique, nous sommes en droit d ! ii - • , tout en tenant eompte de 1'activite propre des organises : tl n'y a non plus qu'une ehimie. V de la matiere k travers les eires organises a etc souvent compare par les physiolo- gistes a uh tourbillon. Quel est le premier auteur de cettc araisoh? Jel'ignore; mais, depuis longtemps, elle a ill fortune parmi les physiologistes et les naturalistes, et lift' guere de livres, de livres elementaires surtout j ou elle lie se trouve reproduce ; tellement que ces mots, un pen etonnes d'abord de se trouver ensemble, le tour- billon vital, ont fini par passer en usage. On a (lit aussi, r 6t bien plus aticieririement, le cours de Id vie , par com- * paraison avec le cours d'nn fleuve , et ni cette image ni cette expression he doivent sWacer, soit de la langue gage vulgaire; car il n'en sau- e, soit ni de plus simples ni de plus justes. La vie h'est pas tine action, on mouvenient qui revienne, qui sur lui-meme : elle a un commen- sans ement et une fin, et de l'uri a Y determine , m pe ralci qui rentraihe , .. ce dh renotive dei la vie , ei ent continuel de e une direction * suit, elle apide d'abord, Ce mouvenient pecistem dS ce qu'on a appe 1 e b melne # ■ a-din > vital : ; ' n ^ut^\\( REGNES ORGANIQUES. dire . il est la resultante de 81 tude de tourbillons qui dans points leur existence. ^M A la rigueur, la perpetuite d'un ensemble (1) n'est, pas inconeiliable avec la mobilite des elements qui Ie eomposent. Ce mouvement incessant d mi nous frappe tout d'abord et d ( - organises , pourrait etre tel que , renouveles d en instant dans leim ependant la i composition inlime, lis conser- molecule de meme s it remplacees meme nombr des molecules -J / fois etabli. subsisterait : la vie serait un tourbillon perpetu mobilite des parties entretiendr rait le meme ensemble. La vk aurait pas d'dges; elle po P T de cours; il n'\ pas de fin (2 Mais ce r emplacement molecule par dans 1' organisation que localement et localement et temporairement. 1' absorption predomine, pendant temps plus ou moins long, sur remission : il est pris monde exterieur plus qu'il ne lui est rend selon i'accroissement plus ou moins rapide de l'etre, 1'intensite du mouvement vital. Plus tard la compen ■ (1) Ni meme sa fixile, et c'est pourquoi j'ai considere com me ime consequence de Tactivite propre, non le changement de Tetre, mais son aptitude au changement. (2) G'est ainsi que se perpetuent indefiniment les especes animates et vegetates qui peuplent la terre. Voyez plus has, sect, vra, p. 92. ir. I ! ' 1 I J- ■! ' " '" r 82 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. IV. sation s'ctablit, ou bieo encore alternativement remis- sion est en exees sur l'absorpiion, et l'absorption sur remission, jusqu'a ce que celle-ei prenne defmitivement le dessus. L'etre organise, perdant desormais dans un ecbange inegal plus qu'il ne prend autour de lui, lentement , dans sa vieil- lesse, cette restitution de la matiere commune, dont commence graduellement et la mort n'est que le dernier terme et l'inevitable com- plement. II y a done, sinon sur tous les points de l'organisation et a tous les instants de la vie, du moins tres generale- ment, de ences de quantite , et aussi de qualite , entre les elements introduits et ceux qui sont elimines par les actes vitaux. Differences insensiblcs, si Ton com- pare un etre avec lui-meme a deux instants rapproches de son existence, mais tres marquees apres quelq ues an- nees, quelques mois ou meme quelques jours, selon les espeees, et dans la meme espece, selon les ages. D'ou, au lieu d'un etat stable d'equilibre et d'harmonie , tine succession plus ou moins longue d'equilibres instables, d'harmonies passageres; par consequent, dans une seule vie et chez un seul et meme etre, plusieurs modes de vivre et plusieurs etats organiques profondement differents. lis peuvent meme l'etre a ce point que nous n'apercevions entre eux aucune analogie : par exemple , lorsque nous comparons les etats les plus voisins de la de l'etre avec ceux dans lesquels il est en possession de la plenitude de son existence , ou deja sur sondeclin. Ne disons done pas, avec Cuvier, que, dans les etres UEGNES ORGANISES. 83 ' organises, « la matiere change sans cesse et la forme s< » conserve (1). »Tout change : la structure, la grandeur les proportions, la forme ; moins souvent, il est vrai, que 1; mahere: il n'est pas un etre qui n'ait ses metamorphoses au moins pendant une partie de sa vie, comme ses trans nmtations durant sa vie entiere. ? VI . « L'existence », dit iVl. de Humboldt dans un curieux ecrit de sa jeunesse (2), « n'est qu'un point de depart >} d'ou chaque chose s'elance a des combinaisons nou- » ve . La matiere inerte, animee par la for passe able de generations, et * la meme substance peut-etre a servi d'envelopp * prit divin de Pythagore, Par cela, en el'iet, que d able existence (2>) A peu a peu de possible que ? & aduellement dan (1) Rapport historique sur les progres des sciences naturelles, in-8, 18 10, p. 200. — Cuvier a reproduit ce passage dans plusieurs de ses ouvrages, mais en le modifiant. Dans le Regne animal (Introduction), *' se borne a dire : « La forme du corps vivant lui est plus essentielle ,} ( iue la matiere. » (2) La force vitale ou le genie rhodien, publie d'abord en 1795, dans le journal Les Heures, dirige par le grand poete Schiller; plu- sieurs fois reproduit en allemand et en francjais. Voyez les Tableaux &z la nature, traduction de if. Galuski, 1. 11, p. 291. (3) M. de Humboldt place ces paroles dans la bouche du poete et Philosophe pythagoricien Epicharme. i • ■ H. * - • 11" ' II c fl NOTIONS FONDAMENTALES, L1Y. I, CHAP. IV. ■ etre, soit de meme cspece, soit d'une espeee (liricrenlc, elle finit par etre tout entierc en lui. Hypo- these extreme sans doute, et dont la realisation est hors de toute probability , mais propre a poser nettement et sous son veritable jour deux questions souvent obscur- eies par les efforts memes qu'onfaisait pour les eclair- cir : celle de Yidentite, et, eomme consequence, celle de individuality organique . II v a deux genres d'i plutot l'id prouve de deux manieres : par la permanence de la des memes propr • / A f identite de 1'etre qui ne change pas : et , au defaut de la per de la matiere, par la continuite de l'existence, ma- par une suite de phenomenes derivant d'une autres, se deroulant par des deter deux genres d'identite, le second est le seul qui appar dont position in time n'a rien de espr ne plus de doute sur l'identite d dansle premier. C'est ainsi, par exemple frappent nos yeux, , malgre toutes les differences l'unite d'un fleuve dans tout son qui , partout ou il peut etre justement plove, exprime a la fois le continue! chang de l'ensemble, la diversite cessrve fondam des rives qui, pen a peu abaissent, et fmissent par changer completement d pect; n'est-ce pas ce que nous montre chacun de ces ^^^^^^^^m . :"■ ■' '-'- '•-■ ■ <\\Q REGW ES OKGAMQL liS . 85 Parfois fleuve abandonnc de lieu comme de position et d'aspect, et tel que, compare sur deux points eloign.es, il ne se ressemble plus en rien a lui-meme : toujours lui cependant, tou jours identique, parce que c'est I tine seule et meme existence continuee dans le temps et espace du lleuve est encore ici ['image fidele di de Tous les corps organises t dire ou'ils sont a la fois, de epoque , de leur existence, visiblement autres , et nean- ssentiellement les memes. Qu'y a-t-il de commun entre le jeune embryon et le mammifere ou l'oiseau adulte? entre l'ovule et la jeune chenille, entre celle-ci etle pa- pillon? Comme matiere, comme composition intime, rien; comme conformation , comme action exterieure, rien de plus que les conditions generales de l'organisation et de V Mais develo[ ment; il est plus encore : une manifestation ulterieure de la meme activite propre ; par consequent, toujours lui. Et de meme pour toutes les especes animales et vege- tans (2) . La succession des etats sous lesquels se presente (1) Etpour l'homme, ditPLATON, dans le Banquet, « non-seulement » le corps, mais l'ame change aussi bien d'habitudes, de moeurs, » d'opinions, de desirs, de plaisirs, de chagrins, de crainte : de toutes » ces choses, nulle ne demeure la meme. » (Traduction de Platon par M. Cousin, t. VI, p. 309.) (2)- Sans excepter celles dont la vie peut etre suspendue. Son inter- mittence meme, chez les singuliers animaux et vegetaux dont j'ai l I parle (Chap. Ill, sect. IV), n'exelut pas l'identite de l'etre ; car, a pro- prement parler, ce n'est pas une existence nouvelle qui commence a chaque retour de la vie, c/est r existence anterieure qui recommence. Le cours en etait interrompu ; il reprend, et dans des conditions qui derivent necessairement de celles ou Tindividu avait autrefois veeu. Supposez, par exemple, qu'on ait soumis a Taction du froid et eongele un batracien blesse ou malade : quand la vie reprendra, Tanimal se retrouvera necessairement blesse, malade ; peut-etre mourra-t-il de eette lesion produite dans une existence anterieure! Dans ces cas, physiologiquement si remarquables, il n'y a done pas, a proprement parler, plusieurs vies, maisbien plutot une vie en plu~ sieurs temps, en plusieurs actes. (1) Comme pour lui-meme s'il a conscience de son existence, de son moi. Mais je dois me tenir dans la generality des notions applicables a tous les etres vivants, et laisser de cote ce qui ne serait vrai que de Fetre intelligent et ayant conscience de lui-meme. La question de l'identite, en ce qui concerne Fhomme, a ete d'ailleurs si bien et si souvent traitee par les metaphysiciens, qu'il serait supertlu, Finnic hors de propos, de la reprendre ici. 86 NOTIONS FOjNDAMEINTALES, L1V. 1, CHAP. IV. im etre organise, les modes de vivre qu'il possede tour a tour, ne constituent pas plusieurs etres, plusieurs vies, mais un etre unique, quoique plusieurs fois transforme , mais le cours d'une seule vie, toujours la meme pour notre esprit (1), quoique autre pour nos yeux; identique par consequent; car l'identite, e'est precisement , seldn la delinition la plus usitee en metaphysique, « ce qui fait que » deux ou plusieurs choses ne sont qu'une, ou sont com- » prises sous la meme idee. » L' individuality organique, qu'on a souvent confondue avee l'identite de l'etre organise, s'y rattache du moins par des liens intimes. Qu'est-ce, en effet, que rindividua- lite? a Ce qui fait, disent les metaphysiciens, qu'un etre » a une existence distincte des autres etres. » Or il est clair ■:>- ■ •T-U rwohSiKe I RECxNES ORGANIQUES. 87 que F existence d'un otre organise, si elle est toujours elle, si 1 on peut en suivre le cours a travers toutes ses trans- formations, est, par cela mcme, distincte de toutes les autres, c'est-a-dire individuelle. D'ou Ton voit que la notion de l'identite et celle de l'individualite organique sont en quelque sorte, sous deux aspects diffcrents, une seule et mcme notion : celle de la permanence de l'etre, aussi longtemps que subsiste son activite propre, et quelle que soil; la matiere dont il se eompose moinentanement (i ) . vii. Si vivre, « c'est en meme temps changer et demeurer ■ » sans cesse (2) » j si un etre organise , bien qu'entiere- ment renouvele dans sa substance et completement trans- forme, reste pourtant le mgme individu, il y a necessai- ■ rement en lui quelque chose de superieur a toutes ces combinaisons qui le constituent lour a tour, a toutes ees appar sous lesquelles presente a nos gards Ce n effet , que les manifestations (1) L'individualite, chez l'etre organise, resulte d'ailleurs directe- ment de la solidarity de toutes les parties entre elles, et de la relation uxquelles personne n'a jamais cru, et des chimeres d'al- uhimiste, auxquelles personne ne croit plus. Vor potable v &ut aujourd'hui Yeau de Jouvence. Les etres organises passent done plus ou moins rapi- dement a la surface du globe, comme, en eux, les mole- cules qui les composent tour a tour. Mais , de meme f iue celles-ci ndues au monde f • des d'autres viennent les remplacer dan organises, de meme l'individu. d; s dre eneral de la nature, ne cesse pas de vivre, sans avoir , lui aussi, remplace par d'autres qui tirent de lui leur gine; en d'autres termes, sans s'etre reoroduit. De la. de rindivid de Vespece It t )gie de ces denominations est justifiee par l'ana- presentent les deux vies sous plusieurs points de Non-seulement l'espece, comme Findividu ! d'elemp/nt.s snna P.P.SSP. rftnnnvpilp.s* mni« I; mobilite teme de ces elements realise et entretient le type, ce leme type sur lequel se modele a son tour cbaque indi- 'du, et elle n'exclut nullement Yidentite. On pourrait ; ■ I . 92 " NOTIONS FONDAMliNTALES, UV. I. CHAP. IV. i de 1'espe meme :haneer et d IX » ch Mais ici les analogies s'arretent, et une difference capi- e se presente. L'individu ne varie pas settlement, a aque instant , dans sa composition intime , mais aussi e en age, dans sa composition geuerale, dans son etat, par suite dans le mode on le degre de son action vitale. ., r *i _1 I _i: _ i lait, il pro lerme de tous ces changements d'etat, un peu ou i pea plus tot, selon la rapidite du apres des annees, des jours, des i dc de de la vie individuelle Les especes aussi / • porte plein de i po fa udra 3 d de ces grands phenomencs cosmiques qui , de changer la face de notre pi des lend a rester t niment dans 1'individu, se ralentit, puis s arrete necessaire t de lui-meme, est pour elle, si rien ne vient le trou , unilbrme et perpetuel. La reproduction est une conti (1) Voyez p. 87. (2) Le cours tout entier de la vie est souvent de moins d'un jour chez les coprins des fumiers. (3) A part la destruction possible de quelques especes par l'homme. Mais il s'agit ici de modifications trop petites, eu egard a la grandeur de l'ensemnle, pour qu'H y ait lieu d'en tenir coinpte dans cet expose ■ general. I * M Min i -'"h c ir !\l HEGNES ORGAN 1QUES. 95 nuelle renaissance de J'gspeee j les individus qui meurent y etant sans eesse remplaces par d'autres, ce qu'elle gagne eoinpensant ce qu'elle perd, elle reste tou jours composec de sujets jeunes, adultes, vieux, sans qu'elle- meme suit jamais jeune ou vieillc. Ni progres, ni apogee, nj deelin, jrmine. Les espeees vers un terme restent done indeiiniment ce qu'elies sont, « toujours >j toutcs neuves », comme le (lit Imffon ; « autant aujour- » d'hui qu'elies l'etaient il y a trois millc ans (1). » Quand une espece perit, e'est done toujours par une cause cxtcrieure. S'il est pcrmis de comparer un des grands fails do Fhistoire du monde a un de ses plus petits details, elle s'eteint comme l'individu frappe dans sa jcunesse et sa force, non (.'.omme celui qui s'ar epuise au bout de sa carriere. La vie de l'espece differe done essentiellement de la vie individuelle par ces deux grands caracteres, qui derivent l'un de l'autre : permanence du type, de ce type dont chaqne individu, dans son etat de perfection organique , est, sous nos yeux, comme un exemplaire vivant; per- petuite indefmie d'unc existence dont chaque vie indi- vidu elk J comme un point dans l'espace, comme on instant dans la duree. IX. 8 I i \ i I Tels sont, degages de toutes les hypotheses qui les ont si longtemps obscurcis, les caracteres cssentiels de la vie. (1) Hist, nat., t. II. Ce sont les dernieres lignes des generalites de YHuloire des animaux. I ? 9k NOTIONS 1'ONDAMENTALES, L1V. 1, CHAl>. IV. Plus manifestes ou elle s'exerce plus activement , moins apparents ou elle se reduit a un -moindre nombre de phe- nomenes, ils sont neanmoins partout ou elle est : chez le plus humble vegetal, chez le dernier animalcule, comme v chez l'hommelui-meme. Sur eux se fonde toute notion a la fois positive et generate de la vie. La discussion des innombrables definitions tour a tour proposees le prouverait surabondamment. Toutes celles qui tendentau dela sont hypothetiques, etpourraient egarer ceux qui les prendraient pour guide; toutes celles qui s'arretent en deca sont incompletes, et ne sauraient nous *\ suffire. D'un cote, plus que les faits; moins, de l'autre : erreur des deux parts. Resultattrop bien constate, apres tout ce qui precede, pour que je m'arretc ici a l'etablir. Entre les auteurs qui ont essaye de donner une defini- tion generate et positive de la vie, les uns se sont attaches a n'omettre aucun de ses caracteres essentiels ; les autres, etc'est de beaucouple plus grand nombre, ontpense, non , qu'il pouvait suffire , en rais que de tons ces caracteres, d Pi les r * dei rattachant d'une maniere plus ou moins directe. De la, dans la science, plusieurs definitions tres differentes, dont quelques-unes ont joui ou jouissent encore d'une grande • , / d Chapitre, sans le laisser historiquement incomplet. Elles en sont, d'ailleurs, comme autant de resumes tout faits, et d'autant plus precieux a recueillir qu'ils le sont a divers points de vuc, et quelques-uns de main de Pour un tres grand nombre d'auteurs, c'est le renou- ,H B< tsUaff. KEGNES ORGAMQl'ES. 95 vellement continuel de la matiere dans les etres vivants, pose comrae le fait princi 5 autres. Idee aussi ancie meme; car il faut pour en premier auteur (1 effacee de la physi jamais reprise de nos jours, et en ont fait la base de la definition de la vie, sont Cuvier, Ampere, Blainville : noms illus- tres, apres lesquels il serait superflu d'en titer d'autres. Tous trois, Cuvier et Blainville eux-memes, si souvent adversaires, sont ici pleinement d'accord sur le fond ; la forme seule difiere : ■ « La vie, dit Cuvier, est la faculte qu'ont certaihes » combinaisons corporelles de durer pendant un temps » et sous une forme determines, en alterant sans cesse, » dans leur composition, une partie des substances envi- » ronnantes, et en rendant aux elements des portions de » leur propre substance (2). » « La vie consiste, dit aussi Ampere, dans les change- » ments continuels par lesquels passent necessairement » les etres qui en sont doues, en recevant sans cesse les » nouvelles molecules destinees a entretenir leur exis- » tence , et en en perdant d'autres devenues super- » 'flues (S). » (1) Voyez Hoefer, Histoire de la chimie, 1. 1, p. 72; 1842. (2) Regneanim., L I, l re edit, p. 13; 2 e edition, p. 11. C'est immediatement apres cette definition que Cuvier ajoute : « La vie est done un tourbillon. )> J'ai cite precedemment la premiere legon de YAnatomie comparee, oil Cuvier expose d'autres vues sur Faction vitale. Voyez p. 74. (3) Essai sur la philosophic des sciences, t 1, 1834, p. 219. W ! ; i 96 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. IV. De meme encore, pour Blainville, ce qui « constitue la » vraie nature universelle (1) » de la vie, c'cst un « double » mouvement intestin , a la fois general et con tin u, de » composition et de decomposition (2). » Lumineuse et philosophique definition, dit M. Auguste Comte, ici lidele disciple de Blainville ; definition exacte , dirai-je a mon tour, mais non philosophique ; car elle ne nous montre la vie que par ses effets les plus apparents. Ni I'activite propre ni l'identitc ne sont ici exprimecs; 1'une et l'autre sans doute sous-entendues , non omises; mais peut-il suffire de sous-en tendre a la fois deu\ caracteres aussi essentiels de la vie dans sa definition generate ? les Allemands, Scheming surtout, ne l'ont pas pense. Sans pretendre s'elever jusqu'a la cause elle-meme de la vie, ils ont voulu remonter a ce qu'on pent appeler la cause immediate des effets qui se manifestent a nos yeux, jusqu'a l'activite propre. « Le caractere fondamen- » tal de la vie, dit Schelling, consiste particulierement en » ce qu'elle est une succession retournant en elle-meme, fixee el entretenue par un princip 3) . * Defi on ou l'auteur s'inspire evidemment des vues celebre Kant sur 1 .'organisation (4)| trop metaphysique peu( (1) Expressions de M. Comte, loc. cit. 9 p. 295, et non de Blainville. Voyez la note ci-apres. <2) Auguste Comte, ibid. C'est dans ses cours (et non dans l'lntroduction des Principes d'ana- tomie comparee) que Blainville a donne cette definition, recueillie et publiee par son eleve et ami, M. Comte. (3) Schelliing, System des transcendentalen Idealismus, Tubingue, in-8, 1800; traduction de M. Grimblot, Paris, in-8, 1842, p. 200. (4) Voyez p. 57. a ■ - * . 1 , t . -*y *r\Q tell© RECNES ORGAMQUES. 97 etre, si la precedents ne Test pas assez, mais dont la pensee n'a besoin que d'etre eclaircie, non rectified. Si l'identite, ici encore, n'estpas exprimee, elle est dumoins suffisamment indiquee, la notion de 1'activite propre im- pliquant celle de l'identite; si bien qu'il pourrait suffire, pour obtenir une definition satisfaisante de la vie, de traduire celle de Schelling, de la langue de la philosophie - transcendantale , dans le langage ordinaire de la philoso- phie et de la science (1). Schelling et Cuvier se retrouvent , comme on 1c voit , dans la definition de la vie, ce qu'ils sont dans l'ensemble de leurs doctrines, partout opposees (2). Cuvier s'en tient au fait ; Schelling cherche au fond des choses une notion plus vraie. Mais le premier sait etre simple et elair; sa definition est elementaire : elle prend place dans science. Le second veut etre transcendantal ; il est la obscur; sa definition rested JL meme qui sont le mieux pi Geoffrov Saint tout ( «' o *e s'est de Cuv i comprendre. ici comme pa lie de Schellin mais seulement par le caractere de ses vues generales * s ur la vie; car il n'a jamais essaye de la definir (£). Une definition purcinent elementaire lui peu (i) Parmi les autres definitions allemandes, je me bornerai a ciler c elle-ci : « On appelle vie 1'activite de la matiere selon les lois de h 'Organisation.)) (Illiger, Versuch einer Termmo/o^e, Helmstaedt, j n-8, 1800, p. 3.) (2) Voyez, dans le tome I cr , p. 281 et suiv., l'expose general des vues de Schelling et de eelles de Cuvier. ■ (3) Ibid., p. 314 a 335. m II. > . 98 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. IV. utile, une definition vraiment philosophique, impossible; et le moment de l'une ctant passe , eelui de l'autre n'etant pas verm, il n'eut pas aborde cette question, s'il n'eut vouiu combattre aussi l'ecole dite positive dans le vita- isme exagere dont elle . faisait profession (1). Nul n'a mieux fait justice de cette definition celebre, qui, en elle- erronee, mais ou Tabus est si pres de est la faculte de resister aux lois gene- i * *e. » Nul n'a mieux fait ressortir le dan- pas I'usa des exasperations ou elle a entraine ses partisa s (2); mais en la condamnant pas remplace L'ecole franeaise moderne a cependant aussi ses defi nitions. Au defaut de Geoffroy Saint-Hilaire , deux ai; 3) inspires de M. Henri Martin, un philosophe et un philosophe .fares verse dans la connaissance de la nature, ont de nos jours essaye de definir la vie. On doit au premier la definition la plus concise que la vie une faculte de resister aux lois generates de la nature? dans le Bulletin des sciences medicates, t. VII, p. 205, 1826 ; et dans la Revue encyclopedique, t. XXIX, p. 188; 1826.— Et un autre, plusetendu, Memoire sur la theorie physiologique designee sous le nom devitalisme, dans la Gazette medicale de Paris, t. II, p. 9 ; 1831 ; avec une note addi- m tionnelle, ibid., p. 62. — Voyez aussi, contre le vitalisme, les Etudes progressives, m-U, Paris, 1835, p. 125 etsuiv. (1) Et surtout dont faisaient profession quelques disciples de Cuvier. Ce sont eux, et non le chef lui-meme de l'ecole positive, que Geoffroy Saint-Hilaire a ici combaltus. (2) Voyez plus haut, sect. Ill, p. lh et 75. . (3) Et ici meme. Tous deux renvoient leurs lecteurs, a l'appui de leurs idees sur la vie, aux travaux de Geoffroy Saint-Hilaire , cites dans la note ci-dessus. ^ ^fcjai • ■ ■- ■ r\ atalaG! ■ REGNES ORGAINIQUES. 99 possede la science : La vie , dit Duges , est « 1'activite * speciale des etres organises- (1). » Definition qui, a la prendre en elle-meme, est fort voisine de celle qu'on a lue plus haut, et selon laquelle la vie est « Faction proprc » des etres organises sur eux-memes et sur le monde exte- » rieur(2). »Ici, action propre, par consequent speciale ; la, activite speciale : mots qui semblent pouvoir etre pris, et presque indiffercmment, les uns pour les autres, mais dont la similitude cache ici une profonde divergence de vues. A vrai dire, la definition de Duges, malgre le v ? isme apparent des termes qu'il emploie, n'est pas posi- tive; die est, par le sens qu'il y attache et par le commen- taire qu'il en fait, cssentiellement theoriquc, ou pour mieux dire, hypothetique. Pour Duges, 1'activite des etres orga- nises n'est speciale que par les conditions ou elle s'exercc, tousles corps etant doues, selon lui, d'uneactomte' presents °u possible, qui partout derive des memes causes, des marries principes . Ainsi, quand Duges definit la vie par 1 'activite speciale , il entend poser, affirmer unehypothese, 1'hypothese antivitaliste i quand nous avons dit action propre, nous n'entendions poser, affirmer qu'un fait. La definition de M. Henri Martin (3) est, a tous les points devue, fort differente de celle de Duges, admis- sible, suivant lui, en un sens particulier, mais qui ne sau- rait suf fire a la science. A cote d'elle, au-dessus d'clle, M. Martin en veut une autre plus large, ou, comme il le dit, moins reslreinte. II veut aussi qu'aueun des carac- (1) Traite de physiologie comparee, 1838, 1. 1, p. (2) Voyez p. 58. »■■■■' (3) Loc. cit., t. II, p. 17/j. — Voyez aussi p. 168. l ! ■■ i 100 NOTIONS FONDAViENTALES, LIV. 1, CHAP. IV. teres essentiels de la vie ne reste sous-en tendu ; que tous soient sommairement enonees dans leur enehainement logique. D'ou cette definition , trop developpee pour de- venir jamais usuelle, mais qui, plus complete qu'aucune autre, est, dans l'elat present de la science, le meilleur resume que je puisse placer a la fin de ce long Chapitre : « La vie est une laculte propre de developpeinent et de » par corps » dant un temps dont le maximum depend de >; » nes proprietes speciiiques et leur indivi- re la perte et le renouvellement successif dont ils se composent, et parcourent des phases regulieres qui appartiennent a leur espece (1 » (1) Je n'ai nullement I'intention de reunir ici toutes les definitions qu'on a successivement donnees de la vie. Mais il ne sera pas inutile d'en ajouter plusieurs encore a celles deja citees de Stahl (p. 73), de Bichat (p. 7Zi, note 1), de Cuvier (p. 95), de Blainville (p. 96), d' Ampere (p. 95), de Schelling (p. 96), d'lLLiGER (p. 97, notel), de Duges (p. 99), et de M. Henri Martin (p. 100). Parmi celles qui suivent, les unes m'ont paru pouvoir trouver place ici utilement; les autres sont du moins historiquement interessantes, en raison des noms de leurs auteurs. Je citerai done encore, apres tous les naturalistes, physiologistes et philosophes precedemment mentionnes : Voltaire, Dictionnaire philosophique , article Vie. « La vie est » l'organisation avec la faculte de sentir. 5 ) On voit qu'au xvm e siecle, le mot Vie, dans son acception propre, ne s'appliquait qu'aux ani- maux. Le Dictionnaire de VAcademie frangaise lui donne encore aujourd'hui ce sens restreint. Lamarck, Recherches sur ^organisation des corps vivants, Paris, in-8, 1802, p. 71, « La vie est un ordre et un etat de choses dans les » parties de tout corps qui la possede, qui permetteut ou rendent » possible en kit rexecutioii du mouveraent organique, etqui, tant » qu'ils subsistent, sopposent efficacement a la raort.» Definition en XTl - r t {mt}W REGIES ORGANIQUES. 101 partie empruntee k Bichat (voyez p. 74), ou l'auteur semble meler ce qui est vrai de la vie et ce qui ne Test que de l'organisation. Richerand, Nouveaux elements de physiologie, p. 1. « On appelle » du nom de vie un ensemble de phenomenes qui se suceedent pen- » dant un temps limite dans les etres organises. » Morgan, Sketches of the philosophy of life, Londres, in-8, 1818; traduction franchise, Paris, in-8, 1819, p. 28. « La totalite des fono a lions que chaque individu peut remplir constitue sa vie. » Prost, Memoir e presente a I'Institut de France, Paris, in-8, 1822, p. li. « Vivre, c'est etre d'une maniere temporaire; c'est etre compose » d'organes et de parties qui exercent par elles-memes des mouve- » ments qui se font avec ordre, qui sont reciproques et tellement * lies entre eux, que leur harmonic me persuade qu'ilss'operent dans » leur interet commun et pour un but general. » Beclard , Elements d'anatomie generate, Paris, in-8, 1823, p. &. « On appelle vie l'ensemble des phenomenes propres aux corps orga- » nises. La vie consiste essentiellement en ce que les corps organises » sont tous, pendant un temps determine, des centres que penetrant * des substances etrangeres qu'ils s'approprient, et desquels en sortent }) d'autres qui leur deviennent etrangeres. » Hippolyte Cloquet, Traite complet de Vanatomie de Vhomme, in-4, 1. 1, 1826, p. 1. Ce qui caracterise la vie, c'est « la faculte de » resister jusqu'a un certain point aux lois generates de la nature. » C'est a Toccasion de cette definition, non proposee, mais reproduite par Cloquet, que Geoffroy-Saint-Hilaire a eerit le premier des articles precedemment cites. Duverjnoy , article Vie du Dictionnaire des sciences naturelles, L LVI1I, 1829 , p. 81. « La vie est le resultat d'une force simple ou 1 compliquee, opposee aux lois generates de la matiere raorte, source » de tous les mouvements exterieurs ou interieurs que nous present * tent les corps organises, qui les fait naitre de corps semblables a }) eux, qui les fait croilre, se developper et durer avec des formes in- » dividuelles bien determines. » Cette definition, ou plutot ce resume, et la definition precedents expriment les idees regnantes, h cette epoque, dans l'ecole de Cuvier. Fourcault, Lois de Vorganisme vivant, Paris, 1829, p.. 327, « On » peut definir la vie, consideree dans la generality des 6tres organises, » comme une succession de phenomenes physieo-ehimiques, doiit la I 102 NOTIONS FONDAMENTALES, L1Y. I, CHAP. 1Y )> variete, la duree et l'intensite sont en rapport avec le developpement » de 1'organisation, l'activite des causes physiques de ces phenomenes » ou Taction des fluides imponderables. » De toutes les definitions des antivitalistes , celle-ci est l'expression la plus nette du systeme auquel elles se rapportent. Gerdy, Physiologie medicale,t. I, l re partie, Paris, 1832, p. lxxxij. La vie est « le principe ou Yensemble des phenomenes par lesquels » un etre nait d'un etre semblable k lui, se developpe, s'accroit par » Introduction en lui-meme de materiaux pris dans la nature, se » reproduit pendant un certain temps, et meurt pour ton jours. » Tiedemann , loc. cit. y ne donne point, a proprement parler, une definition de la vie, mais il en reunit en ces termes (p. 165) les prin- cipaux elements, a la suite de Timportant travail deja cite : i « Ces manifestations d'activite..., la conservation par soi-meme » des individus et des especes, au milieu d'une serie non interrompue » de changements, appartiennent a tous les corps organiques sans » exception. Nous en designons Tensemble sous le nom de vie. » La definition la plus recente de la vie, et je ne la cite qu'a ce titre, est celle de M. le docteur Barbier, auteur de deux articles publies en mai i85Zi, dans la Gazette medicale, sous ce titre : 11 a ete etabli, au moment de la creation, des lots qui gouvernent tons les corps de Vuni- vers. « La vie, dit M* Barbier (p. 308), est Tetat, la condition des a corps terrestres qui sont soumis a la loi biogenique,» c'est-a-dire (p. 292) a la force vitale. C'est, comme on le voit, ce qu'on appelle en logique une definition par le meme. Voyez encore, sur la definition de la vie : Straus-Durckheim, Theo- logic de la nature, Paris, in-8, 1852, t. I, p. 70 etsuivantes; Tauteur cite d'autres definitions, et discute celles de Cuvier et deBichat; Et Flourens, Be la longevite humaine et de la quantite de vie sur le globe, Paris, in-12, 185/i, p. 187. « Depuis qu'il y a des physiolo- » gistes qui ecrivent, dit M. Flourens, il y a des physiologistes qui » cherchent a definir la vie. Quelqu'un d'entre eux y a-t-il jamais ii reussi?... II faut direde la vie et de toutes les forces de la vie ceque » la Fontaine a dit de Yimpression : - . - « L'impression sc fait : le moyen, je l'ignore ; » On ne Tapprend qu'au sein de la divinite. » ■ ::; ' -< , « » ' * «"U rAUfiw ■\/\/\/ \yv\/v ■\z". "v/vw CHAPITRE V DES CARAQTERES QUI DISTINGUENT ESSENTIELLEMENT LES ANIMAUX DES VEGETAUX ? ET PARTIGULIEREMENT DE LA SENSIRIL1TE Sommaire. — I. Caracteres essentiels du regne animal, selon les anciens et selon les modernes. Sensibilite. Motilite. — II. La sensibilite est, theoriqueraent, le caractere par excellence de l'animalite ; la motilite en est le criterium. — III. Des sensations des animaux. Comment nous pouvons en juger. I. se de Yivre. et se reproduire; durer comme indivi perpetuer comme espke, tels sont , nous venon voir, les deux grands caracteres communs a Fensemble des regnes organiques. Sentir et se mouvoir, tels sont ceux qui, de tout temps, out ete attribues en propre au regne animal. s ard G'est par le mouvement et la sensibilit ■ ;e, que F animal semble differed de l'etre dit Arit 2\ (1) ft aio8-/ici?. To atoGavecOat, dit aussi Aristote, dans plusieurs de ses ouvrages. (2) Traite De anima, Liv. 1, Chap. 2. — Aristote admet cependant l'existence d'etres qui ne se meuvent pas, mais sentent, et eeux-ci sont aussi non-seulement des etres vivants, mais des animaux : l&* *i-pu.sv xal ou^viv ao'vcv. {Ibid., Liv. 11, Chap. 2.) I ' ±m: ' 10/4 MOTIONS FONDAMENTALES, 1,1V. I CHAP. V. L'animal est une substance eorporelle, animee, sen- tant et raisonnable (1), disent les auteurs da moyen age et de la renaissance ; un corps anime, doue de la faculte de sentir et de se mouvoir, dit Ray (2). Les animaux vivent, dit Linne (3), et de plus, ils sen- tent et se meuvent. La faculte de se mouvoir et celle de sentir sont , pour Buffon , l'une , « la difference la plus apparenle entre les animaux et les vegetaux »; l'autre, la phis essen- tielle (k) . Les animaux iouissent. dit Bichat, de deux vies dis- ganique, commune organises ; propre, et d autres corps; et celle-ci « se compose de deux ordres de - (1) Animal substantia estcorporea, animata, sentiens, rationis ex- pers. (Neander, Compendium rerum physicarum, in-12, Witebergce, 1587, p. 48.) Des definitions plus ou moins analogues se trouvent dans un grand nombre de livres de la meme epoque. Dans d'autres, Tanimal est defini par l'existence, outre Tame vege- tative, d'une seconde &me sensitive, ou d'une ame a la fois vegetative et sensitive. Sur les diverses opinions alors en faveur, voyez, entre autres auteurs, Seninert, Epitome naturalis scientice, T edit., in-12, Witebergce, 1624, et particulierement le sixieme livre, intitule: De anima in genere, et de vegetalibus, p. Zi39 et suiv. (2) Synopsis methodica animalium quadrupedum , in -8, Londres, 1693, p. 1. (3) Voyez Chap. Ill, sect, i, p. x 53. (!\) Histoire naturelle, generalites sur les animaux, Chap. I, T. II, p. 6 et 7 ; 1749. Je cite ici, comme partout, l'edition originale, in-/i, de rimpri- merie royale. ,* ■ r - ■»' i ■ ■ REGNES 0RGAN1QUES. 105 » fonctions qui se succedcnt et s'enchainent dans un sens » inverse ; » le premier, du dehors en dedans, par lequel les corps exterieurs agissent sur l'animal; le second, du dedans au dehors, par lequel il reagit sur eux (1) ; en d'auti 'es termes, les fonctions sensorials et locoino- trices J Autant d'auteurs, et, comme on le voit, autant d'ex- pressions et de formes diverses ; mais partout le meme fond d'idees. Bichat lui-meme ne fait ici que revetir d'un caractere plus scientifique des verites depuis longtemps acceptees. Dans l'etude des conditions generates de 1'animalite, Cuvier reproduit a son tour la definition si souvent don- nee depuis Aristote , mais il ne s'y arrete pas. II nous montre l'animal distinct du vegetal, non-seulement par cette vie animate, par ces fonctions de relations, qui lui appartiennent exclusivement , mais aussi par des modi- fications propres des fonctions communes a tons les etres vivants ; lesquelles , en effet , dit Cuvier, suhissent des Modifications essentielles , exigees 'par la spontaneite des mouvements chez les animaux (2). D'ou, selon lui, et selon (1) Recherches physiologiques sur la vie et la mort, 1800, p. 2 et suiv. C'est dans ce livre, et non, comme on Fa si souvent dit, dans VAna- tomie generate, que Bichat a etabli la distinction des deux vies. II l'a seulement confirmee et developpee dans ce dernier ouvrage, publie u n an apres les Recherches. W Reg?ie animal, Introduction, l rc Mil, 1817, p. 21 a2i; 2 e edit., 182 9, p. is a 21. Cuvier avait deja fait connaitre ses vues, et meme a ^ec plus de developpement, dans les generalites de son Anatomie comparee. ii. 7. > \i 106 NOTIONS FOND ANIENT ALES, LIV. 1, CHAP. V. laplupart des auteurs denotre siecle, ces cinq caracteres de ranimalite (1); les deux premiers tires de la vie ani- male, les trois autres de la vie vtgttative ; L'animal est sensible; il est mobile; il a line cavit4 intestinale; sa * composition chimique est plus compliquee , et notamment riche en azote ; enfin il respire et produit de Veau et de Vacide carbonique. Cuvier considere ces cinq caracteres comme essentiels a 1'animaKte; mais les trois derniers ne le sont que par (1) Selon Cuvier, il y en aurait un sixieme, 1' existence d'un systeme circulatoire; mais ce systeme, ajoute-t-il, « est moins essentiel que le » digestif, parce qu'il n'etait pas necessaire dans les animaux les plus » simples. » 11 ne s'agit done ici, selon Cuvier lui-meme, que d'un caractere tres frequent chez les animaux, non de Tun des caracteres essentiels de ranimalite. Le systeme nerveux, aueontraire, existerait, selon Cuvier, tres gene- ralement, aussi generalementquelamotilite et lasensibilite. Si Cuvier n'en menlionne pas expressement la presence chez les animaux, il la sous-entend, ne concevant pas, lui-meme le dit, les deux facultes essen- tielles sans « le double appareil d'organes qu'elles exigent. » (Anat. camp., v e lecon.) Vue que les disciples de Cuvier ont souvent repro- duce et developpee. « Le systeme nerveux, » dit Pun d'eux dans un ou- vrage tout recent, « ne disparait rigoureusement dansaucun animal, » dont il constitue, par sa fonction, le caractere le plus essentiel, celui » de lui donner la conscience de son propre etre. » Voyez Straus- Durckheim, Theologie de la nature, 1852, t. II, p. 9Z|. Nous serons par la suite conduits a reconnaitre que ce qui estessen- tiel, e'est la faculteou la fonction, etnon l'organe: pour la vie ani- male, la sensibilite et la volonte, et non le systeme nerveux; pour la vie organique, la nutrition, et non cettc cavite intestinale sur laquelle les zoologistes ont aussi taut insiste. 11 n'y a pas un seul organe qui se retrouve sans exception chez tous les animaux ; pas un seul, par consequent, dont la presence doive etre mise au nombre des caracteres ■ essenliels d€ Fanimalite. REGiXES ORGAKIQUKS. 107 leur liaison , selon lui , \ de P Ce dit sensibilite et la motilite qui erne, ces deux vrai sens de ee font l'animal; d'ou, pour Cuvier lui-u lacultes sont seules essentielles , dans le mot. On a, depuis Cuvier, multiplie de plus en plus les earaeteres generaux ou pretendus tels du regne ani- mal / « \ 1), mais loujours en faisant la meme distinction : eeux qu'on a tires des organes et des fonetions de la vie organique, quel qu'en puisse etre le nombre, et quelque subordonne deux earaeteres essentiels de et se pie peut nique dans l'his- toire de la science : tous les auteurs modernes sont ici ou du moins se croient d'accord entre eux et avec tous leurs predecesseurs depuis Aristote. C'est a ces deux earaeteres de tout temps admis comme generaux et essentiels, que nous devons d'abord nous attacher. La discussion des autres viendra en son * temps (2); mais, des ce Cliapitre, ceux-ci doivent etre I : (1) Virey, dans sa Philosophie de VHistoire naturelle (in-8, 1835, P- 2/i) ? admet jusqu'a quinze earaeteres distinetifs de l'animaiite et de la vegetalite. Lui-meme reconnait d'ailleurs que ees earaeteres ne sont que presque generaux. (2) Voyez, en attendant, les principaux traites de physiologic En tete de presque tous, on trouve la comparaison, etablie k divers points de vue, des etres organises avec les corps inorganiques, et des ani- waux avec les vegetaux. II est a peine besoin de rappeler en parti- culier le celebre Parallels de Tiedemann, dans sa Physiologie, si sou- vent et si utilemont consultee par tous ceux qui se llvrent h l'etude oil Ma culture des sciences uatureUefi. I I 108 NOTIONS FONDAMEiSTALES, LIT. K CHAP. V. / • f apprecies. Nous avons beso de determiner, si toutefois elles existent, les limites des regnes animal et vegetal ; et comment y parvenir, sinon po deux mchees La sensibilite et la motilite sont-ellcs communes a tons les animaux ? Et n'apparticnnent-elles a aucun vegetal? Questions malheureusement aussi difficiles que fonda- mentales, et telles qu'on ne saurait les resoudre, sans appeler la logique la plus severe au secours de 1' obser- vation la plus delicate. II i Les auteurs de toutes les epoques ne sont pas seule- ment d' accord pour fairc de la sensibilite et de la motilite les deux attributs generaux du regne animal : ils le sont encore pour reconnaitre la preeminence de la premiere de ces facultes stir la seconde. Pour eux, ce qui caracte- rise par excellence 1 'animal, e'est la sensibilite; si bien que la plupart ne se bornent pas a affirmer que tout ani- mal sent : ils ajoutent que nul animal ne pent etre prive de sentiment. Ou cesse la sensation, cesse l'ammalite. C'est cette opinion, generalement recue depuis Aristote, que Linne a resumec dans la premiere et la plus connue de ses definitions des animaux i crescunt, vivunt et sen- ' -:.■■ ,.■' ■'■■-:■' i** i tRhea - REGNES ORGANIOJUE*. 109 Hunt (1); ct il n'y a giu ralistes du xvm e sieclc, Button ik, par du Ai Linne : tellement que la doctrine la pi dite encore auiourd'hui classique. En principe, aucunc objection ne s'eleve et ne s elever contrc elle : la sensibilite est 1'attribut essentiel et e premier caracterc de l'animalite; la motiiite n'en est pent 1 que le second; mate comment juger du premier, si ce n'est par le second ? « Ce mot sentir, dit Buftbn (2), i me un si gran d » nombre d'idees, qu'on ne doit pas le prononcer avant » que d'en avoir fait Fanalyse ; » car, selon la definition qu'on adoptera, on pourra etre conduit a accorder le sen- timent a la sensitive, ou a le refuser a l'huitre (3). Pour obeir a ce precepte de Buftbn, prenons la defi- (1) Voyez p. 53. r Et meme encore dans sa seconde definition (voyez aussi p. 58), qui, proprement parler, ne se compose que de ces mots : Organisata el viva, sentientia. Ce qui suit est bien plutot un developpement, un complement, qu'une partie essentielle de la definition ; ce qu'exprime clairement la diversite des caracleres typographies employes dans les bonnes editions. (2)Loc. cit., t II, p. 7. (3) « Si par sentir, dit Buffoix, ibid., nous entendons seulement J) faire une action de mouvement a Toccasion d'un choc ou d'une re- >} sistance, nous trouverons que la plante appelee sensitive est capable » de cette espece de sentiment comme les animaux; si, au contraire, }) on veut que sentir signifie apercevoir et comparer des perceptions, * nous ne sommes pas sursque les animaux aient cette espece desen- }) timent » i pp ^■■■■■■■H 110 MOTIONS FOiNDAMEISTALES, L1V. 1, CHAP. V. nition d'Aristote (1) : « Sentir, c'est eprouver quelque » affection; » on, ce qui revient au meme, celle-ci, tres usitee dans les livres elementaires : « Sentir, c'est perce- » voir une impression; c'est eprouver en soi quelque » chose d'agreable ou de desagreable. » A ce point de vue, comment chacun de nous, n'etant affecte que par ses propres impressions, et pour qui seul ces impressions sont plaisir on douleur, peut-il etre conduit a en attribuer a d'autres etres de plus ou Comment, ne sentant ." moins compatibles aux siennes qu'en lui et par lui, arrive-t-il a concevoir la sensa hors de lui? d'abord chez ses seinblables, independ ment du temoignage qu'ils peuvent rendre de leurs pro- pres sensations ; puis chez les animaux qui lui ressem- blentleplus, et finalement chez tous, chez ceux-la meme qui n'ont plus de commun avec lui que les traits les plus ineraux del'animalite? C'est qu'au defautde la sensation le-meme, sur laquelle elle n'a pas prise, l'observation >nstate des phenomenes provoques ou determines par 6 que du conduits comparant a ceux, plus ou moins dont nos sensations sont depart. Or quels sont cei memes le point de phenomenes? Chez maux, toujours des mouvements, des deplacements soit totaux, soit partiels. D'oii il suit que si, en principe, la sensibilite est le caractere par excellence de l'animal, c'est, en fait, par la motilite, que nous le reconnaissons (1) De anim, } LW. II, Chap- II S traduction de i, Rarthelemy SaINT-HILAIRE, p. 2/j5. 'w ~ x !«Stil3S REGNES ORGANIQUES. 411 et le determinons ; si bien que de ces deux proposition Tout etre sentant est un animal; et : Tout etre qui se mt est un animal, la premiere n'est qu'une definition the ■ rkfue, dont on ne tirerait aucun parti, sans la seconde temps pratiq pplicable aux fails ; car elle est seule susceptible r erifiee par l'observation. nr. Et c'est pourquoi le mouvement n'a jamais ete nie, chez les animaux, que par ces sophistes grecs qui le niaient partout, et dont on se souviendrait a peine sans la muette reponse de Diogene. II s'est trouve au contraire toute une grande ecole philosopbique, Descartes a sa tete, Malebranche dans ses rangs, pour leur contester le sen- timent; pour ne voir en eux que des automates, des ma- chines mouvantes (1), ne differant des machines ordi- naires que par la multitude des pieces dont les a composees leur divin auteur, et parce que ces machines animees sont « incomparablement mieuxordonneesqu'aucune de celles » qui peuvent etre inventees paries hommes (2) . » Doctrine extreme, inadmissible, ont dit presque aussitot les philo- sophes eux-memes aussi bien que le bon sens public, et elle n'a pas tarde a s'effacer de la philosophic; mais elle (1) Descartes, Discours de la methode, 5« partie ; CEuvres, edit, de M. Cousin, 1. 1, p. 185. (2) Ibid. \ \ wpm^ API] I 412 NOTIONS FONDAMF.NTALES, LIV. I, CHAP. V. n'y fut jamais entree, si la sensation se demontrait, eomme se demontre le mouvement, par l'observation directe; ee qui non-seulement ne se fait pas, mais ne saurait se faire. II y a plus. La demonstration indireete n'estpas exempte ellc-meme des plus graves difficultes. Nous ne saurions nous dissimuler que la valeur des inductions en vertu desquelles nous attribuons la sensibilite aux animaux, de plus en plus a mesure que s'effaeent les ressemblances de leur organisation avee la notre. On existent un cerveau, des nerfs, des appareils sensi- tifs, construits et disposes eomme les organes de nos propres sensations; ou nous voyons se produire, dans les memos circonstances, des phenomenes semblables a ceux par lesqucls se manifestent nos impressions ; ou la sensibilite s'exprime par les memes signes, comment dou- ter qu'il y ait, la aussi, perception des objets exterieurs, pi ai sir , douleur? Un mil bien conformc, et point de vi- sion; une oreille, et point d' audition; des appareils olfactif, gustatif, tactile, completement dcveloppes, et point d'odorat, de gout, de toucher : ce sont des impos- sibilites physiologiques sur lesquelles toutes les subtilites de la philosophic ne sauraient nous faire illusion • et notre raison se souleverait autant que notre sens moral contre celui qui nous dirait : Vous pouvez frapper, torturer im- punement ce chien, ce cheval, ce boeuf, machines mou- vantes dont les rouages, seulement, sont mieux combines que dans les machines ordinaires, et dont le jeu simule tour a tour le desir ou la joie, la crainte ou la douleur! Mais ce qu'on ne saurait soutenir ici qu'a l'aide de so- phismes aussifcot refutes qu'emis, petit s appuyer ailleui "S •■ ■ : r&iie REGNES 0RGAN1QUES. 113 sur des arguments tres speeieux et tres dignes d'examen. Ou se rompt la chaine des analogies, ou meme , sans se ompre tout a fait, elle ne nous offre plus un appui r solide, commence le doute vraiment philosophique. II serait deja temeraire de juger, par comparaison avec nous-memes, des sensations d'un animal dont les organes sensitifs ne ressemblent pas aux nolres : s'il n'y seulement differ ; aux nolres : s il n y a pas de structure , s'il en possede qui tient nous faire meme une idee de cet ordre nouveau de relations de l'animal avec les etres qui I'environnent? On ne devine pas des sensations, et nous sommes ici en plein inconnu. Ce sont la les difficultes les plus insolubles; mais ce ne sont pas les seules. Si des sens dont nous jouissons, un ou plusieurs font defaut a un animal ; si une ou plusieurs des portes qui nous sont ouvertes sur le monde exterieur, sont fermees pour lui, les sens qui subsisteront n'auront-ils ete en rien modi- fies? N'avons-nous, pour ainsidire, qu'a fermer nos yeux, * a boucher nos oreilles, nos narines, pour nous placer dans les conditions de Fanimal aveugle, sourd, sans odorat? Dans quelques cas peut-etre, mais, dans la plupart, assu- rement non. Comment, par exemple, ou il n'y a plus d'odorat, le gout serait-il ce qu'il est chez les animaux qui goutent et odorent? C'est une question qui merite au moins d'etre posee. Encore, ici, nous reste-t-il en nous-meme un terme eloignede comparaison. Mais ailleurs nous n'avons plus meme ce faible et peut-etre trompeur secours. Ou les organes sensitifs, quel qu'en soit le nombre, ne sont pour ii. 8 ; i 114 NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. I, CHAP. V. dire qu'ebauches, la sensation ne doit-elle pas imparfaite, emoussec? et oii ils se confondent < eux, ne doit-elle pas aussi etre confuse? Aristote disait deja, et Ton a tou jours redit d'apres lui, qu'au defaut des autres sens, il en est un du moins, le toucher, qui subsiste, sans exception, chez tous les animaux (1). Mais le toucher, dans le vrai sens de ce mot, peut-il exister ou n'existe plus une veritable peau? Encore une question qu'il est du moins permis de poser. Et s'il faut la resoudre par l'afiirmative, entre cette vague impres- sion percue par la surface d'un corps sans tegument propre, et notre toucher, que pouvons-nous saisir de commun? Comment meme pouvons-nous nous assurer quune impression a ete recue, sinonpar le mouveme plus ou moins appreciable, qu'elle provoque, et qui fait connexe qui, sans donner moindre 3 permet idee de la nature de la sensation produite , nous cependant de dire : Elle existe. Pour tout etre depourvu d'organes sensitifs distincts, il n'y a pas, il ne peut y avoir d'autre moyen, non-seulement de constater, mais (1) Aristote est plusieurs fois revenu sur cette proposition, dont le fond est assurement vrai, mais dont Texpression, commeon le verra plus tard, laisse a desirer. « iiaGL S'k tci^ £woi; ataO^cjt; xotvv] p»ovvi 'h a^vi. » « Le toucher est le » seul sens commun a tous les animaux. » (Aristote, Eistoire des animaux, Li v. I, Chap. 3.) « II est un seul sens que tous les animaux sans exception possedent, * » c'est le toucher. » {De anima, Liv. Ill, Chap. 3; traduct. de M. Bar- tiiele3iy-Sai]nt-Hilaire, p. 182.) — Voyez aussi le Liv, II, Chap. 5. C'est manifestement d'apres Aristote que Pline dit, Historia natu- ralis, Lib. X, lxx : « T actus sensus omnibus est, etiam quibus nullus » alius. » -. :• .:■■-. ■ ' . - -»-"•"'- .Atiea A REGNES ORGANIQUES. d 'induire avec quelque probabilit 115 f a r eprouv D'ou nous sommes conduits a dire d'une maniere :e- depu animaux dont 1 'organisation reproduit le mieux la notre, jusqu'a ceux ou la vie animale est la plus imparfaite : • Si la sensibilite est l'attribut essentiel de l'animalite, c est la motilite qui en est le criterium : sur elle repo- sent, en derniere analyse, la determination positive et la delimitation du regne animal. Et d'ou, a cette question : Si tous les animaux sont sensibles? Nous sommes conduits a substituer celle-ci : Tous les animaux sont-ils doues de mouvements qui puissent etre consideres comme des signes de sensi- bilite ? { A4J ■ i - t ■ ^> r\*„\ i-^tie * — 'Wv CHAPITRE VI. DES CARACTERES QUI DISTINGUENT ESSENTIELLEMENT LES ANIMAUX DES VEGETAUX, ET PARTICULIEREMENT DE LA MOTILITE OU FACULTE LOCOMOTIVE. Sommaire. — I. Mouvements des animaux. Mouvements mecaniques. Mouvements orga- niques ou automatiqiies. Mouvements autotiomiqiies. II. Mouvements autonomiques des animaux. Mouvements encore facilement comparables aux notres. Mouvements lents, rares, difficiles a suivre, mais par lesquels Tanimal se deplace encore en totalite. — III. Mouvements des animaux fixes. Locomotion seule- ment partielle. — IV. Les derniers animaux, et les spongiaires eux-memes ne sont pas entierement prives de la faculte locomotive. V. Mouvements des plantes. Exemples de mouvemenls partiels, et meme de mouvements generaux, dans le regne vegetal. Vallisnerie, dionee attrape-mouche, sensitive, desmo- dium oscillant, algues. — VI. Discussion de ces exemples. Mouvements partiels con- tinus, habituels, periodiques, accidentels. — VII. Mouvements generaux. Gorpuscules reproducteurs mobiles des algues. Pretendu regne des psychodiaires, caracterise par ralternance de la vie animale et de la vie vegetale. VIII. Conclusion. L'autonomie, par consequent la sensibilite , caracterisent l'animalite. Les vegetaux et les animaux forment, dans Tempire organique, deux regnes distincis. | - 1 Le mouvement est partout dans la nature. Ce que nous appelons repos n'est souvent qu'un mouvement clont X nous n'avons pas connaissanee. On a cru, pendant des milliers d'annees, a l'immobilite de la terre ; on ne croit meme plus a celle du soleil. Qu'est-ce que le son, la lumiere, la chaleur ? Des vibrations, par consequent des mouvements. Qu'est-ee surtout que la vie, sinon, comme nous venous de le voir, un mouvement de tous les ! 118 NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. I, CHAP. VI. instants, sur tous les points de notre corps? Mouvement moleculaire, entretenu lui-meme, pour nous prendre pour exemples, nous et les etres qui nous ressemblent, par des * mouvements d'ensemble dont n'est exempt, sans parler de notre appareil locomoteur, aucun de nos organes, - et surtout de nos visceres : mouVements peristaltique et antiperistaltique , d'inspiration et d ' expiration , systole et diastole, excretion des glandes, circulation des fluides, ■ r soulevement et abaissement alternatifs du cerveau, et aiitres phenomenes du meme genre. Si bien que ce que nous appelons notre repos, notre sommeil general, selon l'expression de Bichat (1), n'est, a vrai dire, que le som- meil particulier de quelques organes, durant lequel tous les autres restent en action, en eveil. II n'y a d'autre som- meil general que la mort. Au milieu de tous les mouvements qu 3isent s'entrecroisent et se combinent en nous, se 1 des resul- tantes ou il nous devient souvent impossible de faire la part de chaque action particuliere ; dans ce probleme trop complexe pour etre completement resolu, quelles divi- sions pouvons-nous etablir qui nous permettent, du moins, deproceder avec ordre a une etude si difficile? II est, a un point de vue general , une triple distinction qui ne sau- rait nous echapper, et qu'il est bon de faire tout d'abord : celle des mouvements mecaniques, seulement transmis, communiques du dehors a 1' animal, ou encore dus a Tac- tion de la pesanteur et des causes physiques ordin aires ; en second lieu, des mouvements organiques dont le point (1) Recherches physiologiques sur la vie et la mort, Paris, in-8, , 1800, l re partie, art. IV, p. U2. ft <■, , - -vr^^rat&YYeya. REGNES ORGANIQUES. 119 de depart est dans 1'animal lui-meme, mais qui s'y pro- duisent automatiquement, par le seul jeu involontaire, et non percu , des diverses parties de l'organisme ; en troisieme lieu, des mouvements qu'on a appeles par excellence animaux, dans lesquels intervient une action propre et autonomique (1); mouvements dont la cause determinante est, le plus souvent, une sensation externe ou interne, prealablement eprouvee. De ces trois ordres de mouvements, les premiers sont manifestement communs a tous les corps : tous, quels qu'ils soient, soumis aux lois de la mecanique, de la phy- sique, de la ehimie (2 Les seconds se retrouvent , sans exception, chez tous les etres vivants ; point de vie sans changement (3) ; point de changement sans mouvement. Les autres, au contraire, constituent, apres les mou- vements communs a toute matiere ou necessaires a toute vie, tin ordre nouveau d'actions propre a une partie des etres organises, les plus eleves de tous par cela meme qu'ils en ont le privilege; car c'est ace qu'on a appele leur faculte locomotive ou locomotrice, qu'ils doivent de (1) D'auTcvo^o;, qui se gouverne par ses propres lots. Non-seulement les mots autonome, autonomies sont depuis long- temps consacres dans notre langue ■ mais plusieurs naturalistes et physiologistes ont deja appele mouvements autonomiques les mou- vements propres des etres organises. En me servant a mon tour de ce mot, en opposant les mouvements autonomiques aux mouvements automatiques , je ne fais done que reprendre un terme deja en usage, et dont il restait seulement k pre- ciser le sens. (2) Voyez le Chap. IV, sect, in et iv. (3) Ibid., sect. iv. i \ t rs / 4 / ; C >' - 1 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VI. 120 pouvoir multiplier et varier leurs relations avee le moncle exterieur. Puisque les manifestations de cette faculte sont en meme temps, chez les etres qui en sont doues, des mani- festations indirectes de la sensibilite, nous avons besoin, a double titre, de resoudre avec toute la precision que permet Fetat present de la science, cette question vrai- ment fondamentale : Jusqu'ou, parmi les etres organises, ■ peut-on reconnaitre la faculte locomotive ? Gomplcxe et difficile question dont on sera longtemps encore a dissiper les dernieres obscurites, mais qui, pour- tant, n'est pas au-dessus des ressources de la science actuelle, autant qu'on le dit ou qu'on le donne a entendre dans les livres, meme les plus recents et les meil- leurs. Nos devanciers, et surtout les naturalistes de 1'epoque actuelle, ont assurement plus fait pour sa solu- tion qu'ils ne laissent a faire a nos successeurs. II. Dans l'examen de cette vaste et difficile question, c'est encore en nous-memes qu'il faut chercber notre point de depart. Pour constater qu'un animal se meut, il suffit de l'observer; pour constater qu'il le fait volontairement, il faut proceder par voie d'induction, et pour induire, avant tout, saisir les analogies qui relient les mouve- ments des animaux avec d'autres dont la cause deter- * minante puisse etre reconnue avec certitude par voie ■ d'observation. -' I ■ "..<••• ^^oatsJQfi REGNES ORGANIQUES. 121 Or, pour i observation observation possible interieure, l'observation de nous-memes; heureusement, aussi facile ici que decisive. Sur ceux de nos propres mouvements qu'on appelle animaux par op- position a ceux qui, en nous, ne sont qu'organiques; sur ceux qui sont autonomiques , et non automatiques , nous ne saurions avoir le moindre doute ; car nous pouvons les produire, les suspendre, les continuer, les reprendre par autant d'actes de notre volonte : experiences de tous les de qu'il depend de de varier a l'infmi. Nous ordonnons a notre corps : il obeit aussitot, et nous en avons pleinement conscience ; si bien qu'on eut pu dire, a Imitation du fameux enthymeme de Descartes : Je me meus, doncje suis. Nul doute raisonnable ne peut encore se produire, ou, a part meme toute similitude d'organes, nous apercevons des mouvements analogues aux notres, par les circon- stances ou ils se produisent, et par les mobiles auxquels nous pouvons en rapporter l'origine. Qu'un animal marche ou rampe sur le sol, qu'il saute ou qu'il grimpe, qu'il nageou qu'il vole, et quels quesoientles instruments et le mecanisme de ses mouvements, il importe peu, au point de vue ou nous le considerons en ce moment, si d'une maniere ou d'une autre, il fait ce que nous faisons nous-memes; s'il recherche ce qui lui est necessaire, reable, etfuit ce qui lui serait nuisible oudoulou- Ouil y a un choix, il y a evidemment une volonte. Premiere induction apres ■ viendra cette autre, itime : ou sont le choix aussi le sentiment. ii. 8. ■ 1 122 NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. I, CHAP. VI. Mais jusqu'ou nous sera-t-il permis de suivre ce rai- sonnement? Ou l'organisme devient moins complexe, les mouvements deviennent necessairement moins varies ils peuvent etre aussi plus restreints, plus rares, moins significants au point de vue de Faction spontanee de l'ani- mal ; et de la des difficultes de degres et de genres divers : difficultes d'observation, et difficultes ^interpretation. Les moindres de toutes sont precisement celles qui frappent les premieres nos yeux et notre esprit : la len- teur de la locomotion chez certains animaux, opposee a sa rapidite chez d'autres. Tandis que les wis s'elancent dans les airs, avec une vitesse superieure a celle que nous imprimons par la vapeur a nos meilleures machines de course, il en est qui se trainent, sous 1'eau ou a la sur- face du sol, d'un mouvement aussi lent que celui d'une aiguille de montre ; si bien qu'au moment ou ils se depla- cent, notre oeil 1 e s voit encore et toujours immobiles. Mais la vitesse d'un mouvement n'en change pas la nature ; et ce ne sont la que des differences relatives, et non abso- lues ; de simples differences dans Fintensite d'une action qui, limitee a quelques centimetres par heure ou etendue a plusieurs metres par seconde, n'en reste pas moins la meme, partout ou elle est autonomique, et non automa- tique ou transmise. Meme aux degres les plus bas de ce qu'on peut appeler l'echelle des vitesses animales, il n'y a done, en realite, aucune difficulte serieuse ; si bien que les naturalistes,faitmalheureusementtrop rare dans l'his- toire de notre science, sont tous ici dans un parfait accord. Depuis les premieres observations, faites sur les especes a progression tres lente, e'est-a-dire depuis Aristote, il " : .:^ • r^ea REGNES ORGANIQUES. 123 esprit d'aucun veritable natoraliste de quer en doute, non-seulement Tanimalite, mais lafaculte chez la patelle, chez l'asterie, chez elle-meme (1), tables tardigrade 2), de confondre, parce qu'elles se meuvent peu qui ne se meuvent pas. Mais a cote de ces animaux, il en est d'autres ou la locomotion devient plus impar encore, et par les combinaisons les plus variees. Ici, comme presque par- tout, la nature procede par gradations et par nuances, nous montrant, tantot encore, un mouvement progressif, mais presque nul ; tantot, un mouvement non progressif, mais pourtant total ; ailleurs encore, et chez une multi- tude d'animaux, un mouvement seulement partiel, Le premier cas est celui des tarets et de quelques autres mollusques perforants, qui s'avancent insensiblement a travers des corps durs qu'ils percent par des moyens encore peu connus. Animaux presque stationnaires dans leurs trous, comme le dit Lamarck; non tout a fait eependant, puisqu'on les trouve, a la longue, plus pro- (1) Sur la locomotion de plusieurs animaux remarquables par leur lenteur, voyez deux memoires, trop oublies aujourd'hui, de Reaumur, Sur le mouvement progressif de quelques coquillages de mer, dans les Memoires de VAcademie des sciences pour 1710, p. Zi39, et pour 1712, p. 115. ■ (2) Les animaux qu'on a ainsi denommes, les tardigrades de Cuvier ou les bradypus de Linne, et le tardigrade de Spallanzani , ainsi que les autres systolides auxquels on a etendu cette designation, sont loin de la meriter toujours, et c'est pourquoi je ne les cite pas ici en exemples. Les bradypes, ou paresseux, en particulier, deploient meme, au besoin, une certaine agilite, comme plusieurs auteurs en ont depuis longtemps fait la remarque. I NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VI. 124 fondement enfonces dans reuses. En sorte qu'ou nos yeux n'apercoivent, fut-ce en quelques semaines, aucun deplacement, nous constatons cependant qu'il y a progression. Chez d'autres mollusques, et en particulier dans plu- sieurs groupes ou se trouvent aussi des especes perfo- rantes, et de meme, parmi les annelides, on trouve, et fort communement, des exemples d'animaux qui se meuvent i en totalite, mais sur place. Dans le sable ou dans la vase, dans un tube diver senient ils montent et descendent, ou s'ecartent lateralement, mais pour revenir bienlot a leur position premiere. Apres ces animaux emprisonnes dans leur etroite de- meure, viennent ceux qui sont, pour ainsi dire, enchaines sur place , comme les pinnes et plusieurs autres ace- phales, habituellement fixes par leurs byssus; mais sur- tout comme la multitude de ceux qui adherent invariable- ment, par une portion de leur enveloppe, au sol ou a d'autres etres organises; la plupart constituant meme, avec un plus ou moins grand nombre de leurs sem- blables, soit des amas, etendus, comme une ecorce vivante, a la surface des rochers submerges, soit des arbres sous-marins, pour toujours enracines sur le lieu ou ils se sont developpes. Modes divers de groupement d'ou resulte toujours le meme fait : plus de progression, mais de simples mou- vements alternatifs d'expansion ou de retriit autour de la region ou du point d'attache. ■'•'•■ . . ■ - • *. ■ ■■:-- REGNES ORGANIQUES 125 III. C'est ou cesse, chez les animaux, le mouvement total , qu'ont commence, parmi les naturalistes, le doute et la divergence. Non-seulement les plus petits des animaux fixes, ceux dont le mouvement n'est que partiel et devient ■ difficile a constater, ont longtemps passe pour immobiles; d'ou, jusqu'a Peyssonnel (1), leur classement parmi les vegetaux ; mais ceux-la meme dont l'animalite pouvait le moins etre meconnue, ont paru, jusque dans le xvm e siecle, etablir une transition entre celle-ci et la vegetalite. Buffon lui-meme (2) voyait, a ce point de vue, jusque dans les huitres, jusque dans les gallinsectes, des ani- maux auxquels la definition generate tiree de la faculte locomotive devenait a peu pres inapplicable; et un grand nombre d'auteurs reproduisaient ses remarques, s'y associaient, et doutaient avec lui. Bonnet allait plus loin : il ne doutait pas, il niait. Les animaux « qui » passent toute leur vie fixes a la meme place comme » les plantes », etaient pour lui autant de preuves incon- testables que « la faculte locomotive » ne fournit pas elle-meme « des caracteres suffisants pour differencier » ces deux ordres d'etres (3) . » (1) C'est-k-dire jusqu'k 1723. Et je pourrais dire, bien plus tard ; * car les naturalistes refuserent longtemps de se rendre aux observa- i tions de Peyssonnel. (2) Loc. cit., t. Ill, p. 7, et t. IV, p. 19. (3) Bonnet, Contemplation de la nature, 3 e partie, Chap. VI. ;. t s w ■ ' I 126 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VI. Mais, encore une fois (1), Bonnet se flattait en vain d'avoir trouve un de ces anneaux d' union par lesquels il pretendait relier tous les etres en une chaine unique. Pour la briser ici, et pour resoudre les doutes de Buffon, il a suffi aux modernes de faire une distinction tres simple, et qui se presente tres naturellement a l'esprit; si simple et si naturelle, qu'elle a bientot passe jusque dans les livres les plus elementaires : celle de la locomotion Male ou generate, c'est-a-dire, avec deplaeement de l'etre tout entier, et de la locomotion seulement partielle ou sur celle-ci, bien que la premiere tique de l'animalite, p ou elle est volontaire ou autonomique. Ou trouver, en effet, entrel'une etl'autre, une difference essentielle? Doues nous-memes de toutes deux, ne savons-nous pas qu'elles dependent en nous des memes causes ; qu'elles se produisent par de sem- blables actions musculaires ; qu'elles constituent des phe- nomenes exactement de meme genre ; qu'il n'y a, de Tune a Tautre, que des differences de degre, et nonde nature? Encore ces differences resultent-elles simplement, tantot de la disposition mecanique des organes, tantot de l'in- tensite avec laquelles'exerce une action au fond identique. Pour s'en convaincre, chacun ici n'a qu'a s'interroger lui-meme. Le mouvement par lequel il porte en avant sa cuisse et sa jambe, et par suite tout son corps, et se de- place en totalite, est-il d autre bras, dre que celui par ne se deplace que plus : les memes actions musculaii (1) Voyezplus haut, Chap. Ill, sect. in. L REGNES ORGANIQUES. ne pro debout hom 127 e, s'il est et s'il est couche, une locomotion seulcrnent partielle ? Ne disons done pas Buffon que faculte locomotive est « la faculte de de » changer de lieu{\) » : definition inadmissible, corame redondante, si Ton entend par ces derniersmots un mou- vement quelconque, total on partiel, a partir da lieu pri- mitivement occupe ; inadmissible encore, et a plus forte raison, si le sens en est restreint; s'il s'y agit, comme le veulent Buffon et Bonnet, d'un changement total de lieu. A ce point de vue, la faculte locomotive ne serait meme plus un des attributs generaux de notre espece, ou non- seulement elle pourrait etre suspendue, chez chacun de nous, par un simple changement d'attitude, mais ou elle ferait defaut a 1 'enfant a la mamelle, al'hemiplegique, au paraplegique. L& progression ri est pas la locomotion, avec laquelle on s'etonne de la voir confondue par d'aussi grands esprits : elle n'en est qu'une des formes, un des modes ; le principal, le plus eleve, il est vrai, mais non le seul; et la simple flexion d'une phalange digitale, determinee par un acte de notre volonte, n'est pas en nous un phenomene moins caracteristique de la faculte locomotive, dans le sens vrai de ce mot, que le mouve- ment le plus complet etle plus etendu de notre corps tout entier. Ce qui • • de du '6 Ou cesse la progression, nous aper (1) Ce sont les expressions memes de Buffon, t. II, p. 7. 128 NOTIONS FONDAMENTAJLES, LIV. I, CHAP. VI. encore des mouvements produits au gre de l'animal, et en rapport avec les impressions qu'il recoit, avec les besoins qu'il ressent ; et cela, jusque dans les degres inferieurs du regne. Non-seulement l'huitre, si souvent citee comme t exemple d'un etre manifestement animal, et pourtant prive de la faculte locomotive; non-seulement tous les ■ acephales fixes par une de leurs valves, soulevent et abais- sent l'autre, et, dans leurs coquilles, tour a tour ouvertes ou fermees, deplacent diversement la plupart de leurs parties molles ; mais le polype lui-meme saisit, a l'aide * de ses tentaeules, la proie qui passe a sa portee, et la fait penetrer dans la cavite dont est creuse son corps, si emi- nemment contractile. II y a loin assurement d'une loco- motion aussi restreinte a cette prodigieuse variete de mouvements dont jouissent l'homme et les animaux a squelette articule, a muscles nombreux et animes par un systeme nerveux centralise; mais, au fond, pour etre d'un degre tres inferieur, elle n'est pas d'un autre ordre. Elle reste, ici meme, reellement caracterisee comme loco- motion veritablement animate, dans le sens ou Bichat prend ce mot (1), et non organique, c'est-a-dire automa- tique. Par les deplacements partiels de l'huitre et du polype, par les circonstances variees au milieu et en raison desquelles ils se produisent diversement, on peut constater, si limites qu'ils soient, un veritable choix, une action volontaire, ou mieux et plus generalement, spon- tanee, autonomique; car le mot volonte, a moins d'en etendre la signification au point de le detourner de son (1) Voyez plus haut, p. 10A a:-:- ■ ' ■ • / ■,:'■■ A ■* p c iQ take I REGNES ORGANIQUES. 129 acception ordinaire, est mal applicable a ees vagues et imparfaites manifestations qui temoignent de la nature animale des arbres de la mer. IV Mais les polypes ne sont pas les derniers des animaux. Si simples qu'ils soient, d'autres le sont bien plus encore. Apres ces difficultes , devant lesquelles s'arretait Buffon et dont triomphait Bonnet, d'autres vont done se pre- senter ici, et de plus graves. Ou il n'y a plus d'appendices locomoteurs, meme ciliaires, chez les animalcules homogenes , tels que les amibes et les autres proteides (1), il y a pourtant encore -■ des mouvements, et meme avec deplacement total ; mais ces mouvements doivent-ils etre consideres comme auto- nomiques, et non comme purement organiques, comme automatiques ? Plus bas encore, chez les spongiaires, peul-on meme i (1) Norn sous lequel j'ai designe (dans mes cours), en les eonside- rant, comme constituant une classe distincte parmi les animaux dits nifusoires, le Proteus diffluens de Miiller, aujourd'hui Amiba diffluens, et les autres animaux homogenes, a expansions glutineuses, et par suite a forme variable. 11 m'a paru convenable de faire revivre, dans le nom de la nouvelle elasse, autant du moins qu'il est presentement possible, ce nom de ■ protee, si heureusement choisi par les micrographes pour un animal dont la forme est aussi insaisissable que celle du Protee de la Fable. II est fort regrettable que ce meme mot Proteus soit aujourd'hui celui d'un genre de vertebres a regard duquel il fait centre-sens. ii. 9 » ~T" 130 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VI. constater d'autres mouvements que ces dilatations et con- tractions alternatives dont resultent F entree etla sortie de l'eau?sorte de diastole et de systole, aussi manifestement automatiques, dans Feponge, qu'en nous-memes la sys- tole et la diastole cardiaques. II est aujourd'hui permis de repondre affirmativement a ces deux questions , et a la premiere , sans plus de reserves que s'il s'agissait d'animaux nettement visibles a l'ceil nu. Les proteides, les amibes surtout, sont au- jourd'hui assez bien connus, pour qu'on ne puisse plus hesiter ni sur les faits en eux-memes, ni sur l'inter- pretation qu'ils doivent recevoir. d'eau, lac microscopique ou nos yeux, si les observations sont bien faites , la suivent sans peine et sans illusion possible, l'amibe emet, a intervalles irreguliers, sur des points varies de son corps , des expansions glutineuses qui sont pour elle comme autant d'organes locomoteurs temporaires, bientot rentres et confondus dans la masse commune. Comparable a une tache mobile qui tour a tour s'epand en divers sens, elle s'avance, s'arrete, se meut de nouveau, ou encore se detourne, comme si elle chan- 7 ;ait de but. Parfois la meme goutte reunit plusieurs de Au sein d'une goutte & ces animalcules, les uns encore globuleux et au repos, les autres de formes variees, et deplacant quel ques portions, puis la totalite de leur corps: parmi ceux-ci, il n'est pas rare d'en voir deux, places l'un pres de 1'autre, el sou- mis a des influences exterieures communes, se mouvoir pourtant en des directions differentes, ou meme opposees. Si bien que, malgre la singularile de cette locomotion par diffluence , par ecoulement de la substance homogene de aa.tftfo. REGNES ORGANIQUES. 131 » l'animal, on ne saurait meconnaitre ici un choix, une impulsion interieure et autonomique . Pour la nier chez le proteide, il faudrait la refuser a tous les autres animaux a progression lente, et a bien d'autres encore. Si la science ne peut encore affirmer des spongiaires, ■ sans quelques reserves, ce qu'elle demontre pour les proteides, il y a du moins lieu de penser qu'elle y parvien- dra prochainement. Apres s'etre longtemps egaree, en ce qui concerne les eponges , dans les hypotheses les plus contraires a la realite des faits, elle est entree, depuispeu, dans une voie au terme de laquelle est la vraie solution. Gonsiderons une eponge comme resultant de 1' union d'une infinite d'animalcules homogenes comparables a des amibes , de meme qu'un groupe ou un arbre poly- - piaire resulte de celle d'une multitude de polypes. Selon * cette hypothese, 1'union, dans l'eponge, sera necessaire- ment confuse, et les animalcules indistincts, en vertu de leur homogeneite meme. On sera des lors naturellement amene, par voie d'induction, a attribuer la faculte loco- motive aux particules de l'eponge qui represented les animalcules ; mais comment convertir cette vue theorique en un fait? II est facile de prevoir avant toute observation que les manifestations de cette faculte seront tres obs- cures et, dans les circonstances ordinaires, presque in- saisissables , meme avec le des meilleurs mi croscopes devront se reduir d par deplacement total d'animaux observables limite, de corpuscules par posant tous ensemble une voir distinctement pour les ■ I j I 132 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I CHAP. VI. etudier comme on etudie une amibe, il faudrait les isoler, ce qui est impossible : jamais on ne decomposers une eponge en ses elements individuels. Tout ce qu'on peut faire, c'est, sans aller jusqu'a ce terme ideal, de s'en rapprocher, en placant sous le microscope des parcelles tres tenues de diverses especes d 'eponges. On l'a fait a plusieurs reprises, soit pour les eponges marines, soit pour les spongilles ou eponges d'eau douce, et pour celles-ci surtout, avec beaucoup de succes. Les mouve- ments qu'on apercoit alors, et dont la connaissance est surtout due a M. Dujardin, sont difficiles a suivre, bien plus difficiles encore a interpreter, tant qu'on ne les rap- proche pas de ceux des proteides, mais ils s'eclairent d'une vive lumiere par leur comparaison avec ceux-ci ; et c'est pourquoi le naturaliste eminent auquel nous de- vons les meilleurs travaux sur les amibes est aussi celui qui a le mieux vu et compris les mouvements des spon- ■ giaires. Des expansions diaphanes, variables dans leur forme, parfaitement comparables a celles des proteides, ont ete distinctement apercues et montrees a plusieurs reprises par M. Dujardin; et il a meme ete assez heu- reux pour pouvoir constater, quand la division avait ete poussee assez loin , le deplacement total des corpuscules spongiaires, « rampant sur le verre, au moyen de leurs » expansions mobiles et diaphanes, comme de veritables » amibes (1). » Voila done, chez l'epon chez Famibe; par consequent, une locomotion (1) Ce sont les expressions memes de M. Dujardin, Observations ■ sar les eponges, dans les Comptes rendus de VAcademie des sciences, * otttfth.6 REGNES ORGANIQUES. 133 ment animale; et bien qu'ici, comme dans quelques ob- servations analogues de Laurent sur des lobules sponta- nement emis par des spongilles (1), il ne s'agisse que de faits particuliers recueillis dans des circonstances plus ou moins exceptionnelles, ils suffisent pour que nous soyons fondes a reconnaitre la faculte locomotive dans le des spongiaires. II est clair que si Ton obtient * chez un etre organise, place experimentalement dans des circonstances speciales, des manifestations plus ou moins nettes de la faculte locomotive, c'est qu'il en etait prea- lablement doue; n'eut-on pu jusque-la, et de toute autre maniere, la rendre sensible, en constater l'existence. Un experimentateur, si habile qu'il soit, n'a pas le pouvoir de produire, a son gre, des facultes, des proprietes, des forces nouvelles : il ne fait que mettre en evidence des facultes, des proprietes, des forces preexistantes, qui ne se temoignaient, avant son intervention, que parde faibles et obscurs indices, ou restaient a l'etat latent. II ne cree pas; il decouvre. Ne craignons done pas de tirer ici de quelques faits particuliers cette consequence, temeraire en apparence, en realite tres legitime : la faculte locomotive ne fait pas t. VI, p. 676 ; 1838. —Un Rapport fait par M. Turpin sur ce travail, est in sere dans le meme recueil, t. VII, p. 566. Voyez aussi Dujardin, Histoire naturelle des infusoires, Paris, in-8, 18M, p. 305 et 306. (1) Les recherches et les vues de Laurent sur les spongiaires, et par- ticulierement sur les spongilles, font partie de la Zoologie du Voyage autour du monde de la Bonite. —Voyez la Zoophytologie, in-8, 184/i, publiee aussi a part sous ce titre : Recherches sur Vhydre et Veponge d'eau douce, Paris, in-8 (sans date). I I I 134 NOTIONS FOND AMENT ALES , LIV. I, CHAP. VI. defaut meme a Fimmobile eponge (1). Ce qu'un groupe de botrylles ou depolyclines, parmi les mollusques, est a une ascidie simple, ce qu'une masse d'alcyons ou un arbre de coraux, parmi les radiaires, est a un polype isole, l'eponge Test, parmi les homogenes, a l'amibe ou, plus generalement, au proteide. D'ou il est vrai de dire que, jusque chez les spon- giaires, nous retrouvons encore, affaibli, non efface, le earactere de l'animalite. La locomotion totale, la pro- gression existe chez la plupart des animaux ; une loco- motion seulement partielle, mais encore tres manifeste, chez un grand nombre d'autres; la faculte locomotive, chez tous. Ou le mouvement animal devient tellement obscur que nous ne le distinguons plus en Halite, nous le retrouvons en aptitude, et il est des circonstances ou 1' aptitude se traduit visiblement en fait; si bien qu'aux derniers confins du regne, nous pouvons saisir du moins animal le une lueur des plus hautes facultes de 1 - mouvement, Fautonomie, et par consequent aussi la sensibilite. (1) Est-ce a toutes les eponges? On doit le presumer, mais non l'affirmer. Les observations de M. Dujardin n'ont porte que sur un tres petit nombre d'especes ; celles de Laurent ne sont relatives qu'a la seule spongille. II est k desirer qu'on les repete le plus tot possible sur d'autres especes, non-seulement de nos eaux, mais de toutes les mers; car il est, surtout dans les regions chaudes du globe, des types qui s'eloignent beaucoup de ceux qui nous sont le plus connus. On ne saurait trop reeommander cette etude aux observateurs qui seraient en position de s'y livrer avec succes. Elle achevera d'eclairer un des points les plus difliciles et les plus importants de la science. ■ **. • ; luMfcOae REGNES ORGANIQUES 135 V La faculte locomotive qui semble si pres de s'eteindre auxlimites du regne animal, disparait-elle au moment ou on les franchit? Fait-elle eompletement defaut au regne vegetal ? Pour qu'elle soit caracteristique du premier, il ne suffitpas qu'elle soit commune a tous les animaux-, il faudrait qu'elle lui fut propre : l'est-elle en effet? Non-seulement, au premier abord, on serait porte a re- pondre negativement , mais un grand nombre de plantes semblentl'emporter debeaucoup surles animaux inferieurs par l'activite, l'etendue, la variete des mouvements dont ■ elles nous rendenttemoins. Qui ne connait les merveilles du sommeil des plantes? Qui n'a vu des feuilles, a l'ap- procbe de la nuit, se redresser ou s'abaisser pour couvrir la fleur placee au-dessus ou au-dessous d'elles ; d'autres s'inflechir diversement, et en apparence dans une attitude de repos ? Qui ne sait que les fleurs ont aussi leurs heures d'e'veil et de sommeil, epanouissant et refermant tour a tour leur corolle? les unes diurnes, d'autres nocturnes; belles-de-j our et belles-de-nuit, selon les poetiques noms consacres par l'usage pour deux d'entre elles, le Convol- \ vulus tricolor et le Mirabilis jalappa. Qui ne sait aussi que, dans une multitude d'especes, les etamines semblent s'animer au moment de la fecondation, et chercher le pistil lequel elles ensemble tour a phenomenes dont les oeillets, le tabac H > • 136 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VI. capucines, les geranium, et plusieurs autres plantes com- munes nous offrent des exemples tres connus. Qui n'a au moins entendu parler de la Vallisneria spiralis, de ses fleurs dioiques secretement formees au sein des eaux, 7 mais qui, au moment des noces, s'elevent et se montrent a la surface? Le male et la femelle viennent s'y chercher et s'y unir, Fun en se separant de sa tige, l'autre portee sur un long pedoncule spiral, qui resserre ensuite ses tours, et la replonge, une fois fecondee, dans le fleuve (1). Les mouvements de la dionee attr ape-mouche ne sont pas moins celebres, et ceux de la sensitive le sont bien pi La premiere, des qu'un corps etrang touche une de ses feuilles, en rapproche les deux lobes, comparables aux deux valves d'une coquille ; si bien qu'un insecte ne peut se poser sur une dionee, sans qu'elle le (1) Ant.-L. de Jussieu a donne deces admirables phenomenes, dans le Genera plantarum (p. 67), une description devenue celebre, dont Castel s'est heureusement inspire dans son poeme des Plantes : ■ Le Rhone impctueux, dans son onde ecumante, Pendant neuf mois entiers, nous derobe une plante Dont la tige s'allonge en la saison d'amour , Monte au-dessus des flots et brille aux yeux du jour. • Les males, jusqu'alors dans le fond immobiles , De leurs liens trop courts brisent les noeuds debiles ... Les temps de Venus une fois accomplis, La tige se retire en rapprochant ses plis, Et va murir sous l'eau sa semence feconde. Darwin, dans les Amours des plantes, Delille, dans les Trots regnes 9 ont aussi chante la plante fameuse Que le Rhone soutient sur son onde ecumeuse ; mais ils n'ont su etre ici ni aussi elegants ni aussi exacts que Castel. ■■' p* .' aa.t .ftKe REGNES ORGANIQUES. 137 choc fasse pour quelque temps prisonnier. La seconde, non- seulement replie et ferme les folioles touchees, mais, apres elles, les folioles voisines; ou meme, si elle a recu un , un ebranlement, toutes les folioles d'un ou plu- sieurs rameaux et parfois jusqu'au petiole commun. D'ou les noms divers de cette merveille vegetate , tour a tour appelee la sensitive ou Yherbe sensible, dont, toutefois, la sensibilite, selon les anciens naturalistes, ne s'eveillerait que sous la main d'une jeune fille; la mimeuse , ou lmitatrice des mouvements des animaux; aujourdnui, en botanique, la Mimosa pudica, et toujours en poesie, la plante Qui, courbant sous nos mains son feuillage honteux, De la douce pudeur offre rembleme heureux (1). Les mouvements qui rendu celebres la D Ipula et la Mimosa pudica sont loin de .-' dionee leur appar propre. Des phenomenes analogues a ceux dont la st le theatre se retrouvent, moins remarquables toutefois, chez d'autres droseracees 5 et pres de la Mimosa pudica viennent se ranger, a ce point de vue, non-seule- ment des mimosees telles que la Mimosa viva, la M . casta, V Acacia acanthocarpa , et plusieurs papilionacees, comme ia sensitiva, YMschynomene sensiliva, et quel- de ses congeneres ; mais aussi des plantes etran- des legumineuses, comme le Biophytum Smith geres au d'autres oxalidees voit que l'existen de mouvements moins prononces chez d •> ^ (1) Delille, Les trois Regnes de la nature, Chant VI H. 9. . I; 138 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I, CHAP. VI. comme on l'a dit si souvent, an fait rare et exceptionnel . Non-seuiement pour les organes floraux, mais aussi pom les parties vertes des plantes, les exemples de mouve- ments sont des a present nombreux, et sans nul doute il pi f dej des mouvements de leur existence, ou excites, de temps en temps, par des causes accidentelles ? Le genre Desmodium, demembre par De Gandolle des Hedysarum, en montre d'habituels, et meme dans deux especes au moms : le Desmodium vespertilionis , et surtout le D. gy- rans, si souvent cite, sous son ancien nom de sainfoin oscillant (1), pour ses feuilles composees de trois folioles, qu'anime, pendant toute la vie de la plante, un mou- vement singulier, et jusqu'a present inexplicable. Tandis que la foliole intermediate tourne et s'incline alternati- vement de droite a gauche et de gauche a droite, les late- rales oscillent, et toujours contrairement Tune a 1'autre, de bas en haut et de haut en bas, par une suite de petites saccades qui se succedent a intervalles plus ou moins rapproches, selon la sante de la plante et l'etat thermo- metrique et hygrometrique de Tatmosphere. Parmi les aleues, les oscillaires offrent aussi des exem- ples de mouvements habituels, et plus remarquables encore, car ils s'etendent a la totalite de la plante ; cequi Fa fait prendre par Yaucher et De Gandolle lui-memepour une agregation d'animalcules, et placer par Bory de Saint-Yincent parmi ses psychodiaires (2). Ghaque oscil- (1) Hedijsarum gyrans. (2) Voy. Chap. IT, sect, iff, p. 3, — Et plus bas, p. 151 et 152 li L_r i * . uftho REGNES ORGANIQUES, 139 - ■ laire, tube lilamenteux, fixe par ime extremite, libre par l'autre, oscille, comme l'indique son nom, ou se balance a partir du point d'adherence, en restant en ligne droite, ou meme, dans plusieurs especes, se flechit et se con- tourne diversement. 1 Au dela de ces faits, n'a-t-on meme pas des exemples d'une locomotion plus complete encore et vraiment pro- gressive ? Ne connait-on pas des plantes qui se portent d'un lieu a un autre, qui voyagent? Des faits mal inter- pretes l'ont fait croire longtemps. La Neptunia natans, plusieurs hydrocharidces , un grand nombre d'algues, d'autres plantes aquatiques encore, qu'on trouve tantot sur point, tantot sur un autre, ne se dtplacent pas, elles sont un deplacees ; elles ne nagent pas, elles flottent. Parmi les plantes terrestres, les orchides, si celebres par leur pretendu mouvement progressif, vivent et meurent sur place, malgre de trompeuses apparences : ce ne sont plus les memes plantes, mais d'autres nees d'elles, qu'on voit, l'annee suivante, repousser et refleurir un peu plus loin. Pour trouver parmi les vegetaux de veritables mouve- ments par deplacement total, par progression, il faut les cbercher, non plus dans les vegetaux eux-memes, mais, au moment de la reproduction, dans leurs corpuscules, soit germinateurs, soit fecondateurs , particulierement dans ceux des plus humbles plantes, des algues ou hydro- phytes. Le groupe le plus remarquable a ce point de vue est sans nul doute celui des algues dites autrefois, pour cette raison meme, zoocarpees, et aujourd'hui, zoosporees. Leurs spores, si bien etudiees dans ces derniers temps par -i. lft.0 NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. I, CHAP. VI. M. Unger (1), etsurtoutpar M. Gustave Thuret ( munies de petits organes flagelliformes, comparables vibratiles des infusoir deter minent le mouvement plus ou moins rapide du corps qui les porte. Chaque spore, au sor pris naissance, commence a nag de la cavite ou elle a en tournant sur elle- meme, d'une maniere « assez irreguliere, pi » plus lente, dans une direction ou dans une autre (3). » Apres un temps dont la duree varie (de dix minutes a deux heures, dans les cas ordinaires), la spore s'arrete et se fixe pour germer. L' animal, disait Bory de Saint- Vincent, et disent encore plusieurs botanistes, se fait vegetal : Finfusoire devient algue. Chez les fucacees, les spores sont sans mouvements propres. Mais ici, ce sont les antherozoides ou corpuscules fecondateurs, si justement compares aux spermatozoides animaux, qui se meuvent, et meme aussi rapidement que les plus rapides de ceux-ci. Non toutefois de la meme maniere. Leur mouvement se rapproche bien plus de (1) DiePflanze imMomente der Thierwerdung, Vienne, in-8, 1843. (2) Voyez, sur la structure, les cils et les mouvements des spores, ses belles Recherches sur les organes locomoteurs des spores des algties, dans les Annates des sciences naturelles, Botanique, T serie, t. IX, p. 266; 1843. On consultera aussi avec beaucoup d'interet et de fruit un memoire etendu et tres remarquable de MM. Derbes et Solier, Sur quelques points de la physiologie des alyues. Ce memoire, qui fait partie du tome I (encore a paraitre) du Supplement aux Comptes rendus de I'Academie des sciences, a ete publie a part, in-4, 1852. (3) Thuret, loc. cit., p. 270.— II s'agit ici particulierement dela vaucherie. M. Thuret a vu dans d'autres zoosporees des faits un peu differents. \ ^v 4 'aa£ahe i REGNES ORGANIQUES. 141 des spores deszoosporees. Al'aide de cils vibratiles decrits par M comme celles-ci, mais bien plus vite, et aussi plus longtemps; non-seulement pendant des minutes ou des heures, mais souvent pendant un jour entier, quelquefois deux. II n'est pas rare non plus de voir un grand nombre d'anthero- ■ zoides s'attacher a la meme spore pour la feconder, masse gigantesque par rapport a ces infiniment petits qui 1'en- trainent neanmoins dans leur course rotatoire, tant est vif le mouvement dont ils sont animes. Autant on se preoccupe aujourd'hui, et avec raison, de ces mouvements des spores et des antherozoides des cryptogames aquatiques, autant ceux des granules polli- niques des phanerogames fixaient autrefois l'attention des botanistes qui croyaient apercevoir, la aussi, des mouve- ments comparables a ceux des animalcules (2). Mais on en juge autrement depuis les belles observations faites en 1827 par M. Robert Brown (3), sur ce qu'on appelle aujourd'hui, de son nom, le mouvement brownien. Si tous (1) Ces curieux phenomenes ont ete admirablement decrits par M. Thuret dans un travail qui fait suite a ses recherches sur les zoo- sporees. Voyez Recherches sur la fecondation des algues, dans les Ann. desscienc. nat., Bot., li e serie, t. H, p. 197 ; 1854. Voyez aussi lesComptes rendus de VAcademie des sciences, t. XXXVI, p. 745, et les Memoir es de la Societe des sciences naturelles de Cherbourg, t. I, p. 161 ; 1853. (2) Analogie encore admise par quelquesauteurs. Voyez entre autres Paul Laurent, Etudes physiologiques sur les animalcules des infu- sions vegetales, in-Zt, Nancy, 1854, p. 12 et suiv. (3) Voyez A brief account of microscopical observations, Londres, in-8, 1828, et Additional remarks on active molecules, 1829. Ces deux notices, dont la premiere a d'abord ete publieek part, se trouvent dans le Philosophical Magazine, 1828 et 1829. . II 1 1 142 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I, CHAP. VI. solides, inorganiques aussi bien suspension meuvent ou plutot s'agitent les granules dans la liqueur polliniq plus ici qu'un effet particulier d'une cause toute physique, et non organique, a plus 1< animee (1). genei i YI 1 Pallas soutenait, il y a un siecle environ , que les vegetaux, loin de constituer tout un regne, ne doivent former qu'une classe, a la suite des polypes et des autres classes inferieures du regne animal (2) . Les faits qui precedent peuvent sem- bler, au premier aspect, tres favorables a cette opinion. Tant d'exemples de mouvements chez les plantes, et de mouvements si varies et souvent si remarquables, ne suf- fisent-ils pas pour demontrer, chez le vegetal, ce qu'on nomme, chez Fanimal, la faculte locomotive; pour prou- (1) Sur les mouvements de la matiere tres divisee, voyez aussi, a un ■ autre point de vue, les memoires publies par Fusinieri, de 1821 a 1841, dans les divers recueils scientifiques du royaume Lombardo- Venitien, et les Becherches physiques sur la force epipolique , par Dutrochet, Paris, in-8, l re partie, 1842, et surtout, "2% 1843. (2) Et c'est pourquoi, dit Pallas {Elenchus zoophytorum, la Haye, 1766, p. 5), on peut former parmi les vegetaux des ordres naturels, mais non de vraies classes. Cuvier a un instant partage cette idee (voy. Particle Animal du Dictionnaire des sciences naturelles, t. II, p. 174; 1816), et quelques naturalistes modernes Pen ont cru le premier auteur. ■v- , ■P afa^dahe' REGNES 0RGAN1QUES. 143 ver que quelques cspeces au moins se meuvent par une action spontanee, autonomique ? Or l'autonomie presup- pose la sensibilite. Si Ton devait admettre, chez les vege- tans, une locomotion appropriee a la diversite des circon- stances exterieures, il faudrait bien admettre aussi que ces corps organises se determinent, qu'ils choisissent; par consequent, qu'ils percoivent, au moins d'une maniere vague et confuse, ce qui les entoure. 11 faut bien, ou il y a choix, qu'il y motive de dire que demontrer la faculte loco vegetaux, ce serait, par cela meme effacer les limites des deux stifier compl ment l'opinion de Pallas : la vegetalite ne serait qu'une des formes inferieures de l'animahte. Voila jusqu'oii nous serions entraines, si, des les pre- miers pas, nous ne nous tenions en garde contre les illu- sions auxquelles tant d'autres ont cede. Illusions si natu- relles, en effet, qu'on a d'abord peine a s'en defendre. On touche une sensitive, et elle se retire comme ferait un animal; comment admettre qu'elle n'a pas, comme lui, senti et voulu se retirer ? La fleur staminee de la vallis- t • porte vers la fleur a carpelle male vers sa femelle mouvement de celui-ci est autonomique, comment l'autre ne serait-il qu automatic line etude attentive de tous les elements de la ques a pourtant conduit les botanistes a une autre interpr admirables phenomenes. Les mouvements des fo des mouvements 8 qi . I ■ ^ U4 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VI. qui est egalement vrai des mouvements accidentels par excitation exterieure, et des mouvements que Fori peut dire normaux : les uns continus ou habituels, c'est-a-dire ayant lieu ou se reproduisant a intervalles tres rappro- ches pendant toute la vie de la plante, ou du moins tant qu'elle est dans l'etat de sante; les autres periodiques, c'est-a-dire se reproduisant a des intervalles plus ou moins eloignes, en rapport avec le cours des saisons. De ces trois classes, les mouvements accidentels, periodiques, habituels des vegetaux, la derniere est celle ou Fanalogie avec les mouvements automatiques des ani- maux est le plus facile a saisir et le mieux a Fabri de obi d ou petition habituelle sont par excellence les caracteres de I' tisme. Ou ell es existent, et par cela meme qu'elles exis- tent, on ne saurait admettre la spontaneite, le choix, Fau- tonomie. Bien que nous ne puissions expliquer les oscilla- tions des folioles des desmodium, comme nous expliquons les battements de notre coeur, nous sommes done fondes a dire les unes, au meme titre que les autres, organiques ou automatiques , c'est-a-dire simplement produites par le jeu d'organes agissant a part toute intervention de la volonte, et sans que Fetre dont ils contribuent a entretenir la vie en ait conscience (1). (1) Si De Candolle, Physiologie vegetale, t. II, p. 869, appelle auto- nomiques les mouvements que je dis ici automatiques, e'est parce qu'il a cm devoir etendre le sens du mot autonomique & tousles mou- vements non determines par une cause exterieure. En ce sens, les mouvements du coeur, ceux de Tintestin,en un mot, tous les mouve- ments dits organiques, seraient autonomiques aussi bien que les mou- vements dits animaux. REGNES ORGANIQUES. Les mouvements periodiq des davantage fecondateu ont dit : If 145 vegetaux pretent ceux surtout de leur s g - •s; et ce ne sont pas les poe'tes seulement qui l amours, les noces des plantes, amoves, spon- salia, nuptia? plantarum. Mais Felegance de ces poetiques images ne doit pas nous abuser sur leur defaut de jus- tesse. Elles exagerent l'analogie des phenomenes qu'elles comparent; elles jettent un voile sur les differences fon- damentales qui, meme ici, separent les deux re phenomenes qui preparent et accomplissent la reprod les chez la plupart des ms autonomiques, les sont de deux ordres automatiques. Ge soi ces derniers seuls qui subsistent chez les vegetaux. Le mouvement des etamines vers le pistil doit etre assimile, non aux mouvements par lesquels l'animal male recherche sa femelle, mais a ceux par lesquels il la feconde ; et ceux- ci, mouvements intimes desdiverses parties de l'appareil male, aussi bien que mouvements des pavilions et des trompes, sont, comme tout le monde le sait, purement organiques ou automatiques; meme chez les especes ou, les sexes etant distincts , la fecondation a ete precedee de la recherche de la femelle, par consequent, de mouve- ments autonomiques. N'existe-t-il cependant, chez les vegetaux, aucun exemple de la recherche d'un sexe par l'autre? La nature, chez les plantes dioiques, laisse-t-elle toujours au vent, aux oiseaux, au hasard des circonstances exterieures, le soin de porter a distance sur le pistil d'une fleur la poussiere fecondante d'une autre? Non, mais encore ici rien n'est autonomique. Le fait le plus remarquable que ii. 10 ■MVIffDOm M 146 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VI. Fori puissc signaler ici, celui de la vallisnerie, estlui-meme une de ces exceptions qui, bien comprises, viennent a l'appui de la regie. De ces mouvements, si souvent cites par les botanistes et surtout ehantes par les poetes comme des exemples d'instinct et d'amour dans les plantes, les uns ne sont encore qu'organiques et automatiques ; les autres, ceux-memes qu'on a dit autonomiques et instinctifs, ne V sont pas meme vitaux : its resultent de simples pheno- menes de deplacement, passivement accomplis selon les lois physiques de la gravitation. Les fleurs males ne se portent pas, en realite,a la surface de l'eau, quand elles ne pi pecifiq y sont portees, en raison . G'est la l'explication tres pie et aujourd'hui incontestee des pretendus fleur y a pas, dans de d'un sexe par vers plement une rencontre preparee par but commun, de mouvements, U I les uns orga- niques, les autres settlement physiques . Curieux exemple d'une harmonie intime entre deux ordres tres differents de phenomenes, ou nous voyons mieux peut-etre que dans aucim autre ce qui est partout chez les etres organises , mais ce qu'on y demontre si difficilement dans la plupart des cas : les forces brutes de la nature mises au service de la vie. L'explication des mouvements de la sensitive et des mouvements accidentels moins remarquables qui ont lieu chez d'autres vegetaux, est beaucoup moins avancee. II (1) Rupto nexu elevantur, comme le dit A.-L. De Jussieu, loc. cit (et lion se devant). ■■ » - : • " KEGNES ORGAMQUES. U7 faut le reconnaitre : ici les efforts des physiologistes, sans pter ceux de ochet (1), n'ont abotiti qu des hypotheses plusou moins ingenieuses, mais aussi plusou moins contestables ; et quoique ici les experiences les ■ plus variees soient venues en aide a l'observation, on ne sait encore jusqu'a quel point et comment des causes mecaniques ou physiques melent leurs effets a ceux de Taction vitale. Et nulle part, il ne reste plus vrai de dire avee Linne : « In plantis summa Creator is mysteria (2) ! » Cependant on peut deja etablir que Taction vitale est ici tout organique et automatique, et non autonomique. C'est ce que montre, en premier lieu, une analogie, ou plutot une identite depuis longtemps signalee par les observa- teurs. Quels sont les mouvements accidentels si celebres f • de la sensitive? Precisement les memes qui ont lieu pei diquement au coucher du soleil. Determiner par un con- ■ tact, un choc, une excitation quelconque, le resserrement des feuilles, l'abaissement du petiole, c'est, en realite, amener la plante, hors de temps, a ce qu'on appelle Yetat de sommeil (3). Le plus remarquable de tous les motive- * ments accidentels connus chez les plantes peut done etre (1) Cet illustre physiologiste a emis successivement deux opinions fort differentes, mais concordant du moins en ceci, qu'elles rapportent le mouvement de la sensitive k des causes mecaniques ou physiques. Pour les vues definitives de Dutrochet sur ces differentes questions, voyez le recueil de ses Memoires, t. I, p. 53Zj. (2) Linne, dans la Critica botanica; Nomina generica. (3) II nefaut pas oublier que ce qu'on appelle chez les vegetaux le sommeil des feuilles n'est nullement comparable au sommeil de Thomme et des animaux. C'est ce qu'a tres bien exprime De Candolle, loc. cit., p. 856, dans un passage qu'il ne sera pas inutile de citer au moment ou il est question d'un sommeil par excitation. « Linne, dans 148 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I, CHAP. VI. raniene a l'un des phenomenes periodigues les plus mani- festement organiques et physiques : c'est le sommeil des feuilles, a l'heure habituelle de Yeveil; et a moins d'ad- mettre qu'il change de nature en changeant d'heure, il faut bien convenir qu'il n'est, lui aussi, qu'organique et physique. ■ La comparaison des especes vegetales ou s'observent des mouvements accidentels confirme cette induction, ou plutot y conduit par une autre voie. S'il y avait ici auto- * 9 nomie, par consequent sensibilite, ces especes, unissant les hautes facultes de l'animal a la structure de la plante, et par la meme transition naturelle entre les deux regnes, ne seraient pas seulement les premiers des vegetaux; elles s'eleveraient au-dessus d'eux de toute la hauteur qui separe la faculte de se mouvoir et celle de sentir, de l'im- mobihte et de l'insensibilite, attributs ordinaires de la vegetalite. Est-ce, en effet, ce que nous montre l'obser- vation? Nullement; eton l'a vu deja (1) : les plantes a mouvements accidentels sont disseminees dans des fa- milles tres differentes, et comme perdues dans la foule des especes immobiles. A cote de la Mimosa pudica, viennent » son style toujours poetique, donne a ce phenomene le nom de som- )> meil des feuilles ; mais il faut remarquer que ce terme emprunte au » regne animal ne represente pas les memes idees dans les deux regnes. » Dans les animaux, il represente toujours un etat de flaccidite des I » membres, de souplesse des articulations; dans les vegetaux, il indique » bien un changement d'etat, mais la position nocturne est determinee » avec le meme degre de rigidite et de consistance que la position » diurne: on romprajt la feuille endormie plutot quede lamaintenir » dans la position qui lui est propre pendant le jour. » (1) Voyez plus haut, p. 137. nvH I REGNES ORGANIQUES. 149 se ranger, non-seulement d 'autres mimosees, mais de ve- ritables mimeuses, qui ne se meuvent pas; loin d'elle, au contraire, parmi les oxalidees, reparaissent des mouve- ments tres marques, et ceux-ci encore chez des especes dont les congeneres sont immobiles. Faits constates a plusieurs reprises par les observateurs, et par lesquels se trouve jugee l'hypothese qui attribuait a toutes ces plantes autonomiques. L'admettre, ce serait icepter une consequence dont il est des mouvements inevitablement a superflu de faire ressortir l'absurdite : dans la meme famille, dans le meme genre naturel, des especes, les unes douees, les autres privees de sentiment et de mouvement autonomique ; la sensibilite et la faculte locomotive torn- bees au rang de simples caracteres specifiques ! Pour que des arguments theoriques d'une si grande valeur ne fussent pas tenus pour decisifs, il faudrait que des faits nombreux et authentiques vinssentlescontredire. Or tous, au contraire, les confirment. Tandis que, dans les mou- vements d'un animal, une cause interieure, autonomique, combine manifestement ses effets avec ceux des causes exterieures, on ne voit jamais agir ici que ces dernieres : chez la sensitive, aussi bien que chez les autres vegetaux, tout depend d'elles et de la disposition des organes. C'est ce qu ont demontre, jusqu'a l'evidence, non-seulement l'observation des diverses plantes afeuillage mobile, mais d'innombrables experiences, dont la M imosa pudica surtout le sujet / ^ / dont (1) Les principales ont ete bien resumees et appreciees par M. Du- chartre, article Mimeuse du Dictionnaire universel d'histoire natu- relle, t. VIII, p. 222 et suiv. t • 1 ^m 150 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. 1, CHAL\ VI. Dans les memos de developpemen t et de sante, la sensitive se eomporte tou- jours de meme. Si bien qu'aujourd'hui, rexperimentateur peut prevoir et annoncer a l'avance les phenomenes qu'ii vaproduire surdes sensitives diversement touchees, ebran- lees, soumises a Taction de l'electricite on de la chaleur, sonstraites ou rendues a la lumiere, irritees par le contact d'un acide on d'un alcali, on de toute autre maniere. 7 D'ou, encore, cette conclusion : Tous les phenomenes sont ici, ou physiques, ou auto- matiques, ou mixtes : aucun n'est autonomique. La sen- sitive ne va pas au dela de ce qu'exprime si bien son nom de mimeuse: elle mime, elle simule le mouvement ■ animal; rien de plus. VII. Pour le trouver, descendrons de l'embranche ment des dicotyledones aux dernieres acotyledones, du groupe des legumineuses a celui des algues? Est-ce bien d'un mouvement autonomique que sont animes les cor- puscules I des zoospor de dir aetal to ne jouit d'un mouvement veritablement ; faudrait reconnaitre, entreles vegetauxqui jamais que vegetaux, et les animaux, qui restent toujours animaux, des etres organises dont l'existence ambigue se composerait de deux phases (1), de deux vies tres dif- (1) Sans parler ici de ceux dont la vie se composerait de trois phases, deux vegetales, et une animale, intermediaire. Voyez Flotow, Beobachtungen uber Hgematococcus pluvialis und seine Verwandlungen, • i i . * t * REGNES ORGANIQUES. 151 ferentes : Tune purcinent vegetative, appartenant a l'e lui-meme une fois developpe ; l'autre animate, proprt ses corpuscules reproducteurs. Ce serait precisementl' verse de ce qui a lieu chez l'homme et les animaux, qi d'une vie toute vegetative dans les premiers temps de icept cendraient de a la vegetalite : animaux pendant quelques minutes ou quelques heures , vegetaux pendant le reste de leur exis- tence; par la meme, ont dit quelques naturalistes, ni veri- tablement animaux, ni completement vegetaux, mais d'un type apart, d'un regne inter mediaire : les psychodiaires de Bory de Saint-Vincent (1 II etait presque inevitable que les corpuscules mouvants des algues fissent d'abord illusion, meme aux meilleurs esprits. On devait croire dans notre siecle au mouve- ment autonomique des antherozoi'des et des spores, comme dans le xvn e , dans le xvm e , au mouvement volon- taire des spermatozo'ides : Verm seminales, ani- r / dans les Nova acta naturce curiosorum, t. XX, p. Zil3; 1843. Cet important memoire, dans lequel se trouvent, avec des observations tres curieuses, des inductions tres hardies et qu'on ne saurait toutes admeltre, est suivi (voy. p. 566) d'une note etendue deM. Neks d'Esen- beck, intitulee Vegetative Bewegung. Malgre ce titre, l'auteur traite aussi du mouvement animal qu'il compare au mouvement vegetal. En renvoyant le lecteur a ce travail, je dois faire observer que Yautonomische Bewegung, dont parle si souvent M. Nees, n'est pas ce que j'appelle le mouvement autonomique, mais en un sens plus general, le mouvement propre (automatique aussi bien qu'autono- mique), et non mecanique ou communique. (1) C'est manifestement en vue de ces etres ambigus, longtemps etu- dies par lui, que Bory de Saint-Vincent a propose, en 1825, le Regne i I 152 NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. I, CHAP. VI. malcula proprio et voluntario motu gaudentia{\). Memes apparences generates dans ces deux ordres de pheno- menes, et an premier aspect, memes motifs de les inter- preter dans le sens qui a ete d'abord si generalement admis pour l'un comme pour l'autre. Mais aussi , a l'exa- men, memes difficultes, et d'autant plus decisives contre la consequence d'abord admise, qu'on penefre plus avant dans la question. Si bien que les arguments par lesquels les naturalistes les plus avances du xvm e siecle, Buffon a leur lete, combattaient lapretendue animalite des sperma- tozoides, peuvent etre reproduits mot pour mot contre celle des antherozoides, leurs analogues vegetaux, et des corpuscules reproducteurs feminins ou spores. « Doit-on croire, disait Buffon (2), que ces corps mou- * vants sont en effet des animaux ? » Non : car « Us ne se » produisent pas par les votes de la generation ; ils n'ont » pas d'espece constante.» Et il concluait : «Ils ne peuvent psychodiaire, qu'en effet il place et caracterise ainsi (article Histoire naturelle du Dictionnaire classique d'hist. nat., t. VIII, p. 'llxl) : CORPS NATURELS ORGANISES vegetants vegetants et vivanis successivement. simultanement. . Regne vegetal. Regne psychodiaire. Regne animal. Voy. aussi Tart. Psychodiaire du meme Dictionnaire, t. XIV, p. 329. Bory de Saint-Vincent a, du reste, etendu son regne psychodiaire bien au delk des li mites que semblait devoir tracer cette caracteris- tique; ses psychodiaires comprennent a peu pres tout ce que Tiede- mann avait deja appele le regne des zoophytes, etce que d'autres plus recents ont nomme les plantanimaux ou les amphorganiques (regnum amphorganicorum). Voyez Chap. II, sect, in, p. 35 et 36. (1) Voyez Wahlbom, Sponsalia plantarum , dans les Amcenitates academicce de Linne. (2) Htst. nat. t t. II, p. 267; 1749. «»- ■ •*» ]|! REGNES ORGANIQTJES. 153 termes, et des vegetaux.»End expriment modernes « Ce ne sont pas des etres doues d'une vie individuelle, » et susceptibles de se reproduire euoc-m^mes ; ce sont de » simples derives de I'organisme, » et non « des animaux » ou des animalcules speciaux (1). » Les antherozoides ou les spermatozoides vegetaux et les spores ne sont-ils pas aussi des corps non produits par les voies de la generation? Non des animaux, par consequent, mais de simples derives de I'organisme. « Les corps mouvants observes dans les liqueurs semi- nales, disait encore Buffon (2), ont animaux, parce qu'ils ont un mouv » f j f » pris pour des progressif. » » Mais si Ton fait attention, d'un cote, a la nature de mouvement progressif qui, quand il est une fois » » finit tout a coup nence a douter : il s'arrete » lentement, quelquefois vite ; » quelquefois dans son mouvement; ces corps » au contraire..., continuent d quelquefois se repose aller et de se mouvoir progressivement sans jamais se reposer (3) ; lorsqu'ils s ar relent une fois, c'est pour toujours. » Le mouvement si caracteristique, si different du « mou- vement ordinaire aux animaux (4), » que definissent si I, Hist. nat. des infus., p. 677, 1841 ; et Nouveau manuel de I'observateur au microscope, Paris, in-18, p. 95 et suiv., 1843. (2) Page 266. (3) Ce qui toutefois n'exclut pas la possibility de quelques temps d'arret, quand il se rencontre un obstacle, ou par d'autres causes mecaniques ou physiques. (Zi) Buffon, Ibid. u. 10. ; 154 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VI. bien ces dernieres paroles, n'est-il pas celui que presenter^ les corpuscules germinateurs et fecondateurs des algues, aussi bien que les corpuscules fecondateurs des animaux ? , comment, encore une fois, ne pas Et s'il en est ainsi CI etendre aux uns la consequence aujourd'hui admise a l'egard des autres? cette consequence posee par Buffon, il y a plus d'un siecle, d'une main si sure et si ferme : « Cette espece de mouvement continu convient a des parties organiques qui, comme des machines artificielles, pro- » duisent dans un temps leur effet d'une maniere continue, » et qui s'arr&ent lorsque cet effet estproduit (2). » Si ces arguments sont decisifs contre la pretendue anima- » lite des spermatozo'ides, comment seraient-ils sans valeur contre celle des antherozoides et des spores elles-memes ? II est clair que, pour etre consequent avec soi-meme, il faut ici, ou nier l'animalite chez tous ces singuliers corps organises, ou l'attribuer a tons ; ce qui ne conduirait a rien moins qu'a reprendre les vues de Bory de Saint-Vincent sur les pretendus cercaries de la liqueur seminale (3). (1) Voyez la sect, v, p. IZiO et 141. (2) Buffon, loc.cit., p. 274. Buffon avait dejkdit, p. 265 : Ce sont plutot des machines naturelles que des animaux. » Et page 272 : « Ce ne sont que des machines qu'on » doit regarder comme le premier produit de la reunion des parties » organiques en mouvement. » « Les spermatozo'ides, ces machines animees..., » dit M. Duvernoy dans Tarticle Propagation du Diet. univ. d^hist. nat., t. X, p. 544; 1847. Mon savant collegue a-t-il su, en ecrivant ce passage, qu'il re- produisait apres un siecle, non-seulement les vues, mais les expres- sions elles-memes de Buffon ? (3) Voyez son article Zoospermes AuDict. class, d'hist. nat., t. XVI, p. 732; 1830. r ■ -«/ REGNES ORGANIQUES. 155 II est vrai que des deeouvertes recentes ont paru etablir, sous un point de vue, une difference importante entre les eorpuscules fecondateurs des animaux et les corpuscules feeondateurs et germinateurs des algues. Geux-ci portent des cils vibratiles, et c'est par Taction de ces petits organes qu'ils se meuvent, comparables, sous ce rapport, a un grand nombre de vrais infusoires. Gette similitude, que toutefois on a eu le tort de prendre pour une identite, a ete jugee tres favorable a l'hypothese de Bory de Saint- Yin- cent. Plus que jamais, un grand nombre de naturalistes croient aujourd'hui a la locomotion volontaire des anthe- rozoides, et surtout des zoocarpes de Bory ou des zoo- spores des auteurs modernes. Mais la presence de cils vibratiles ne saurait prevaloir contre les faits que je viens de rappeler. Une difference de mecanisme n'implique pas necessairement une diffe- ■ rence de cause et de nature, et de ce qu'un mouvement, si bien comparable d'ailleurs a celui des spermatozoi'des, est du a des vibrations ciliaires, il ne resulte nullement que les arguments de Buffon cessent de lui etre appli- cables, qu'on doive le tenir pour autonomique, et qu'il faille placer par mi les infusoires le corps qui le produit. Une telle consequence serait manifestement contraire a la logique , et elle ne le serait pas moins a tout ce que / l'observation nous a appris, depuis un quart de siecle, sur les cils vibratiles et sur le veritable caractere des mouve- merits dont ils sont les agents. Non-seulement, en zoo- logie, on rencontre a chaque instant des exemples de mouvements partiels, produits a la surface du corps ou des membranes muqueuses, par des vibrations ciliaires X ^W^^H IBB 156 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I CHAP. VI. manifestement automatiques ; mais, souvent observe des mouvements generaux et de trai ont la meme cause et sont de meme nature. T meme phes, tous les phy au courant de mce, savent combien il est peu rare de voir des des lambeaux cities, accidentellement detaches d embryon ou temporairement meme d adulte (I), conserver activite vitale, au point de dans l'eau pendant des heures entieres, a la maniere des mfusoires. Ces parcelles, ces debris d'animaux n'ont pas manque d'etre pris, eux aussi, pour des etres doues d'une vie propre et individuelle, et se mouvant volontairement, en un mot, pour des animaux entiers, pour des infusoires ; dans la plupart des cas (2), leur origine, et par leur veritable nature, n'ont si bien que personne ne voit plus en eux que des pas exemples, et ceux-ci determined par le jeu testables, d locomotion d'organes (1) Dans les groupes inferieurs du regne animal. (2) Non assurement dans tous ; car la distinction des veritables infu- soires cilies, et des corpuscules qui, se mouvant a l'aide de cils, ne sont cependant pas des animaux, est souvent d'une extreme difficulte. Pour le montrer par un exemple, je citerai le Trichomonas vaginalis de "M. Donne et Dujardin, qui existe en si grande abondance dans le mucus vaginal altere, et qui, depuis dix-neuf ans, ne cesse d'etre ob- serve par tousles micrographes, sans cependant qu'on ait pu se meltre d'accord sur sa veritable nature. Est-ce un veritable infusoire? N'est- ce qu'une parcelle detachee de l'epithelium ? La question est encore indecise. ■ S il en est ainsi de corpuscules organiques qu'on peut se procurer a volonte, etpar milliers d'individus, comment prononcer sur ceux qu'on ne rencontre que de loin en loin? REGNES ORGAISIQliES. / 57 Sing / • tablement animaux, auxquels M. Dujardin a dej pare les spermatozoid dont on peut rapprocher aussi, au point de vue ou nous les considei ment, les antherozoides et les spores. Quelque differents qu'ils soient d'ailleurs, nous voyons des vibrations ciliaires produire egalement, chez ces parcelles animales et chez puscules reproducteui comparee par Buffon temp gie des mouvements des machine qui epuise son effet a^ Si bien qu'ou cesse l'anal< corpuscules fecondateurs et germinateurs ceux des corpuscules fecondateurs animaux (2), la pre- sence meme des cils en cree une autre qui n'est ni moins remarquable ni moins favorable a cette conclusion : La locomotion pretendue volontaire des spores et des antherozoides n'est, comme tous les mouvements propres des vegetaux, que le resultat d'une action vitale automa- tique; un phenomene purement organique, et nullement animal. ■ A ce point de vue tombe une difficulty sur laquelle ont passe Bory de Saint- Vincent et tous ceux qui ont partage chercher pourtant pour qu'il y Mais ou pouvaien sinon dans 1 'abandon de leur hypothese? Sans parler ici (1) Locis cit. (2) Si meme cette analogie cesse. Selon M. Dujardin, un spermato- zo'ide ne se meut pas seulement a la maniere des cils vibratiles; il serait de meme nature que ces organes. Opinion que l'auteur n'emet d'ailleurs qu'avec beaucoup de reserve. \ 158 NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. I CHAP. VI. des antherozoides, les spores de toutes les algues sont- ■ elles mobiles? Non; pas meme toutes les spores eiliees. Dans le meme groupe naturel se trouveraient done reu- t * nies des especes toujours et a tout age vegetales, d'autres tour a tour animates, et vegetales ! Les corps germina- teurs des unes seraient de simples seminules dans les conditions ordinaires ; celles des autres, des corps animes d'une vie propre et individuelle, nageant volontairement et a leur gredans leliquide ambiant ! D'ou cette singuliere consequence : si Ton voulait definir le regne psychodiaire comme Bory de Saint-Vincent, et, ce qu'il n'a pas fait, rester fidele a la definition, une partie seulement des algues devrait composer ce regne intermediaire , les autres demeurant parmi les vegetaux. Un meme groupe naturel, une meme famille, comme disent un grand nombre de botanistes, un meme ordre, selon d'autres, devrait etre reparti , morcele entre deux regnes I De telles conse- quences s'enoncent , elles ne se discutent pas. On s'est done trompe en considerant les antherozoides et les spores mobiles comme des animaux, en concluant d'une similitude de mouvement a une similitude, a une identite de nature. Comparables, d'une part, aux sperma- M r tozoides, de Tautre, aux parcelles eiliees et mobiles des embryons et des animaux inferieurs , ces corpuscules le sont, sans nul doute aussi aux infusoires cilies; mais comparables seulement, non assimilables, ce qui est bien different ; n'etant , en realite , dans leur premier etat, que ce qu'ils sont tant qu'ils existent : des corpuscules vegetaux. L'animalite temporaire des algues est une hypo- these que rien ne justifie, et il reste vrai de dire avec i* ■ REGNES ORGANIQUES. 159 Buffon : « Jamais Ton n'a vu de vegetal produire un » animal (1). » VIII. L'etude des mouvements soit ge'nerauoc, soit partiels, des animaux, nous avait fait reconnaitre, chez tons, cette faculte locomotive, caracterisee par Fautonomie, qu'on a si souvent deniee a une partie d'entre eux. Tres limitee chez un grand nombre dans ses manifestations, elle s'affaiblit, s'obseureit encore chez d'autres, au point de n'etre plus que latente chez les derniers de tous; mais, chez aucun, elle riest absolument nulle. Aucun n'est absolument prive de la faculte de rechercher ce qui lui est necessaire, de fuir ce qui lui est nuisible ou incommode, de changer ou au moins de modifier ses relations avec le monde exte- neur. \ A l'inverse, l'etude des mouvements partiels d'un grand nombre de plantes et celle des mouvements g&ne- raux, apparents ou reels, de plusieurs d'entre elles, ou de leurs corpuscules reproducteurs, nous conduisent a i cette consequence : Aucun de ces etres organises ne se meut volontairement , autonomiquement. La plante simule souvent le mouvement animal ; elle ne le possede jamais. Ou le mouvement est autonomique (2), la sensibilite ne saurait etre completement effacee ; ou il ne 1'est plus, (1) hoc. cit., t. II, p. 267. (2) Dans le sens ou ce mot a ete partout employe dans ce travail. Voyez p. 119. / 160 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VI. rien ne nous autorise a supposer meme le plus leger ves- tige de sensibilite. Pourquoi, en effet, un etre change- t-il autonomiquement ses relations avec le monde exterieur, sinon parce qu'il en a recu quelque impression? done en droit de dire bles ; nous sommes fondes s animaux insensible D'ou. e b et le vegetal, deux differences que par ees mots, deja cites, de Linr « Animalia sentientia, sponleq 1): exprimer que » Vegetabilia non sentientia (nee sponte Differences dont. comme on l'a vn. l'une par observ me on l'a vu, nous constatons compare'e des mouvements et des circonstances ou ils se produisent, et, celle-ci etablie, nous en deduisons l'autre sur laquelle nous ne saurions avoir prise directement. L'ensemble desfaits qui viennent d'etre exposes et dis- putes est manifestement en opposition avec les vues de Pallas, qui ne voyait dans les vegetaux que la derniere au contraire, des 2 ? il •de prevalu dans la science depuis A tote jusqu'a nos jours. Les vegetaux et les animaux sont deux des grandes divisions de comme dit ture, deux de alchimistes (3' et (1) Dans les dernieres editions du Syst. mat. sect, i, p. 53. Voyez Chap. HI, Les mots places entre parentheses sont seulement sous-en tend us dans le texte de Linne. (2) Voyez p. 142. (3) Voyez Chap. I, sect, iv. ■ ^ylp^tshe i REGNES ORGANtQlfES. 161 d'apres eux, Linne (1), dont l'adhesion a entraine, ici comme partout, celle de la plupart des auteurs du xvm e siecle et du notre. Nous ne saurions d'ailleurs nous en tenir sur la dis- tinction et les rapports des regnes, ni aux vues de Linne, ni meme a celles de ses successeurs. Linne voyait encore dans les lithophytes , c'est-a-dire dans les poly piers pierreux , le passage de la pierre a Vitre vivant, aussi bien que de l'etre vivant anime' a l'etre e : regna natures tria quw rphytis (2). Qui, aujourd'r voudrait chercher dans un polype, avec ou sans poly pier pierreux, la ren- contre des trois regnes mineral, vegetal, animal? Entre la matiere brute et la matiere vivante, il n'y a pas seulement de limites, il y a un abime, et personne, depuis un demi- siecle, ne s'y est trompe. Mais combien de naturalistes ont continue a admettre qu'un grand nombre de zoophytes sont ce qu'indique leurnom, des animaux-plantes, des plantanimaux (&)? en d'autres termes, des etres ambigus dont la place est entre les deux grands regnes orga- niques, a la limite de ranimalite et de la vegetalite. ■ G'est cette seconde partie des vues de Linne, et avec ou apres lui, de presque tous ses contemporains et de la (1) Chap. I, sect, v, p. 25 et 26. (2) Ou In zoophytis, selon les editions. Ce passage fait partie du preambule Imperium natures, qui ne se trouve, comme je Tai deja dit, que dans les dernieres editions. Dans les premieres, Linne, apres la caracteristique de ses trois regnes, s'etait borne a ajouter en termes vagues : c< Hinc limites inter hceccc regna constitute sunt. » (3) Voyez p. 135. ii. 11 162 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VI son tour a plupart des notrcs, qu'il fallait soumettre a l'epreuve des fails. On vient de voir combien cette epreuve lui est peu favorable. Les faits sont iei contre ce systeme celebrc de la chaine ou de Yechelle des etres, si eher aux naturalistes aussi bien qu'aux philosophes du xvm e siecle. Non-seule- mcnt le polype ne pent plus etre considere comme un etre indecis entre les deux regnes (1) ; non-seulement. fixe ou libre , avec o pletcmcnt et exclush rieur, les caracteres polypier, il presente infe essentiels de l'animalite; mais il en est de meme d'etrcs organises plus simples encore, par exemple, des proteides, des eponges elles-memes, si longtemps ballottees d'un regne a 1 'autre: animaux pas- sant aux vegetaux, ou vegetaux pa fois animaux et vegetaux, selon d tres ; ni animaux ni vegetaux, disent d psychodiaires ou amphorganiq encore, d experience qu'il appartenait C l'observa- opmions contradictoires, et elles Font fait d'un iue je ne crains pas de dire decisive. Les faits (1) Ou mitoy en, comme le (lit Deltlle, dans un passage des Trois regnes (Chant VI), qui exprime bien les idees encore admisesau com- mencement de notre sieele, et qu'a ce litre je reproduis en partie : i Et qui n'admirerait cet etre mitoy en, Des regnes qu'il unit etrange citoyen ? - Cet etre que Ton voit Des regnes etonnes braver les vieilles lois, Et, joignant en lui seul leur nature rivale, . De leur borne incertaine occuper Fintervalle. IL ' , •* < 4 * I ^v,'p«.t>sb.e ! . KEGNES ORGANIQUES. etudies avcc soin dans 163 circon stances, et faculte par de legitimes analogies, demontrent que la e se mouvoir autonomiauement , en tout ou en partie, n'est pas eteinte, memo chez I'immobile eponge une dei de la par consequent, non faculte de sentir. Ici meme, les limites des deux regncs ne sont done pas entierement effacees, et le dernier degre de l'animalite est encore l'animalite. 4u contraire , lc plus haut degre de la vegctalite ne U. s eleve pas jusqu'a l'animalite. II y a des plantes qui ■ se meuvent en partie , des corpuscules vegetaux qui se meuvent en totalite ; mais il n'y en a pas qui se meuvent * autonomiquement (1). II peut y en avoir, par ccla meme, et il y en a qui semblent doues de sensibilite ; il n'y en a pas qui le soient reellement. Les facultes caraeteristiques du regne animal peuvent etre simulees dans le regne vegetal ; elles n'y existent pas. (1) La Vallisneria spiralis est une des plantes que j'ai choisies plus haut comme exemples. Depuis 1'impression des deux passages que je lui ai consacres (p. 136 et l/i6), M. Chatin a lu k TAeademie des sciences, sur cette plante celebre, un savant memoire ou il Tetudie successivement aux points de vue organogenique, anatomique, terato- logique et physiologique (voy. les Comptes rendus de VAcacL des sciences, t. XLI, p. /j73, 2Zt seplembre 1855). M. Chatin ne confirme pas seulement, il exprime mieux que personne avant lui le veritable caractere des phenomenes qui amenent Tune vers Tautre la fleur male et la fleur femelle. «C'est une erreur de croire », dit M. Chatin en terminant le passage auquel je renvoie ici le lecteur (p. L\l!\), « que » la fleur femelle ne rentre sous l'eau que parce qu'elle a ete fecondee, » attendu que la formation de la spirale (et par suite le retrait de la /*< » raison. » 164 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. 1, CHAP. VI. PP terme de cette longue etude di comme des formes distinctes vie (1). Pour qu'elles ne 1c fussent pas, il faudrait eut un mil pas sentir, entrc les deux cntre affirmation et la negation ; ce qui n'est pas possible done pas seulement, dans la nature, un regne , mais, dans V empire organique, deux regnes deux divisions fondamentalement distinctes (2\ Nous ne voyoi graduellement gne animal p par nuances msens au regne o vegetal : et il est du moins vrai dc dire partout ou les faits mffisamment conniis e peut etre determines, soit par dans les eas les ulu de difficiles, par exper (1) Ce qui serait encore vrai, quand meme certains etres organises presenteraient tour a tour Fuue et l'autre de ces formes, comme l'ont admis et comme Fadmettent encore plusieurs auteurs (vovez la sect. vii). D'oti pourraient resulter de tres graves difficulty de classi- fication, mais non la confusion de I'animalite et de la ve^etabilite dans le meme etre. (2) Pour le regne humain, troisieme grancle division de Tempire organique , voyez le Chap. VII. (3) Malheureusement que de faits encore imparfaitement connus et encore douteux ! Et par suite (h part meme ralternance indiquee dans la note 1), combien d'etres places a la limite des deux regnes, et destines a etre ballottes longtemps encore de Tun a Tautre ! J'ai mentionne, page 156, note 2, des difficulty d'un autre genre qui viennent encore s'ajouter ici a toutes les autres. « -WYip.a; I REGNES 0RGA1S1Q13ES. 165 1 Ce qui ne vent pas dire cependant que les deux grands 'egnes organiques soient partout aussi bien separes, par- tout a egale distance l'un de 1'autre. S'il est des vegetans qui simulent les caracteres de I'animaMte, il est aussi des animaux chez lesquels ces caracteres ne sont qu'ebaucbes ; qui ne s'elevent par consequent que de tres peu au-dessus de la vie vegetative; par la meme, voisins des etres que distingue l'absence de ces memes caracteres. Tres dis- tincts l'un de 1'autre dans leurs sommites, le regne vegetal et le regne animal sont done bien pres de se toucher par leurs racines ; separes, en haut, par un abime, il ne reste plus entre eux , en bas, qu'une limite faiblement tracee, et telle qu'elle echapperait a nos yeux , si nous n'en eclairions tour a lour chaque point de toutes les lumieres de la science actuelle (1). ■ (1) La comparaison des animaux avec les vegetaux, au point de vue des deux caracteres essentiels tires de la vie animate, entrait seule dans le plan de ce Chapitre et du precedent. En attendant que j'aie a traiter, dans les limites oil leur discussion appartient a ce livre, des caracteres generaux tires des organes et des fonctions de la vie organique, il importe de remarquer que, bien compris, ces derniers caracteres conduisent aussi a la conclusion a laquelle nous venons d'arriver : la distinction des deux grands regnes organiques. Tres generalement niee depuis un siecle et plus, si bien qu'on eiit pu la croire deflnitivement rejetee de la science, cette distinction ressort, au contraire, des travaux les plus recents et les plus approfondis sur l'organisation intime des animaux et des vegetaux. Parmi les auteurs, presque tous allemands, auxquels est du ce retour de la science a une idee autrefois dominante el, depuis, si sou- vent condamnee, je citerai M. Siebold, qui a reuni ses vues dans une dissertation speciale : De finibus inter regnum animal e et vegetabile constituendis , Erlang, 1844, et dans son savant Lehrbuch der ver- gleichenden Analomie, publieen cominun avec M. Stannius; Berlin, * / 166 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I n CHAP. VI ? in-8, 1. 1, 1846 ; traduction francaise (sous le titre de Nouveau manuel d' anatomic comparee), par MM. Lacordaire et Spring, Paris, in-18, 1849 et 1850 ; voyez 1. 1, p. 5 et suiv. ~ Et MM. Lowig et Kolliker, dont le beau memoire Stir la composition et la structure des enveloppes des tuniciers (Ann. sc. nat. , 3 e serie, Zoologie, t. V, 1846) est, k plusieurs poinls de vue, d'un si grand interet. Des naturalistes moins penetres des vrais principes de la science se seraient facilement laisse entrainer a croire qu'ils venaient, en demontrant chez les tuniciers l'existence de la cellulose, de faire disparaitre « la limite entre les animaux etles vegetaux». MM. Lowig etKolliker ont su se garder de cette illusion. En effacant cette limite, on ferait faire, disent-ils, « un grand pas en arriere a la science, ^ et e'est ce qu'ils etablissent, par une logique et savante discussion, dont void les remarquables conclusions : « Les animaux possedent, sous plusieurs rapports, il est vrai, une » nature vegetale, et ils repeient en quelque sorte les formes, la com- » position et les fonctions des plantes ; mais ils s'en distinguent essen- » tiellement, et sans exception, par la presence de membranes cellu- » laires, fibres, tubes, composes d'une substance azotee, et par un » mouvement particulier accompli par les organes elementaires. » i / ^^y\-\ /\/\z\, -\/%/\/VA./\/-\./~v/\/\ -\/\/\/va. \/\ -\/\y\. *\/\ s\/\S\/\/\/\ r\r\/\ CHAPITRE VII. D ES CARACTERES QUI DISTINGUENT l'hOMME DES ANIMAUX ■ ET DU REGNE HUMAIN (1). SOMMAIRE. I. Introduction. L'etude de l'homme moral et intellectuel est inseparable tie l'etude de riiomme physique. II. Vues emises par les auteurs sur les rapports naturels de l'homme avec les animaux. Rigne humain. Classe de l'homme. Ordre des inermes ou bimanes. — HI. Sous- ordre humain. Famille humaine. — IV. Sous-famille et genre humain.— V. Resume. VI. Caracteres distinctifs par lesquels l'homme se separe nettement des animaux. VII. Attitude verticale. — VIII. L'homme est bimane et bipede. — IX. Dents. X. Sy steme pileux. XI. Caracteres encore distinctifs, par lesquels l'homme se rapproche des animaux. Encephale. — XII. Conformation generate de la tete. Angle facial. — XIII. Front. Menton. Situation du grand trou occipital. Os intermaxillaire. XIV. Caracteres communs a l'homme et a un petit nombre de quadrumanes. XVI. Caracteres commims a l'homme et a un grand nombre de quadrumanes. XVII. Resume et conclusions. Similitude de l'organisation de l'homme et de celle des premiers quadrumanes. L'homme, a ce point de vue, constituerait une famille dans l'ordre des primates.— XVIII. Par l'ensemble de ses caracteres, il constitue a lui seul «ne des grandes divisions de la nature. Regne humain. — XIX. Resume general, XV et i • ■ i I. ■ L'etude des animaux et des vegetaux n'appartient qu'a 1'Histoire naturelle • celle de 1'hommc et de sa double (!) Ce chapitre sera le plus long de tout l'ouvrage. La difficulty J importance, et je puis ajouter, malgre tout ce qui a ete ecrit sur homme, la nouveaute de plusieurs des questions qui y seront trai- ls, m'obligeront d'entrer dans des details qu'on jugera minutieux, mais sans lesquels nous ne saurions apprecier exactement les rap- Ports naturels de l'homme avec les animaux. I- / f 168 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VII. nature est du domaine de l'Histoirc naturelle et de la Philosophie. Malheureusement ces deux sciences, en se rencontrant sur plusieurs des questions fondamentales de 1'anthropologie, ont trop souvent proeede isolement a leur solution, ne voyant, 1'une que l'homme physique, 1' autre que l'homme moral et intellectuel ; comme si 1'un et 1'autre etaient , non le meme etre a deux points de vue, homo duplex, mais, sous le meme nom, deux etres distincts et independants Tun de 1'autre , deux etres en un etre. Pour un Descartes , faisant de la science de l'homme la plus haute branchc de la physique, en meme temps qu'ime des sommites de l'arbre philosophique(l), ■ que de metaphysiciens traitant de nos sensations sans prendre la peine d'etudier nos organes sensitifs! Pour un Bossuet, fondant la Connaissance de soi~m4me sur celle du corps etuclie dans tous ses organes, comme de Fame dans toutes ses facultes , que de psychologues preten- dant penetrer les mysteres de notre intelligence et de notre volonte, sans se preoccuper des appareils qui en sont les instruments, et a 1'aicle desquels elles se ma- * nifestent! Pour unBuffon, restituant « a l'histoire natu- » relle de l'homme l'histoire de la partie la plus noble » de son etre (2) 7 » que de naturalistes ne voyant et ne chcrchant en nous que ce qu'ils voient et trouvent dan la brute, des appareils de nutrition, de relation, de reproduction ; la matiere et la vie ! C'est la assurement unc des causes de ce que j'appe- lais, il y a pres de vingt ans, l'enfance si prolongee de (1) Premiere partie, Liv. I, Chap. V; 1. 1, p. 221 et suiv. (2) Hisloire naturelle, t. 11, p. 436; 1749. ) ' REGKE IIDMA1N 69 1 anthropologic ; cello des branches do l'flistoirc nalurellc qui de sement encore une de eelles qui presque tous les points capita . Sur dissentiment des tion la les autr des psychologues va iusqu'a la contradic plus formelle qu'ils affirment , trop sou vent sans l'avoir compris, - 1 et les questions que chacun avait c. resoudre a son point de vue, demeurant plus que jam; indecises. Parfois meme le concours des lumieres em nees des deux sources semble ne produire, comme da la celebre experience de Fresnel , que des tenebres pi profondes. Entre les questions fondamentales de I'anthropolog x ; Jle qui se presente a nous la premiere ne saurait assu- jment etre placee au nombre des plus difficiles; pour la resoudre en partie, ne suffit-il pas a chacun de nous de s'interroger lui-meme? Et cependant, ici deja, que d'he- sitations, de doutes, de contradictions, que d'efforts inutiles, que de forces vives perdues pour la science, ou passent tour a tour les opinions les plus diverses et sou- vent les moins justifiees! De toutes les solutions que pou- vait recevoir cette question : Quels sont les rapports de 1'hommeavec le regno animal? pas une seule n'a manque de se produire dans la science. L'esprit humain ne s'est arrete ici qu'apres avoir epuise toutes les combinaisons imaginables, apres avoir parcouru, sans exception, toutes i . (1) De la possibility d' eclair er I'histoire naturelle de I'homme par eiude des animaux domestiques, dans les Comptes rendus de I'Aca- i des sciences, I. IV, p. 602. II. 11. I/O NOTIONS FOXDAMENTALES, LIV. I ? CHAP. VII. les voies ouverles devaut ltd, meme les plus perilleuses SieUmus vbi clef ail orbis. II. \ Dos naluralistcs qui so sont occupes de la classification de l'homme, les uns, sans pretendre plus que les autres intrcduire la psychologic en histoire naturelle, se sont souvenus de la double nature de l'homme : ils ont voulu tcnir comple , en meme temps que des affinites purement zoologiques du genre humain, de ses facultes morales et de sa haute suprematic sur le restedela crea- tionanimcc. Un grand nombre d'autres, au eontraire, ont cm de- voir ne s'allacher qu'aux (aits materiels de l'organisation hsmaine, laissant, comme ils l'ont dit, a une science su- perieure le soin de completer leur ceuvre. De la deux points de vue (res differents et deux ordres de solutions : les unes que j'appelierai anthropologiques ; les and es simplemcnt zoologiques. Cos! au premier point de vue que se sont places, des i 1'urigine de la science, Aristote (1); au moyen age, Albert (1) An (It'la duqud il faudrait meme remonter, selon Fabre d'Olivkt, De Vetat social de l'homme t Paris, 1822, in-8, t. I, p. 23. Les livres ancictasdes Chinois, des Indians, des Perses et la Genese, par cola meme qu'ils font de l'homme « 1'objet d'urie creation » speeiale. . . , autorisent, dit Fabre, a ne pas confondre l'homme » avee les animaux en le renfermant avec eux dans la meme cate- )> gone, » L Grand; apr REGNE HUMAIIN. 1 7 1 fo-ule de commentateurs et de eopistes de ccs deux maitres, Hermolaus Barbaras, Freiafius, Neander, Chris- de Savigny, Du Pleix, Jonston, Ozanam, c sieele: Charles Bonnet, Adanson , Daube i c au (1) Dans la plupart de ses ouvrages, mais non dans tous. Voyez p. 41, 42 et 47.. — Par ses opinions definitives, Daubenton doit etre place au nombre des naluralistes qui ont separe riiomme dcs ani- i maux. Ons'etonnera peut-etre de ne pas voir cite ici avec ou plulot avant Daubenton, son immortel maitreetami; lui qui a dit dans son article sur la Nature de Vhomme [loc. cit., t. II, 17Zi9) : « L'homme est d'une nature differente » de cello de Familial; « soul * il fait une classe a part (page 443) ... 11 est d'une nature si supo- » rieure a celle des betes, qu'il faudrait etreaussi pen eclaire qiFelles » le sont, pour pouvoir les confondre (page 437). » Quelauteur s'est jamais exprime d'une maniere plus formelle fetpliii decisive? Mais YHistoire naturelle renferme un grand nombre depas- sages non moins formels et non moins deeisifs en senscontraire (par exemple, celui que j'ai cite plus haul, page 40); et, en somme, il est impossible, si Ton met en regard tout ce que notre grand natu- raliste a ecrit sur les rapports generaux des el res organises, de ne pas le comprendre parmi ceux qui ont fait de Fhomme le premier des animaux. Remarquons meme que Fadmirable passage dont je viens de citer quelques mots n'a, au fond, ricn de contrairea eette opinion ; car le sens de ce passage est entierement et exclusivement psychologique. Buffon a voulu « demontrer la spiritualise de Tame » avant « d'exa- » miner Fhomme exterieur et de faire Fhistoire de son corps » ; en d'autres termes, parler en philosophe avant de le faire en naturaliste. C/est pour le philosophe, pour le psychologue, que Fhomme « fait une classe k part »; selon le naturaliste, au contraire, il appartient aux animaux, touchant meme de si pres aux premiers d'entre eux {Hist. nat., t.XlV, p. 32), que « Fintervalle qui les separe est difficile a saisir.» Idee sur laquelle nous verrons Buffon revenir, aplusicurs reprises, en termes tres explieiles. i i . 172 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. d'Azyr, nion pcre, dans le xvti I. CHAP. VII. un grand nombre do naturalistes, de physiolo & de philosop comme on Fa vu sepai nettement Y&re anime et raisonnable des tires animes et irraisonnables ; fj de l'homme seul une des grandes divisions de la nature ; un de ses quatre degr, comme dit , des 1 320 , le poete Jean de Meung (2, , im de ses cinq ordres ou classes, selon Neander (3); line de ses quatre classes generates, selon Bonnet (4); un de ses regnes, selon les modernes : le regne moral, comme ppelait Barbancois des 1816 (5); le regne hominal, disait 1822 Fabre d'OHvet reg de M. Nees d'Esenbeck, de M. Serres et de pi physiologistes et philosophes allemands et ft ennn, et tout recemment, le regne social de M. l'abbe Maupied(8). Deux autrcs combinaisons anthropologiques , toutes deux d'origine allemande sont celles qui font de riiomme seul,. couronnement , tete, cerveau du regne (1) Chap. I, sect, ir, et surtout Chap. II, sect. iv. (2) Ou du moins l'auteur de La response de I'ahhymisie, attribute a Jean de Meung, et plus haut citee. Voyez p. 39 et ZiO. (3) Classes seu ordines. Ces terraes n'ont recu que dans le xvm e siecle, et surtout par les travaux de Linne, le sens fixe et precis que nous leur donnons aujourd'hui. Pour Neander, voyez p. 39. (U) Contemplation de la nature, 2 e Partie, Chap. I. (o) Voyez Chap. II, sect, iv, p. 43. (6) Ibid. (7 ) Ibid. , el p . hk etZi5. (3) Dieu, l'homme et le monde, t. I, p. 460 ; et t. II, p. 453 ; 1851 Voyez p. hh , note 2. ' IlEGiNE HUMAIN. 173 animal (1), solt une cles grandes divisions de ee regne, un de ses embranchemenls , comme nous dirions aujour- d'hui; soil une de ses classes. Un seul auteur a admis la premiere de ces combinai- sons , M. Zenker, dans son Thierische Leben encore est-ee da pa bientot a d seule vues. page, apt il spheres animates : vegetative, y dite le et intellectuelle ; et trois groupes principaux dans regne animal : les zoophytes, les animaux sensibles et les animaux raisonnables : troisieme sphere et troisieme groupe etablis pour le seul genre humain. La classe de Vhomme (3) a pour auteurs le meme natu- M. Zenl dans la seconde parti e d I (1) Das Gehirnthier , selon ^expression employee par un grand nombre de naturalistes et de physiologistes allemands. (2) Das thierische Leben unci seine Formen, Iena, in-8, 1828, p. 215 k 224. ■ (3) La classe de Vhomme, consideree ici dans le sens actuel du mot classe , et non dans le sens plus large qu'avait autrefois ce meme mot. Dans cette derniere acception , la classe de Vhomme serait beaucoup plus ancienne, comme on l'a vu Chap. II, sect, iv, p. 39 et 41; et, pour Buffon, dans une des notes qui precedent : voyez p. 171. ■ Parmi les auteurs qui se sont servis plus ou moins anciennement pour l'liomme du mot classe ainsi entendu, il n'y a pas meme lieu d'excepter Adanson (deja cite p. 41). Si ce naturaliste a fait de l'homme une classe a part, e'est encore en considerant cette classe comme tout a fait en dehors du regne animal. La classe de Vhomme d' Adanson est done exactement la quatrieme classe generate de Bonnet; e'est- a-dire, au mot pres, le quatrieme regne, le regne humain. ment publie par M. Payer, t. I. ft N m Ilk NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I, CHAP VII. ouvrage (1), et surtout M. Carus, qui l'a presentee sous les formes ingenieuses, habituelles a eet illustre repre- sentant dc la philosophic allemande de la nature. S'in- spirant manifestement de Herder et de ses vues sur la creature centrale (2), eoimne Herder s'etait lui-meme inspire de la celebre doctrine du microcosme, M. Carus place l'homme au centre de ce qu'il appelle les trois cercles et les sept formes fondamcntales de Yanimalite, reunies dans notre esnece, « sous la lumiere dc la » liberte et de la conscience de soi-memc / O). » A cc point de vue, l'homme constituc, pour M. Carus, une des classes du regne animal, mais une classc hors ligne et a part de toutes les autres ; une elasse qui n'en est pas settlement le couronnement, mais la synlhese. « Si » bien que l'homme, etant compris dansle regne animal, » ne peut neanmoins etre appele un animal, a moins » qu'on ne veuille abuser du mot et ravalcr la (lignite de » notre espcce; pas plus, ajoute l'auteur, que la lumiere (1) Page 682. — L'homme forme ici, pour M. Zenker, la dixieme classe du regne animal. Dans cette partie de son ouvrage comme dans plusieurs autres par- ties de sa classification, M. Zenker s'inspirc manifestement duHand- buchder Zoologie de M. Goldflss, 2 e partie, Nuremberg, in-8, 1820. Si M. Goldfuss ne fait pas expressement de l'homme une douzieme et derniere classe du regne animal, du moins place-t-il apresla onzieme, celle des mammiferes, et en dehors (Telle, Tetre qu'il appelle, lui aussi : Das Gehirnthier der Samgehiere. 4 (2) Voyezp. &2. (3) Traite elementaire d 'anatomic compares, traduct. dp. Jourdan, t. I, p- 21. Voyez p. 22 (et dans le texte allemantl, edition dc 183/j, p. 20) 1c tableau des trois cercles de ranimalite. « REGNE HUMAIN. 175 » pure , composee des sept rayons tin spectre, ne porle » le nom de eouleur. » ■ G'est encore en Allema pi to siecle, grande faveur parmi les naturalistes de tons les pays : celle qui, plaeant i'homme dans le regno animal, en fait un ordre distinct, le premier de la premiere classe. Cette division a ete souvent attribute a M. Dumeril. et surtonf ) Ctrv Voter c Fmlroduire parmi nous (1). de douze ans aux de illustres naturalistes, elle a 779 qu'on ppelc throf ? apres Buffon, le pere de On la trouve, en effet. dans toufes les edition; s dans pi (Yinermis: dans les suivant.es, sous celui de bimanus (2) ; ce dernier emprunte a Buffon, qui avait cree, des 1766, ccs mots bimanes et quadrumanes, si usites de nos jours, t mais non les groupes auxquels on les a spec 3 J* * / (1) CfJYiEB, Anatomie comparee, tableaux de classification annexes au tome I, an vhi (1800), et Regne animal, t. I, 1817. — Dumeril, Zoologie anahjtique, 180G, p. 7 (sous le nom de famille). (2) Ordo I, Bimanus, disait Blumenbach. On a dit depuis, plus generalement, l'ordre des bimanes, bimani, et quelquefois, bimana. (o) Les naturalistes ont laisse dans 1'oubli l'origine de ces deux mots bimanes et quadrumanes dont ils se servent chaque jour. L'un et l'autre ont ete proposes par Buffon dans Particle intitule : Nomen- clature des singes, t. XIV, p. 18 ; 17G6. * Le nom de quadrupedes suppose, dit Buffon, que l'animal ait » quatre pieds... Faisons pour les mains un nom pareil a celui qu'on » a fait pour les pieds, etalorsnous dirons avec precision que I'homme \ i » 176 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VII. Bkimenbaeh a clairement exprime la pensee qui a pre- side a l'etablissement de son ordre des inermes ou des bimanes. Reunir l'homme to ute mammiferes, dont a F organisation physique, sans pourtant confoudr avec eux, dans une association trop intime, l'etre intelli gent et moral, c'etait, pour Bkimenbaeh, tenir eompte i moins entre certaines proprietes de V esprit et qua b les du corps / qui disting » notre espeee du r< cette earaeteristique de la creation animate. » D'ou figurent a la fois, et ceux-ci au premier rang, deux des de homme et deux des traits princinaux de sa conformation Animal rationale , loquens (2 , erectum , physique : bimanum (3 L'ordre des inermes ou bimanes est done une concep- tion mixte entre les solutions anthropologiques deja indi- quees, et celles purement zoologiques qiul me reste a mentioniier, e'est-a-dire celles dont les auteurs n'ont » est le seul qui soit bimane et bipede...; que le lamantin n'est que » bimane... ; que le singe est quadrumane. » m (1) « Merkwilrdige Eigenschaften des Geistes und der Kdrpers », 2 e edit, du Handbuch der Naturgeschichte, Goettingue, 1782, p. 57. (2) Ces deux premiers caraeteres n'ont pas ete conserves dans les dernieres editions. La earaeteristique, definitivement adoptee par Blumenbach, ne comprend plus que des caraeteres organiques. (3) Parmi les nombreux auteurs qui ont admis l'ordre des bimanes, deux seulement ont propose pour lui des noms nouveaux. Ces deux naturalistessontlLLiGER etDuGES.—Erecta, ditle premier, Prodromus systematis mammalium, 181 1 , p. 6U.—Hominiens, dit Duges, Traite de physiologie comparee, tableaux declassification annexes au t. I; 1838. Noms deja presque oublies, et que je ne mentionne ici que pour completer le tableau des differentes classifications du genre humain. REGNE HUMAlNt 177 voul tenir compte que des rapports naturels de l'homme physique avec ■ les animaux. III. , Si varices que v i s contraires, comme les plus eonformes aux rapports naturels, derivent egale- ment de Linne; e'est de lui que tous les auteurs se inspires. Aussi and pense de rneme, nous ne trouvons, parmi les modernes, qu'une seule et rneme maniere de voir; ou il a voulu se rectifier, et s'est contredit , commencent la diver- gence et la lutte de opinions. Ce que Linne admet it dans toutes leurs editions, c'est hum appa pi ordi mammiferes, celui des anthropomorpha, et plus tard, des primates; mais tantot, clans le Systema natural, l'homme pom hum dans la Mantissa plantar um (1), le genre Homo comprend avec l'homme un animal, un singe (2) ! De rneme, les solu- tions purement zoologiques qui se sont produites dans noire siecle ont cela de common que, dans toutes, le (1) Voyez p. 182, note 1. (2) II est apeinebesoindefaire remarquer que Linne, quelquesvues qu'il ait emises sur les rapports du genre Homo avec les animaux, n'a jamais meconnu la grandeur morale et intellectuelle de l'homme; il en a seulement fait abstraction. Sa pensee est n^ttement exprimee, et en des termes qu'on ne saurait oublier, dans ce beau passage du preambule du Systema naturw n. 12 I ; 178 NOTIONS FONDAMENTALES ? LIV. I, CHAP. VII. dre des mammiferes premier groupe du premier ment separe des genres qui viennent ensuite ; selon les autres, confondu avec eux dans l'union la plus intime. Pasmeme, ici, entre 1'homme et la brute I'etroit intervalle que laissaient encore subsister les autres combinaisons ! Les auteurs qui s'eloignent le moins des vues de Blu- menbach et de Cuv attribuant ime val ccux qui ordinate or dre des bi (Test T arrangement que proposait naturaliste eonnu surtout par la multitude des innovation terminologiques dont il a encombre la science, Rati nesque-Schmaltz i) son humanie, subdivision de primatie, ce sont les bimanes , comme sa tetrachirie , les quadrumanes. G'est le meme arram ement sous d' autres noms, la tribu des bimanes (2) et le sous-ordte des ■ (complet seulement dans la 12 e edition) : Homo sapiens, creatorum operum perfectissiinum, ultimum et summum... Admirable passage ou Linne semble bien pres d'admettre quatre grandes divisions, quatre regnes, dans la nature : « Omnipotentia » divina , dit Linne , vwbilitat terras in vegetabilia ; vegetabilia in » animalia ; hcec demum in hominem qui sapientice radios reflectet » versus majestatem radiantem duplicata luce. » ■ (1) Analyse de la nature, Palerme, in-8, 1815. (2) Bimana, premiere tribu des Primates. Ch. Bonaparte, General Synopsis of Mammalia, dans V American Natural History de Godman, Mastology, t. Ill, Fhiladelphie, 1828, p. 2Zi9 ; et Saggio diunadistri- buzione metodica degli animali vertebrati, Rome, in-8 , 18.31 , p. 5 et 13. L'auteur divise les primates en deux tribus : les bimana que compose a elle seule la famille des hominidce; et les quadrumana, comprenant les simice et les lemurini. \ * ' ■ ■ ; •■-' . . ..' ,-. \ 1 * REGNE HUMAiN. 179 hominidiens (1), qu'ont admis, depuis, deux zoologistes d'une bien plus grande autorite, le prince Charles Bona- parte et Duges ; mais tous deux dans de premieres clas- sifications, bien tot reformees par eux-memes. J'avais moi-meme partage un instant (2) les vues de mes deux celebres confreres et amis : comme eux, je les ai bientot aband onnees 6 La combinaison plus simple qui divise immediatement families le premier ordre des mammiferes, et fait de homme pi • \ de families, date, d de 1826. En tete del'ordre linneen des M . God des lors retabli par les naturalistes americains, man place la famille des bimanes (4), adoptee en Europe (1) Duges, Memoire sur la conformite organique, Montpellier, *n-&, 1832. Voyez les tableaux representant la filiation naturelle des families d'animaux, p. 109. Uordre des primates estappele ici homi- * niens, et le sous-ordre humain, hominidiens. J'ai indique plus haut (p. 176, note 3), la seecmde classification de Duges. (2) Voyez, dans la Revue zoologique, septembre 1838, p. 219, Texpose de la classification que je suivais alors dans mes Cours an Museum d'histoire naturelle et& la Faculte des sciences. Pour les vues que j'ai bientot apres adoptees, voyez Farticle Bimanes du Dictionnaire universel d'histoire naturelle, t. 11, 1842, p. 573 et suiv., et le Tableau dema Classification parallelique des mammiferes, parM. Paver, gr. in-plano, Paris, 18A5. (3) Au nombre des auteurs qui ont fait de Thomme un sous-ordre, faut-il placer M. Jean -Baptiste Fischer, Synopsis mammalium, Stutt- >ard in-8, 1829? II distingue, d'abord, parmi ses primates, les ga- leopitheques, pedibus dermopteris ; puis parmi les autres, pedibus distinctis, il forme deux groupes, l'homme, d'une part, et de l'autre, tous les quadrumanes de Blumenbach et de Cuvier. (4) Bimana. Godman, loc. cit., t. 1, 1826, p. 17. /< * f F s 180 NOTIONS FONUAMKNTALES, LLV. I, CHAP. VII, par le prince Charles Bonaparte dans presque tous ses travaux. On trouve celte famille, admise en 1830, mais encore innomee, dans ses savantes Observations sur le Regne animal de Cuvier (1); elle est plus tard sa famille des hominido? (2) : forme modern e, sous laquelle revit, au fond, la classification elle-meme du Systema naturce. Hominidce, simidce , lemur i da? , premiere, seconde et I troisieme famille des primates , dit le prince Charles Bonaparte ; homo , simia , lemur , premier , second et troisieme genre, avaient dit Linne, et, d'apres lui , Erxleben, Gmelin et tous les zoologistes linneens. Autres mots, mais precisement ceux qui, dans la langue scien- tifique du xvm e siecle, pouvaient le lient le mieux exprimer les memes vnes sur les rapports naturels de l'homme avec les animaux qui lui ressemblent le plus. Point de divisions un an plus tot dans la meme ville, M. Richard Harlan avait de meme place l'homme ns de l'esprit humain est ici con y reste vide; et le mot celebre de Ciceron s imaginables. Presque selon les autres, une ,e tableau des complet; pas de Descartes fois philosophe encore une ppl Je n'ai pas, heureusement, a reprendre une a une ce neuf solutions contradictoires d'un meme probleme. Ti du, puisque ni les zoologistes ni les anthropologistes n l'avaient encore fait, rassembler, resumer toutes les opi qui se sont produites dans la science ; mais pour 1 plupar » e'est de ppelees. PI trop : a quoi bon ref titer ce que personne ne defend ph On ne combat que ce qui resiste ; on ne renverse que c Je laisse done, pour n'y pi ordre humain, reiete par qui venaient de le proposer ; la sous-famille d n. 12. 1 : * I 186 NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. I, CHAP. VII. \ lgre l'autorite de M. Cams Je passe trale du regne animal, et, malgre celle de Linne, malgre l'adhesion de tant d'auteurs du xviu e siecle, snr la com- binaison qui fait de l'homme im simple genre de 1'ordre des primates; celle-ci destinee, comme toutes les con- ceptions de Linne, a ne jamais s'cffacer de 1'histoire de la zoologie, mais de son histoire seule : depuis longtemps deja, elle n'a plus d'autre place dans la science (1). Parmi les solutions qui, celles-ci eliminees, restent en presence, devons-nous meme compter celle a laquelle Blumenbach, Guvier, M. Dumeril, ont donne durant un demi-siecle une si grande popularity ? Je vois bien encore Yordre des bimanes dans la plupart des livres elementaires , * dans Ions ces ouvrages de seconde ou de troisieme main dont les auteurs, sans observations propres, prennentla science toute faite dans le Regne animal : mais dans ■ quelle ceuvre originale a-t-il ete admis, depuis un quart de siecle, commc la juste expression des affinites natu- relies de l'homme avec les animouxPQui Fa defendu contre les critiques du prince Charles Bonaparte, en 1830 (2), contre les remarques que j'ai moi-meme pre- I (1) Est-il un seul naturaliste qui voulut dire aujourd'hui comme Delametherie, dans son livre sur L'homme considers moralement (Paris, in-8, 1802, t. I, p. xxxvi) : « L'homme est la premiere espece » du singe... Etant organise comme le singe, il a les memes moeurs, » celles des frugivores. » (21 Observations deja ritees sur le Regne animal de Cuvier. « Separare i bimani dai quadrumani e fame due ordini distinti , » dit Tauteur, non corrisponde alia strett' affinitd che viene dimos- )> trata dalla rispettiva loro organizzazione. » REGNE HUMAIN. 187 dans le meme sens, soit dans mon enseigne- dans Personne peut dire de eette division, si longtemps regardee co classique, qu'elle est de plus en plus delaissee pa bien pres de s'effaeer compl de Et comment pourrait-elle s'y maintenir, repoussec p \ anthropologistes, au nom de la suprematie morale de •) par appor la classification? Separe en un groupe de valeur ordinale, place a la meme distance du singe que celui-ci du carnas- sier, l'homme est a la fois trop pres et Irop loin des pre- miers mammiferes. Trop pres, si Ton veut tenir comple - de ces hautes facultes qui, relevant au-dessus de tous les autres etres organises, lui assigncnt, non pas seulement la premiere place, mais une place a part dans la creation. Trop loin, s'il s'agit d'exprimer seulement les ; f finite q surtout, plus voisins de l'homme au point de vue pur ment physique, comme on va le voir, qu'ils ne le sont c makis, a plus forte raison, des demiers quadrumanes(' i / (i) Principalement dans l'article Bimanes du Diet. univ. d'hist. nat., loc. cit., 1842. ■ Pour les vues que je professe depuis vingt ans sur ce sujet, voyez aussi Particle Bimanes de M. Bourjot dans V Encyclopedia nouvelle, t. II, 1836, p. QSk. , (2) ((La conception deVordre des bimanes, disais-je en 18Z|2 (loc. cit.), » dememe que toute autre combinaison analogue, tendant & associer » Vhomme aux animaux sans Tunir trop etroitement aveceux, est » done necessairement fausse, et doit etre rejetee comme meconnais- i •» I 188 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. 1, CHAP. VII. * Qu'est-ce done que Yordre des bimanes de Blumenbaeh Une transaction possible entre deux ystemes opposes et inconciliables , entre deux ordres d'idees priment nettement dans la Ian sue de toire naturelle ces d humain et la famille humaine. Une de ces conceptions pretendues de I juste milieu qui, une fois bien comprises, ne satisfont V personne, precisement parce qu'elles sont destinees a sa- tisfaire tout le monde : a demi vraies neut-etre. mais anssi demi fa et qu'est-ce, en science, qu verite , sinon une erreur ? Laissons done cet ordre < inds maitres n'a de deux gr de tomber a son tour. Si bien I'autorite vieillir debo > P t de toute 1'une p 1' autre anthropologique et la ft humaine, e'est-a-dire, 1'homme considere dans les fa its de son organisation et les phenomenes de sa vie; Yhomme physique, premier terme de la serie animale que suit de pres et que touch e presque ? dire 1'homme tud • / J dans sa double nature ; Yhomme tout entier, couronnement, mais non partie integrante, du regne animal, au-dessus dutjuel il s'eleve par rintelligence, comme celui-ci, par la sensibilite, au- du b » sant k la fois les differences fondamentales qui, au point de vue » philosophique, separent 1'homme des animaux, et Textreme intimite ^> des rapports zoologiques par lesquels notre organisation se lie avee i) eelle des premiers animaux. » ■ • , • REG.NE HIMAIA. 189 VI. La famille humaine a ele jusqu'a ce jour proposee bien plutot qu'etablie. En l'introduisant dans les cadres zoolo- giques, sous les noms de famille des bimcmes ou des homi- nides, les auteurs se sont bornes a ecrire, au-dessous de ces noms, les caraeteres distinctifs si connus de l'homme, * sans les discuter, sans en demontrer, meme sominaire- ment, la valeur familiale, et non generique ou ordinate. La question etait-elle, en effet , tellemenf simple, s y sa solution tellement evidente, qu'il fut inutile de arreter? Reproduire cette definition celebre de Blumen- bach : « Homo erectus, bimanus (1)»; traduire dans le langage linneen ces mots de Buffon (2) : « L'homme est le seul qui soit bimane et bipede » ; etait-cc determiner, mesurer, aussi exactement qu'il en est besoin, la distance qui separe rhomme physique des animaux ? Cette dis- tance, que les uns ont petite; presque nnlle m< 17/i6 : Je n'ai pu decou faite ; propre a l'homme : '(Null potui, unde homo a simia 3 » Malgre ce loyal aveu do son impuissance sur Tun des ints fondamentaux de la science. Linne n'est nas moins (1) Voyez p. 176, texte et note 2. (2) Et non de Cuvier, auquel cette caracteristique a souvent ete attribuee. — Voyez plus haut, p. 175, note 3. (3) Fauna suecica , Leyde, in-8, 1746 ; Prcefatio, p. 1. I : 190 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. 1, CHAP. VII. des naturalistes qui, au xvm e siecle, ont le mieux connu et le expr les traits distinctifs de Fhomme (1). Presque tons ceuxsurlesquels Blumenbach, Cuvier et tant d'autres ont depuis insiste, sont deja nette- ment indiques par Linne ; et s'il n'v a pas trouve les elements dune caracteristique nette et concise, s'il s'est borne a renvover son lecteur a l'examen delui-meme, a lui dire : Nosce te ipsum, c'est qu'il avait des lors entrevu des difficultes qui ont trop souvent echappe a j ses successeurs, et dont, de nos jours meme, on n'a pas assez tenu compte. Be ccs trois caracteres eux-memes, toujours places par les anthropologistes au premier rang, Fattitude verticale, situs erectus; les extremites supe- rieures pourvues de pouces opposables et modifiees pour la prehension , manus duce; les inferieures sans pouces opposables, specialement affectees a la station et a la locomotion, pedes bini (2) ; de ces trois caracteres dits, par excellence, humains, il n'en est pas un dont on ne soit fonde a se demander : Est-il propre a l'homme? Lui appartient-il, a ^exclusion de tous les animaux, et particulierement de tons les singes ? Tellement que pour cbacun de ces caracteres, avant cette question : Est-il de valeur ordinale, familiale, gene- rique ? vient celle-ci : Est-ce bien un caractere distinctif? S'il nous est permis de repondre affirmativement a (1) Dans les dernieres editions du Sy sterna naturce. (2) Situs erectus, manus duce, pedes bini; termes caracteristiques ■ employes par un grand uombre d'autenrs, et notamment par Blu- _ menbach dans son celebrc traiteDe generis humani varielate nativa ., §§17etl8. TlftGNE HUM A IN. 191 I derniere question, ce sera, comme on va le voir, 4 condition de l'eclairer par des distinctions trop dans 1' expression des distinctifs de rales et absolucs, a ces definitions simpl par la . meme si satisfaisantes pour 1'esprit, mais malheureuse- merit si inexactes, qui ont encore cours dans les livres zdologiques et anthropologic] ues. VII. L'attitude verticale de Fhomme, si souvent. opposee a l'attitude horizontale des animaux, ne fait pas elle-meme exception. Qu'un poete dise, non pas seulement comme Louis Racine : L'homme eleve un front noble et regarde les cieux (1); mais, comme Ovide : * Pronaque cum spectent animalia center a terrain i Os homini sublime declit, ccelumque tueri Jussit (2)... il en a le droit, et de tels vers seront dans tous les temps relus et admires. < Mais le naturalistc doit tenir un autre kngage. Ilya \ (1) La Religion, Chant I. (2) Metamorphoseonlib. I. On retrouve la meme pensee, et en partie les memes expressions dans le traite De legibus de Ciceron, lib. I, ix : « Cum cceteras animantes abjecisset (natura) ad pastum, solum ho- ; 192 NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. I, CHAP. VII. l / • . r loin de cette demi-verite qui suffit a la poesie, de poetique, si Ton veut l'appeler ainsi, a cette expn hem et precise des faits qui est seule scientifique, et seuli , vraiment philosophique. Que de naturalistes, mal 3usement, semblent n'etre ici que des traducteim d'Ovide; redisant, apres vingt siccles, moins bien seule- ment , la meme verite , mais aussi la meme erreur, fai- sant encore du situs erectus, de Yos sublime, non-seule ment un des caracteres par excellence , mais l'att f de l'homme? Par l'attribut les animaux. disent-ils, aucune espece « ne se tient debout pt 1 \ corps a peu ins qui sont pres horizontalement place-, » ceux du moins « symetriques, ou formes de deux moities accolees selon » leur axe longitudinal, » ajoute Virey (2) qui chercheen vain acorriger, par cette restriction, une erreur si sou- vent reproduite. Parmi les animaux binaires eux-memes, que d'especcs a attitude plus ou moins exactement verti- cale'l Pour nous en tcnir aux classes les plus rapprochees de l'homme par leur organisation, tels sont, parmi les oiseaux, les pingouins et quelques genres de la meme » minem erexit, ad ccelique, quasi cognationis domiciliique pristini, » conspectum excitavit. » Admirable passage dontCiceron aplusieurs fois reproduit la pen- see dans ses discours et dialogues philosophiques; par exemple, dans la Consolatio, ou il dit de Thomme: Contemplator ipse cceli rerumque ccelestium. ' . (1) Virey, Histoirenaturelle du genre humain, 2 e edit., Paris, in-8, 1824, t. I, p. 25. — Voyez aussi l'article Homme du meme auteur dans le grand Dictionnaire des sciences medicales , t. XXI, p. 193; 1817. (2) Hist.nat. du genre hum., loc. cit. ! ftfeGNE HUMAIN. 193 lamille, et surtout les manchois et les autres impeimes; apres lesquels jc puis meme citer une race de canards domesticmes, le canard pingouin, comme on appelle eette curieuse variete de YAnas boschas (1). L'altitude ■ verticale n'est done pas meme ici un caraclere specifique ! Parmi les mammiferes, les gerboises, ees rats a deuxpieds, comme on les a souvent nominees, les pedetes, les potorous, les kangurous, les gerboides et plusieurs autres genres, se * tiennent aussi debout ; mais ici la station verticale n'est us quunc des attitudes si varices que prennent tour a lour ces curieux rongeurs et ees marsupiaux plus singu- liers encore. Le temps n'est pas eloigne ou Ton eiit ajoute a cette liste des mammiferes bien plus rapprocbes de 1'homme : les orangs, les gibbons et surtout les troglodytes, si longtemps deerits el represented debout, situ ereclo, ore sublimi, dans une attitude tout humaine; et tellement qu'on eut pu les prendre (et on l'a fait) pour les derniers des homines aussi bien que pour les premiers des singes. Citons entre autres la figure, liistoriquement si curieuse, du chimpanze ou jocko, plaeee par Buffon en tele de son histoire naturelle des singes (*2), et si souvent reproduitc; cette figure signee pourlant du noin de Fexact Deseve, (!) Elle ne presente rien de remarquable pendant le'repos ou la natation : {'attitude verticale ou presque verticale est celle de la marche, et surtout de la course. {%) Hist, nat., t. XIV, 1766, pi. L— Buffon a plus tard reconnu et signale Inexactitude de cette figure. Voyez Supplements, t. VII, p. 3. Parmi les auteurs qui ont dememe represents le chimpanze debout et dans une attitude humaine, il me suffira de citer, avec Buffon, Tyson, Anatomy of a Pygmie, Loud res, in-/i ; 1699. il. 1 3 19/i NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VII. de Deseve n'ayant sous les yeux qu'un animal dresse observant d'ailleurs sous l'influence des crovances g acceptees par les naturalistes du siecle ; aussi pu, a par Linne comme par Buffon , par les maitres bien que par la multitude (1). Et comment eut-o cette epoque, briser le faisceau de tous les temoignages accumules depuis un siecle par les voyageurs? N'a-t-on pas vu longtemps apres, tant les faits etaient rares, la plupart des zoologistes s'arreter devant cette tache encore \ impossible ? Les plus sagaces et les plus hardis n'osant eux-memes s'affranchir de l'autorite de leurs predeces- seurs ; s'efforcant de maintenir, a cote des resultats certains de leurs etudes, les assertions contraires des voy; (1) Aucun auteur n'est, a cet egard, plus explicite que Linne : « Dantur enim, dit-il {Fauna suec, loc. cit.), simice minus quam » homo pilosce, erecto corpore, binis aeque ac ille peclibus incedentes, » et pedum et manuum minister io humanam referentes speciem. v Dans les livres du xvm' siecle, on trouve souvent reproduite, au moins pour le sens, cette definition de Buffon, t. XIV, p. 2 : « J'appelle singe un animal sans queue, dont la face est aplatie, » dont les dents, les mains, les doigts et les ongles ressemblent a » ceux de l'homme, etqui, comme lui, marche debout sur ses deux » pieds. » Definition qui exclut, ajoute Buffon, tous les animaux « qui marchent plus volontiers sur quatre que sur deux pieds. » D'oii il suit que la marche bipede, caracteristique pour tous les vms singes de Buffon (c'est-a-dire pour la tribu des simiens), s'obser- verait encore au dela de ce premier groupe , moins frequente seule- ment que la marche sur les quatre extremites. Vorang outang ou homme sauvage, dit aussi Bonnet, notes ajoutees a la Contemplation de la nature, « marche toujours comme l'homme (OEuvres, t. IV, part. I, p. 116. ». » sur deux pieds , la tete elevee Voyez aussi part, ii, p. Zi75.) Voila cc qu'admettaient au xvm e siecle les maitres de la science, et ce qu'on repetait encore presque de nos jours. REGNE HUMAIN. 195 a cote de la verite demontree, l'erreur consacree; en un mot, voulant concilier ou il fallait dementir ; et , pour y parvenir, hasardant lcs conjectures les plus invraisem- blables : par exemple, la supposition de differences speci- fiques d'attitude entre les sujets successivement observes. Et peut-etre en serions-nous encore la, si depuis un quart de siecle la speculation et le commerce ne fussent venus en aide a la science. Grace a la frequence et a la rapidite des communications internationales, un grand nombre de ces singes anthropomorphes dont la depouille meme manquait a la plupart des rnusees, ont ete apportes vivants en Europe. Presque au meme moment, l'Archipel indien nous a envoye ses orangs et ses gibbons , et FAfrique ses troglodytes ; et toute incertitude a cesse. Chez tous ces animaux , et aussi cbez le gorille, d'apres les renseignements recueillis au Gabon ; par consequent, dans toute la premiere tribu des singes , Tattitude habi- tuelle, naturelle,est oblique, l'animal posant sur ses membres anterieurs, beaucoup plus longs que les poste- rieurs, en meme temps que sur ceux-ci. Non horizontale, par consequent, comme dans les singes des trois der- nieres tribus et cbez la plupart des quadrupedes ; mais encore bien moins verticale comme cbez l'homme. 11 n'v a pas de primate qui ne se dresse parfois sur ses pieds de derriere : mais pas un ne conserve cette attitude; pas meme le troglodyte ou l'orang, a moins qu'on ne l'y ait dresse; ce qu'on a souvent fait pour les individus exposes en public, afin de justifier ce nom cVhomme des bois, sous lequel on les a si souvent, mais si faussement designes. II n'y a done d'animaux a attitude verticale que loin de 196 NOTIONS FONDAMKNTALES ? L1V. 1, CHAP, V1K 'homme, et parmi les especes qui s'en eloignent conside- ablement par leur organisation ; dans celles par conse- fuent ou 1'attitude, si elie est semblable, resulte neanmoins aisons anatomiques ct mecaniques tres diffe- 011 il suit que les animaux eux-memes qui se mieux e(; le plus habituellement debout, ne re- de combii rentes. D produisentpas, avrai dire, 1'attitude h Oul'on pourrait croire, au premier abord petition des memes faits, il n'y fond qu une pie similitude, et pour ainsi dire une rencontre fort sans valeur de la metbode Si bien que si la verticalite ne peut etre dite propre a 1'homme, ni l'horizontalite commune a tous les animaux, 1'attitude droite, le situs erectus, Yos sublime n'en a pas moins ete place a bon « premier rang des teres • i\ s du genre humain. 11 m propre, tant quon ne compare 1 homme qu'aux especes animales qui lui sont organiquement comparables : celles qui composent l'ordre des primates, etparticulierement la grande famille des singes (I). (1) A cote de cette question : Si Fattitude verticale est propre a l'homme ? se presenterait eelle-ci : Si elle lui est essentielle ? si elle est pour lui Yetitnaturel et normal ?et non un etatartificiel, une habitude acquise : a lo studiato effetto d'un artificio ereditario », comrae le disait encore en 1770 Moscati, dans une dissertation intitulee : Belle cor- poree differenze essenziali cite passano fra la struttura de' bruti e la umana, Milan, in-8. Les conditions analomiques et mecaniques de 1'attitude humaine sont trop bien connues aujourd'hui, pour que je nfarrete a discuter ici de vieux paradoxes que pas un naturaliste ne voudrait aujour- d'hui essayer de rajeunir. 11 n'y a pas un traile moderne d'anatomie eomparee, de physiologic ou d'histoire natuivlle, nienie elementaire- ■ KEGiNE HU MA IN. 197 ■ VUI, Tandis que l'homme est bimane et bipede auteurs , tout g ■ tout primate est quadrumane; differ de nieux dire, resulte une de cette opposition tranchee distinction dont la precision et Inexactitude, aussi bien desir Au la valeur taxonomique, ne laissent rien a * s'est-on presque toujours con ten te de l'enoncer comme une de ces notions tellement manifestos par elles-memes, qu'il serait superflu de s'arreter a la discussion des faits ■ sur lesquels elles reposent. i si simples Mais encore , faits par < parce qu'on les avait tres superiiciellement etudies parce qu'on passait a cote des diffieultes, pour la pi oiinese trouvent reunis ou resumes les faits par lesquels se resout cette question tant controversee au xvm e siecle. Qu'il me suffise de ren- voyer ici k un de ces ouvrages, V Anatomic compares deCuviER, ou les faits principaux relatifs a la station de l'homme sont bien exposes et eclaires par leur comparaison avec les faits, tantot analogues, tantot contraires, que presentent les animaux. C'est la source a laquelle ont puise la plupart des auteurs recents, et Cuvier lui-meme, dans le re- sume qu'il donne des conditions de la station et de la progression humaines, dans le Regne animal, t. I, l re edit., p. 82 ; 2 e , p. 70. Parmi les travaux recemment publics sur la meme question, etqui l'ont sur plusieurs points eclairee d'un jour nouveau, je signalerai, et memeje reproduirai en partie un fragment du coursdeM. Selires au Museum d'histoire naturelle, queM. Deramoind vient de publier dans la Gazette medicate, o e serie, t. X, p. Zj68, juillet 1855, et qu'a repro- duit VAmi des sciences, septembre 1855. « Si l'homme », dit 1'illustrc professeur d'anthropologie, « touche a ranimalite par son organisa- 198 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I, CHAP. VII. 5 t sans les voir, pour quelques-unes, quoiqu'on les eut aper- cues, sans s'y arreter, et pour toutes, sans les resoudre. Est-il vrai que 1'homme soit bimane et Upede? L'est-il aussi que tous les singes soient quadrumanes? Questions qu on s etonnera de voir poser ici ; tant, pour Tune et pour l'autre, les solutions affirmatives sont depuis longtemps passees dans la science et consacrees par l'assentiment unanime des auteurs; mais, comme on va le voir, des auteurs se contredisant eux-memes et dementant les definitions qu'ils venaient de poser. Si, a notre tour, nous concluons comme eux , ce sera du moins en partant d'autres premisses. Qu'est-ce qu'une main? Ce qui la constitue, selon les zoologistes, et je reproduis ici les expressions elles-memes de Cuvier, c'est essentiellement « la faculte d'opposer le » pouce aux autres doigts, pour saisir les plus petites - » tion physique, ne doit-on pas puiser dans cette organisation meme » le caractere fondamental qui le separe nettement de tous les etres » organises ? Or, ce caractere est sa rectitude, et cette rectitude est le » resultat d'une structure vertebrate qui est a lui et n'est qu'k lui. » C'est ce point important de la mecanique humaine que M. Serres s'attache surtout a mettre dans son jour, afm de justifier cette con- clusion generate : « [/altitude relativesur le sol devient ainsi lecarac- » tere fondamental de la distinction de Thomme, et constitue le sym- » bole physique du regne humain, comme son intelligence en constitue » le symbole moral. L'attitude sur la terre devient aussi le caractere » dominant des deux embranchements qui composent le regne ani- » mal. De ces deux embranchements, Tun repose surle ventre, cesont » les vertebres; l'autre repose sur le dos, ce sont les invertebres... » L'attitude droite commande et oblige les organismes de 1'homme, » comme Tattitude sur le dos ou sur le ventre oblige et commande la » disposition speciale des organismes des vertebres et des inver- » tebres. » REGNE HUMAIN. 199 » choses (1). » Definition adoptee par tous les zoolo- gistes(2), jusqu'aux observations critiques dont elle a ete de ma part l'objet dans plusieurs de mes travaux (3) ; jusqu'au jour ouj'ai propose celle-ci, plus large, et dans laquelle l'autre rentre comme cas particulier : La main est une extremite pourvue de doigts allonges, profonde- ment divises , tres mobiles , tres flexibles , et par suite susceptibles de saisir (4). Definition nouvelle qui va nous permettre de repondre logiquement oui ou les auteurs, fideles a la leur, eussent du repondre non. La main de Fhomme est, a tous les points de vue, le type le plus parfait de la main. Nulle part les doigts ne sont mieux divises, plus delies, plus flexibles. L'un d'eux devient tellement libre, dans ses mouvements propres d'abduction et d'adduction, qu'il peut tour a tour s'ecarler des autres, a angle droit ou meme plus encore, et se mettre en contact avec la face palmaire de chacune des phalanges et de chacun des metacarpiens. Si bien que la prehension peut s'exercer ici de trois manieres : comme dans toute main, par 1'opposition des doigts a la paume; mais de plus, par celle du pouce a la paume, et du pouce aux autres doigts. ill (1) Cuvier, Reg. anim.,L I, l re edit., p. 78 ; 2% p. 67. (2) Et passee en usage, meme en dehors de la science. On appelle aussi mains, dit le Dictionnaire de VAcademie franQaise (6 e edit., t. II, p. 168), les «. extremites des animaux, quand il y a un pouce distinct » des quatre autres doigts. » (3) Principalement dans un de mes Memoires sur la famille des singes {Archives du Museum d'histoire naturelle, t. II, p. 502; 18Z|3). (U) Au moins par Topposition des doigts k la paume. 200 NOTIONS FONDAMENTALES. LIV. I- CHAP, VII. ? i lei done, rnillc difiiculte , quelquc definition adopte. Mais en est-il de meme pour l'extremite infe de l'homme, quand on fait de l'opposabilite du po qu on bi • „ f pied? Le gros orteil n'est-il qu'un cloigt ordi- naire? on ne serait-il pas, comme on l'appelle si genera- lement, un veritable pouce du pied? Chez nous, et eliez les autres j t — _-. 7 „._ — sst dans la chaussure des les pr ne presente-t-il pas, compare a peu tout eomprime qu'il miers temps de la vie i elopp men I comme volume, mais comme composition? L'appa- reil d'un veritable pouce opposable ne subsiste-t-il pas an membre mferieur, quoique devenu presque inutile? Le gros orteil ne possedc-t-il pas un abducteur, un adduc- teur, un extenseur, deux flechisseurs propres ? Pes altera manus : vieil adage anatomique qui trouve ainsi, meme chez nous, sa justification; mais, ailleurs, bien plus vrai encore. Ou disparait la cause qui enchaine, ^esserre, tend a atrophier ces muscles ; ou d'autrcs moeurs, d'aulres besoins les laissent a leur mouvement naturel, et surtout les developpent par rexercice, le gros orteil jouit d'une action propre, comparable, bien qu'entre des limites plus etroites, a celle du pouce (1). C'est a Taide de ce doigt que les bateliers de Ka-ching, en Chine, i (1) A l'appui de ses vues systematiques sur les rapports intimes de rhommeavecles Orangs (voyez p. 184), Boryde Saint- Vincent a in- sists dans son article Orctng, deja cite, sur la mobilite du gros orteil chez certains .pen pies ou dans certaines professions En France meme, cette mobilite pent etre, assuro-t-il, « verifies sur une classe nom- REGNE HUMA1N. 201 de la Chine rame ; que les mcnuisiers, sur d'autres points leurs mains (1 de que plusieurs peupl adonnes a l'equitation, saisissent 1'etrier. Les tisserands du Senegal emploient egalement le gros orteil avec beau- coup d'adresse dans les travaux de leur art (2). Au Bresil, dans la province de Ma tto-G rosso, les par excellence cavalier et chasseur, s Guaycurus, peuple lancent indifferem- ment la boule de la main ou du pied ; et sur les bords de l'Araguay, les Caraias, lorsqu'ils tissent leurs hamacs de du pied partissoi adroits de pour • t par exemple, pour depouiller les voy avec une pi .J quun habitue de Poissy ou de Newgate pourrait breuse », les resiniers des Landes. « Nous avons employe, dit Bory, » un de ees paysans pour nous recolter des lichens sur la cime des » arbres avec les piedsdont il se servait aussi poureerire. » Je dois dire que mon savant confrere et ami, M. Richard (du Cantal), invite par moi a verifier, pendant un sejour de plusieurs mois dans les Landes, les assertions de Bory, ne les a pas trouvees exactes. Voyez le Bulletin de laSociete imperiale d'acclimatation, t. II, p. 498, oct. 1855 ; note ajoutee a un remarquabie rapport sur l'agriculture landaise. On va voir, d'ailleurs, que la science ne manque pas de faits ana- logues a ceux qu'avait avances Bory de Saint-Vincent. (1) Faits deja indiques dans les ouvragesde plusieurs voyageurs en Chine, et qui me sont confirmes, l'un par M. de iMontigny, consul de France a Chang-hai , l'autre par M. Pages, ancien attache a la lega- tion de France en Chine. (2) D'apres des renseignements qu'a bien voulu me donner M. de Mortemart, officier de la marine imperiale. (3) Ces faits, et aussi ceux qui sont relatifs aux Guaycurus, sont ii. 13. I I I / 20 c 2 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VII. Memes ("aits et plus remarquables encore en terato- gie. Les exemples abondent d ■s odactyl ectromeles, aide du pied les actes ordinairement devolus a la main; sachant manier le abre, bande tambo ou aux des, compter de l'argent, coudre, entiler des aiguilles. L'un d'eux meme, au xvi e siecle, dessina- teur, sculpteur, et surtout calligraphe renomme (l /? et de nos jours (fait plus merveilleux encore, et presque mcroyable, s'il n'avait eu Paris tout entier pour temoin), un autre s'elevant jusqu'a la la compo • . • se montre de digne de la ande peintu historiques i ^ pensee (2). Exemple frappant de ces dispositions innees de notre esprit, qui nous en- trainent parfois independamment de toutes les donnees de notre organisation, et quelquefois malgre elles. Voila done des cas, et de plusieurs genres, ou nous voyons dans le gros orteil un pouce, non plus theorique- extraits de notes qui m'ont ete remises h la suite d'une de meslegons sur ce sujet, par feu M. Emile Deville, un des compagnons de M. de Castelnau dans la traversee du continent americain. L'adresse des Carajas est telle qu'ils ont reussik enlever k M. Deville des objets d'un tres petit volume, comme des hamecons , qui etaient aussitot enfouis dans le sable, encore a l'aide du pouce du pied. (1) Thomas Schweicker, celebre par plusieurs poetes latins et alle- mands du xvr siecle. Sghenckius, M onstrorum historia memora- bilis, Francfort, 1609, a reuni, p. 30 et suiv., la plupart des pieces relatives a Schweicker, dont il a fait graver deux portraits. « Pedum digili erant ita oblongi et ad res tenendas apti, ut procul » aspicientibus manus viderentur », dit Tauteur (p. 33), d'apres Gamerarius. (2) « Ducornet, ne sans bras)), comme il se nomme lui-meme, et comme il signe ses tableaux et ses lettres. REGNE HUMA1N, 203 merit, virtuellement, mais, de fait et en realite, opposable aux autres doigts. D'ou, si la main devait etre caracterisee par le pouce, l'existence de quatre mains; et, comme derniere conclusion: l'homme quadrumane ! Les auteurs n'avaient que deux moyens d'echapper a ce bizarre paradoxe : passer sur leur definition, ce que plusieurs ont fait; tenir pour non avenus, ce que la pin- part ont prefere, tons les faits qui lui sont contraires ; et raisonner comme si le pied deforme, atrophie, de 1' Euro- pean civilise, etait le pied normal du genre humain. La definition ordinairement admise ne conduit pas plus heureusement a la solution de cette second e question : L'homme, en admettant qu'il soil bimane et bipede, l'est-i! seul, et a r exclusion des singes, tons quadrumanes? savait, des le xviu" siecle, qu'il y a des singes a On adactyl / i* de .J (1): tels sont les ateles; que ehez d'autres, les ouistitis , les de devant peuvent plus etre dits, a pi / parler, opposables aux autres doigts. Chez ces singes, de la definition, ne l'extremite anterieure, aux termes serait done plus une main. Mais ce sont la, disait-on, des exceptions, et quelle regie ira les siennes? Faible argument qui n'eiit jamais du se produire dans la science, el qu'allaient bienlot refuter les faits les plus decisils. L' exception s'est peu a peu etendue a tant d'especes, par les observations (1) A proprement parler, le pouce existe, mais reduit & de simples vestiges lautotpeu apijareots, tantol entieivmcDl sous-cutanes. 1 ». 204 de mon NOTIONS FOND AMEHT ALES, L1V. 1, CHAP. VII. ? par Ogilby miennes (2), par celles de fini parde rede deux des quatre tribus de la Grande famille d pour A quels les pouces P les eriodes, chez de meme , reduits ges, parfois entierement cache's sous la peau; a cote des ouistitis, un genres, ou ces doiffts existent d n ombre d mouvements tres restraints d 'abduct propi 1 lent parler, i definition des des singes porterait a bo 'ont plus que des on , et cessent, a bles. Tellement que, une moitie seulement d P pr Les auteurs, encore ici, ont eu le bon esprit de reculer devant une consequence aussi paradoxale. Places dans la necessite de plier les mots aux faits ou les fails aux (1) Les resultats des observations de mon pere out surlout ete ■ enonces dans ses cours au Museum d'histoire naturelle. (2) Voyez l'article Sapajous du Diet, class, d'hist. nat., t. XV, p. 131 et 146; 1829. J'avaisfait connaitre, des 1829, dans cet article, que le pouce anterieur est a peine opposable dans plusieurs genres dont on avaittoujours ditla main bien conformee,leshurleurs, les lagotriches et les sajous. Depuis, M. Ogilby a non-seulement fait les memes obser- vations (qu'il croyait nouvelles), ma is il les a etendues h d'autres genres, et il est le premier qui en ait presente le resultat dans toute sa generality. (3) Son remarquable memoire a pour titre : Observations on the Opposable Power of the Thumb in Certain Mammals. Voyez Magazine of Natural History de Londres, nouv. serie, t. I, p. M9; ann. 1837, Un extrait du memoire de M. Ogilby avaitete publie a l'avance dans les Proceedings of the Zoological Society of London, mars 1836. / REGNE HUMA1N. 205 mots, ils n'ont pas hesite a s'ecarter de leur definition pour rester dans I'esprit vrai d continue a opposer Buffo science, et ils ont I seu bimane et bipede, les singes, tons quadrumanes Pour arriver logiquen \ fails, a cette double pte de admise, oue fai.it ? Reieter de une terminologie vicieuse; abandonner cette vieille deli nition qui faisait d'une modification de la main, d'un per fectionnement particulier a l'homme et a quelques mammi feres, le caractere constitute' f de cet organe. Definition seloi laquelle la main, d'ailleurs bien conformed, d'un ectro dactyle sans pouee, ou encore, une main humaine, apre putation du ne plus qu'une patt un pied! selon laquelle aussi, l'extremite, si pleine d'adr d'unsaiou.d i serait assimiiee aux extremites les plus grossierement conformees! Main pourtant, veritable de de bon sens public dessus de la definition des zoologistes; veritable nous la considerons dans ce qui la fait essentiel- rgane de toucher et de prehension; dans ses doigts si defies , si flexibles , par consequent si propres en tourer les objets pi portee; a les palp comme a les saisir ; a les attirer, s'ils sont legers et mo- bile ,s y accrocher s'ils sont lourds ou fixes : d mouvement de ces objets vers l'animal ou de l'animal vers le systeme dont ils font partie ; en d'autres termes, et tour a tour, la prehension et la progression. A ce point de vue, toute difficulte s'evanouit, Si la main doit etre defmie par la longueur et la profonde division 206 NOTIONS FONDAMENTA.LES, LIV. I, CHAP. VII. des doigts, par leur opposabilite, etnon par celle du pouce particulier pied doit l'etre, a 1'inverse, par des doigts ou orteils plus courts, moins degages des teg par consequent, doues de mouvements moins etendus et moins libres. Definitions qui, appiiquees, d'une part, aux singes, de l'autre a l'homme, donnent immediatement les deux propositions de Buffon : Les singes, pourvus ou nondequatre pouees opposables, sont tous quadrumanes , et l'homme, a part meme les conditions qui se lient plus directement et plus neeessairement avec la station verti- cale, est aussi parfaitement bipede que bimane. D'oii, encore une fois, entre lui et les animaux qui lui ressemblent le plus par leur organisation, un earactere nettement distinctif. Situs erectus; mantis duce; pedes bini : nous avons retrouve, et maintenantrigoureusement etabli, ces trois termes principaux de la earacteristique humaine. Premiere expression au dela de laquclle nous pouvons meme nous avancer. Tl est un point de vue sous lequel la conformation de l'homme et celle du * apparaitre, non pas seulemenUres differentes, mais direc- smge vont nous tement inverses l'une de l'autre. Chez les singes, la paire d'extremites la mieux conforme'e pour la prehension est constamment, non l'anterieure, comme chez l'liomme, mais la posterieure. Quand il existe quatre pouees oppo- sables, ceux de derriere sont toujours les plus developpes et les plus libres dans leurs mouvements; et quand il n'en existe que deux, ces memes pouees, a l'exclu- sion de ceux de devant, sont encore, et sans exception connue, ceux qui subsistent et restent opposables. Si bien ( i 1 REGNE HUM A IN. r* 207 que les ateles, les colobes et les eriodes, a mains tetra- dactyles, les ouistitis et tons les singes americains qui sont dans le meme cas, ont des pouces opposables ou nous n'en avons pas, et n'cn ont pas ou nous en avons. Et non-seulement il en est ainsi de tons les singes, mais de tons les primates ; bien plus encore, apres les primates, detous lesautres mammiferes a mains. Chez les lemuri- des et les tarsidcs, seconde el troisieme famille des pri- mates, les quatre pouces sont opposables; mais les ante- rieurs bien moins que les posterieurs. Chez l'aye-aye, qui compose a lui seul la quatrieme famille, ils ne le sont plus, tandis que ceux-ci le sont encore, et tout autant que chez les primates superieurs. Prcsque a l'autre extremite de la classe des mammiferes, parmi les marsupiaux, les didelphides, les phalangides, le koala, le tarsipede, ont, comme la moitie des singes et comme l'aye-aye, deux mains bien conformees, deux pouces opposables; et ces deux pouces sont encore les posted e l'existence, aux membres posteri de i deux mams, lorsqu il n en exisle quunepaire, ou encore, des deux mains les mieux conformees, lorsqu'il en existe quatre, est im fait commun a un grand nombre de mammiferes et a des families (res differentes. Un seul etre presente a notre observation le systeme inverse, et l'etre que distingue une aussi rare et aussi remarquable exception, l'etre, a ce point de vue, unique entre tous, c'estl'homme (1). (1) J'ai indique pour la premiere fois ces fa its et. ces vues dans Tar- ticle Quadrumanes du Diet, class, d'hist. nat., t. XIV, p. Z(02; 1828. i 208 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VII Par ou se trouve justifies, et plus nettement encore que par le caractere tire de l'attitude verticale, des auteurs qui ont attribue au groupe humain u seulement qenerique. Pres les vues familiale, et non pas beaucoup plus voisin des quadrum le verrons meme, derniers in grand nombre de points de vue, se confondr Pi P con for / de ses extremites, il est, au contraire, beaucoup plus loin des singes que ceux-ci ne le sont, non-seule- ment des lemurides et des derniers primates , mais meme d'un grand nombre de marsupiaux. Si bien qu'ici, nous trouvons, d'un cote, l'homme seul; de l'autre, et separes de lui par un vaste intervalle, tons les animaux a mains. IX. Les auteurs ont place au second rang des caracteres distinctifs de l'homme, ceux que Blumenbach a resumes par ces mots : nudus et inermis (1). La nature, qui a vetu et arme les animaux selon leurs besoins, a laisse 1'homme r • sans defense contre les intempenes des saisons, desarme contre ses ennemis ; nu , mais prevoyant et industrieux ; faible et peu agile, mais intelligent, et, par 1'intelligence, (1) De gen. hum. var. nat. 9 § 19. — Inermis a ete, comme on l'a vu (p. 175), le nom d'abord donne par Blumenbach a son ordre des bimanes. REGNE HUMA1N 209 maitre des plus robustes et des plus agiles. Robur et vires in sapientia (I) . L'homme non - seulement ne possede aucun de ces moyens particuliers d'action energique, de defense, d'at- taque, qu'on observe parmi les animaux ; mais il n'a pas meme ce qu'on rencontre chez tous les mammiferes qui _ se rapprochent de lui : des canines aigues. II n'y a pas, par singes , une seule espece chez laquelle les pointes des canines ne depassent de beaucoup les bords des incisives et les plateaux des molaires ; pas une ou, par suite, les canines superieures et inferieures ne s'entre- croisent, etant recues, quand les machoires sont rappro- chees, dans les intervalles ou barres de la rangee dentaire opposee. Par ces deux caracteres, la saillie de la canine et la barre, les singes, aussi bien les anthropomorphes que les especes des dernieres tribus, ressemblent a un grand nombre de mammiferes de divers groupes, particuliere- - mentaux carnassiers. Et c'est pourquoi la morsure d'un grand singe tel que le mandrill, le chacma, 1'orang outan, n est pas moins redoutable que celle du loup : celle du gorille, tout voisin qu'il est de 1'homme, Test autant, plus peut-etre, que celle de la panthere. Les des qui se rappro chent le plus de nous sont done, dans le vrai sens de ce mot, des armes. Les notres, sanspourtant etre entie- rement inoffensives , pourraient presque etre dites d'au- tres incisives, plus aigues seulement et d'une forme un pen differente. Elles depassent a peine le niveau des autres (1) Expressions cI'Eustaghi, Tractatus de dentibus, Leyde, 1707, in-8 ; Cap. XXVII, p. 87. ir. 14 210 NOTIONS FONDAMENTALES LIV. I, CHAP. VII. opposent d la canine s'entrecroiser, et sans q vient, a chaque arcade dentaire, immediatement apres la seconde incisive, et avant la premiere molaire. Meme disposition pour les autres dents, dont chacune est con- tigue a celle qui la precede et a celle qui la suit. D'ou, apres ce caractere : Vegalite des dents, denies cequales, de d continuity des series dentaii reliquis appj dit dentes utrinq ie. Traits d'a ant plus dignes d'attention, que le systeme dentaire de homme reproduit, a d'autres points de vue, les fails araeteristiques de la famille des singes \ et d'une maniere i complete, pour les deux premieres tribus, qu'il y a pour lies et pour 1'homme, non-seulement un seul et meme r type comme disposition et comme forme g une seule et meme formule numerique (1). Vegalite et la continuite, caracteres distim 1'homme par rapport aux singes, ne le seraient d d e pas d maniere absolu animaux. On et par rapport voit reparaitre l'une et i les * chez 'plotherium, et , comme Cuvier I'a plusieurs fois i Pi qu'il ait eu a signaler chez cet antique habitant d sol Paris (2 I » (1) Voyez sect. xv. (2) Ses dents, (lit Cuyiek, Key. an,, t. 1, « torment une serie eon- tinue sans tntervalle vuide, ce qu'o; n ne voit que dans 1'homme. » ' . ll KEGNE HUMA1N. 211 X, i i des L'etat de la peau est encore, par rapport de tges, un des caracteres distinctifs de l'homme plus digues d'attcntion eomme des plus faciles j pi habitants de drumanes, sont velus pays chauds, ils se font remarquer parte developpement de leur pelage, tantot tres long, tantot tres touffu, souvent 1'un et l'autre a la Ibis L'homme, au contraire, n'a sur i parti e d corps, sur les membres, que des poils tres ciair-semes, presque nuls meme dans certaines races. Et cette nudite plus ou moms r,on plete de la plus grand pour un de et non un caractere local et de climat : car il appartient a l'habitant des pays les plus froids comme les plus chauds, du Cercle arcfique et de la r J 1'Asie meridionale, du centre de de FAfriutte et de l'Ame pieale Beaucoup de tous sont les b ■ un le sait, plus nus que l'homme. Les plus nus s et les animaux qui , comme pas meme de veritable epiderme : ici, la nudite r (1) Sans excepter le chimpanze et l'orang outan, ces simice minus quam homo pilosce, clisait Linne lui-meme. Voyez p. 194, note. La rarete des poils chez quelques individus observes en Europe tenait au mauvais etat de leur sante. Le chimpanze est cependant un pen moins vein que les autres smges. ■ i ■ 212 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I CHAP. VII. complete et absolue. Dans la classe des mammifei les plus denudes eetaces et les s deux ordres inides P :S les des pachydennes, les hippopotames, et, apres eux, les ele- phants, les rhinoceros, les phacocheres et quelques autres pachydermes des pays chauds. Apres ceux-ci viendrait rhommc. Les poils sont deja chez lui moms clair-semes que chez ces anirnaux , en sorte qu'il n'est, a cc point de ■ vue, qu'un des innombrables echelons parlesquels on _<• passe des especes complement nues aux mammiferes a riche fourrure. Pour opposer ici l'homme aux animaux, pour lui assi- i gner un caractere qui le separe, non pas seulement des singes, mais de toutes les especes piliferes, il faut done dire simplement, comme on le fait peau est chez les mammift nue genre humain. C'est ailleurs qu'il faut I cher le veritable caractere de l'homme. I] est, non dan la rarete des poils , mais dans leur distribution tres ine gale a la surface de du corps et des membres dans leur petit nombre sur la plus grande partie de 1; peau, oppose a leur abondance sur divers points du corps leur isselles, le pubis, le perinee ; a leur abondance et a longueur sur la tete. Pour la plupart, les parties les plus completement nues, le front, les espaces sus- et sous-orbitaires, le milieu de la face, le tour de l'oreille, le devant du col, touchent aux parties ou le systemepileux, plus developpe, prend le nom de cheveux, de sourcils, de cils et de barbe. L'homme est done, en realite, aussi nettement separe, KEGNE HUMA1N. 213 par auxquels on a coutume de I'assimiler, que des mammi feres velus, auxquels on l'a toujours oppose. Chez quel ques-uns des premiers, la queue se termine par un bou de poil 1); les ds ont souvent la region gemtale et le tour des mamelles plus ou moins denudes quelquefois, de plus, le milieu du visage (2) : mais tor le dire peau semblablement, ou revetue, ou privee de poils. L'homme ■parti contraste singulier entre les diver ■5 de son qui ne manquerait pas d surprise, si nous l'ob memes habitude ne nous le rendait si familier des enfance, que pensons a peine a le Combien de naturalistes meme ne lui ont jamais donne quer moment d (1) II y a de plus chez le chien turc un bouquet de poils sur la tete. Mais ce caractere n'est, dans cette race singuliere, qu'un fait acquis et, pour ainsi dire, accidentel ; une anomalie hereditairement transmise. (2) Ce qui a lieu chez les singes, et ce qui constitue un des carac^ teres par lesquels ils se rapprochent de Thomme. Au contraire, les singes sont moins velus ou meme nus ou l'homme est le plus couvert de poils, aux aisselles et dans le voisinage des organes genitaux. Remarquons en passant que ces differences entre l'homme et les singes infirment la relation qui existerait entre le developpementdes poils etcelui des muscles sous-jacents, selon Gmou de Buzareingues. Voyez le Memoire sur les poils, publie par ce savant dans le Reper- toire general d'anatomie et de clinique chirm gicale , t. VI, p. 1, 1828. Une premiere redaction de ce memoire avait paru en 1821 dans la Feuillevillageoisedel'Aveyron. u ; •.., '#! 1 I 1 214 NOTIONS FONDAMENTALUS, LiV . I, CHAP. VII On a encore moins remarque, chez I'homme, une par- tieularite qui ajoute a l'interet de ce caractere , qui rend ce contraste encore plus marque. 11 n'est pas seulement vrai de dire que le systeme pileux est, par places, tres developpe chez I'homme : les poils de la lete sont, a la face, an nombre des plus longs que Ton connaisse dans aucune espece; et sur le crane, sans nulle exception, les plus longs de tous. La barbe, telle qu'on la voit chez les Orientaux, et, quelquefois, parmi nous, chez les modeles, surpasse en longueur presque toutes les parures tegumen- taircs des mammiferes, le camail du Cohbus polycomos, celui de l'ouanderou , le manteau du guereza, la criniere du lion , celle du lion-marin, la criniere, sinon la queue, du cheval, la cravate du nil-gau, la barbe du bouquetin. Les cheveux sont bien plus longs encore, surtout dans les races caueasique et mongolique. II est commun, chez les femmes de notre race et chez les Chinois, de les voir descendre jusqu'aux lombes ; il n'est pas tres rare de les voir atteindre les jarrets, les mollets on meme les talons ; en d'autres termes, mesurer un metre, un metre et quart, et plus encore. Les soies dela chevre d'Angora, les poils de l'yak, ceux de 1'ovibos, sont loin de ces dimensions ; et le r mouton alongue laine d'Abvssinie, dont la merveilleuse toison a egalement etonne il y a six ans les agriculteurs etlesnaturalistes, restelui-meme en deca. Les plus belles meches, d'apres les mesures que j'ai prises sur deux individus de choix (1), avaient 90 centimetres (2) : Ion- gueur si considerable, que plus d'un naturaliste a cru (1) Tous deux rarncnes en France par M. Rochet d'Hericourt. (2) D'apresMM. d'Hericourt et Antoine (FAbbadie, re ne serait mem*: *** ; REGNE HUMAIN. 215 devoir la revoqner en doute et presquc la declarer imj sible, oubliant que les exemples d'un developpement extreme encore da systeme pileux * abondent dans n prop re espece. Un autre contraste resulte, chez 1'homme, de la rep tion tres inegale et precisement inverse, des poils sur le / dutronc.Tandis qu'a la tete ils sont plus abondants et plus longs en arriei qu'en avant, le dos est beaucoup plus nu que la poitrine i le ventre, et e'est encore un caractere propre a 1'homme et plus important qu'il ne le semble au premier abord car il se rattache, selon la juste observation de Blumen bach, et deia avant lui d'Aristote. a la vartinAlitf dp nntr attitude effet ment ou la station est horizontaJe , mais oblique. Chez les quadrupedes g est la plus velue , et le chi loi face dorsale du corps qui )anze n'echappe pas a la commune. irence tres marquee des homme , qui n'exclut pas une similitude, tres digne de emarque : la portion superieure de l'etre , et par la pas la plus grande longueur connue : on aurait vu sur quelques indi- vidus, en Abyssinie, des meches de l m ,15. (1) Et il fournit meme un argument de plus en sa faveur : novumpro homine erecto argumentum, dit Blumenbach, De var. gen. hum.,% 19. On en etait encore a discuter l'hypolhese pretendue philosophique de 1'homme primitivement et normalement quadrupede. Moscati venait de la defendre (voyez p. 196, note) ; Blumenbach ne neglige aucune occasion de la combattre. (2) « En leur qualite de quadrupedes » : « k % e^Tn^^ifi dit Aristotr, Historia animaUum,, Lib. II, cap. xm. ■ J - A 216 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VH. meme, la plus exposee aux intemperies de dessus de la tete chez nous, le dos chez les : toujours la protegee : velue, en d au rapport, la mieux lanifeste- * * ment harmonique, que la concordance signalee par Blu- menbach entre la distribution des poils sur le corps et l'attitude. La derniere particularite que nous offre le systeme pileux, est la difference tres marquee qu'il presente chez i $r M W Vi t I l'homme, non-seulement d ? im age et d'une race a l'autre ? 1 mais, dans la meme race, entre les deux sexes. Rien de plus commun, parmi les oiseaux, que 1'existence, chez les males adultes, de developpements epidermiques qui font defaut a la femelle, ou dont on ne trouve chez elle que de simples vestiges : rien de plus rare, au contraire, chez les mammiferes; tellement qu'apres Fexemple si connu du lion et de la lionne, eelui du lion-marin, ainsi i . \ ** A * . \ V s & \ ■•; r nomme en raison meme de cette similitude, est presque seul qu'on puisse citer (1). C'est done par une except tres digne de remarque que la femme ressemble, jusqu'a l'age critique, a l'enfant completement imberbe, et apres l'age critique, a Fadolescent, au moment ou la barbe commence a pousser. ¥ / rf (1) Les autres, d'ailleurs en tres petit nombre, sont beaucoup moins remarquables. La cravate du nil-gau, propre au mftle, est ici le fait bouq principal qu'on puisse encore citer, et cette cravate n'est qu'un uet de poils pendant sous le col. On en retrouve, d'ailleurs, des traces tres marquees chez la femelle. Le nil-gau est bien autrement remarquable par la diversite de la . ^ r >v V) coloration d'un sexe a l'autre : encore un fait aussi mammiferes qu'il est commun parmi les oiseaux. ft rare parmi les >t ' . ^ b ■ v/ I 224 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I, CHAP. VII. serial, de l'homme a la premiere, a la seconde de vue, d quatrieme tribu : cinq termes, a ce point b iee, depnis le maximum du developpement des solutions, qui s'observe chez l'homme, jusqu'a plete disparition chez les hapaliens. Etcette ser line precisement an point ou, a la famille des sii Mb celle des Iemurides : serie distincte dans laq on voit, sur un phale d'ailleurs tres differ conforme , les circonvolutions reparaitre en haut chez rindri et les makis, pour disparaitre de nouveau en bas chez le microcebe (1). D'ou cette consequence, que les recherches ulterieures des zootomistes pourront et devront rendre plus pre- qu'un seul sillon, celui qui separelelobe anterieur du lobe moyen, avec lequel se confond, en arriere, le lobe posterieur. Ces faits que Leuret (dans les Comples rendus de I'Academie des sciences, 1843, t. XVI, p. 1372) avail cru devoir contester par des mo- tifs purement theoriques, sont aujourd'hui completement hors de doute. lis ont ete verifies a plusieurs reprises par un grand nombre d'observateurs parmi lesquels il me suffira de citer M. Owen qui m'avait meme en partie devance, et M. Dareste qui a fait, de mes observations sur le cerveau lisse des hapaliens, le point de depart d'une serie tres interessante de recherches. Les resultats de mes observations, que j'avais fait connaitre dans mescours en 18^0, ont ete publies en 1843 dans les Comptes rendus de I' Acad, des sc, t. XVI, p. 241, et dans mon Memoire deja cite sur les singes, insere dans les Arch, du Mus., t. II, p. 515. Voyez aussi la Zoologie de Y Expedition autour du monde de la Venus, Mam- mi feres, pi. II. (1) J'ai deja eu occasion (t. I, p. 431) de mentionner ce fait comme exemple d'une prevision theoriquement faite a Taide de la methode seriale, et depuis, pleinement justifiee par l'observation. ^ REGNE HtiMAIN. 225 eise, mais non plus certaine ; Dans une classification qui serait basee sur la constitution du cerveau, et particulie- rement sur l'etat des circonvolutions, on serait conduit a etablir, parmi les primates, deux divisions generates, 1, une pour l'homme et tous les singes, Tautre pour les lemurides ; et dans la premiere , deux subdivisions : l'homme et les singes a circonvolutions ; puis les singes a cerveau lisse. En d'autres termes, l'homme est ici beaucoup plus voism des singes superieurs que ceux-ci ne le sont, ■ non-seulement des lemurides, mais meme des types infe- rieurs de leur propre famille (1). . t ' XII. A cote des caracteres encephaliques de riiomme , m. auteurs ont place, avec raison, ceux que fournisser conformation generale de la tete et particulierement proportions generales du crane et de la face. Une des differences s plus frappantes entre l'homme i plupart des animaux, est celle que resumenl. si bien deux mots de la langue usuelle : le visage et le mu- I i; 7rpo<>wTCov et puyp? d'Aristote et de tous les auteurs un visage ; les animaux n'ont qu'un e, c'est-a-dire une face tres courte. homme museau. Un au-dessous d'un crane globuleux , aplatie , large , verti- cal ou tres peu oblique, prolongee superieurement en (1) Pour plusieurs caracteres encephaliques communs h l'homme et aux singes, voyez, plus bas, la section xvi. n. 15 . 226 un NOTIONS FONDAMKNTALES, LIV. I, CHAP. VII. !, inlerieuremcnt en un menton. Un museau dire une face d'un crane de prime, etroite, tres oblique, parfois presque horizoni depassant a peine , en haut, le niveau superieur des bites bas, le bord de la machoire infe rieure; par consequent, sans front et sans menton. D'ou, entre la tete de l'homme et celle du quadrupede, des differences aussi nombreuses que tranchees : ce sonl - presque, de l'une a 1' autre, les conditions inverses. Mais entre l'homme et les animaux a machoires pro- longees, a face oblique, sont les quadrumanes; et, ceque nous ne saurions admettre avec Buffon en un sens ge- ■ neral , nous sommes bien obliges de le reconnaitre ici : i « Les quadrumanes remplissent le grand intervalle qui » se trouve entre l'homme et les quadrupedes (1). » Les singes , et , a leur suite , les autres quadrumanes , pre- sented a notre observation une suite de termes interme- diaires dont les premiers remontent jusqu'a l'homme, dont les derniers descendent jusqu'aux quadrupedes ordinaires, aux carnassiers, aux rongeurs eux-memes. ;raduee et presque continue dc Yos sublime a Yos bestiale; echelle commune au haut de laquelle nous de- vons nous placer nous -memes; encore le premier echelon touehc-t-il presque au second. Pour le montrer clairement, il n'est besoin que de mettre en regard les mesures de Tangle facial prises chez rhomme par Camper (2), chez les singes par Cuvier et (1) Buffon, Hist, nat., t. XIV, p. 21 . (2) Dissertation physique sur les differences reelles que presentent les traits du visage chez les hommes de different^ pays et de differents n ' KEGNK HUMA1N. 227 Geoffrey Saint-Hilairc 1), ehez un grand nombre de mammiferes de tous les ordres par ces memes natura- listes, par Cuvier surtout (2), et depuis par plusieurs autres , a leur exemple. Non que Ton puisse considerer le developpement du crane, a l'exemple de plusieurs auteurs, comme proportionnel au nombre de degres que comprend Tangle « forme par la ligne faciale avec l'ho- » rizontale (3). » Mais cet angle nous donne une expres- sion tres simple et suffisamment approchee (k) de rap- ports que nous ne pourrions obtenir a un degre superieur d'approximation, qu'a I'aide de procedes d'une applica- tion difficile et par des l'ormules tres complexes. Camper a trouve la ligne faciale inclinee de 85 degres I ages, publieepar Camper tils; trad, du hollandais par Quatremere d'Isjonval, Utrecht, in-4, 1791 (et non 1781, comme le disent plusieurs i auteurs qui ont cite ce livre sans Tavoir vu : Pierre Camper ne Ta termine qu'en 1786). Sur la ligne faciale de Camper, voyez surtout le Chap, HI, p. 34 et I suiv., etles planches I, II et VI. (1) Histoire naturelle des orangs-outangs, dans le Magasin ency- clopedique, l re ann., 1795, t. HI, p. 451. Camper avait donne seule- ment, a titre cTexemples, Tangle facial d'un jeune orang et celui d'un singe indetermine qui parait etre un macaque. > (2) Anat. comp., l re edit., t. 11, p. 6; *i e , t. II, p. 162 et suiv. (3) C'est ainsi que Camper designe ce que tous les natural istes appellent aujourd'hui Tangle facial. (4) Du moins au point de vue oil nous avons ici a le considerer. II y a toutefois quelques cas exceptionnels ou la consideration de Tangle facial pourrait induire en erreur. Je citerai, en exemple, les hurleurs qui, en raison de la conformation singulierede leur tele, ont, comme les eynocephales , un angle de 30 degres senlement. On se tromperait gravement si Ton eoncluait ici de Tegalite des angles faciaux a Tegalite des rapports entre le crane et la face. ••: \ 1 228 chez .NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I, CHAP. VII. Europeen civilise, de 75 chez le Chino (lc 70 chez le negre: et deux nombr extremes, 85 et 70, que varierait, a part ndividuelles , Tangle facial de l'homme. deux admises par la plupart des et de l'opinion par Cuv d abaissant superieure a 82 80 de inferieure a 75 (2 et, par consequent reduisant *t de l'une a l'autre, a 12, 10 et meme 5 deg de 15. Mai s si, de ces deux corrections, la pi • ^ peut seconde est inadmissible. C justified (3), il faut bien reconnaitre que la sens inverse que la inferieure doit etre deplaeee. II suffit de parco anthropolo / / Museum d par M au histoire naturelle , et deia l'une des plus precieuses de ce grand etablissement, pour reconnaitre, meme avant toute mesure prise, que Tangle facial humain descend, sur plusieurs points du globe, au-dessous de 70 degres. Dans TAfri peuplade noire, les Makoias en particulier, il (1) Anat. comp., l re edit., p. 8 ; 2<=, p. 16Zi et 165. Cuvier dit avec raison, dans un autre passage, que Tangle facial varie dans la race caucasique de 85 degres a 80. Selon Geoffroy Saint-Hilaire, Cours de I'histoire naturelle des mammiferes, 5 C legon, p. 17, les variations normales sont comprises entre 80 degres et 70. (2) Virky, article Homme du Diet, des sc. medic., t. XXI, p. 206, et Hist. nat. du genre humain, 2 e edit., 1. 1, p. 437. (3) L'angle de 85 degres est en effet un maximum presque excep- tionnel, propre aux varietes les plus cultiyees de notre race. v KEGNE HUM A IN. 229 le mesurant avec soin , P Je ocede de Cuvier et d offroy Hilaire (1), je l'ai de 64 deg 6 de moins que la nretendue limite inferieur de Camper et de Cuvier (2 g facial descend done chez l'homme 6/idegres; jusqu'oumonte-t-ilchez les animaux? Presqu meme nombre a 65 degres environ chez le sai- • • miri \ V 3i: a quelques degres de moins chez les gibbons, itheques, le miopitheque, parmi les singes de monde ; chez les saious, les afeles, les eriodes \ ; (i) C'est-a-dire en faisant partir la ligne faciale du bord des inci- sives. La mesure de Tangle, construit comme Tindiquent Cuvier et Geoffroy Saiint-Hilaire, loc. cit., a donne un pen plusde 68 f. En faisant partir la ligne faciale du bord alveolaire, Tangle facial mesurerait quelques degres de plus. M. Emmanuel Rousseau a insere dans son Anatomie comparee du systeme dentaire, Paris, gr". in -8, 1827, p. 237, un tableau des prin- cipals variations de Tangle facial chez Fhomme et les animaux. Les Makoias y sont indiques, sous le nom de Namaquois, comme ayant un angle cie60 degres ; angle trop aigu, donne tres vraisemblablement d'apres une evaluation, et non d'apresdes mesures. (2) II y a plus d'un quart de siecle que les cranes des Makoias ont ete rapportes en Europe par Delalande, et que ce celebre voyageur (dans le Precis de son Voyage au cap de Bonne-Esperance, Paris, in -&, 1822, p. 11 et 12, et dans les Memoires du Museum d'histoire naturelle, t. VIII, p. 159 et 160) a appele Tattention sur « Tangle facial si aigu » des Makoias; et cependant on a continue, j usque dans les livres les plus recents, a redire, sur la limite inferieure de Tangle facial, ce que disaient Camper et Cuvier. D'apres le digne neveu et compagnon de Delalande, M. Jules Ver- reaux, les Makoias (les memes, selon lui, que les Amakosas) sont, malgre Tacuite de leur angle facial, tres remarquables par leur intelligence. (3) 66 degres, selon Cuvier, Anat. comp., 2 e edit., loc. cit. —Cuvier attribue presque le meme angle, 65 degres, aux sajous. Maisceiix-ci depassent de peu 60 degres, lorsqu'ils sont adultes. ! I ^m i , » u 230 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VII. / • lagotriches, les callitriehes, les nyctipitheques, parmi Jains. Apres lesquels il tombe a 50 de- gres environ chez les cercopitheques (un peu plus dans quelques especes, un peu moinsehez d'autres), a 40 chez le troglodyte, a moins de 40 chez le gorille, a 35 environ chez l'orang outan. Tellement ciue ce dernier sinee. cet des bo s dont on a fait si longtemp j pour son pretendu angle facial de 63 ou 64 degres (1), le premier des quad qui Test reellement par teres cerebraux, occupe ici une des dernieres places. ] est presque au meme rang que le theropitheque, et n' plus apres lui que le eynopitheque et les cynocephales ces singes a tete de chien, comme les appelaient dej anciens (2) ; nom que justifie leur angle de 30 de veritable angle facial de carnassier et presque de ronj D'ou il resulte qu'il y a ici passage par nuances ii sibles del'Europeen leplus civilise et le plus orthogn les tgnathe eux-memes chez lei r Echelle continue de pi ; i de 1'homme toucher a l'animal, quand il y a si loin des pre- * miers singes aux derniers, et si loin aussi de nous a d'autres races hiunaines. Du sai'miri au cynocephale, degres de difference; de l'Europeen au Makoia, O f 00 35 16 ou 18 ; et jusqu'a 21, si nous prenons pour exemple * une de ces belles tetes caucasiques de 85 degres, mesurees par Camper et par Cuvier ! " , (1) II a cet angle, et meme un angle moins aigu encore, lorsqu'il est jeune (2) Tete de chien, xuvoaeWXo;. Ou encore, sinye-cochon, xotpoTnewo;. \ ! REGNE HUM A IN. 231 XITI. Ce qui est vrai de I'ensemble de la conformation de la r tete, Test necessairement de ses principaux details. Avant tout examen, nous pouvons presumer, nous pourrions presque affirmer, que le developpement du front, la saillie du menton, la situation centrale du grand trou occipital, et la pretendue absence de l'os intermaxillaire, si souvent signales comme autant de traits distinctifs du genre humain, ne sont encore que des caracteres relatifs, et non absolus. Pour le front d'abord, comment pourrait-il en etre autrement ? Son developpement, dans les di verses races humaines, est necessairement en raison de celui des lobes i anterieurs du cerveau, dont il n'est, en quelque sorte, que la traduction exterieure; et de sa saillie plus ou moins mar- quee depend en partie l'ouverture plus ou moins grande de Tangle facial. Comment ces rapports cesseraient-ils au moment ou de l'liomme on passe aux animaux? La question d dep longtemps jugee doit l'etre toute question d'histoire naturelle : par faits. Quel zoologiste ignore aujourd ■s meme a ne tenir compte ici que de l'elat adulte, partie anterieure du crane plus ou moins bombee •dessus des orbites front J qui a lieu, non-seulement da premiere tribu, pour le chimpanze,pour les orangs, mais dans la seconde, pour le miopitheque talapoin, et surtou . ' I 1 232 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I CHAP. Vli. dans la troisieme, pour les saimiris. Front il est tres fuyant chez les orangs adultes (presque humain contraire, chez les jeunes) ; masque, chez le chimp par les bourrelets sus-orbitaires ; etroit et tres peu vrai , hez les saimiris; dep chez le pitheque : chez peu developpe, et moins encore sur les par que sur la ligne mediane , contrairement a qu'on observe ordinairement chez homme (1). D'ou que ce qui distingue l'homme, et par excellenc \ les plus favorisees au point de vue du deve loppement du cerveau, c'est, non mais front 11 en beaucoup plus considerable pi du comme du front. Plusieurs des singes qui ont un front, notamment le chimpanze, ont aussi un menton ; mais toujours moins developp Le de l'homme menton, comme le ft efface mesure que (1) Cette difference de conformation entre l'homme et les singes, deja signalee dans un de mes Memoiressur les singes, est beaucoup Plus remarquablequ'ellenelesembleaupremierabord; car, tandis que « chez l'homme, la plus grande saillie du front a lieu lateralement aux »poinls qui,adroite et a gauche, correspondent aux extremites ante- » rieures des hemispheres cerebraux..., la saillie frontale correspond » (chez les singes), non aux hemispheres eux-memes, mais a l'inter- » valle qui les separe en avant, et a la faux. » (Arch. duMus., loc. rit.,p. 512.) (2) « Mentum prominulum », dit Blumenbach, dans sa caracteris- tique du genre humain (Handb. der Naturgesch., loc. cit.). Ce caractere n'avait paseteomispar lesauteurs : voyez, parexemple, Linne, Syst. nat.; mais on n'en avait pasnettement fait, avant Blu- menbach, un des traits distinctifs del'homme. \ ftEONE HUM A IN. 233 pour devenir de plus en pli poi pour la situation du grand pital; caractere l'homme ou ell< relatif ■ et non absolu. De Z* • • hon allon f • 3, et des saimiris qui se pla 1), aux singes a museau tres posterieure, les autres singes forment dans laquelle on voit le trou occipital, par consequent la moelle allongee, occupei positions in crane (2) . iaires entre le du L'existence de l'intermaxillaire ehez les singes comme chez les quadrupedes ordinaires, son chez (1) Voyez Geoffroy Saunt-Hilaire, Gouts de Vhist. nat.des mamm. y I0 e leQon, p. 13. — Voyez aussi mon Memoir e sur les singes ameri- cains, dans les Arch, du Mus., t. IV, p. 9, 1845, et la Zoologie, deja citee, de la Venus. 2} Sur la situation du trou occipital dans ses rapports avec la sta- a, voyez surtout le celebre memoire de Daubenton, Sur les diffe- \ rences de situation du grand trou occipital dans l'homme et dans les animaux, dans les Memoires de VAcademie des sciences, ann. 1764; p. 568. * Daubenton a ainsi resume lui-meme ses vues sur les caracteres Mi* mains dans une de ses lemons a l'Ecole normale (voyez le recueil des Seances des Ecoles normales, edit, de 1800, t. VIII, p. 11). « De tousles » caracteres de conformation qui distinguent Thomme des animaux, » il y en a deux principaux :'le premier est dans la forme des muscles » des jambes qui soutiennent le corps en ligne verticale au-dessus » d'elles; le second caractere distinctif se trouve dans l'articulation de » la tete avec le cou par le milieu de la base du crane. » Voyez aussi Herder sur ce qu'il appelle « Tangle de la direction » organique de la tete » dans son ouvrage deja cite : Sur la philosophic de Vhistoire de VkumaniUK Liv. IV : trad, de M. Quinet, p. 106 et suiv. ii. 15. / , i + ,—_,„.__. 1 > 234 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VII. - l'homme, seraient, au eontraire, des earacteres noi lement tres tranches , mais directement opposes et ductiblesl'un a l'autre. D'ou l'importance que les au Camper et Blumenbach surtout(l), ont attacheeace eroyaienl. pouvoir appeler « la difference principale face de rhomme brute ("2\ et celle de la *e ici, les progres de la science ont fait descendr difference principale et absolue au rang d'une diffe rence secondaire et relative. II n'v a pas absence de rintermaxillaire chez rhomme. ce qui fort different, soudure tres precoce et presque de a v ec le aire i ainsi que demontre le plus grand poete de l'Allemagne et Tun de ses plus grands naturalistes , Goethe : la demonstration de ce fait important est, en anatomie, « son essai plein de » genie (3). » Et. la precocite de cette soudure n'est meme pas un fait qui soit propre a l'homme. D'apres une obser- (1) Pour Camper, voyez De V orang-outang, Chap- VII, § 2 ; dans les OEuvres, trad, franc. , Paris, in-8, 1803, t. II, p. 123, — « On ne le » trouve jamais dans l'homme, dit Camper, pas meme chez les negres, » ... malgre, ajoute-t-il, toutes les peines qu'on s'est donnees pour » ies faire provenir du melange de rhomme avee Torang-outang. » Et pour Blumenbach, De var. nat. gen. hum., § 26. (2) « Maximam humanam inter et brutorum faciern differentiam » efftcit. » (Blumenbach, ibid.) (3) Expression de Soemmering en 179] , que Goethe, trente ans apres, se plaisait encore k citer, en opposition au jugement porte, dans le xvin* siecle, sur son travail, par les autres zootomistes auxquels il s'etaitempressedele communiquer. L'absencede rintermaxillaire chez Thomme semblait alors une de ces verites demontrees qu'on ne pou- vait attaquer que par des erreurs ou des sophismes. Goethe a lui-meme raconte comment une traduction latioe de son memoire, envovee REGNE EHJlf&IN. fort ancienne deiau de Cuvier(i\ ob tous les zootomistes ont pu depuis verifier et etendre a d'autres sujets, l'intermaxillaire se confond aussi, de tres bonne heure, chez les troglodytes, avec le maxillaire ; a ce point que, chez eux aussi, moins eependant que chez l'homme, la soudure primitive est bientot effacee. Cuvier se demandait meme « si la suture intermaxillaire a jamais » existe (2) ? » Ainsi, sur ce point meme ou Ton avait cru saisir un caractere tranche, absolu, irreductible, le non oppose au oui, nous ne voyons, de l'homme aux animaux, qu'urn difference relative, le moins au lieu du plus, et de l'homme au chimpanze, une simple nuance, a peine a saisissable apres 1'achevement de l'ossifi cation. Encore ici l'homme ne se rapproche pas settlement des mammi- feres; il touche au premier d 'en Ire eux (3). en 1787 a Camper, lui valut des felicitations sur le format et Vecriture * du manuscrit. On ne s'etonnera pas que Goethe, aussi peu encourage par lesmaitres de la science, ait laisse inedit, jusqu'en 1817, un travail dont la com- position remonte k 1785 et 1786. II ne parut meme, en 1817, qu'in- complet et sans les planches. La premiere edition vraiment digue de Tauteur date de 1831. Voyez Acta naturce curiosorum, t. XV, l rc partie, p. 3. Avec des additions ecrites par Goethe en 1819. Le texte primitif etles additions font partie des GEuvres cThistoire naturelle de Goethe, traduites en francais par M. Martins, in-8avec atlas in-fol., 1837, p. 79 et suiv. Voyez aussi Tatlas. (1) Anat. comp., l re edit., t. I, p. 61. (2) Ibid., 2 e edit., t. II, p. 384. (3) A cote des caracteres, tous tires de la conformation de la tete, ■ que je viens d'indiquer dans cette Section et dans les deux precedentes, les auteurs eussent pu en ajouter une multitude tires de toutes les parties du corps. lis se sont bornes a mentionner quelquesfaits rela- i 236 NOTIONS FONIUMKNTALKS, LIV. 1, CHAP. VII. XIV 4pres les differences de l'orsanisation humaine et de apres ceile des singes , viennent leurs similitudes ; 7 differences par lesquelles l'homme se distingue absolu- ment et relativement de ces animaux , les earaeteres qui iui sont communs avec un plus ou moins grand nombre de ces animaux : avec un seul, avec deux ou uuekmes m ' i J tits aux organes des sens, et d'autres, a l'appareil generateur et a la fonction reproductrice, et ici ils ont ete peu heureux dans les choix qu'ils ont fails. Comment, par exemple, ont-ils pu insister, a ce point de vue, sur la presence chez l'homme des oils palpebraux? Non-seulement, comme tout le mondele sait, les cils existent chez divers mammiferes elotenes de Thomme et se retrouvent meme parmi les oiseaux; mais, contrai- rement a une assertion souvent reproduite, il n'est pas vrai qu'ils manquent generalement chez les quadrumanes. Ils sont bien deve- loppes chez le troglodyte, le gorille et les orangs; et si chez les gibbons et la plupart des singes des deux dernieres tribus, il sont tres courts etpeu nombreux, ou meme seulement indiques, ilsreparaissent, parmi les lemurides, chez Tindri et les makis. Les autres particularites des organes sensitifs qu'ont mentionnees quelques auteurs sont aussi, pour le moins, indiquees chez divers animaux. t Dans Tappareil generateur femelle, c'estl'existence des nymphes, et surtout celle de la membrane hymen, qu'on a presentees comme pro- pres au genre humain. Mais on n'a pas tarde a rctrouver les nymphes chez plusieurs mammiferes, etl'erreur si longtemps admise, relative- ment a I'hymen, est tombee a son tour il y a un demi-siecle. Progres dii principalement a Cuvier qui a decrit chez plusieurs mammiferes des 1805 {Anat.comp. 9 l.V, p. 128) « une membrane semblable ou des » replis tres analogues » a ce qui a lieu dans l'espece humaine, et qui « paraissent s'effacer » quand cesse la virginite. La menstruation elle-meme, quoi qu'on en ait dit, et qu'on en dise T RKGNE HI MAIN. 237 genres, avec un- grand nombre, on meme avec la famille tout entiere. C'est dans eet ordre que nous allons enu- I merer, parmi ees caraeteres presque aussi multiplies que les precedents , ceux que recommande ou leur im- portance, on leur ernploi habituel en zoologie. Le premier a ce point de vue, comme presque exclusi- vcment propre a l'homme, est tire de la conformation du nez. « ta forme dunez, dit Buffon (1), el sa position plus encore dans plusieurs livres recents, n'est nullement propre a notre espece. « Les femelles des animaux, dit deja Aristote, Histoiredes animaux, Liv. VI (trad, de Camus, 1. 1, p. 379), sont sujettes k des ecou- » lements menstruels, ma is dans aucune femelle ils ne sont aussi abon- ■ » dants que chez les femmes. » Difference a laquelle il ne faut meme pas attacher unegrande importance. Dans plusieurs races humaines, ■ et chez les femmes elles-memes de notre race, sous d'autres climats et dans d'autres conditions, le flux menstruel est beaucoup moins abondant que chez la femme caucasique civilisee. Disons-le encore ■ une fois, puisqu'on l'a si souvent oublie : ce n'est pas dans nos villes qu'on pent etudier les conditions generates et normales du genre humain. Parmi les animaux, la menstruation est surtout tres marquee chez les femelles des singes de l'ancien continent. C'est tres cerfainement a l'occasion de Tune d'elles que Myrrhen disait en 1706 (dans les Ephemerides naturce curiosorum, dec. Ill, ann. ix, p. 387) : « Cum \ » muliere hoc commune habebat singulis mensibus per 2 ad 3 dies » menstruis pur gar i* » Sur la menstruation chez les primates, je renverrai a une note que j'ai redigee il y a douze ans, a la demande de Brescket, et que mon savant confrere a inseree en entier dans ses Recherches sur la gesta- tion des quadrumanes ; voyez les . de VAcad. des sc, t. XIX, p. 402etsuiv. — Voyez aussi Pouciiet, Theorie positive del 'ovulation ■ spontanee, Paris, 18&7, in-8. L'auteur a reuni, page 229 et suiv., la j plupart des faits connus, relatifs au flux periodique chez les femelles des mammiferes. (l)Hist. nat., til, p. 526. i ■ w 1 I 238 NOTIONS FOND AMENT ALES , LIV. 1, CHAP. VII » avancee que celle de toutes les autres parties de la face, » sont particulieres a l'espeee humaine. » Caracteres * i qu'on devait d'autant moins s'attendre a rencontrer chez les animaux, qu'ils commencent a s'effacer,chez l'homme lui-meme , dans plusieurs races , les memes od Tangle facial est le moins ouvert. La saillie nasalene se retrouve, en effet, chez aucune des especes qui ordinairement se rapprochent le plus de 1'organisation humaine; mais, dans la seconde tribu, ce caractere reparait tout a coup, etnon marque, mais singulierement exa- pas seulement tres gere (1). Le singe, si connu pour cette raison meme sous le nom de nasique (2), a le nez beaucoup plus long, proportion gardee avec la taille de l'animal, que l'homme lui-meme, sans excepter les races caucasiquc et alleganienne. La forme aplatie des ongles et l'existence des huit os carpiens n'etaient de meme connues jusqu'a ces derniers temps que chez l'homme et dans un seul genre de singes, les troglodytes : on les a retrouvees chez le gorille Details humains qui concordent bien avec i (1) Dans la seconde tribu aussi, le hocheur ou guenon a nez pro- eminent deBuffon (Cercopithecus nictitans), et le blanc-nez (C. petau- rista), ont le nez un peu renfle. Chez les singes les plus rapproches de l'homme, la saillie nasale est, au contraire, absolumentnulle. (2) Genre Nasalis de Geoffroy Saint-Hilaire. * (3) Pour les huit os'du carpe, chez le chimpanze, voyez Vrolik, Recherches d'anatomie comparee surlechimpanse,m-fo\., Amsterdam, 1841, P- 13. — Pour le gorille, voy. Duvernoy, Des caracteres anato- / miques des grands singes pseudo-anthropomorphes, dans les Arch, du Mm. d'hist. nat. 9 I VIII, 1855, p. 41 et 54. J'ai depuis longtemps. eta plusieurs reprises, releve Terreur, presque REGNE HtlMAlN. 239 les proportions presque humaines aussi de la main chez le gorille, et de 1'ensemble du membre anterieur chez le chimpanze (1). Le ccecum et l'appendice vermiforme, traits si carae- teristiques de la conformation du canal intestinal humain, partout reproduite, qui attribue a tous les singes des ongles aplatis. A partir des orangs, les ongles sont en gouttieres, ou meme comprimes. Ce dernier cas, sans parler des ouistitis dont les ongles en griffes sont depuis longtemps bien decrits, est celui des eriodes et des lago- triches. (1) Ce meme singe, a tant d'egards le plus voisin de l'homme, a, I comme lui, du crane au sacrum, 2Zt vertebres; mais autrement reparties entre les diverses regions du rachis. On compte chez lui 13 vertebres dorsales; par consequent, une pairede cotes de plus que chez Thomme; et 4 vertebres lombaires. Chez le gorille, il existe dememe 13dorsales, mais seulemenU chez la plupart des sujets, 3 lombaires. La vertebre qui correspond a la quatrieme lombaire du chimpanze cesse le plus souvent d'etre libre, et devient partie integrante du sacrum. VoyezDuvERNOY, loc. cit.,\). 39. L'orangoutan a, comme Fhomme, V2 dorsales, et, comme le chim- panze, lx lombaires; par consequent, entre le crane et le sacrum, une vertebre de moins que Tun etl'autre. La plupart des gibbons, notamment les Hylobates lav, Rafjlesii, I agilis et syndactylies , ont 13 dorsales et 5 lombaires; et je suis porte a croire qifil en est de meme del'-H. leuciscus, quoique Cuvier (Anat. comp., 2 e edit., t. II, p. 177) lui attribue 12 dorsales et 5 lombaires, e'est-a-dire les nombres humains ; ces memes nombres qu'on ne re- trouve chez aucun des singes precedents. Le fait indique par Cuvier serait, a ce point de vue, tres interessant; mais il ne repose que sur Texamen d'un squelette artificiel qu'il y a tout lieu de croire defec- tueux. Si cette rectification doit etre faite, aucun singe connu n'a les memes nombres vertebraux que Thomme; nombres qu'on retrouve, au contraire, chez quelques mammiferes places plus basdans la serie, notamment chez plusieurs chauves-souris. Le tableau suivant resume synoptiquement les faits relatifs aux ^ *■ r- f 1 n o NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. I, CHAP. VII. existent non-seulement chez le 1) et les orangs, comme on Ta souvent clit, mais aussi chez les gibbons (2). II y a tout lieu de presumer qu'ils existent aussi chez le gorille. Ce sont done des caracteres communs a toute premier ibu des et en hose singuliere, apres ces animaux si voisins simiens. J'y ajoute quelques exemples pris parmi les singes des trois dernieres tribus. I NOMS DES ESPECES. VERTEBRES VERTEBRES VERTEBRES cervicales. dorsales. Homme Tribu I. Simiens . Troglodyte chimpanze. , Gorille gina Orang" outan La plupart des gibbons. Tribu II. — CynopitMciens . Nasique masque La plupart des semnopitheques. La plupart des cercopitheques. La plupart des cynocephales. . Tribu III. — Cebiens. La plupart des sajous. . . Ateles Nyclipitheques Tribu IV. — Hapaliens. Ouistiti ordinaire Tamarin marikina lombaires. TOTAL. 25 (1) Chez lequel ils presentent d'ailleurs une disposition differente de eelle qui est connue chez 1'homme. Voyez Vrolik, loc. tit., p. 47. (2) Fait deja connu de Daubenton. Voyez Hht. nat. de Buffon, t. XIV, p. 98, et fig. pi. IV. tlEGNE HUMAIN. %i de l'homme, a un des mammiferes les plus eloignes de lui, le phascolome Dans toute la premiere tribu, on retrouve d'autres caracteres plus remarquables encore, et qu'on eut pu croire par excellence humains ; car ils sont manifestement, chez l'homme, en rapport avec 1' attitude verticale. La poitrine est etendue transversalement, et non comprimee d'avant en arriere, comme chez les quadrupedes ; et le sternum, les os scapulaires et iliaques, sont larges, et non, comme a l'ordinaire, etroits et allonges. Les singes qui, sans etre bipedes comme l'homme, ne sont cependant pas quadrupedes a la manieredes mammiferes ordinaires, ressemblent tous, mais inegalement, a l'homme, sous ces quatre points de vue (2). D'oii le nom de singes a sternum large, sous lequel les a parfois designes Blainville,(3), celui de tous les naturalistes qui a le plus et le mieux insiste sur ces faits (4). Ces memes singes a sternum large partagent avec (1) Cuvier, Anat. comp., l re edit., t. Ill, 1805, p. 465. (2) Aussi ces singes se couchent-ils comme l'homme, tantot sur le cote, tantot sur le dos ; ce qui a ete constate, non-seulement sur des individus captifs, mais aussi, pourl'orang outan, a 1'etat sauvage. Voyez Temminck, Monographies de mammalogie, Leyde, 1841, in-4, p. 379. On croyait autrefois, et Aristote le dit lui-meme, Problemes, sect, x, que l'homme seul se couche sur le dos pour dormir. (3) Osteographie, Primates, l er fascic, 1839, p. Zi5 et suiv. (4) A ces similitudes anatomiques entre Thomme et les singes, une multitude d'autres pourraient etre ajoutees, les unes tirees desautres parties du squelette, les autres des muscles, des vaisseaux, des nerfs et de tous les organes interieurs. Comme complementde ce resume que j'ai du laisser fort incomplet, 10 ft \ 1 I i: i i i m 262 NOTIONS FONDAMENTALES, tlV. I, CHAP. VII. l'homme un c mais ere de pen de valeur par lui-memc, *de comme une des particularites de Chez les animanx, on voit ordinaire- ment les poils du membre anterieur descendre car ce resume fut devenu un livre, je renverrai particulierement aux ouvrages suivants : Pour les divers simiens, outre les traites d'anatomie comparee : Blainville, Osteogr.,loc. cit.— EIDuvernoy, memoire plus haut cite. Pour lechimpanze, qui est assurement par l'ensemble de ses carac- teres Tespece la plus voisine de l'homme : Tyson, loc. cit. Son ouvrasje porte pour premier titre : Orang-outang, sive Homo sylvestris; ce qui a fait reporter par plusieurs auteurs sur Forang outan (Simia satyrus) tous les faits observes par Tyson sur le Chimpanze {Troglodytes niger). Daubenton, Hist . nat. de Buffon, t. XIV, p. 72 k 83, sous le nom de Jocko. — Stewart Traill , Observations of the Anatomy of the Orang Outang , dans les Memoirs of the Wernerian Natural History Society d'fidimbourg, t. Ill, 1821 , p. 1. C'est le chimpanze que l'auteur decrit sous le nom d 1 orang outang. / / / et memoires cites ci-apres.— Et Vrolik, dont l'excellent ouvrage, deja cite, ne saurait etre trop souvent consulte, non-seulement pour l'osteo- logie, mais aussi pour la myologie, la nevrologie et 1'angiologie du genre troglodyte. Pour le gorille gina : Owen, Osteological Contributions to the Natural History of the Chimpanzees, dans les Transact. ofZool. Soc, t. Ill, 1849, p. 381, et addition, t. IV ? 1853, p. 75. — Et Duvernoy, dans le me- moire tres etendu deja cite; memoire ou se trouvent decritsavec le plus grand soin, non-seulement le squelette, mais les muscles et quelques autres parties molles du gorille. Pour les orangs : Camper, De V orang outang, loc. cit., p. 5 a 196. Owen, lociscit. — G. Sandifort, loc. cit. Pour les gibbons : Daubenton, loc. cit., t, XIV, p. 96 a 108. G. Sandifort, loc. cit. J'ai cite ou citerai k part plusieurs memoires relatifs en particulier St Fencephale oua d'autresorganesd'un ou plusieurs decesanimaux. - - REGNE HUMA1K. 243 tiealement, soit obliquement , de l'epaule vers la main. Chez l'homme, cette disposition se retrouve au bras; mais l'inverse a lieu a l'avant-bras : ici, les poils remontent de la main vers le coude. Tyson a signale, fort ancienne- ment (I), cette meme exception chez le cnimpanze; onl'a retrouvee, non-seulement chez l'orang outan, mais chez les gibbons, et je l'ai constatee, tout recemment , chez le gorille, et de plus, chez quelques singes americains (2). 4 L'absence ou plutot l'etat rudimentaire de la queue est encore un caractere qui rapproche de l'homme tous les singes de la premiere tribu, et quelques autres avec eux. Tels sont, non-seulement le magot, toujours cite a leur suite ; mais aussi un autre genre de l'ancien monde, beaucoup plus eloigne de l'homme par ses rapports naturels , le cynopitheque. Chez ces derniers toutefois, compares aux singes de la premiere tribu, la termi- naison de la colonne vertebrale ne represente pas aussi exactement les conditions anatomiques de 1'organisation ■ humaine. lis ont bien plutot une queue ires courte, et seulement interieure, qu'un veritable coccyx. On a beaucoup parte, dans ces derniers temps, des Ghilanes ou Niams-Niams, ct du prolongement caudal par lcquel cette peuplade anthropophage se distinguerait des autres peuples noirs d'Afrique. Ces recits de voya- geursdont on n'a fait que rire jusqu'a ces derniers temps, ont etc trop souvent renouveles depuis quelques annees, (1) hoc. cit., p. 11. (2) J'ai dejk indique plus haut (p. 217) l'existence, chez plusieurs singes, de longs poils simulant la chevelure, la barbe, les favoris de rhomme. ' . i j n nh NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VII. pour qu'on puisse les traiter plus longtemps avec le meme dedain. Les observations qu'on a faites ne peut nier que quelques faits aient ete car on vus, se rappor- ms teraient-elles a des exemples, plus multiplies peut-etre sur quelques points, d'une anomalie organique dep longtemps connue, et facilement explicable par la con- formation primitive de 1'embryon humain ? Ou serait-il vrai qu'il existat, en Afrique, une peuplade tout entiere a vertebres coccygiennes assez developpees et s'ecartant assez de leur direction ordinaire pour devenir apparentes au dehors? Si cette derniere hypothese devait etre admise, elle etablirait un rapport de plus entre l'homme et quelques singes de la seconde tribu ; car la disposition qu'on a presentee comme caracteristique des Niams- Niams se retrouve parmi les cynocephales et parmi les macaques. L'un de ceux-ci, celui que j'ai decrit sous le nom de Macacus arcto'ides , fait le passage des singes a prolongement caudal aux singes sans queue (1). (1) Je reviendrai sur les Niams-Niams dans la troisieme partie de cet ouvrage, dans un chapitre special sur les differences des races huraaines. Ces differences , meme les particularity plus ou moins bizarres qu'on a signalees chez quelques peuples africains, se reduisent toutes, comme je le demontrerai (celles, du moins, qui doivent 6tre ad- mises), a de simples inegalites dans le developpement d'organes et de caracteres qui, au fond, sont communs a toutes les varietes du genre humain. Vue que j'aideveloppee a plusieurs reprises dans mes cours, et cette annee encore, dans une suite de lecons sur l'anthropologie faites a la Faculte des sciences, et dont on a publie des analyses dans plusieurs journaux. Celles de M. Charles Roux, dans la Science, sont les seules auxquelles je croie devoir renvoyer le lecteur, en atten- dant que je puisse developper les vues qu'il a resumees. ■ i / REGNE HUM A IN. 245 J XV. Par les caracteres dentaires, nous entrons dans la der- categorie des faits que nous avons a considerer : niere ceux qui rapprochent l'homme non-seulement d'im ou de quelques genres de singes, mais d'un grand nombre w ou de tous. On sait que les variations numeriques qu'on rencontre dans le systeme dentaire se ramenent toutes, pour la famille des singes, aux trois formules suivantes : Tribu 1. Simiens } Tribu II. Cynopitheciens j l(2l + C + 3m + 3M) 4(2l + C + 3m + 2M) 32D. Tribu IV. Hapaliens. 36D. 32D (1). ||| II suffit de jeter un coup d'oeil sur ces trois formules pour saisir aussitot ces trois faits : tous les singes, sans exception, ressemblent a l'homme par le nombre de leurs incisives et de leurs canines ; les trois premieres tribus, en outre, par le nombre de leurs machelieres, et les deux (1) Pour les zoologistes qui ne seraient pas encore familiarises avec les notations plus simples, et, arithmetiquement, plus correctes, dont j'ai introduit l'usage, je reproduis ici les trois memes formules comme on les ecrivait autrefois : 4 1 - inc. 4- 4 1 4 1 — Inc. -f. 4 ^ 1 1 4 - Inc. + ? 2—2 3-3 Can. -j. - — - F. mol. -J- Mol 2—2 3—3 3 3 3 3 Can. -}- ~ — - F - mo1 - H Mol. 3—3 3—3 3—3 o Can. + — F.mol. + T ~ 3—3 ~ 2 2 ■8 Moi / I f I I J 246 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VII. premieres, par celui de leurs fausses aussi bien que de leurs vraies molaires. En sorte que, dans les deux tribus superieures, c'est-a-dire chez tous les singes de I'ancien monde, la formule dentaire devient exactement et com- pletement identique avee celle de rhomme. La similitude de la forme et de la disposition s'ajoute le plus souvent a l'egalite numerique de deux ou de trois sortes de dents. Les incisives, qu'on a regardees avec raison comme particulierement caracteristiques, ont d'or- dinaire la forme et la disposition humaine. II n'y a guere a excepter, et encore l'exception ne porte-t-elle jamais sur tous les points a la fois, que les derniers cynopithe- ciens, chez lesquels les incisives superieures et poste- rieures , en raison de l'allongement considerable du mu- seau, sont obliques; les derniers cebiens, qui ont les incisives inferieures proclives, et non plus opposees, cou- ronne a couronne, aux superieures; et une partie des hapaliens, chez lesquels les incisives sont, selon l'expres- sion des zoologistes, en flUte. singes chez lesquels se retrouve la formule Tous les de Fhomme ressemblent depuis longtemps faite par Buffon et reproduce par tous les auteurs, par la forme et la disposition de leurs narines, simples, arrondies, infra-nasales. Caractercs par lesquels ces animaux se rapprochent de rhomme en meme temps qu'ils s'eloignent des singes americains, tous a narines us ou moins allongees et laterales. La forme caracteristique de l'oreille chez l'homme est ■ plus ou moins bien reproduce dans les trois premieres tribus des singes. Chez les hapaliens, la conque s'etend, • / I a ' REGNE HTJMA1N. ni i se deforme, devient membraneuse : plus semblable ce~ pendant, ici raeme, a celle de l'homme qu'a celle des animaux, sans excepter les autres lemurides. La situation anterieure des yeux est un caractere com- mun a l'homme et a tous les singes, et d'autant plus ■ remarquable que, partout ailleurs, ces organes sont ou obliques, ou lateraux. Chez tous les singes aussi, les yeux sont loges comme chez l'homme, dans des orbites eloses sur tout leur pour- tour ; la cloison orbito-temporale est complete ; et c'est assurement, entre l'homme et les singes, la similitude la plus caraeteristique qui ressorte de la comparaisou de * leurs squelettes. Chez les lemurides et chez les autres quadrumanes, la cloison n'existe deja plus qu'en avant, representee par son bord, et completant seulement autour de l'oeil une sorte d'encadrement anterieur, derriere i lequel l'orbite se confond avec la fosse temporale. Ici done encore, d'une part, l'homme et les singes; de l'autre, les lemurides et les mammiferes qui viennent a leur suite. XVI. Memes resultats, et d'autres plus remarquables encore, i si nous passons a l'encephale. Parmi les principaux carac- teres de celui de l'homme, on trouve reproduite chez tous les singes de l'ancien monde la forme ovalaire du cer- t veau (1); chez les memes singes et chez les cebiens, ■ (1) Le cerveau, ovalaire chez les singes del'ancien monde (premiere et deuxieme tribu), est elliptique chez ceux d'Amerique (troisieme et J 2^8 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VII. dire dans premieres tribus en lobes; et plus generalement deve loppement considerable de la partie posterieure du de meme que plus veau humain des precedents , ne fait defaut a aucun singe, mais ne se retrouve , apres les singes , chez aucun animal , nanes des trois dernieres sans excepter les quadrumanes families. p Deja, en effet, chez les makis eux-memes hemi pheres cerebraux, bien qu'encore tres e sont plus assez pour s'etendre jusqu developp ne devient, chez eux, posterieu hemispheres. Chez les sing chez eux seuls comme chez I'homme, il est inferieur. Et si, de I'homme a plu- , il existe, pour la disposition sieurs de ces animaux, relative du cerveau et du des differ marquees, elles sont, fait digne d en sens de qu ? pourrait prevoir. Jamais, dans grande famille des singes, ces caracteres humains ne sont effaces , affaiblis ; ils y sont quelquefois amplifies , exageres, par rapport a I'homme lui-meme. Chez les saimiris, ces singes a cerveau si pauvre en circonvolu- quatrieme tribu). C'esl un des resultats de recherches comparatives i sur Tencephale de Fhomme et celui des singes, qui me sont communes avec M. Auzias-Turenne; recherches encore inedites, quoiqu'elles remontent k plusieurs annees. Nous les avions deja etendues & un grand nombre de genres, lorsque nous avons du les suspendre pour (Fautres travaux plus importants : pour moi, la redaction de cet ou- vrage; et pour mon savant collaborateur, les experiences sur les ani- maux et les observations cliniques dont la decouverte de la syphili- sation a ete le resultat capital. I ^r^^^^ P.EGNS HUMA1N. 249 tions, maw si volumineux (1), les hemispheres n'attei- pa le bord posted du i ils le depassent de beaucoup : d'l de la longueur totale del'encephal Tellement classification etabl de particulier donnerait ce singulier ordre serial : au premier rang, les saimiris seuls, chez lesauels les hemi eres cerebraux s'etendent posterieurement au-dela ducervelet; au second, tous les autres singes, et, avec eux, l'homme, chez lesquels les hemispheres se terminent dessas • • \ au troisieme, un grand nombre de mam miferes, chez lesquels ils organe. Groupe apres leqi deca de ce meme ) par les mammiferes, ou ce ne sont plus seule- lobes cerebelleux, mais aussi les lobes olfactifs qui se degagent et viennent apparaitre a la face de renceohale : et enfi par multitude d de diverses classes, chez lesquels les lobes optiques font a leur i termediairement ce qu les lobes olfactifs en m (1) Voyez p. 222. i (2) Moins de \ au milieu ; plus de ~ iateralement. Voyez les mesures et les figures que j'ai donnees dans la Zoologie de La Venus. (3) Le engagement successif des deux lobes encephaliques a ete par- faitement mis enlumierepar M. Serres dans son Anatomie comparee du cerveau. Voyez, entre autres passages, le tome II, p. 552 etsuiv. Ce grand ouvrage est trop connude tous les zootomistes pour que j'aie besoin d'y renvoyer pour les caracteres encephaliques, moins impor- tants ou d'un ordre moins general, queje suis oblige de passer ici sous silence. ii. 16. ■ I k 11 L . 1 R n 250 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I CHAP. VII. Par ou, au terme de ce long parallele entre l'homme \ physique et les animaux qui lui ressemblent le plus, nous arrivons a cette consequence, deja indiquee par d'autres fails : Non-seulement, par un grand nombre de caracteres, tant interieurs qu'exterieurs , l'organisation humaine repetc, exactement ou avec de tres legeres variations, celle de la premiere famille des quadrumanes ; mais dans la serie commune ou, par ces caracteres, l'homme prend place avec un plus ou moins grand nombre d'animaux, il n'occupe pas toujours et partout le rang le plus eleve. Si -l'homme devait etre range parmi les animaux, il ne serait pas meme, a tous les points de vue, le premier d'entre eux ! XVII. f^ Les caracteres humains qui viennent d'etre enumeres, et il en serait de meme de tous ceux qui pourraient etre encore indiques, sont, comme on vient de le voir, de trois ordres : Les uns distinctifs, absolus et de valeur familiale (1) ; D'autres, distinctifs encore, mais seulement relatifs, et d'une valeur secondaire (2) ; Les autres communs a 1 homme et a une partie ou la totalite des singes (3). a (1) Sect vn, vm, ix etx. (2) Sect, xi, xn et xm. (3) Sect, xiv, xv etxvi. Apres ces caracteres viendraient ceux par lesquels l'homme res- f REGNE HUMAIN. 251 l'homme se place au-des touche Par les premiers, distance, des animai plus eleves d'entre eux. Par les derniers, il tendr confondre dans leurs rangs ; etant , sous plusieun seconds, aux de Pi des quadrumanes; pi f iges que ceux-ci des autre meme des singes de la pre tribu, des troglodytes, des gorilles, des orangs, que des autres animaux de la meme famille Si tels sont les faits , il taut bien qu'ils prennen dans la science, eux et leurs consequences leg L'homme n'est pas, comme le disent quelques f; de systemes, « la premiere espece de » ; grossiere erreur, meme au point de vue purement physique, puis qu'il existe des caracteres distinctifs, absolus et de valeu familiale. Mais, a part ceux-ci, l'homme ressemble ai singe; plus on l'etudie dans ses organes, plus ou recon nait que l'etre « fait al'image de Dieu » repete, oar se; physiques, ce hideux Simia quam similis turpissima bestia nobis! ('2) Similitude «humiliante pour l'homme », ont dit quelques semble, non pas seuleraent aux singes, mais a tousles quadrumanes, a tous les mammiferes, a tous les vertebres, et enfin a tons les ani- maux binaires. Mais l'examen de ces caracteres peut etre laisse en dehors de la question, si complexe deja, que nous avions ici a traiter. (1) Delametherie. Voyez p. 186, note 1. (2) Vers d'ENNius. Ou comme on Ta dit si souvent : Le singe est la caricature de rhomme. Ajoutons que le singe, ressemblant a rhomme par ses organes, lui ressemble aussi en grande partie par sesgestes. « Simics, et imprimis [ 1 ■ ' . fc 252 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. I, CHAP. VII. naturatistes (1 dire, beaueoup d pense ; et lis ont era devoir l'attenuer ou la taire, par respect pour la dignite humaine. Similitude que, mieux inspires, ils eussent mis en lumiere, dans le sentiment meme qui les portait a la tenir dans l'ombre. On avait craint de don- appui aux doctr materialistes : et e'est ici meme que la philosophic spiritualiste pouvait puiser un de ses arguments les plus victorieux, le plus decisif peut- etre de tous ceux qu'elle peut emprunter a l'Histoire natu- relle. Si « les organes sont communs entre les hommes et vies betes, dit Bossuet (2), ... il faudrait conclure neces- I » sairement que 1'intelligence n'est pas attachee aux or- » ganes, qu'elle depend d'un autre principe, et que Dieu, » sous les mimes apparences, a pu cacher divers tresors. » Ar t> dont la valour s'accroit festement mesure que les organes communs deviennent plus nom- breux et les apparences plus semblables. Si bien que plus organiques entre l'homme t en lumiere la diver site des 1 s en nous; et que l'argu- on decouvre de similitudes et les animaux, mieux on nn tresors que le Createur a mis en ment de Bossuet, deja d'une tres grande » anthropomorpha in quibus non modo miramur simillimam nobis » staturam, sed et mores simillimos» , dit Emmanuel Hoppius, dans une des theses soutenues sous la presidence deLiNNE, et composees, eomme chacun le sail, sous la direction de ce grand naturaliste. ■ Voyez Anthropomorpha, dans les Amcenitates academics , T edit., t. VI, p. 76. (1) Expressions de Buffon au sujet de la ressemblance generale de l'organisation humaine et de Torganisation animale. Voyez p. 40 , note 3. (2) De la connaissance de Dieu et de soi-meme, Chap. V, xn. II REGNE HUiMAlN. 253 le presente, comme il le fait, en termes generaux, tire line force nouvelle de son application aux animaux a appa- rences humaines (1). ...... Sur hauteurs ou nous guide le ferme genie d Bossuet, tout s'eclaire d'une luiniere nouvelle; et si quel- que chose nous semble ici au-dessous de la dignite bien comprise de la nature humaine , c'est precisement cette science etroite et timoree qui prelendait la sauvegarder, en reservant une partie de la verite. Si le corps de ■ l'homme n'est pas l'homme tout entier, pourquoi serait-il plus humiliant pour lui de ressembler aux animaux par la conformation de plusieurs de ses organes, que d'etre en partie forme de ces memes elements materiels qu'on retrouve jusque dans les pierres les plus grossieres? Qu'importe qu'il n'y ait, physiquement, entre l'homme etles quadrupedes, qu'une limite, si, ailleurs, il y a entre I (1) II y a lieu de s'etonner de l'oubli dans lequel les psychologies ont laisse cet argument, d'une si grande valeur, et sur lequel j'insis- tais deja, en 1829, dans Tarticle Singes du Diet, class, d'hist. nat.> t. XV, p. L\kl\. Parmi les naturalistes, il n'avait pas echappe a notre immortel ■ Buffon, qui, s'inspirant peut-etre de Bossuet, s'exprime ainsi, t.XIV, p. 30 : « L'ame, la pensee, la parole, ne dependent done pas de la forme » ou de Torganisation du corps : rien ne prouve mieux que c'est un » don particulier, et fait a l'homme seul, puisque l'orang-outang qui » ne parle ni ne pense, a neanmoins le corps, les membres, les sens, » le cerveau et la langue entierement semblables a rhomme ; puisqu'il » peut faire ou contrefaire tous les mouvements, toutes les actions » humaines, et que cependant il ne fait aucun acte de rhomme. » Si bien que ce n'est, dit Buffon en se resumant, page 41, « qu'un pur )> animal, portant k l'exterieur un masque de figure humaine. » ; 25/t NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. I, CHAP. VII. pour parler en naturaliste, qu sans forme, a un point de vue, qu'une famille, si, a un a il consti tue un regne tout entier? Et si ce regne, lequel les autres n'auraient sur la terre ni contemplateur, ni maitre (1), est le regne supreme de la nature? Par ou nous voyons que la demonstration de la simi- litude physique de l'homme avec l'animal nous amene elle-meme a la pensee de sa grandeur morale ; et la verite qu'on croyait sage de tenir dans 1'ombre, a eelle qu'on voulait mettre en lumiere . XVIII. Que l'homme soit, dans le plan general de la creation, separe par un intervalle immense des animaux, de ceux meme qui lui ressemblent par leur forme materielle (2), qui en doute? Pas plus les vrais naturalistes que les philo- sophes. Mais les premiers se sont demande s'il leur appartenait de mesurer cet intervalle, « rempli a 1'inte- » rieur par la pensee, et au dehors par la parole (3)? » Si le regne humain ne serait pas, comme le petit monde, comme le microcosme, une conception purement philo- (i) Sanctius his animal, mentisque capacius altw Deer at adhuc, et quod dominari in cwtera posset. f> rino semine fecit (Ovide, Metamorph., lib. I.) (2) Expressions de Buffon, t. XIV, p. 32. (3) Buffon, ibid. REGNE HUMAIN. 255 sophique sur laquelle notre science ne saurait avoir prise (1) ? Si, dans nos classifications, la place de l'homme ne doit pas etre exclusivement determinee par ses carac- teres organiques, c'est-a-dire, par ce que nous montrent en lui nos yeux, notre microscope et notre scalpel ? II etait inevitable que la science s'arretat devant ces doutes , tant qu'y dominaient les doctrines de l'ecole dite positive : puisqu'on ne voit rien dans l'homme qui ne soit d'un animal, il fallait bien qu'elle fit du genre humain le premier groupe du regne animal. Mais il devait aussi arri- verqueles naturalistes, sous 1'influence des ecoles philoso- phiques allemande et francaise, reprissent bientot la tra- dition d'Aristote et d' Albert le Grand (2) ; qu'on allat chercher, au dela des caracteres materiels et palpables de l'homme, une expression plus large, par la meme plus vraie, de sa double nature, de ses rapports mixtes avec le reste de la creation animee; et, puisque le genre humain occupe dans la nature une place privilegiee, qu'il la prit aussi dans la classification. Est-ce trop de dire, a ce point de vue, que Thomme s'eleve au-dessus des animaux, comme ceux-ci au-dessus des vegetaux? (1) Encore les naturalistes et les physiologistes de Tecole de Schelling ont-ils essaye de faire passer cette conception dans notre science. Voyez particulierement Walter, Physiologie des Menschen, Lands- hut, 1807, in-8, t. I, p. 11. On a dej& vu (p. Mix) que M. Carus a emis sur Thomme des vues qui se rattachent aussi a la doctrine du microcosme. Vues qu'on trouve en partie dans l&Zoologie, dejacitee, de Tiedemann, 1. 1, p. 102. A ces deux noms illustres, une multitude d'autres pourraient etre ajoutes. (2) Voyez Chap. II, sect, iv, p. 37. * / « * I 256 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. [ CHAP. VII. En d'autres termes, qu'il constitue a lui seul une des organique, un de ses grandes divisions de 1 'empire ? ceux qui regnes Je suis, et depuis longtemps deja (1), de pensent sur cette question comme Barbancois, comme M. Nees d'Esenbeek, et sur tout comme M. Serres qui l'a plus approfondie que personne. L'Histoire naturelle ne peut ici se separer de la philosophie, et, quand l'homme est un dans sa double nature, ne voir de lui que ses organes. Science etroite et terre a terre, si elle n'allait pas au dela ; science morte , et telle qu'on pourrait 1'etudier tout entiere dans un amphitheatre ou un musee; positive, il est vrai, mais dans le mauvais sens de ce mot, et, en vertu meme de son positivisme, sans logique aussi bien que sans dignite. Comment ce qui est vrai en philosophie, ne le serait-il pas en histoire naturelle ? Comment les memes rapports pourraient - ils ne pas avoir partout la meme mesure? Et que dire de cette methode naturelle au perfectionne- ment de laquelle les naturalistes ont consacre tout un siecle de travaux, si son dernier mot, dans son appli- cation a nous-memes, etait la necessite d'enregistrer, de compter, de peser jusqu'au moindre des caracteres qui nous rapprochent des animaux ; mais de passer, comme s'ils n'existaient pas, sur tous ceux qui nous en separent? La methode naturelle , cet ultimus fi de moins, selon > ' ideal (3 positive (1) Voyez p. klx, note 3. (2) Linne. Voyez t. 1, p. 79, note. (3) Cuvier, Reg. anim., 1. 1, Introduction, l re edit., p. 12 ; 2% p. 10 REGNE HUMA1N. 257 expression de la nature entiere et des et differences de chaque etre avec les autres (1) ; et elle aboutirait a cette consequence : L'homme est un animal de l'ordre des primates! Sa place, dans le systeme de la nature, est pres des troglodytes, de des de de tons les singes ! plus pres meme des dei ceux-ci, qu'ils ne le sont des autres animaux du dre! Plus pi nous demontr si Ton fait abstraction de l'intelligence humaine pour ne voir que les organes qui la servent (2); si Ton ne tient compte que des caracteres visibles et tangibles de l'homme, c'est jusque-la qu'il faut descendre, jusqu'a la famille humaine; seule expression scientifiquement admissible des rapports organiques de 1'homme avec les animaux, comme le regne humain Test de l'ensemble de ses ressem- blances et de ses differences caracteristiques. Mais, disent les auteurs, il est de regie de ne jamais dans des proprietes dont l'exer- (1) Cuvier, ibid. (2) « L'homme est une intelligence servie par des organes; les » brutes, au contraire, sont des organes mus par un instinct. » (Bonald, Du divorce, Discourspreliminaire. Voyez QEuvres, 3 e edit., t. V, p. 23.) Cette phrase, si souvent citee, n'appartient a Bonald que pour la redaction. La penseequ'elle exprime estbien plus ancienne.M. ledoc- teur Foissac en fait honneur, dans sa Meteorologie (Paris, 1854, in-8, t. 1, p. 9) a Frederic Hoffmann, et il transcrit un passage decet illustre medecin, ou on la retrouve, en effet, mais seulement indiquee. Ellel'a ete aussi par Stahl, que cite Bonald lui-meme. Mais on peut remonter bien plus haut : « Ipsum hominem eadein » natura non solum celeritate mentis ornavit, sed etiam sensus, » tanquam satellites, attribuit, ac nuntios », ditCiCERON, De legibus, lib. I; et lui-meme parait s'etre inspire ici de Platon. ii. 17 1 I; i 258 NOTIONS F03NDAMENTALES, L1V. I, CHAP VII » cice soil momentane. » On doit « lestirer de la con for - » mation. . . Pour que chaque etre puisse tou jours sc recon- »naitre, il faut qu 'il porte son caractere avec lui (!).» Argument que plusieurs ont jiige dccisif eontre le regne humaiii, et devant lequel d'autres onthesite. « L'homme, » dit lui-meme le prince Charles Bonaparte, d'une si grande autorite en taxonomie (2) , « pent etre considere eomme constituant a un point de vue une simple famille; a un autre, un regne tout entier»; mais les caracteres de ce regne ne seraient pas « en harmonic avec le reste du systeme». Objection a laquelle ne s'est pas arrete le prince Charles Bonaparte, mais que l'ecole positive a regardce comme insoluble, et qui est du moins tres , Des caracteres tires de la conformation de l'homme, il n'en est pas un seul, en effet, qui soit d'une valcur plus que lamiliale ; a moins qu'on ne veuille foire intervenir ici ceux, encore inconnus et destines meme a f etre toujours, qui doivent, seion Bossuet (S), « dependre de l'arrangement des parties delicates et imperceptibles » de nos organes. Nous n'avons heureusement nul besoin de recourir a cette liypothese ou plutot a cet!e conjecture philoso- le. Pour arriver a rharmonie dont M. Charles Bonaparte signale justement la neccssite logique, il suffit de nous separcr, encore une fois, do recole positive, do l'ecole de 1'observalion pure et du fait materiel, et de ra- ■ i meiier la definition generate du regne animal a ee qi i 'elle (1) Cuvma, Regne anim.. Introduction, l ,e edit, p. 7; 2% p. 8 (2) Voyez p. Zi3, note 3. (3) Loc. cit. \ REGXE HIMAIN. 259 doit etre ; de ed 8 Gc l'animal (1) ; font efforts fails pour lui d'autres caracteres, pour en rendre la definitio plus complete et plus positive, moins philosophique et moins que la rendi Ces carar^tfirft! e de la conformation de l'animal quand les autm deses facultes; ces caracteres, par la meme, d dre que les pi meme ni tels , par consequent qu ll y ait lieu, a aucun point de vue, de les pi suite de ces deux attributs de l'animalite : la faculte de sentir et eelle de se mouvoir autonomiquement. D'ou Ton voit que le progres etait ici manifestement dans le retour au passe ; dans le retour des vues de Cuvier et de 1'ecolc positive, a celles de Buffon, de Linne, de Ray, d'Albert Ic Grand, et avant tous, d'Aristote. Et par la est immediatement resolue la seule objection qu'on put ilever contre le regno humain. Com de la science, laissons aux divisk secondaires, aux subdivisions infe de la conformation que chaque etre do porter avec lui pour qu'on puisse toujours le recor c'est dans une region plus liaute que reside h vraie des grandes divisions de la nature, ou, comi disons aujourd'hui, des empires et des regnes. C facultes propr differ (i) Voyez le Chap. V, sect, i (2) Ibid. , note. i~+ I 260 NOTIONS FONDAMENTALES , L1V. I CHAP. VII. f- liellement du vegetal, et s'eleve jusqu'a constituer au- dessus de lui un regne distinct : e'est de meme par ses faculles, incomparablement plus hautes encore, par les facultes intellectuelles et morales ajoutees a la faculte de sentir et a la faculte de se mouvoir, que l'liomme se separc a son tour du regne animal, et constitue au-dessus de lui la division supreme de la nature, le regne humain. XIX. II y a done, parmi les etres vivants, trois grandes divisions, trois grandes classes, comme on disait autre- fois ; trois regnes dans V empire organique, comme nous disons aujourd'hui. Forme n aussi ancienne que la science d pt et qui vivra autant qu'elle. Ges trois regnes peuvent etre ainsi caracterises : Dans le premier, seulement les caracteres communs a tout etre organise et vivant. Dans le second , les memes caracteres generaux que dans le premier, plus la sensibilite et la motilite. Dans le troisieme, que compose l'liomme seul, les memes caracteres generaux que dans le second ; plus Intelligence . Dans le premier, la vie est toute vegetative. (1) On la trouve notamment dans le Compendium de H. Barbarus, liv. V, en des termes dont nous ne saurions, apres plus de trois siecles ecoules, surpasser la nettete et la precision philosophique. J'aicite ci-clessus (p. 8) les deux phrases les plus remarquables du passage, public en 1553, auquel je renvoie ici le lecteur. ' ■ I J REGNE HUMA1N. 261 S Dans le second , a la vie vegetative s'ajoute la vie animate. * Dans le troisieme, a la vie vegetative et a la vie ani- mate, s'ajoute encore la vie morale. Et pour resumer en termes encore plus concis, non- seulement ce long Chapitre, mais tout ce qui precede : La plante vit; l'animal vit et sent; l'homine vit 9 sent ■ et pense . La vie est simple dans le premier regne, double dans le second, triple dans le troisieme. Vegetalite, animalite, humanite : trois termes qui, a ce point de vue, se succedent dans un ordre hierar- chique, manifestement aussi simple que logique. Serie on non-seulement aucun terme ne saurait etre transpose, mais dans laquelle aucun terme non plus ne semble i pouvoir etre ajoutc. Nous ne saurions rien concevoir, dans l'empire organique, en deca de la plante : quel etre organise pourrions-nous imaginer au dela de l'liommc? II peut y avoir, it y a des degres dans le developpement des facultes vitales, sensitives, intellectuelles ; il n'y a pas de milieu entre vivre et ne pas vivre, sentir et ne pas sentir, penser el ne pas penser. ■ . dit. comme conclusion de ce qui precede : fly a, dans l'empire organique, trois regnes, et non deux seulement; nous sommes presque en droit d'ajouter : 11 devait y en avoir trois, ni plus ni moins. k i * I > v/\/ V. \/\/v/v/v LIVRE DEUXIEME. DE L'ESPECE CHEZ ETRES ORGANISES. des questions dont la difficulte est extreme, mais >n possible : telles sont eelles que nous venons de Men plus difficiles encore, eelles que nous devons rande partie in solubles ; aborder pas seulement pour nous et pour si voisine encore de son point de depart : mais pour tous, * pour nos successeurs jusque dans les temps les plus re- cules. Involute, Veritas in alto latet! La solution complete neseraitici rien moins que l'histoire de la creation, celle de l'apparition et du developpement de la vie a la surface du globe : mysterieuse et divine histoire dont la premiere page au moins ne sera jamais lue par des yeux humains. de ment reserve si loin qu'elle ;i haut qu'elle doive s'eleve profondement qu'elle peneti pourra dans tous les temp redire Deum omniscium . , . ; legi aliquot ejus vestigia per creata rerum (1). (i) Lotse, preambule du Systema naturce, dans ]es dornierrs editions. ■ I ** 264 NOTIONS FONDAMENTAI.ES, LIV. II estiges t\u creaieurdans son rciu de si effacees qu'elles soient, de son plan supreme, peuv nous conduire aux plus hautes veritcs biologiques qu'il n soitdonnede connaitre, et entre toutes, a la solution la plus grande question de l'Histoire naturell Les etres organises se sont-ils perpetuus se perpetuer de siecle en siecle, avec leurs caracteres orij nels ? Sommes-nous encore au soir du sicoieme jour (1 Ou bien, sous l'iniluence de causes plus ou moins ap preciables, les etres organises se sont-ils modifies depui: leur origine? Uceuvre des six jours s'est-elle poursuivie se poursuit-elle encore a travers les ages ? En d'autres termes, Yespece est-elle o modelee type absolu dependant, variable? k-> passager? Est-elle ft, Question par excellence fondamentale, et dont tion affirmative ou negative etend necessairement sequences sur la zoologie et la botaniaue tout e thropologie, et au dela de d philosophic biolo de l'autre, sur les appl pratiq de l'histoire diver tees, si la nature vivante est ou si elle n'est pas sus- ceptible de changement , c'est-a-dire de degenerescence et de progres. A la queslion fondamentale de la fixite ou de la varia- (1) Vesperediessextus. Genese, I, 31. (2)Voy,t. I, p.xxij. QUESTION DE L ESPECE. 265 bilite de l'espece, se rattacbent, comme autant d logiquement inseparables de celle-ci, plusieurs secondaries, la plupart tres imporlantes encore heure tres difficiles Telles sont entre autres les suivantes, si souvent disc et dont plusieurs consider depuis longtemp ?es par les defmitivement resolues ; mais toujours discutees, et toujours resoiues en l'absence de quelques-unes des notions necessaires a leur solution : Qu'est-ce qu'une variete? Et qu'est-ce qu'une race? Ces subdivisions de l'espece sont-elles les seules qu'on doive admettre? Quelles relations, quel degre de similitude peut-on constater entre les produits des eroisements d'etres d'es- pece oli de race differente, et les parents qui ont donne naissance a ces produits? Dans quels cas, si toutefois ils peuvent etre determines, les produits sont-ils etablis stir un type constant et mixte? Et dans lesquels sont-ils variables! Les bybrides, les mulets sont-ils infeconds? Ou, sans etre absolument infeconds, ne sont-ils doues que d'une o •) fecondite limitee a quelques generations! S'il existe des hvbrides feconds, ces m peuvent-ils devenir les souches de suites indefinies d'in- dividus semblables a eux? Parmi les collections ou suites d'individus que nous nornmons especes, en est-il auxquelles on puisse assi- gnor une telle origine avec certitude ou avec une grande vraisemblance? II i \ I i ' 266 NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. II. Nous essay erons de traiter toutes ces questions selon , lumieres de la science actuelle ; de la science telle que us la concevons, et telle que nous en avons expose, ns nos Prolegomenes , la methode a la fois experimentale En dehors de doubles moyens d'action, en dehors de l'alliance intime du rai- sonnement avec 1 'observation et 1'cxperience, mil succes n'est ici possible, si le succes, en science, est la substitu- tion de faits demontres et de consequences rigoureuse- ment deduites aux hypotheses tour a tour proposees, et parmi lesquelles celles de Yecole dite positive, si long- temps acceptees en histoire naturelle, n'etaient ni les moins conjecturales ni les moins erronees. * i- \. * \y\y vwv v. \y\y \s\/\s\/\s\s\j\s\j\/\/ \j\/\/\/'>J\/\,>\/\/\/\S CHAPITRE PREMIER- NOTIONS GENERALES SUR LA FILIATION DES ETRES ORGANISES ET SUR LA QUESTION DE l'eSPECE. Sommaiue. — I. Succession des individus et permanence des types. Existence individuelle et existence collective. — II. Connaissance du type par l'individu, de r existence collective par . T.etude de r existence individuelle. — III. Caractere de la notion de l'espece. — IV. Bases sur lesquelles cette notion doit etre logiquement fondee. Point de depart et point d'arrivee. Direction ordinairement suivie, et direction qui doitl'etre. I. 4 L'observation ne nous montre pas seulement dans la nature des individus, des etres organises qui naissent, vivent et meurent apres avoir occupe, durant quelques instants, quelques points de Fespace : elle nous fait aper- eevoir leur filiation, leur succession indefmie a la surface du globe. Dans l'ordre de la creation, la vie ne s'eteint pas cbez un etre, sans qu'il en ait rallume dans sa poste- rite le flambeau toujours nouveau; sans qu'il ait transmis a d'autres qui les transmettront a leur tour, l'existence et toutes les facultes dont il jouissait ; sans qu'il se soit re- produit ; expression aussi juste que significative de cette renaissance, de cette revivification continuelle de l'indi- vidu qui subsiste pour ainsi dire, en d'autres lui-mdme, alors que ses debris materiels sont depuis longtemps dis- I . 268 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV II, CHAP. I. perses et perdus. Succession ininterrompue de pbeno- menes qui toujours se renouvellent ettoujours se repetent; d'etres represents de siecle en siecle par des descendants ressemblent, commeils avaientrepresente semblables aussi, dont perpetuel de la nature tiraient g retour mobilite meme qui realise, par des details, la fixite de l'ensemble; par rinstabilite des formes individuelles, la permanence du type qui les resume toutes. L'individu vieillit, il passe typ bsi la nature demeure dans « eternelle jeunesse (4) »; « toujours toute neuve », en effet, commele ditBuffon (2); « autantaujourd'hui qu'elle l'etait il y a trois mille ans » , et autant dans trois mille ans qu'elle Test aujourd'hui. Ghaque etre organise peut done etre considere a un dou- ble point de vue; en lui-meme, et en ce qu'il represente; comme individu, et comme un des termes d'une suite in- definie d'etres semblables issusles uns des autres ; dans la matiere qui le compose et les formes qu'elle a temporai- rement revetues en lui, et dans cet ensemble permanent de caracteres, dans ce type dont il est bien moins le pos- sesseur que le sin parfo pie depositaire viager ; dans sa court imitee a quelques annees ou quelque dques jours ou meme quelques heu (1)E. Geoffroy Saint-Hilaire, De Vetat deVHistoirenaturelle chez les Egyptiens avant Herodote , Seance generate des Academies de I'Inslitut, in-4 , 1828, p. 33. {tyHistoirenaturelle, t. II, p. 42G; 1749. «Tant qu'il subsistera des individus, dit Blffon, 1'espece sera tou- jours toute neuve. » FILIATION DES ETRES ORGANISES 269 • res (1), et dans cette autre existence collective perpetuee a travers lessiecles, dont celle-ci n'est qu'une des innom- brables phases. Ces deux existences, individuelle et collective, presente et successive, pour se confondre dans le meme etre, n'en restent pas moins tres distinctes au point de vue de la science. L'une n'est, dans l'ensemble de la creation, ■ local et momentane, un imperceptible detail, presque aussitot effacee que produite. L'autrc ent appele la un des fails fait des elements de o ale de la nature ou clu de revolution organique monde ; plan div v II. De ces deux existences, dont Tune est comprise dans 1 'autre comme l'instant dans la cluree, comme le point dans la ligne, laquelle est du domaine de la science? Toutes deux, mais a des litres differents. G'est cette secondc t existence collective et successive qui est a proprement parler 1'objet des sciences biologiques; mais elles sont condamnees a ne s'occuper directement que de la pre- miere. La connaissance de l'une et de ses phenomenes seculaires est le but ; 1 'etude de l'autre et de ses humbles et mobiles details n'est quele moyen, mais le moyen in- dispensable, leseul auquel nous puissions recourir; tene- ment que la biologie tout entiere pourrait etre definie la r (1) Voy. plus haut, p. 92 L 270 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. 11, CHAP. 1. science du type par l'individu, de la vie collective et suc- cessive par la vie individuelle et presente. Nous voyons celle-ci partout en dehors de nous, nous la sentons en nous-memes ; nous ne concevons 1' autre que par un effort de notre esprit : nous ne saurions en acquerir la notion abstraite qu'en la degageant del'observation, si complex f J deja, de la vie de ehacun de nous et de chacun des qui nous entourent. La pourrait passer individ qulndividu, s'y attache done comme a la representation actuelle de tous les etres semblables a lui, qui Font precede ou qui le suivront ; comme a un exemplaire vivant d'un des types de l'espece organique; comme a l'image, instant visible, d'une des formes permanentes de la un Chaine infmie de causes et d'effets de fois qu'elle a d chacun d'eux. petant donne C'est en ce sens que Buffon, dans un admirable pas- sage (1) ou quelques-uns n'ont su voir qu'une vaine an- tithese, a pu dire tres justement que les individus « ne » sont rien dans l'univers, » et presque aj outer qu'ils y Rien en effet dans existence isolee et locale, en quelque nombre qu'ils soient; mais tout , comme « collections ou suites d'individus semblables », issus les uns des autres; car, dans cha- (1) Be la nature, seconde vne, dans YHist. nat., t. XIII, p. j ; 1765. (2) Ce que Buffon avait deja dit, plus formellement, et a plu- sieurs reprises, dans YHistoire naturelle : « II n'existe reellement dans la nature que des individus. » Discours FILIATION DES ETRES ORGANISES. 271 cunede ces suites, dit notre grand naturaliste, nous aper cevons un tout « independant du nombre, independant » du temps; un tout compte pour un dans les ouvrages de t » la creation », une de ces « unites » qui, toutes ensemble, ■ « composent et represented la nature vivante (1 » D'ouilsuit que la determination, le denombrement de ■ ces unites, c'est la science tout entiere dans ses premieres lignes ; et nous n'avons rien exagere, lorsque nous avons dit : La question par excellence fondamentale , c'est la question de l'espece; et de sa solution depend, directe- ment ou indirectement, celle de tous les autres grands problcmes de l'histoire naturelle organique. 111. . Ces « collections d'individus » que nous appelons especes, deviennent, une fois formees, les elements com- plexesdeces collections plus etendues, que nous appelons sur la maniere cTetudier et de traiter I'Histoire naturelle, 1. 1, p. 38 ; 1769. ■ « La nature... ne eontient que des individus. » T. IV, p. 384; 1753. » Dans la nature, il n'existe que des individus et des suites d'indi- » vidus, c'est-a-dire des especes. » T. XI, p. 369; 175/i, * On lit dans le Dictionnaire des termes d'usage en botanique, par J. -J. Rousseau, article Aphrodite: « Est-ce qu'a proprement parler, » il n'existerait point d'especes dans la nature, mais seulement des * n individus? » Est-ce une simple rencontre avec Buffo n ? (1) T. XIII, loc. tit. « La nature, dit aussi Buffon, ibid., p. viij, meconnait le nombre » darisles individus, et neles voit que comme des images successives » d'une meme empreinte, des ombres fugitives dont l'espece est le » corps. » i h*v .■ 272 to NOTIONS FON DAM ENTA I.ES , it auxquelles succedent c L1V. II, CHAP I. par generaux, les 1 les ordres et toutes les divisions superieures : ( cessivement superposes de l'edifice scientifiqu sue- Fous ces groupes peuvent sembler, au premier aspect differer que par leur degre de generalite ; en d'autre tnes, et comme disent les loeiciens. en ce au'ils de viennent de moms en moins comprehensifs et de plus en plus etendus. Compris dans le meme cadre, subordonnes selon les memes lois, comment ne pas leur attribuer aussi le meme caractere? Aussi voyons-nous que tous, depuis les premieres agregations d'individus iusqu'aux regnes et emp naturels : la methode qui les coordonne, est aussi appelee et Ton s'est cru r \ dans leur ensembl ysteme, non des naluralistes seulement, maisde meme Tous ces groupes dits naturels le sont-ils en effetPOui, repondra-t-on peut-etre , si tous sont etablis selon les regies de la methode naturelle. Mais la question est loin d'etre aussi simple, et avant de la resoudre par l'afiirmative,il se presente une distinction qui, pour nous echapper trop sou vent dans la pratique, n'en est pas moins tres neeessaire en theorie. Si ces groupes sont tous naturels, ils ne le sont pas, a part leurs degres differents de generalite, de la meme maniere, au meme titre, dans le meme sens. Les uns, collections d'in- dividus vivant ensemble ou de meme sang, sont vraiment naturels, dans l'acception propre de ce mot, c'est-a-dire existant dans la nature, immediatement donnes par elle a FILIATION DES ETRES ORGANISES. *273 la science qui n'a ici rien a creer : il luisuffit de constater ce qui est, de l'exprimer, de ne pas le denaturer. Telle est la race, telle est l'espece ; naturce opus, comme l'appelle Linne (1). Et c'est pourquoi on n'a jamais dit et pourquoi on ne dira jamai s espece naturelle ; des idees qu'expriment ces deux mots, la seconde est neces- rement comprise dans la premiere. Les groupes superieurs, au contraire, sont des collec- tions d'individus que n'unit aucun lien vraiment naturel: ici, ni vie commune, ni communaute reconnue d'origine. Mais, entre ces individus, notre esprit saisit des simili- tudes, des affmites plus ou moins intimes : liens abstraits par lesquels il les rattache les uns aux autres, forme, par la meme, apres l'espece, d'autres groupes plus etendus, donne, dans nos methodes n ont que Linne (2 Natw qu et artis opus, dit de ceux-ci pourrait-on dire aussi, et encore pi ■ (l)Aphor. 162 des Fundamenta botanica, Amsterdam, in-12 ; 1736, p. 19, et de la Philosophia botanica, Stockholm, in-8 ; 1751, p. 101. Cette phrase celebre Naturce opus semper est species, attribute par tous les auteurs a Linne, est en realite un emprunt fait aux scolas- tiques. Voy. Albert le Grand, Physicorum lib. I, tract. I, cap. vi. « Ex his patet, dit l'auteur, qualiter intelligi debet dictum Averrois, » scilicet quod opus naturce est species. » La pensee qui est exprimee ici est d'ailleurs loin d'etre identique avec celle que Linne a depuis rendue par les memes mots : species n'avait pas pour les scolastiques la signification toute particuliere que ce mot a dans le passage de Linne. Voy. ci-apres les Chap, v et vi. (2) hoc. cit. —On sait que Linne expose et discute specialement, dans la Philosophia botanica, les bases de sa classification artificielle des vegetaux ; mais ce qu'il dit de celle-ci est en grande partie appli- cable a toutes les classifications naturelles soit botaniques, soit zoologiques. il , 18 ^\ i27/i NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. 1. opus secundum en effet, de 1'art, mais d'un art d'autant plus parfait qu'il se modelc mieux sur la nature, et dont la perfection serait de se confondre avec elle. Et si ces groupes sont natu- rels, c'est seulement en ce sens qu'ils sont ou que nous les jugeons conformes a l'ordre de la nature. Meme mot, mais, eomme on le voit, autre sens ; et peut-etre, pour un autre sens, eut-il mieux valu un autre mot. C'est done la nature elle-meme qui cree ce que nous appelons dans nos classifications, les divisions inferieures ; et les superieures sont ensuite notre ouvrage, necessai- rement imparfait, comme tout ce qui sort de la main ou de la pensee de l'homme. La race, l'espece, c'est encore, pourrait-on dire •> faits de la vie de la nature. Un genre, c'est deia, sur celle-ci, une theorie. Et la notion de l'espece nous apparait encore ici ce qu'elle est a tant de points de vue, la notion fondamen- tale. Elle est la base ; en elle sont les fondements ; tout le reste est le corps de l'edifice. Comme les premieres assises d'une construction materielle, elle pourrait a la rigueur exister seule; rien ne saurait exi«ter sans elle. IV. Plus une question est importante, et plus il est neces- saire qu'elle soit bien posee, et qu'on s'avance vers sa solution pas a pas, et sans hesitation, sans retard, mais aussi sans precipitation, selon toutes les regies de la me- thode. Franchir, sans s'y arreter, toutes les difficultes FILIATION DES ETRES ORGANISES. 275 qu'on rencontre, n'est pas lemoyen de s'cnrendre maitre : parfois meme, il devient presque impossible de revenir apres coup sur celles qu'on a laissees derriere soi, et pour ne pas les avoir attaquees tout d'abord, on est condamne a ne jamais en triompher. Nous n'en sommes pas tout a fait la pour la notion de l'espece ; mais il ne s'en faut pas de beaucoup ; et dans ce cercle vicieux ou la science tourne depuis si longtemps, on a peine a retrouver sa voie entre les immenses diffi- cult^ inherentes a la question, et celles dont Font compli- quee les vaines hypotheses des auteurs ; de ceux meme qui partout ailleurs recommandent la severe, parfois meme la trop severe et trop etroite application de la methode. Ici comme partout, et plus que partout peut-etre, puisque nulle part les difficultes ne sont plus graves et les perils plus grands, la logique voulait qu'on procedat « des fails » soigneusement observes, a leurs consequences rigou- » reusement deduites (1) » et de plus en plus generalisees, jusqu'a ce qu'on atteignitles verites supremes, si elles nous sont accessibles, ou qu'on s'en rapprochatle plus possible, si elles ne le sontpas. Elle voulait qu'on s'avancat ainsi, len- tement peut-etre, mais surement, lente ut tute, du simple au compose, du particulier au general, et surtout, du connu a l'inconnu, comme on monte de 1'echelon sur lequel on a solidement pose lepied, a celui qui vient au-dessus, et qui sera a son tour le chemin de ceux qui le suivent. G'est la ce qu'il fallait faire : est-ce ce qu'on a fait? Dans la question de l'espece, ou est le connu I (1) Voyez la premiere partie de cet ouvrage, Liv. II, des Prole gomenes, Chap. I, n at HI; 1. 1, p. 569, 281 et 337. P < i> I 376 NOTIONS FONDAMENTALES ? L1V. II, CHAP. I. Comme partout en histoire naturelle, dans ce que nous voyons et pouvons observer : dans les fails ; en nous- memes et dans tout ce qui nous entoure ; dans les tires actuels. Et ou est Yinconnu? Dans ce qui echappe a notre observation : dans ce qui est au dela des faits ; dans ces consequences que nous ne pouvons faire sortir de ceux-ci, et les unes des autres, que par autant d 'efforts successifs de notre esprit : dans les genera- tions qui ne sont plus, et dont nous ne pouvons plus juger que par leurs descendants; comme on juge d'une cause par ses effets eloignes; dans ces tores anciens que nous ne connaissons et ne pouvons connaitre, saul' de rares exceptions, qu'abstractivement, et par une sorte d'induction retrospective dont la lumiere va necessaire- ment en s'affaiblissant avec la distance. Tellement que si nous savons, dans generations & de sens de ee mot, pour les )tre, les autres se perdent pour dans le lointain des temps anciens: nous imaginons, plutot que conditions d'ex mosphere antiq sur le sol et au sein de Fat- par is $ et pour aller encore au pensee jusqu'aux premiers dela pour s de leur type race, jusqu faudi premiers apres { au secours de 1' induction, faire la pure conjecture, et non plus < tnplaires de chaque appele Fhypothese ceder a toutes deux lure, mais deviner. Quel est done, logiquement, le point de dep L'etre actuel, et d'abord Yindividu, seul tre etude directe. ? accessible Et quels sont les points successifs d'arrivee? -• " FILIATION DES ETRES ORGANISES. 277 Du particulier au general, la familk (l)ou la premiere agregation, celle des individus immediatement lies par la generation; puis ces collections d'individus et de families que nous appelons varietes et races; puis, apres elles seulement, la reunion de toutes ces collections par- espece; et ici graduellement et tou- jours du connu a l'inconnu, l'espece telle que nous l'ob- servons actuellement, puis telle que nous la concevons dans des temps de plus en plus anciens, et enfin, a son ine meme : dernier point d'arrivee qui malheureuse- ment n'est et sera jamais qu'un point idealement trace dans l'espace et dans le temp On remonte bien, de pi proche, aux sources d'un fleuve, et les plus cachees ne le seront pas toujours ; mais comment, remon- ter, contre le cours des ages, jusqu'aux sources de la vie? Les naturalistes, et particulierement ceux de Yecole dite positive, ont trop a de la question, c'etait la resoudre. lis ont fait, du moins •iquement, de ce point ideal d'arrivee etde notions qui domineraient toutela je pouvait s'elever jusque-la, celles par en point de d i doit lesquelles elle creation, des non predetern etres actuels : des causes aux lis ont procede primitif presuppose monde disaient mais, en realite, d'hypotheses sur les causes a d'autres hypo- tbeses sur les effets ; d'hypotheses qui se perdent dans les nuages de la metaphysique, et qu'a ce seul titre, nous aurions deja le droit de rejeter de la science, a d'autres ■ (1) La vraie famille, et non la famille des naturalistes, voy. le Chap. it. f lit* 278 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. I. ? qui ne rentrent dans son domaine que pour s'y heurter aussitot contre les faits, et ajouter leurs debris a ceux de tant d'autres systemes, moins specieux peut-etre, mais non plus errones. pas positive et ses chefs illustres eux-memes i ements qu'ils ont si souven portes contre l'ecole Iranscendantale mande (1) ? En pretendant asseoir la biologie, dans une de ses theories fondamentales, sur des bases metaphysiques en « se precipitant, des le debut, hors des iences academiques, dans des difficultes ; theo!ogiqu< bornes des f dont la discussion appartient a des sciences s » rieures (2 \ upe- pas fait, eux aussi, bon marche faits et de l'observation o defendus pas reduit celle-c s principes si cha humble role de cet «empirisme», invoque apres coup par Sehelling comme confirmation a posteriori de / • . r qui, a la rigueur, pour accessoire? Ne se sont passer de pas eux aussi « du centre a la circonference (3) » ? Marche excellente sans doute, mais a la condition d'etre possible ; a la condition que le centre soit connu ? (1) Sur les doctrines deCuvier etdel'e'co/e dite positive, de Sehelling et de Vecole transcendantale allemande, de Geoffroy Saint-Hilaire et de l'ecole philosophique francaise, voy. 1. 1 , Prolegomenes , Liv. I, Chap. ii. (2) Expressions de Winslow, dans un de ses celebres memoires Sur * les monstres, dans les Memoires de I'Academie des Sciences pour 1742, p. 106. (3) Expressions de Schelling ; voy, le Chapitre deja cite, p. 309. FILIATION DES ETRES ORGANISES. Ce que les chefs de l'ecole positive ont si sou justement reproche a l'ecole de Videalisme tra tal, on eut done eteen droit de leleur opposer memes ; de leur dire : Yous placez 1; 279 qui n'est pas •> difiez sur ce qu doit porter et soutenir ; vous lui donnez pour fondement qui doit faite ; vous la basez physique, et sur une metaphysique de baser philosophic, la philoso phie premiere, ou plutot, derniere (1) terme ; car elle est le aboutissent tous les efforts de l'esprit humain, lUman t en elle et ne reliant toutes les branches de notre savoir que si elle est nee de toutes selon la hierar- chie logique de nos connaissances (2). Heureusement, en rejetant, pour observer les lois ne- cessaires de cette hierarchie, les exemples donnes ici par Yecole positive, nous ne sommes pas condamnes a accepter pour regies ses preceptes habituels : ceux-ci plus que pru- dents, timores, si ceux-la sont plus que hardis, temeraires. Nousn'essayeronspas de placer une pyramide irnaginaire sur son sommet inconnu ; mais de poser au moins quel- ques assises sur une base exactement determinee. Nous ne pretendrons pas nous elancer de plein saut, ou sur les d'une hypothese, jusqu'aux dei pas graduellement, jusqu'ou il sera possible d'aller aujour- d'hui, en attendant que d'autres aillent plus haut demain. Nous' ne commencerons pas par supposer 1'existenee (l)\oyezT. I, p. '-W- . „, r (2) Ibid., p. 238 et suiv., et pour la verifieation histonque, p. 2Z,G. ^^^m 280 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. I. « depuis 1'origine des choses (1) >, dcs memes « formes » que nous apercevons aujourd'hui a la surface du globe- mais nous remonterons des formes actuelles a ce qui les aprecedees, etaussiloin que l'induction pourranous gui- der ; la meme ou die ne nous eclairera plus que des pales de ses derniei ■s ayons; mais non pi y Nous ne proclamerons pas, en principe de de la qu autant nous compto d'especes, et autant l'eternel auteur du monde a produit d'etres de denombremei pies d'etres primitifs bien qu denom brer les autres, et pour ainsi dire contempler la ™_ Nous ne demanderons pas a 1'infini qui nous enveloppe out aussi nous ecbappe, plication du fini que nous voyons et touchons, celle de de part, mais qui par des efcres au milieu desq qui mais, au contraire, a ce pouvons entrevoir de I'oeuvre premiere d quelq quelq pent effaces qu'ils soient, pour faire de histoire naturelle Tauxiliaire de la philosoph dans la verite's. de leurs plus sublimes (1) Expressions de Cuvier, Regne animal, Introduction (2) Aphorisme linneen(voy. le Chap, vi, sect. n). Get aphorisme a ete souvent reproduit comme unesortc d'axiome; c'est-a-dire comme une de ces propositions primordiales, comme un de ces prineipes qtf on emploie, sans les demontrer eux-memes, pour la demonstration des autres propositions. V/\/\/\/V* 'N/VV */W \/V \/\/W\. VVWVWV'A V WV\/\/ CHAPITRE II ) NOTIONS SUR LES COLLECTIONS D 1NDIYIDUS QUE LA NATURE PRESENTE DIRECTEMENT A L 'OBSERVATION LA COMPAGNIE OU FAMILLE, LA SOCIETE, L'AGREGAT ET LA COMMUNAUTE. Sommaire. — I. Petits ensembles dans l'ensemble de la nature. — II. Definitions. III. La compagnie on famille. Elle est, dans les especes oti elle existe, Funite fondamen- tale. — IV. La societe. Elle peut exister avec ou sans la compagnie. — V. Vagregat. La communaute. Degres divers de l'union et de la communaute. Individualite collec- tive.— VI. Necessile de tenir compte en taxonomie deces diverses collections d'individus. I Entre ces individus qui « ne sontrien, »ditBuffon (1), et ces especes qui sont tout, la nature ne nous laisse par- fois apercevoir aucun intermediaire, soit qu'elle s'eleve, en effet, sans transition des uns aux autres, soit, plus vrai- semblablement, que les transitions nous echappent. Mais le plus souvent, le contraire a lieu : entre l'individu et 1'espece, nous pouvons distinguer, et d'autant mieux que nos observations deviennent plus precises, des de termediaires, c'est-a-dire des collections partielles dont le nombre, la valeur, les relations varient selon les regnes, et dans chaque regne, selon les groupes que Ton consi- partielles constituent, par rappo (1)Vov. p. 270. y. I ■ I , 282 NOTIONS FOND AMENT ALES, L1V. II, CHAP. II. l'individu, de'petits ensembles dans l'ensemble total de l'espece, et par rapport a celle-ci, des subdivisions, des fractions de ce meme ensemble ; unites de divers ordres, se comprenant tour a tour les unes les autres, et toutes E comprises dans I'unite principale. Pour saisir les rapports et renchainement de ces collections partielles d' individus , de ces fractions d'especes, il est necessaire, sinon de s'attacher a toutes les nuances par lesquelles procede la nature, du moins de tenir * compte, plus exactement qu'on ne le fait d'ordinaire, des combinaisons principals qu'elle realise dans les divers groupes de l'empireorganique. Se pourrait-il qu'il suffit toujours el partout de reunir directement, comme le font encore la plupart des zoologistes, les individus en races, et les races en especes? ou meme, de poser, entre l'espece et l'individu , un ou deux termes de plus , la varie'le hereditaire et la sous -race, si mal definie par ceux qui l'ont admise ? Ne peut-il y avoir au-dessus de la race des reunions de races, des races plus generates, qui ne pas, a pas encore l'espece? Et surtout, n'y dessous de de la variete, des groupes encore plus circonscrits d'individus, des parties de parties qui, pourtant, ne sont pas encore la derniere • . r unite ? ii. II n'est pas besoin d'etre naturaliste pour savoir que de s groupes existent : car il en est deux au moins que ■ ■ GROUPES NATURELS D 283 • /• / toutle monde connait, et telles sontla famille et la societe naturelles. La famille, ce mot etant pris dans son special ; la vraie famille, la famille de la m sens le plus fi des classificateurs, est prem reunion d'individus, celle qui assure directement la per petuite de l'espece. On l'appelle ordinairement compagnie quand il s'agit des animaux (1). Apres la famille, vient la societe, qui est la reunion ai second degre, et pour ainsi dire, une famille de families; 1 reunion d'un grand nombre d'individus, associes pour le commune ou en raison d'inexpli besoins de la defense cables instincts. La societe, c'est dans la langue vul- gaire, et selon les especes et les circonstances, le trou- peau, la troupe, la bande, et dans celle de la venerie, la harde. Parmi les insectes, on designe sous les noms de ruches et d'essaims, de gu&piers, de fourmilieres , de ter- mitieres, tantotles societes elles-memes desabeilles, des guepes, des fourmis, des termites, et tantot leurs domi» ciles communs, leurs cites, aussi peuplees parfois que nos grandes villes (2) . On ne saurait confondre ni avec la famille ou la compa- r (1) La compagnie, terme de venerie qui est devenu d'un usage ge- neral. Nous nous en servironsde preference au mot famille, non-seu- lement parce que ce dernier s'applique surtout a 1'homme, et parce qu'il est pris tour a tour dans des sens tres differents {familia, cogna- tio, gens) ; mais parce qu'il est aujourd'hui, en Histoire naturelle, pour tous les naturalistes, et par un accord commun sur lequel il n'y a plus a revenir, le nom d'un des groupes superieurs des classifications zoologiques et botaniques. (2) La societe est appelee socialite par Laurent, Recherches sur ' 284 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. II. animaux superieurs, deux 5 parmi 1 d'individ dont les exemples abondent parmi les animaux infer ct dans le regne vegetal. Uagrdgat et la communaute, s qui sont presque par eux-memes des definitions, se < posent d'un plus ou moins grand nombre d'etres ench duction ou par plus par les besoins de la repro porellement, par des adher me par une union profonde ('. superficielles ou adherences ne s'etablissent que par par by rand nombr il y a simple agregat d'un plus ou moins j d'individus qui, pour etre lies les uns aux autres, n'en pas moins chacun d'une complete indep presque la phy siologique . La simple contiguite. Si, au contraire, elle s'etend aux parties vives de l'etre, il existe entre les divers individus, non plus seulement agrtges, mais reunis en communaute, des connexions ' f I'hydre et Veponge (dans le Voyage autour du monde sur la Bonite, Zoophytologie, p. xxiv et suiv.; 18M). Je n'ai pas cm devoir admettre ce neologisme, destine a mettre mieux en harmonie, par runiformite des desinences, les mots indivi- dualite et socialite. Les mots compagnie et societe pourront etre rendus dans la no- menclature latine paries mots dont ils sont derives, ou plutot dont ils sont les formes franchises : compago et societas. (1) Les mots agregat et communaute ont en latin leurs equivalents dans les mots agregatio et communitas. Le premier de ces mots ne parait pas avoir en cours chez les anciens ; mais il est tres usite dans la latinite moderne. GROUPES NATUKELS D 1NDIV1DUS. 285 physiologiques, d'autant plus multipliees et plus intimes que l'timon anatomique est plus profonde et plus complexe. Une communaute est done bien plus qu'une societe. Les etres qui la composent, ne sont pas seulement solidaires eomme les divers membres d'une meme societe, mais comme les diverges parties d'un meme organisme, presque comme les divers membres d'un meme individu ; tellement que la communaute tout entiere est, dans la nature, comme un individu complexe, sou vent meme fort difficile a distin- guer de l'individu ordinaire, de«l'individu simple oupro- prement dit (1) ». Que de doutes et quels longs debats dans le xvin c siecle, sur les polypes, et sur la reunion des polypes ou le polypier; dans le notre, sur l'individu vegetal, et sur Yarbre; et aujourd'hui encore, sur l'indi- vidu spongiaire, et sur Yeponge, la plus intime et la plus indislincte, la moins individualist et la plus une de toutes les communautes connues! C'est a l'ethologie, par consequent a la quatrieme partie decet ouvrage (2), qu'appartient l'etude des rela- tions des etres organises dans la famille et la societe, dans Yagregat et la communaute. Nous ne devancerons ici cette etude, d'un si grand interet lorsque nous y pe- netrerons profondement , que par quelques remarques propres a completer les definitions qui precedent, et a eclai- rer sur divers points, la solution de la grande question que nous avons seule a trailer en ce moment. La compa- gnie, la societe, Yagregat, la communaute, ne doivent (l) Expressions souvent employees par les auteurs. ('2) Voyez le Programme de VHistoire naturelle generate des regnes urganiques, t. I, p. xx. * J ' I 286 NOTIONS FONDAMENTALES 1 LIV. II, CHAP. II. etre, en ce moment, pour nous, que des collections d dividus et des fractions d'espeee ; premiers echelons lesquels rielle d'i raduellement de l'observation a la regne tout entier. Ce de plation abstraite d r etude est loin d'e le plus interessant pour la science ; mais encore faut-il qu'elle ne le laisse pas completement dans l'ombre, comme elle l'a fait jusqu'a present. III. < Lacompa^m'eelle-meme, c'est-a-dire te famille, la vraie famille, a si peu fixe l'attention des naturalistes, qu'ils ne lui ont jamais donne place parmi leurs innombrables divi- sions et subdivisions : ils n'ont pas meme fait une pierre de l'edifice, de ce qui devait en etre la premiere assise. On pretendait etablir le systeme naturel, et 1 'on passait, sans s'y arreter, surla famille 1 Son nom meme, comme s'ildemeu- rait sans emploi utile dans la science, etait transporte a un de la classification: et elle en est des degres superieurs hui si completement depossed pu la designer qu'a l'aide d'un emprunt a la langue de la venerie, mieux faite ici que la nomenclature zoologique. La famille ou la compagnie est pourtant a la fois, le point de depart des deux ordres de travaux aue travaux que pour plus grand nombre des naturalistes determination des especes et leur classification. Une espece, si Ton etude porter quelq pas representee ueur dans son par le male, la * COMPAGNIE. 287 par les deux sexes et par iges ; par le pere, la mere et les enfants. Pour l'espece anique, l'unite fondamentale, c'est done la famille ou la compagnie qui ne se resout que subsidiaire- ment, et en derniere analyse, en individus, comme, dans l'espece organique, la molecule integrante en atomes. Ce qui, sans nul doute, laisse subsister pour les naturalistes la faculte d'etablir les caracteristiques particulieres des especes d'apres ce qu'ils appellent Yetat par fait; faculte dont ils ont tant use et abuse ; mais ce qui ne saurait leur permettre de fonder, comme ils le font si souvent aussi, la definition generate de l'espece sur la notion de l'individu, a l'exclusion de celle de la famille. 11 est, dans la pratique, des simplifications utiles ou meme indispensables, *et des lors permises ; mais ce que n'admet pas la science, ce qu'elle ne saurait admettre sous peine de n'etre plus elle* qu'il soit fait, en theorie, une conce depens de l'exactitude et de la rig necessaires a Histoire naturelle bien pr qu 'a toutes ses sceurs ainees point ici de a science est exacte, ou elle n'est pas. La compagnie ou famille, unite fondamentale, mott- cule integrante de l'espece, eonstitue en meme temps au point de vue taxonomique , un groupe naturel d'in dividus, et le premier des groupes "\ naturel s; car il se compose des individus qu'unissent les rapports les plus prochains, les affmites les plus intirnes. Apres lescarac- teres communs de classe, d'ordre, de famille, de genre, (1) Voy. le Livre II des Prolegomenes, et> particulierement , le Chap, m, p. ^37 etsuiv. ■■» 288 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. 11, CHAP. 11 divers d'espeee, de race, de tous ces groupes « d'e rapproches d'apres leurs degres de similitude (1), » il y a encore entre les parents et les enfants, entre les freres* et soeurs, des nuances communes par lesquelles ils se res- semblent plus qu'ils ne ressemblent aux autres individus de la meme race ou sous-race : caracteres et vrai et similitudes de ce mot), apres tous de famille (dans le les autres caracteres et par lesquels l'affinite touche a l'identite. Le itudes pren degre de l'union est done aussi le premier de l'affinite pagnie est, a l'origine de la classificatio donn opus 2 espece a bierfmeilleurtitre encore, puisqu diate de la nature, et d'elle seule, sans melange d'ai de ces interpretations conjecturales, par lesquelles substituons si souvent au plan divin nos idees hums et a I'eternelle verite, nos erreurs passageres. IV, •, compagnie, y La societe qui vient apr nt de si pres qu'il devi( des groupes qu'on est presque egalement fonde separ [•er comme de grandes compagnies ou comme de petites societes. La compagnie et la societe n'en restent pas moins, en (1) Expressions de Cuvier. Regne animal, Introduction (surlesme- thodes de 1'Histoire naturelle) ; l rc edit., p. 11 ; 2' edit., p. 10. (2) Voy. p. 273. M^^^ !l SOCIETES. 289 general, tres distinctes peu sairement liee a l'autre, qu'il est des especes soc bien qu'etrangeres a la vie de famille ou de eompa d'autres familiales, bien que ne for ces plus etendues auxquelles on donne en propi le nom de societes. De ees deux termes, compa societe, 1'un plique don II est d'ailleurs maniieste qu'il ne l'exclut pas non plus. G'est dans les classes superieures qu'on rencontre la fois la societe et la compagnie, et le plus souvent, societe comme derive, comme extension de la compagni Quand le couple ou la mere, quelquefois le pere, a ele les enfants, quand les jeunes touchent a l'age adulte Font atteint, le lien qui les unissait tous se brise le pi compa mais souvent aussi il subsiste famil de piemen t social. Les parents et les fils plus comme pere, mere et enfant ili s snt encore, ils se recherchent aident, seseeourent aubesoir des d nouvelles duelle de la societe qui finit par comprendre, selon les especes , des diz des des milliers d'individus. Les mammiferes fr s herb presentent pai des exemples tres remarquables de ces societes, assimi- lables sous tous les points de vue a de grandes families, selon le sens le plus general de ce mot dans l'application faison 1 / • 1) La famille, (lit le Dictionnaire de VAcademie franQaise, c 1 ast I. ID 290 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. If, CHAP. II. Dans ces societes ou grandes families d'origine etablit necessairement et la freq alliances consanguines entretient et resserre, entre tons des individus, des m ul ti pi parente, d la consequence est, entre tous aussi, une similitude tres presque identite du type pai vient done ce ; par mi plus pr ppelle Yair de fi pe, se fut-elle enricbie de quelques membr adoptifs, de par des nuances qui lui sont propres dans l'espece disi b J font app • . / une unite dis- intermediaire entre elle et la compagnie. C premier degre de l'affinite comme de l'lmioi second rellement determine. Cette double association, successive ou meme simul- tanee, par compagnies, et par reunions plus etendues, par societes, est 1'etat habituel d'un grand nombre de mam- miferes et d'oiseaux; mais elle ne se presente plus que rarement parmi les animaux qui viennent ensuite, et jamais parmi les especes inferieures. Chez celles-ci, des societes, mais plus t de compagnies. Et non-seulement il n'y en a plus, mais il ne saurait y en avoir; car la com- pagnie, qui est la famille peut ppose ce qui manque toujours et neces- plus eloignes de la « plus particolierement le perc, la mere el les enfanis » ; mais ce sont aussi « toutes les personnes d'un meme sang, comme enfants, freres, » neveux, etc. >. > l S0C1ETES 291 recherche et l'amour d'un sexe par l'autre, 1'union con- jugate sinon viagere, du moins prolongee, au lieu de la rencontre d'un instant et de la promiscuite; puis, apres la reproduction, les soins paternelsou maternels, la nour- Section, 1'education des ieunes; par conse- pr moms des interets affectueux d'un ordre eleve, et plus ou assimilables aux sentiments sur lesquels se fonde famille chez Fhomme pas plus rare dans les les gs inferieurs de 1'animalite que P elevees. Dans les oupes s les classes nemes ou la fecondation , femelle, delaissee par le male apr delaisse a son tour sa progeniture apres la mise bas la ponte ; bien plus, quand il n'y a plus de sexualite. quand le parent est plutot le theatre de reproduction de son espece, l'instinct social pent ( constituer des reunions plus ou moins nombreuse qu'il entraine les uns vers les autres des individus par leur origine, soit qu'il empeche de se separ qu'il retienne dans le meme cercle de vie et d'action, ceux qui ont ete produits par la meme parturition. Les reunions d'individus d'origmes diverses offrent peu d'interet au point de vue de la question de 1 'espece, et il suffit de les mentionner ici. Les unes sont permanentes ; d'autres, et precisement les plus remarquables au point de vue ethologique, sont temporaires et souvent meme de tres courte duree ; simples alliances contractees en vue d'un but determine, par exemple, pour une defense ou attaq tain \ * ,■ Q I - ; < • I I 292 ch NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. II. but est atteint, le concert cesse, l'alliance serompt revient a habitudes, reprenant, selon les especes, la vie solitaire, par couples ou compa petit r* f Ces temporaires, sou vent fort nombi sont comparables a des armees ou a des caravanes ; mais d'autres, plus homogenes, composees d'individus unispar des liens plus intimes etplus durables, seraient bien plutot assimilables a des colonies ou a des cites, parfois aussi a des tribus ou a des hordes nomades. Ces dernieres sont telles qu'on pent les considerer, aussi bien que les compagnies et les societes derivees de celles-ci, comme des groupes vraiment naturels dans 1'un et l'autre sens de ce mot. * C'est ainsi que, dans les classes inferieures du regno animal ou il n'y a plus a proprement parler de families, on trouve encore, et tres souvent, des reunions, parfois meme en nombre immense, d'individus de meme sang : societes composees, comme de veritables compagnies, de tres proches parents; le plus souvent, de freres et meme de jumeaux, mais de freres qui ne le sont que par l'ori- gine et ne vivent qu'en allies, en associes. De telles reunions ne communes lephes, et en general chez pas rares chez les poissons, le mollusques, les aca- animaux ou la meme femelle, dans diatement sue ponte ou dans des pontes imn depose, soit sur le sol, soit, b des us souvent, dans les eaux, des centaines, des milliers, , ou encore, donne directement riades d'o3uf and nombre dejeunes. Dans la plup SOCIETES. 293 ■ des especes, lesjeunes se dispersent bientot apres la par- turition ou l'eclosion ; mais, dans d'autres, le contraire a lieu : les freres continuent a vivre comme ils se sont developpes, comme ils sont nes, les uns pres des autres. Chaque ponte devient ainsi le berceau d'unc societe, en meme temps que chaque ceuf d'un individu : societe fra- ternelle, comme on pourrait 1'appeler, qui serait la famille famille intime, s'il suffisaitp de la communaute d d forme, un mode de l'union et de I'affmite l'espece, degre; par pour reprc des elements de /• \ des unites de premier ordre dont pose 1 'unite principale soeietes fraternelles s'i tour plus complexes, etil est meme de ciations complexes < dit autrefois, pre ft ce qui a lieu lorsque des car femelles, par le depot simultane et le melange de li ceufs, ont a 1'avance confondu leurs progenitures. I un second degre d'union, mais non plus d'affinite; chacune de ees associations mixtes, pour etre beaucoup plus permanente que les reunions plus ou moins passa- geres des especes voyageuses, n'est, en realite, ni plus naturellement constituee, ni plus homogene; souvent meme simple agglomeration plutot que veritable societe ; non plus,, par consequent, une fraction exactement determinee de l'espece, une des unites dans lesquelles elle se decompose , mais une partie sans rapport defini a vecl' ensemble. I 1 294 NOTIONS KONUAMENTALES, LiV. li, CHAP. II. J V. compagnie et ia societe proprement dite deux modes principaux dissociation entre les animaux taires et libres, Yaqreqat et la communaute sont les deux animaux formes de l'union chez les etres organises, vegetaux, qui adherent au sol ou entre eux. Union mate- rielle dans Fun etdansl'autre; mais settlement exterieure, simple jonction dans l'agregat ; interieure en meme temps qu'exterieure, fusion dans la communaute. Les agregats, comme les societes, sont de plusieurs ordres . Les uns sont des groupes tres divers d'origine, et sans homogeneite ; ils peuvent meme comprendre des individus de differents : groupes fortuitement formes ■ )us n'avons pas a nous arreter. i agregats, par la meme plus dignes d' au point de vue ou nous d des collections d'individus ons ici nous placer, sont non- seulement de meme espece, mais de meme origine, et par consequent, a part les anomalies, de types presque identiques. Ges agregats sont comme autant de societes fraternelles , ou seulement les freres, les semblables, sont corporelle- ment enchaines entre eux au lieu de l'etre seulement par leurs instincts. Autre forme de 1'imion et de 1'affinite au 4 premier degre, dont les exemples, aussi bien que ceux des agregations heterogenes, abondent parmi les animaux a a coquille ou test, c'est-a-dire chez les cirripedes, chez les annelides, et surtout chez les mollusques. AGREGATS ET COMMUNAUTES . 295 La eommunaute tient de 1'agregat en ce (ju'eile se com- pose aussi d'etres adher mais iei, de superfi devcnue profondc 'etend des oreanes aux fonctions toujours des reunions primitives secondaires et adventives. Les outre, sont presque et congenitales, et non individus qui les composent, sont, en general, et sauf de rares exceptions, nes sur place les uns des autres ; ils adherent a leurs parents et a leurs i'reres, non parce qiuls sont venus se conioindre et s'associer avec eux, par ne ep d'un tronc common, et non entes ou greffes faites apres coup ; et tous, par suite, tres semblables enlrc eux ; de meme type comme de meme sang ou de meme seve. L'affinite est done encore ici tres intime t comme dans famille, et pi que l'identite ; et chaque communaute animate ou vegetate est la collection des individus les plus semblables ; par con- sequent, chez les etres ou elle se prcsente a l'observa- tion, le premier des groupes dont se compose l'espece. Mais ce premier groupe a un caractcre qui lui est propre, et qui le separe, plus encore, qui 1'eloigne des autres groupes d'individus. Comme ceux-ci, la commu- naute a son absti e'est une reunion d'individus, et souvent en nombre ; et pourtant elle peut, elle doit e e comme un seul individu, comm compose. Et elle est telle, non pas un etre un. une abstraction us ou moins rationnclle; elle Test en realite, materiellement, pour nos sens aussi bicn que pour 9 i II I i 290 ) NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. II pr etre organise, de parties continues et reeiproquement dependa fragments d'un meme ensemble, bien one cl elle-meme un ensemble pi moins nettement cir- conscrit; toutes membres d'un meme corps, quoique chacune constitue un corps organise, un petit tout. Si bien d exis- distincte; par consequent individuelle individualite soit, selon une definition /• \ qu'un etre a une existence distincte de des 1 » (1) Voy. page 86. L'individu], individuum (meme mot en latin qvi'atome , aro^ov en grec), serait, selon le sens originel dece mot, ce quine pent etre divise. Les scolastiques, en adoptant cette definition, ajoutaient que Findi- vidualite suppose sept unites, ou plutot Funite a sept points de vue qu'ils resumaient dans ce vers mnemonique: Forma, figura, locus, stirps, nomen, patria, tempns. Mais, pris dans son acception originelle, le mot individu ne serait applicable, en Histoire naturelle, qu'a Thomme et aux animaux plus ou moins centralises. C'est ce que les naturalistes ont depuis longtemps oompris, et, de quelques termes qu'ils se servent, tous adoptent, au fond, la definition de Tindividualite telle que la donnent les metaphy- siciens modernes. Cette definition nous suffit ici ; mais nous aurons a revenir sur elle, ^t sur les difficultes qu'elle rencontre souvent, lorsque, dans la troi- sieme partie de cet ouvrage, nous exposerons et discuterons les vues ingenieuses de M. Moquin-Tandon sur les zoonites. * Voyez, en attendant, outre les ouvrages du celebre botaniste et zoo- logiste que je viens de citer : Lamarck, Histoire naturelle des animaux sans vertebras, t. VII, p. 53; 1815. — Steinheil, De I 'individualite consider ee dans le regne vegetal, dans les Memoir es de la Societed' 'His- toire naturelle de Strasbourg, t. II, p. 1; 1836.— Laurent, loc. cit., p. xiv et suiv. — Henri Martin (deRennesj, 1'hilosophie spiritualiste de la nature, t. I, p. 168, et t. II, p. 172; 1849. / COMMUNAUTES. 297 Toute communaute reunit ainsi en elle deux deux vies, deux individualites, pour ainsi dire superpo- sees l'une a Fautre; ou mieux, deux modes d'existence, deux genres, deux degres d'individualite : la vie propre et la vie commune; rindividualite proprement dite et l'individualite collective qui est la resultante de toutes les individualites proprement dites. Et la definition que nous avons donnee de la communaute peut , en derniere ana- se, se resumer en ces termes : un individu compose d'individus; ou encore : des individus dans un individu. Comme la famille, la societe et l'agregat, la commu- peut diver fusion , et, par suite, la solidarite physiologique des individus reunis, peuvent etre limitees a quelques points et a quelques actions vitales, ou s'etendre presque a la tota- lite des organes et des fonctions. Tous les degres inter- mediaires peuvent aussi se presenter ; et Ton passe par nuances insensibles, d'etres organises cbez lesquels les vies associees restent encore presque entierement inde- pendant et les individualites distinctes d'autres ou les vies sont de plus en plus dependant apres ceux-ci, a d vies se confondent individualites propr dites disp plu ou pletement dans l'indiv un groupe de mollusques composes, dans un polypier, on constate facilement l'individualite de chacun des mol- des polvpes et pi manifestement sur rindividualite collective : dans l'arbre, l'nnpi p.t. 1'flntrp sp halnnpp.nt. on memft cellft-ci commence II r J 298 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. II. aprevaloir : elle l'emporte dans l'eponge a ce point ( l'individualite proprement dite n'existe plus, a vrai di que theoriquement : si notre esprit l'y apercoit enco nos yeux peuvent a peine l'entrevoir dans quelques ra deia difficile de nombrer les individus d produites spongiaire echappc ire de ceux qui composent une non-seulement a tout calcul, mais a toute evaluation : il est litteralement indefini. ■ La communaute ne s'observe normalement que parmi les vegetaux, regne ou la vie unitaire n'existe guere que par exception, et chez les animaux des embranchements infe- rieurs. Pour en trouver des exemples dans les rangssupe- rieurs del'animalite et chez 1'homme, il faut lesdemander eduit ici presqu deux indiv de individus j o v.. dans la plupart des cas, ne peuvent del r (1) Lesseuls monstres doubles qui soient viables sont, comme je l'ai montre, les moins composes et les plus composes detous; en d'autres termes, ceux qui se rapprochent le plus, d'unepart, de X unite, de 1'au- tre, de la dualite. Une seule vie est possible, deux vies associees peuvent aussi durer ; comment concevoir une vie et demie ? De la, la viabilite des monstres les moins et les plus composes. Chez les autres, l'orga- nisation est trop complexe pour une seule vie, pas assez pour deux. L'union de trois individus, ou la monstruosite triple, est tellement rare, que je n'ai pu en citer, dans mon Histoire generale des anoma- lies, que deux exemples parfaitement authentiques chez 1'homme (t. Ill, p. 343). On n'en connait guere plus parmi les animaux superieurs Quant a l'union de plus de trois individus, elle est absolument sans exemple chez 1'homme, et l'on n'en cite parmi les animaux que des cas pour le moins tres douteux. I J GROUPES NATURELS DINDIVIDUS. 299 VI. G'est, comme on le voit, un des caracteres de la com- munaute, comme de la societe et de ces autres collections d'individus que nous apercevons toutes formees dans la nature, de ne se rencontrer que dans quelques-unes des divisions de l'empire organique, et non dans toutes, comme la variete et la race. Et il en est ainsi neces- sairement, puisque la famille, la societe, l'agregat, la communaute resultent, chez les etres ou on les observe, de conditions speciales d'organisation et d'un mode parti- culier de vivre, en un mot de circonstances propres a ces etres. Les differences de race, de sous-race, de variete, tiennent, au contraire, a Taction, diversement ressentie, irenerales, soit de / • permanentes, soit accidentelles especes done peuvent leurs d par groupes naturels diver un grand nombre, au-dessous de la race et de la variete, il n'y a plus que l'individu. Et par la meme, les races et varietes sont des elements constants et normaux de la classification : la consideration des divers groupes que d venir en que d pour ainsi dire accidentelle, et par consequent dans daire . Mais, au moins, faut-il la placer a cerang, et ne pas i I fc { h ! r ■ 300 NOTIONS EONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. II effaeer entiercment d com me on le fait generalement. Si les races, sous-races et varietes sont principals fractions de agregats et surtout les compa que des fractions de f , si les societes, les et les eommunautes s, encore faut-il en on veut obtenir des tenir compte ou elles existent, si l'on veut rapports des etres une expression aussi approchec qu permet 1'etat de la science. Ghaque compagnie, cha eommunaute est la reunion, faite par la nature elle-mei d'etres qui se ressemblent plus entre eux qu'ils ne i semblent aux autres individus de meme type specifiqi chacune d pond done premier de affinite; cequ'on pourrait appeler l'affinite premiere immediate pourrait la le comprendrions pas dehors de la methode !e-ci doit etre l'expression graduee des affinites, de degres, et si son ideal, qui serait celui de la sci -meme (1), est un arrangement dans lequel les < qui se ressemblent le plus seraient les plus voisins, distances etant partout proportionnelles aux diversites (1) Voy. Cuvier, Regne animal, loc. cit. ! r w\/V ^\/\-r\/\/\y%/v\/v\/v\/\/\/^/\/ ~ W V v V \/ W \/ CHAPITRE HI. " v PREMIERES NOTIONS SUR LES VARIETES. SOMMAIRE. I. Remarques preliminaires. — II. Notion generate du type. III. Notion generate de la yariete. Diversite des definitions proposees par les auteurs. — IV. Definitions donnant au mot variete line signification tres etendue. — V. Autres definitions lui don- nant un sens plus ou moins restreint. Sous-variites , variations, varietes proprement elites, races et sous-espices. — VT. Premiere distinction de la nuance, de la variete, de la race, de la monstruosite. VII. Nuances et varietes. VIII, Varietes et • t f monstruosites. I. 11 n'a peut-etre jamais existe dans la nature deux etres parfaitement semblables l'un a 1'autre. Ou un premier examen pourrait nous faire eroire a une similitude com- plete, a l'identite, une recherche plus attentive nous fait presque toujours decouvrir des differences ; et la meme ou nous ne parvenons pas a en apercevoir, il y a encore lieu de penser qu'il en existe, mais de trop subtiles et de trop secretes pour etre devoilees par nos moyens actuels d'investigation. « II n'y a pas deux feuilles qui se res- » semblent, » dit-on souvent,- et ce vieux dicton populaire est de ceux que peut avouer la sagesse des nations. N'y aurait-il done partout que des differences, et au milieu de ces varietes ne pourrions-nous saisir le type dont toutes derivent ? sorte de point fixe et de centre commun i I \ I I 302 NOTIONS FONDAMENTALES, LIY. II, CHAP. III. autour duquel elles sont comme autant de deviations en sens divers et d'oscillations presque infiniment variees; autour duquel la nature semble se jouer, comme disaient autrefois les anatomistes, et comme on dit encore dans les langues germaniques (1). ■Dans n 7 presque toutes les branches du savoir humain, le diversites ne sauraient etre bien con^ues, si elles ne sont rapportees a une unite prealablement determinee. Comme en logique, la regie vient avant Fexeeption, de meme, en Histoire naturelle, la notion du type est presupposee par qui n'en est qu'une deviation plus ou celle de la variete ■> moins prononcee. Avec une idee vague oufausse de Fun, on ne saurait se faire qu'une idee vague ou fausse de Fautre, etj'aurais a m'etonnerde voir partout nettement formulee la notion de la variete, et nulle part celle du type (2 si cette omission ne s'expliquait suffisamment par la direction donnee jusqu'a ces derniers temps a FHis- toire naturelle ; par la preference si longtemps accordee aux faits differentiels sur ces notions de similitude et ■ d'unite qui ne peuvent se faire jour en nous que par un effort souvent difficile de generalisation et d' abstrac- tion (3 (1) Variete, en allemand, Natwspiel, jeu de la nature, et surtout Spielart, mot dans lequel entre aussi l'idee de jeu. Dans les ouvrages ecrits en latin les varietes etaient et sont souvent encore appelees lusus naturae. (2) Ce mot ne figure dans aucun des nombreux dictionnaires d'Histoire naturelle publics depuis un demi-siecle. (3) Voyez dans le livre II des Prolegomenes de cet ouvrage, le chapitre intitule : Des trois eooles principales en Histoire naturelle, et de lews vues sur la methode (t. I er , p. 281 a 336). NOTION GENERALE DU TYPE. 303 II. il 3 type d'une espece ne se montre jamais a nos ye apparait qu'a notre esprit. Ce n'est pas, en effet ce ne saurait etre une unite materietlement realisee dans tels individus, quoique tels individus puissent en etre pour nous les representants ; c'est le modele sur lequel tous sont formes, et dont ils s'approehent, les tins plus, les autres moins ; leur « image abstraite ct generale : » expressions dont se sert Goethe (1) en parlant du type qu'il ose assimiler a l'animalite tout entiere, et qui ne sont que plus justes dans leur application plus restreinte au typed'un groupe quelconque d'animaux ou de vegetaux, et particulierement d'une espece. La science ne saurait guere plus s'elever a la connais- sance complete et absolue du type d'une espece qu'a celle de Yimage generale de l'animalite tout entiere : le Crea- teur seul possede 1'intelligence parfaite de chacun des details aussi bien que de l'ensemble de son oeuvre. Mais nous pouvons, par Tobservation et la comparaison d'un grand nombre d'etres etablis sur un meme type, aperce- voir et saisir les traits principaux de ce type, plus ou moins fidelement reproduit dans tous, comme un ori- ginal Test dans toutes ses copies. Chaque similitude constatee entre les individus compares, ou meme entre la plupart d'enlre eux, nous donne manifestement un ■ (1) OEuvres d'histoire naturelle de Goethe, traduites parM. Mar- tins. In-8, 1857, p. 69. i : M I, i I I I 1 304 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. III. des traits du type commun : car ces individus ne se repetent et ne semblent modeles les uns sur les autres que parce qu'ils sont modeles surle meme type. Pour de- terminer celui-ci et pour le construire point par point, comme disent les geometres, il suffit done de degager des details accessoires et aceidentels, de rassembler, de coor- donner tous ces traits de similitude qui sont, chez les individus de meme espece, autant d'empreintes plus ou moins bien eonservees du dessin commun. Quand le naturaliste determine ainsi le type d'une espece, il fait, mais avec la superiorite de la science sur 1'empirisme vulgaire, ce que fait chacun de nous clans tous les cas analogues. Qu'il mette en presence ou visuel- lement, ouparle souvenir, plusieurs hommes, plusieurs animaux, plusieurs vegetaux de meme type : il lui suffira de saisir les traits les plus apparents deleur ressemblance pour avoir par la meme, du type, une premiere et vague idee, qu'avec plus d'attention il pourra bientot rendre moins imparfaite. Qu'a l'observateur vulgaire se substitue maintenant un naturaliste instruit et exerce a l'observa- tion : d'autres traits de similitude, d'une similitude plus cachee et quelquefois, par la meme, plus essentielle, lui apparaitront, et d'autant mieux et plus completement qu'il poursuivra plus loin et plus habilement son examen com- paratif. Par la meme, il approchera de plus en plus de la connaissance du vrai type, et fmira par en obtenir une notion qui, bien que purement empirique et incomplete, pourra satisfaire a tous les besoins de la science. A ce point de vue, Yensemble des traits communs, s'il n'est pas le type, en est du moins pour le naturaliste la % NOTION GENERALE DTJ TYPE. 305 representation plus on moins fidele, et peut etre pris pour lui dans la pratique (1). La notion ainsi concue du type est independante de toutes les hypotheses qu'on peut former sur la fixile ou la variabilite de l'espece. Puisqu'elle n'est que l'expres- sion generalisee de rapports constates par l'observation, toutes doivent egalement 1' accepter, sauf a l'interpreter et a la completer chacune selon ses donnees propres. Dans l'hypothese de la fixite, l'observation des etres actuels donnerait les types, non pas seulement actuels, mais perpetuels. Le present n'etant que le passe immobi- lise, l'ceuvre toujours inaltereedes six jours, ces types ne seraientrien moins que les types originels, les prototypes. ^1 Dans l'hypothese de la variabilite, au contraire, le types n'etant plus perpetuels, et les types originels nous etant inconnus, il n'y a plus pour la science que des types tres anciens, d'autres moins anciens, d'autres actuels; ceux-ci derives des precedents, comme ils pour- raient etre eux-memes des transitions a d'autres encore a venir. D'ou deux ordres de questions a resoudre. Les unes, relativement elementaires : determiner par e ; i . (1) Ce qui precede est vrai de tout modele ou type organique , et Goethe exprime bien, dans le passage deja cite, que cette meme marche peut seule conduire, mais a travers des difficultes d'un ordre superieur, a la cormaissance du modele general de ranimalite, ou, comme il Fappelle par excellence, du type. « Par Fobservation, dit » l'auteur, nous apprendrons a connaitre quelles sorit les parties » communes a tous les animaux et les differences qu'elles presentent; » puis nous les coordonnerons et nous en deduirons une image » abstraite et generale. » (Goethe, loc. cit., p. 68 et 69.) u. 20 ■ •• . I I ■ 306 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. III. l'observation zoologique, botanique, paleontologique, les types propres a chaque epoque geologique. Les autres, essentiellement du domaine de la philo- sophic naturelle : determiner, par voie de comparaison et d'induetion, la succession, la filiation des divers types derives lesuns des autres. Questions aussi nouvelles que difficiles, el, comme le diraient les Allemands, transcen- dantales ; apres lesquelles, cependant, on peut encore en concevoir, en poser une autre : la recherche de ce qu'il y a de commun entre tousles types specifiques derives les uns des autres, de permanent au milieu de toutes les varia- s d'ou la determination du modele general de eh 'etres; veritable type des types; element d'uni de permanence quedevra retrouverla doctrin de la variabilite, par dela toutes ces diversites qu'elle constate et demontre. A , III. II est impossible de se livrer a une etude, meme ele- mentaire, de la question de l'espece, sans apercevoir bientot la necessite d'y faire intervenir, avec la notion du type, celle de la variete; de placer, a cote de la regie, les exceptions auxquelles elle est soumise. Pour que la com- paraison d'un grand nombrc d'individus ne porte a notre esprit qn'une seule idee, celle du type, il faut qu'ils soient ou que nous les jugions tous et en tout semblables ; et il est deja rare qu'ils nous paraissent tels : le sont-ils ja- mais? Lc plus souvent, et d'autant plus que notre obser- vation est plus sagace et plus persevcnmte, nous recon- ■ DEFINITIONS BE LA VARIETE 307 naissons que la similitude de l'ensemble n'exclut pas quelques differences partielles; qu'un type, le meme au fond, seprete a quelques mod ifi cations ; qu'ime espece n 'est pas partout identique avec elle-meme; par ou nous sommes bientot amenes a considerer comme se comple- tant necessairement (car Tune modifie ct limite 1'autre) l'idee de l'unite typique et celle des diversites secon- daires et accidentelles. La est le point de depart de la notion de la variete, mais non encore, comme on P le croire, cette On commence, pai diversites econd fin P la variete? F etendre ce nom a toute diversite? a la plus legere, a la ■ plus insigniliante, a la plus fugace, comme a la plus grave, d a la plus considerable, a la plus permanente? Ou bien parmi les innombrables differences d'individu a individu n'y en aurait-il pas qui seraient plus, et que des varietes ? Les auteurs out repondu tres diverscment a cette ques- tion ; car, pour le mot variete comme pour tant d'autres en Histoire naturelle, les definitions abondent, mais ne concordent pas. Plusieurs sont tellcment vagues ou b de leurs termes diversementin- terpretes, on pourrait faire sortir les acceptions les plus ■ opposees. Trop souvent aussi les auteurs ont a peine pose une definition generate de la variete qu'iis s'en ecartent dans 1'application aux faits partieuliers, dormant tour a tour au mot variete deux sens contraires • r un theorique, 1'autre usuel. Le premier, ordinairement ■ beaucoup plus large; le second plus restraint. / ! K SOS NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. Ill IV. Au nombre et a la tete des auteurs qui ont donne mot variete, au moins en theorie, une signification t faut pla Linne. La variete est, pour dernier groupe venant apres pece dont elle est une subdivision, et elle doit etre ainsi definie : « Varietates sunt plantce ejusdem speciei mutake a causa quacumque occasionali (1). » Ou, d'une maniere plus concise : « Varietas est planta mutata a causa accidentali (2). » Quelle est, selon Linne, Toriaine des varietes? L'in- * tluence des climats et du sol ; celle de la chaleur, des vents; etd'autres causes encore (3). (1) Philosophia botanica, IX, 306 ; l rc edit., Stockholm, in-8, 1751, p. 239. (2) Ibid., VI, 158, p. 100. Linne (lit aussi dans les Fundamenta botanica, Amsterdam, in-12, 1736, p. 18; etdans le meme passage de la Philosophia: botanica, p. 100 : « Variations ou Varietates tot sunt quot differentes plantce » ex ejusdem speciei semine sunt products. » « Opus cultures scepius variatio ou varietas », ajoute-t-il un peu plus loin, Aphor. 162 des Fundam. boh, p. 19, et de la Philos. hot., p. 101. Linne, qui s'etait servi du mot variatio dans les Fundamenta, adopte le mot varietas lorsqu'il reproduit et commente ces memes passages dans la Philosophia botanica. (3) Philos. bot., 158, p. 100. « Climate, solo, calore, ventis, etc. » Les diverses citations faites dans cette note et dans les deux prece- dentes sont faites d'apres les editions originales, devenues aujour- * DEFINITIONS DE LA VARIETE. 309 Tout changement produit dans une espece par une cause accidentelle, toutc derogation aux conditions ordi- naires de cette espece, toute deviation du type est done pour Linne une variete. Ou, comme le dit aussi De Candolle est possible, encore plus generaux (4 « On appelle variete, varietas, un changement quel- » conque dans l'etat ordinaire d'une espece. » Cuvier, dans ses generalites theoriques sur la variete, pense et s'exprime aussi comme Linne ; et pour lui, ce ne * serait meme pas assez de dire qu'il s'inspire du natura- listesuedois, il s'en fait presque le traducteur. Modifiez la definition donnee par Linne et les explications qu'il y ajoute, comme l'eut fait Linne lui-meme s'il les eut pla- cees dans un ouvrage d'Histoire naturelle generate, elnon de botanique ; et vous direz avec Cuvier : « La chaleur, l'abondance et l'espece de la nourriture, » d'autres causes encore, influent (sur le developpement » des etres organises), et cette influence peut etre generale » sur tout le corps, ou partielle sur certains organes » Les differences de ce genre entre les etres organises sont » ce qu'on appelle les varietes (2). » (Tlmi tres rares. Pour la Philosophia botanica, nos indications peuvent aussi etre appliquees k Tedition la plus repandue, celle de Gili- bert, Colonice Allobrogum, in-8 ? 1787, qui est une reproduction , page pour page, de Tedition originate. (1) Theorie elementaire de labolanique. Paris, in-8, 1813, p. 160. * Pour les vues emises depuis par De Candolle dans sa Physiologie vegetale, voyez plus bas, p. 31Zi. (2) Begne animal, 1. 1, l rc edit., p. 19; 2 e edit., p. 16. Pour les vues de Cuvier sur la variete , voyez aussi : Tableau ele- P* ; I ; ^ 4 : ! ; t f 1 310 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. 11, CHAP. III. Ou, definition tres abregee, et en meme temps tres nette « Les varietes sont des subdivisions accidentelles de »l'espece. » Pour Guvier comme pour Linne, toutes les differences non specifiques constituent done des varietes. Les races ne sont que des varietes , differen tes seulement par plus de stabilite ; et les monstruosites elles-memes de- vraient recevoir ce nom, si Ton s'en tenait a la lettre des definitions au lieu de se penetrer de leur esprit. Variete et diver site seraienl ainsi deux expressions parfaitement synonymes; on pourrait prendre indifferemment 1'une pourl'autre. Les definitions de Linne, de De Candolle et de Cuvier ont ete adoptees par tin tres grand notnbre d'auteurs. On en trouve tres souvent ou de simples variantes ou les iermes eux-memes, reproduits dans les Traites elemen- taires ; et les dictionnaires les plus usuels s'accordent en- core a comprendre sous le nom de varietes, toutes les subdivisions, toutes les modifications de l'espece(l). mentaire de VHistoire natarelle des animaux, Chap. Ill, p. 10 etsuiv., et Recherches sur les ossements fossiles, Discours preliminaire, T ed., in-Zj, 1821, p. lviii. (l) Ces dernieres expressions, souvent reproduces, se retrouvent pour citer un exemple tres recent, dans le Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts, par M. Bouillet, article Variete; mais ici avec une restriction qui tend du moins a separer les mons- truosites. * Le Dictionnaire de VAcademie frangaise (6 e edit.) donne la defini- tion suivante , a laquelle Cuvier a sans doute participe ; il Fa ou redi- gee ou revue, et e'est pourquoi je la cite aussi : « Variete, en Histoire naturelle, se dit des differences qui, dans une • ! DEFiiMTIONS DE LA VAR1ETE. 311 V. definition de I n cependant pas celle qui r dans la science, et deja meme il est vrai d qu'elle a eesse d'y prevaloir. pas pour, mais contre 1'appli variete a « tout changement dans l'etat d'une espe Non-seulement les monstruosites , premiere distin< sous-entendue par De Candolle, par Cuvier et petit- par tous, mais les races, sont separees des varietes p srande maiorite des naturalistes, par tous les agricull vent meme par le public etranger a la science, dernier progres, car la distinction de la race et d iple variete est scientifiquement (et, encore plus la pratiquement) indi d il est vrai, au mot variete un sens tres etendu; mais il insiste sm la di dinair f j f P » ou les races. d premier qui l'ait f; races des varietes, le premier surtout qui ait essaye de f o n der d des fiq » meme espece d'animaux on de plantes, distinguent les individus les » uns des autres. » ■ 1} Epoques de la nature, dans les Supplements a I'Histoire natu-- relle, t. V, p. 252, 1778. — Celts distinction avail deja ete indiquee a plusieurs reprises, mais tres vagiieinent, AmsVHistoire naturelle. 1 i ' u— ■■ :- u - f t ' \> . 2 V I n i I SI 2 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. III. pas un naturaliste, mais un philosophe, Kant (1). Pour lui commepourBuffon, dont, sans nul doute, il s'inspire ici, les races sontdes modifications caracterisees par leur Constance, par leur perpetuite (2) ; mais, de plus, selon Kant, et ce serait en quelque sorte la mesure de leur Constance, ces modifications sont telles que si deux races viennent a se croiser, chacune imprime necessairement (3) pour moitie ses propres caracteres au produit ; ce qui peut avoir ou ne pas avoir lieu, lorsque s'unissent des individus simplement de varietes differentes. A ce point de vue, et ce sont les exemples eux-memes que cite Kant, l'homme blanc etle noir (s'ils ne different pas specifique- ment) constituent deux races; le brun et le blond ne sont que deux varietes. Ces vues, a peine emises, etaient adoptees parplusieurs naturalistesallemands, ctparmi eux, parBlumenbach, dans son classique Manuel d'histoire naturelle. G'est ce livre, (1) Von den verschiedenen Racen der Menschen. Cet opuscule ce- lebre de Kant (1775, etMemoire com pie m en ta ire, 1785) a ete souvent reimprime; on le trouve dans les Kant's Vermischte Schriften, Halle, in~8, 1799, t. II, p. 609; eXSammtliche Werke, edition de Schubert, Leipzig, 1839, t. VI, p. 315. En presence de la date bien connue de cet opuscule de Kant, j'ai peine h m'expliquer comment Blumenbach (Handbuch der Naturgeschichte, § 15) rapporte k un travail de Kant insere dans le Mercure allemand de 1788, la premiere distinction exacte de la race et dela variete. Blumenbach parait citer surtout Kant (Tap res Girtanner , Ueber das Kantische Trincip fur die Naturgeschichte, Gcetting., in-8, 179S.. (2) « Sich in allem Lanstrichen perpetuirt. » (3) Nothwendig. On voit que Kant assigne ici a la race deux carac- teres : la stabilite et Tetat mixte du produit du croisement de deux races. Ce second caractere a ete depuis longtemps efface de la defi- nition de la race. DEFINITIONS DE LA VARIETE. M3 reimprime jusqu'a douze fois en Allemagne (1), et traduit dans toutes les langues de l'Europe, qui a fait prevaloir la distinction, aujourd'hui generalement aeceptee, des races et des simples varietes, et qui l'a repandue jusqu'a la populariser. La definition de Blumenbach , derivee de celle de Kant, est celle-ci : La race est caracterisee par une « degeneration (2) devenue necessairement et inevi- ■ » tablementhereditaire(3). » Kant ne setaitpas arrete la. Aux deux synonymes alle- mands de notre mot variete, Spielart et Varietal, il avait cm devoir assignor des sens differents, en faisant de la premiere tin degre intermediate entre la race et la variete proprement dite. Cette distinction n'a pas ete admise par (1) Premiere edition, Goettingue, 1779-80; 13 e edit., 1832. Le Handbuch der Naturgeschichte a ete traduit en fran^ais par Artaud, d'apresla sixieme edition ; 2 vol. in-8, Metz, 1803. (2) C'est le terme dont se sert Blumenbach lui-meme, qui a prefere ici le mot germanise Degeneration au mot Aasartung qu'il emploie plus habituellement. (3) Log. cit., § 15 (8 e edit., 1807, p. 27; trad. fram?. , t. I, p. 29). Void la phrase elle-meme de Blumenbach : « Le mot race indique, » dans le sens le plus exact, un caractere que la degeneration a fait » naitre, et qui devient necessairement et inevitablement hereditaire » par la propagation. » Blumenbach ne manque pas de rappeler ici les vues de Kant et de lui attribuer la priorite de la distinction etablie entre les races et les * varietes. Mais sa definition n'est pasidentique avec celle deKant, qui faisait de Tetat mixte du produit le caractere essentiel de la race. Ce caractere est laisse dans Tombre par Blumenbach. II a completemeut disparu des definitions ulterieurement donnees, qui, par la meme, se sont de plus en plus rapprochees de la definition deBuffon. Pour les vues de Blumenbach sur la degeneration et les varietes , voyez aussi ses ouvrages anthropologiques, et les Beitrage zur Natur- geschichte, §§ VI et VII; 2 e edit., in-12, Goetting, 1806, p. 32 et 38. ' i : I, * / 31/i NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP III / Blumenbach, qui l'a sans doute jugee trop subtile et trop peu applicable aux fails pour passer dans la science; et c'est en vain qu'Illiger a essaye de l'y maintenir (I) : elle s'en est, en peu d'annees, completement effacee, et c'est a peine si les naturalistes ont garde le souvenir decette intervention passagere d'un grand philosophe sur le terrain de leur science (2 Une distinction qui n'est pas sans analogie avec c de Kant, a ete, beaucoup plus recemment, proposee botanique par De Candolle; et en nommer l'auteur, c dire assez qu'il ne s'agit plus ici d'une de ces divisi theoriques, d'autanl mieux imaginees dans le silence cabinet, qu'on connait moins ou qu'on oublie plus les fa Candolle. revenant dans lei s d'abord emises, seoare des di\ auxqueiles le nom de varietes doit etre applique en propre, ce qu'il appelleles simples variations (k). Les varietes pro- prement dites sont pour lui « les modifications generates » des vegetaux, assez intenses pour se conserver dans la » reproduction par division (5), » les variations ne durant * (1) Versuch einer systematischen vollstandigen Terminologies Helmstaedt, in-8, 1800. Yoy. p. 6 et 7. * (2) On verra bientot que des vues tres analogues a celles de Kant ont ete recemment emises par M. Chevreul. Voy. p. 317. (3) Physiologie vegetale. Paris, in-8, 1832, t. II, p. 720. J'ai precedemment indique (p. 309) les premieres vues de De Can- dolle sur les varietes. (Zi) Variationes, mot d'abord employe par LiNNEdans les Fundam. botan., mais pour designer les varietes, et comme synonyme de varie- tales, qu'il adepuis prefere et fait prevaloir. Yoy. p. 308, note 2. (5) « C'est-a-dire , ajoute De Candolle, par les tubercules, mar- ■ J*"- DEFINITIONS DE LA VARIETE M5 au contraire « qu'autant que les vegetaux sont soumis a ■ » des circonstances exterieures donnees ». Les veritables varietes constitueraient done, comme les Spielarten de Kant, an dfiffre intermediate entre les races et les diver- plus legeres etles plus passagerement prodi et les simples variations qui correspondent a ce qu'on a sou vent, mais tres vaguement, appele sous-varietes (i) , se confondent en grande par tie avec les Varietdten du phi- losophe de Koenigsberg; sans cependant qu'on puisse identifier les unes avec les autres, en raison de la diver- site des caracteristiques donnees par les deux auteurs. Quels naturalistes ont ici suivi De Gandolie ? Quelques botanistes (2); encore ceux qui ont admis ses vues en ■ » cottes, boutons ou greffes » ; mais non par graines. La reproduction par graines est un caractere que les races partagent seules avec les especes. De Candolle assigne en outre a la variete un caractere qu'on ne saurait accepter comme general : « Une variete atteint, dit-il, tons les » organes de meme nom d'une plante. » , (1) Ce mot, qui n'a jamais ete defini, a ete pris dans plusieurs sens tres differents. En anthropologie , oil il a ete surtout frequemment employe, on l'a parfois applique aux principales divisions des races , ou, selon 1' expression plus ordinairement employee, aux sous-races. Voy. le Chap. IV. (2) Alphonse De Candolle, Introduction a I'etude de la botanique, Paris, in-8, 1835, t. I, p. 387. L'auteur resume et precise dans les termes suivants les vues de son illustre pere ; « Varietes. Leur carac- « tere est de se transmettre par division de la plante. Les botanistes » reservent le terme de variation aux legeres differences que peuvent » presenter successivement un meme pied ou simultanement deux » pieds semblables, selon les circonstances exterieures ou ils se trou- Voy. aussi la Geographie botanique raisonnee du meme au- teur. Paris, in-8, 4855, t. II, p. 1078. — Mrien de Jussieu, Cours vent. ■ i! . M W^^m * 316 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II CHAP. III. principe, s'y sont-ils montres pen fideles dans l'applic tion; etpas un seul zoologiste. Comment, en effet, fai passer en zoologie une definition qui feraitdes varietes i genre de diversites propi especes reproductibles effe, bouture, ou autre mode de division ; par it, sans exemple possible en dehors des ve VARIETES ET MONSTRUOSITES. 329 » » \pleoce, tres grave, qui rend impossible ou dif 3Complissement d'une ouplusieurs fonctions, e » produit confo differ de • /- / e que presente ordinairement l'espece (1).» Les va- i sont done eneore presque l'etat normal, les mons- truosites en sont le contraire. Mais entre ces tres legeres et ces tres graves deviations du type, il en est qu'on peut dire moyennes sont les vices de des monstruosites, pres et au-dessus des ft pi et dessou s pi anomalies simples, peu g s en elles-memes, onl endent difficile ou meme impossible plissement d plusieurs fonc one difformite tions, ou, pour le moins, produisent Les secondes, a l'inverse, bien que complexes et graves en apparenee,n'entrainent comme consequence le trouble d'aucune fonction, ni la difformite d'aucune region. Le vice de conformation, c'est presque, anatomiquement, une variete, et phy une monstruosite ; l'heterotaxie, au contraire, approche, anatomiquement, de la monstruosite, pour redescendre, pbysiologiquement, au rang de la simple variete ; et l'intervalle qui sem- blait devoir si bien separer les deux extremes ie Fechelle teratologique est ainsi doublement comble Des varietes aux vices de conformation, il Test me (1) Hist. gen. des anomalies, loc. cit. , et pour le developpement de cette definition, p. ZiO et suiv. (2) Ibid., p. 33. Pour le developpement de la definition et l'expose des caracteres de l'embranchement teratologique auquel j'ai donne ce nom, voyez page 6.5, et surtout tome II, p. 3 etsuiv. : V . : 330 NOTIONS FONDAMEHTALKS, L1V. II, CHAP. III. fondee distinction de ces deux g s d tres necessaire, tant qu'il s'agit en particulier de l'histoire naturelle d'une espece, et surtout de sa medecine, s'efface entierement a un point de vue general. La meme anomalie est ici un vice de conforma- tion, et des plus facheux pour les individus qui en sont affectes ; la, et souvent dans une espece tres voisine, elle neconstituequ'une simple variete. Supposez, par exemple, ehez l'homme, l'absence, ou encore la duplicite du pouce • par Tune ou 1'autre de ces anomalies, la prehension est rendueimparfaite,etil y a difformite? la main est, a double titre,affecteede vicede conformation. Chez la plupart des singes de 1'ancien monde. la mci™ dupl suppi ? par des / • des pattes des quadrupedes portance e pentadactyle, au ch perdre graduellement et rapidementde d tomber d'une simple Variete, tres di nifi de Fatten tion de 1'anatomiste, mais absolumen b d abondent au point de vue physiologique. Succession toujours decroissantes, dont exemples formation anatomique tour a dans une espece, simple vari de typique dan (1 ) Comme le doigt sur lequel elle porle. (2) Tout le monde salt que la duplication du pouee est une des anomalies les plus communes chez le chien. *-— *■ VARIETES ET MONSTRUOSiTES. 331 le rapprochement intime, dans les classifications iques modernes, des vices de conformation etdes / - / dans les memes les memes ordres et iusque dan forme designation, si contraire a 1' usage logique, par un seul et meme no variete et le vice de conformation ne sont plus aujour- d'hui que les deux formes principales de Yanomalie simple, de Vhemiterie (1), mais deux formes qui ne sont indivisibles qu'en teratologic : chacune estici le comple- ment necessaire de l'autre, et toutes deux doivent y etre mises dans une egale lumiere si Ton ne veut s'exposer n'avoir partout que de douteuses ou de fausses clartes. Ailleurs, au contraire, et selon la diversite des sciences et des points de vue, on pourra laisser tour a tour dans l'ombre, ou les hemiteries qui vicient le type, ou celles qui n'en sont que de legeres et innocentes variations. C'est aux premieres que s'aitachera principalement la medecine comme a des maux innes qu'elle devra s'efforcer de rir. Les secondes, comme tous les elements, toutes les formes des harmonies de la nature, seront surtout du res- sort de 1'Histoire naturelle, qui, partout, de ses simples a ses plus difficiles problemes, de ses racines a son e, trouve la question de la variete indissolublernent liee a celle de l'espece. Dans la partie positive et elementaire de la science, comment differencier, decrire, classer les f"» A (l)Nom sous' lequel j'ai designe le premier des quatre embran- chements teratologiques [loc. cit., p. 35 et 38). Ce nom n'a pas encore ete adopte par tous les teratologues ; mais l'idee qu'il exprime est unanimement acceptee. » > ■ 332 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II , CHAP. HI. especes, sans distinguer les conditions essentielles et permanentes de celles qui ne sont que locales ou acci- dentelles? Et dans plus hautes g aborder l'explication necessairement • \ comment des premieres, et nier ou affirmer leurs variations seculaires, avant d'avoir determine, par l'observation, la nature et la valeur de leurs variations actuelles ? Si bien que, quelque hypothese qu'on doive adopter sur l'espece organique, l'etude des varietes est toujours la route : dans le systeme de la fixite de de parcequeces variations incessantes du type dont nous chaqu les temoins et parfois les de fait sont, contre la fixite tbeorique, autantd'obj 1'il faut avant tout resoudre; et dans le s parce que chacune de ces innombrables deja manifestement, en faveur de la mutabilite vana- un indice tres significatif, et pourra en devenir une preuve decisive. Et c'est pourquoi il nous importe de determiner avec toute la precision que comporte leur etude, les caracteres des varietes et leurs rapports d'analogie et de difference avec les autres diversites, soit individuelles, comme les es nuances, et comme les monstruosites ; soit hereditaires, comme les races, dont il nous reste a nous occuper \ v/W v \y\j \s v CHAPITRE IV. ( PREMIERES NOTIONS SUR LES RACES SOMMAIRE. I. Sens divers du mot race. Definitions. II. Races secondaires on derivees. — III. Rameaux, branches et sous-races des auteurs. — IV. Application de ■ la definition a ces groupes. I. Nous ne rencontrons pas, sur le mot race, les memes incertitudes que sur le mot variete. On vient de voir le dernier deces termes ilottant depuispres d'un siecle entre les significations les plus diverses : le premier, a part les efforts isoles de quelques novateurs excentriques, n'a jamais recu que deux acceptions, l'une dans le langage ordinaire, l'autre dans le langage scientifique ; encore celle-ci tient-elle de pres a la premiere (1). ! (1) On a deja vu (p. 312 et 318, notes) que notre mot race (auquel on fait correspondre, en latin, tantot slirps et tantot progenies) a passe dans la langue allemande. On le tronve adopte sans aucune alteration par plusieurs auteurs, et particulierement par Kant; d'autres, pour se rapprocher davantage de la prononciation frangaise, ecrivent Rasse. Le mot race a passe aussi, et bien plus generalement, en anglais; on le trouve notamment dans presque tous les livres anthropologiques ecrits dans cette langue. En agriculture, au contraire, le mot race est d'un usage beaucoup moins frequent que breed et stock ; ce dernier est ordinairement pris en un sens plus general. Plusieurs agriculteurs rl ,, • 4 X 334 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. IV. done ici fort simple : sauf quelq rectifications sur des points secondares admet qu'a rappeler nous n'avons tout le monde le lignte, comme disent nos peres, e'est, dans ordinaire mble des individu la meme origine. I famille dans toute son extension comme on se notion de la i fut d familia generalis expnme il y a quelques siecles. La race, en ce sens, repose done essentielle- fait, et sur un seul : la filiation des indi- vid abstraction faite de leur ressemblance cendants fussent ils seraient encn diflerents de dits de meme Les des- ancetres , aussi bien que si tous repelaient, jusque dans leurs moindres details, 1'organisation et les traits de leurs auteurs premier En passant de dans la lang Pour tifique, le mot race a pris un sens pi que des etres soient dits de meme race, il ne suiilt pas au naturaliste qu'ils aient la meme origine, qu'ils soient tous ancetres, Ireres ou descendants; il faut aussi qu'ils satisfassent en commun a une seconde condition, et d'un tout autre ordre, quoique ordinairement elle derive de la premiere : il faut qu'ils se ressemblent, qu'ils soient de meme type comme de meme sang. Communaute d f ori- anglais (comme M. Andrews, Modern Husbandry, Londres, in-8, 1853, p. 150 et suiv.) reunissent meme les breeds en stocks, qui consti- tuent ainsi des groupes d'un degre plus general, formes d'apres les affimtes ou les rapports geographiques des races qu'ils renferment. - ' NOTIONS SUR LES RACES. 335 sine et transmission hereditaire des memes conditions organiques, tels sont done les deux earaeteres de la race en Histoire naturelle. C'est en ce sens, fixe par un usage general avant de l'etre par des distinctions precises, que le mot race etait entendu dans la science avant Kant : et c'est en ce sens aussi qu'il y a cours depuis que Blumen- bach, modifiant par sa definition celle de Kant, a fait (Tune « degeneration » devenue « necessairement et ine- » vitablement hereditaire » le caractere essentiel de toute race (1). En acceptant, dans son esprit, la definition de Blumen- bach, la plupart des auteurs n'en ont pas adopte les ex- pressions qu'ils ont jugees trop peu simples, et peut-etre op absolues. Tl a parti a la plupart d eux qu'il y avait lieu de revenir a la definition de Buffon (2) ; qu'il suffisait de dire la race « une variete constante » et qui se conserve par la generation (3) »; ou, ce qui (1) On a vu plus haut (Chap. Ill, sect, v, p. 312) que Kant, premier auteur de la distinction scientifique de la race, y avait introduit un element de plus : l'etat necessairement mixte des produits de deux races. Nous reviendrons sur ce point. (2) Voy. le Chapitre precedent, sect, v, p. 311. (3) Cette definition a cours surtout dans les livres elementaires et dans les dictionnaires. Parmi ceux-ci, on la trouve, entreautres, dans le Diet, pittoresque d' Histoire naturelle, t. VIII, p. 437, article de Bory de Saint- Vincent, et dans le Diet, universel des sciences, des V lettres et des arts de M. Bouillet, T edit., 1855, p. 13U0. Dans d'autres dictionnaires, par exemple dans le Diet, classique d" Histoire naturelle, article Methode, par Ach. Richard, t. X, p. 499, et dans plusieurs ouvrages elementaires, on a adopte la definition suivante, dont la precedents n'est qu'un abrege • u Dans les plantes » comrae parmi les animaux, il y a certaines varietes constantes et i N . h ! -. ■ ■ I .^- \ 336 NOTIONS FONDAMENTALES, LlV. II, CHAP. IV. au meme, mais plus brievement : une « r. / » devenue permanente (1). » Autre definition ou plutdt autre forme de la definition commune qui est aujourd'hui de toutes la plus usitee, mais non la plus irreprochable. Elle explique le mot race par le mot variete, qui lui-meme aurait besoin d'etre prealablement explique ; et s'il l'est dans le sens qui prevaut aujourd'hui, elle n'est pas seule- ment ambigue, elle est fausse. Une race petit resulterde la permanence de vices de conformation aussi bien que de simples varietes, temoin (pour ne pas sortir des faits de nde) le basset a jambe canard pingouin, les gallinaces alourdis au point de pouvoir plus voler, et les vers a soie magnaneries , dont ailes oie abatardis de no de meme devenue d'inutiles appendices. II y a done des races vicieuses, il pourrait meme en exister de monstrueuses, aussi bien que » qui se reproduisent toujours avec les memes caracteres par le moyen » de la generation ; e'est a ces varietes constantes qu'on a donne le » nom de races. » Cette meme definition a ete tout recemment reproduite sous une forme un peu differente par M. de Quatrefages, Lemons sur YAn~ thropologie, publiees dans \& Revue des cours p'u&^cs,2 e annee(1856), n° 31, p. 69. La race est, selon lui, « la reunion des individus pro- »venant d'une meme souche, ayant regu, par voie de generation, » certains caracteres de variete. » L'auteur fait remarquer que cette definition n'exclut pas la possibility de « plusieurs origines » pour une meme race. « La difference qui existe entre les races et les varietes », dit aussi mon savant confrere dans une autre le^on (p. 27), « me parait desor- » mais nettement etablie : la race est hereditaire. » (1) Godron, De I'espece et des races, dans les Memoir es de la Societe des sciences de Nancy, annee!8A7, p. 244; et a part, Nancv, in-8, 1848, p. 63. Jf v^j Hc^su uJl^ (^ U I u r p tU t£^ **< *•■■ / Jr-Jf^~ Y s' Zm^^ NOTIONS SUR LES RACES. 37 » de simplement variees; et la race ne doit pas etre dite seu- lement ime varied, mais « une deviation constante du » type», ou, comme disait Blumenbacb, une « degene- » ration » qui se transmet constamment. Ou encore, et afin de n'introduire dans la definition que des termes simples, d'un usage general, et exempts de toute ambisuite : La race est une collection ou une & suite d'individus issus les uns des autres, distincEe des caracteres devenus constants (1 II est a peine besoin d'ajouter que si telle est la race en Histoire naturelle, elle est telle aussi en agriculture. Les distinctions qu'on a cru pouvoir etablir ici sont inadmis- sibles (2). II peut y avoir lieu, dans les applications de la science, de s'en tenir a des points de vue particuliers (1) On verra plus tard que cette definition serait applicable, a un seul mot pres, a l'espece aussi bien qu'a la race, et qu'elle Test meme, au moins tres vraisemblablement, a un grand nombre des collections ou suites que nous appelons especes. La race touche de si pres a l'es- pece, qu'il est impossible de ne pas accepter pour l'une et pour 1'autre des definitions tres peu differentes, a moins toutefois de quitter le terrain des faits et de l'observation pour se jeter dans les hypotheses et les idees metaphysiques. (2) En agriculture, le mot race aurait pris , a en croire plusieurs auteurs, un sens different de celui qu'il a en Histoire naturelle. Dans cette derniere, une race, disent-ils, « est une subdivision de l'espece; )) f* » par un assemblage de caracteres qui se sont agglomeres sous cer- » taines influences, soit naturelles, soit dependantes de la domesticite, » caracteres qui se conservent tant que ces memes influences sub- » sistent. » (HuZARD fils, Des haras domestiques. Paris, in-8, 1829, p. 68.) II est facile de voir que cette definition n'est en realite que la defi- nition ordinaire, ou Ton fait entrer, avec les elements necessaires a la H. 22 I <^ m J J/**" r . 4 * I * \ ■/ ''J .* . ' . ; . *1 i I ■ ■ i 338 NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. II, CHAP. IV plus on moms differents de plac dans une etude generate et theorique : mais une diver- site d'aspeet n'est pas une diversite denature, et la meme question ne saurait changer de solution d'une branche a l'autre de nos connaissanees. La race est done necessai- rement partout la meme, e'est-a-dire partout une suite d'individus doublement lies les uns aux autres : chrono- logiquement, et analogiquement : dans la succession des temps, par la filiation, et abstraction faite du temps, par la repetition chez tous des memes caracteres organiques. Et e'est parce que cette repetition est un des elements essentielsdesa definition scientifique, que la race devient un terrne important de la hierarehie taxmomique ; un des echelons de cette echelle qui commence par Yindividu et la famille on compagnie (1) pour finir par le regne et Vempire : terme et echelon qui, exprimant un tres haut degre de similitude et d'aftinite, est a pen pres a l'espece ce que celle-ci est an genre (2). definition, des notions theoriques sur la formation des races et les conditions de leur permanence. La definition que nous venons de citer n'a done besoin , pour etre ramenee aux definitions precedemment citees, que d'etre simplifiee par relimination de quelques notions qui doivent rester en dehors d'elle. Une definition tout a fait inacceptable, car elle laisserait en dehors d'elle les races humaines, les animaux sauvages et tout le regne vege- tal, est celle qui ferait des races « les especes particulieres de quelques % animaux domestiques ». V Academie frangaise, a laquelle nous em- pruntons ce passage (loc. cit., au mot Race), ne le donne, du reste, manifestement, que comme explication de locutions tres usi tees, et non a titrede definition. (1) Dans les groupes ou existe la famille ; dans d'autres, la comnm- naute. Yoy. le Chap. 11. (2) Du moins quand il s'agif des animaux ef vegetaux sauvages. ■ NOTIONS SUH LES RACES. 339 II. definition generalement acceptee du (bis derive une consequence devant laquelli et surtout les agriculteurs, ont quelqui l'application, mais jamais en principe. Si, chez l'homme. chez les animaux, chez les vegetaux, plusieurs subdivi- lignee deviennent, pai < ^ions ou rameaux d'une meme 1 }uelque cause que ce soit, differe lifferenees qu'ils ont acquises viennent a se transmettre eneration , ces sub- d d logiques, ees rameaux doivent etre considered, malgre e commune, comme autant de races anthropo- ques. Races fraternelles, bo tan meme comme on pourrait les appeler; branches d'un tronc; mais autres races, et branches distinctes. Bien plus. Si, dans une meme ligne, des descendants ne reproduisent pas fidelement les caracteres de leurs ascendants 5 si « une suite d'individus» vient a se diffi- pas siderer, ainsi qu'ils le disent comme une unite deplus, bien qu'ellene soit, a vraidire qu'une fraction de i'unite premiere. En d'autres termes, ils scindent une suite, en realite unique, mais non plus homogene, en suites multiples et distinctes. Les exemples ne nous manqueraient pas ici parmi les animaux et les vegetaux sauvages; mais le plus grand bi et les plus incontestables, se trouvent parmi ill II - r *'* # 1 * ' . ■ ... 4 I 340 NOTIONS FONDAMENTALES, LlV. II, CHAP. IV. les races hnmaines, les animaux domestiques et les vege- taux cultives. Parmi les suites aujourd'hui separees de la lignee commune, ilme suffira de citer le mouton merinos, le cheval anglais, le boeuf de Durham : races assez re- centes, assez bien connues dans leurs origines pour qu'on puisse en faire l'histoire, et, pour ainsi dire, en dresser la genealogie, a partir des races, encore subsistantes, dont elles sont derivees. De ces races, plus ou moins recemment issues d'autres races qui subsistent a cote d'elles, quelques-unes ont meme deja donne naissance a des suites nouvelles, diffe- renciees par des caracteres devenus constants, et qui des lors ont du etre considerees aussi comme des races : secondes branches sorties des races meres, et, pour ainsi dire, leurs petites-filles, appelees a devenir meres a leur tour. Telle est, entre autres, et c'est assurement un des exemples les plus remarquables que nous puissions ciler, la belle race ovine, a laine soyeuse, due a M . Graux (1) : la race dite deMauchamp. Issue, ily a trente ans a peine, d'un belier merinos qui presentait une variete remarquable de pelage, elle a donne deja plusieurs varietes, fruits pour la plupart d'heureux croisements, et dont la principale tardera sans doute pen a meriter le nom de race de Ge- vrolles, sous lequel elle est meme, des a present, connue parmi les agriculteurs. (l) Avec le concoursde M. Yvart, qui a fait connaltre les resultats des essais de M. Graux et des siens dans le Bulletin des seances de la Societe centrale d' agriculture, 2 e serie, 1849, t. V, p< 535. — M. Yvart est recemment revenu sur le mouton de Mauchamp dans le Bulletin de la Societe imperiale d'acclimatation , 1855, t. II, p. 131, a la suite du travail de M. Davin sur la laine Mauchamp (ibid., p. 127). i «■ NOTIONS SUR LES RACES. 3H III. 11 est rare, quand un mot passe de la langue v dans la langue scientifique, qu'il ne change pas de presque toujours, la definition nouvelle qui vient a regler Femploi le circonscrit entre des limites plus < temps que mieux rend par la meme, exempt de ces equivoques, de ces ambigui'tes qu'ad- met trop souvent le langage commun. II n'en a pas ete tout a fait ainsi du mot race. S'il a recu, lui aussi, en Histoire naturelle, une signification nouvelle et plus restreinte, il s'en faut de beaucoup qu'il y soit devenu d'une application plus facile et moins incertaine. La definition vulgaire de la race ne repose, en effet, que sur une seule notion ; et celle-ci est une notion de fait; par consequent, une notion exemple de toute ambiguite, et la pour tous les esprits droits. On peut on peut ignorer si des individus sont issus les uns des autres; mais, la filiation une fois constatee, il n'y a plus lieu a des opinions plus ou moins plausibles, mais a un jugement : elle est; et ce jugement est absolu. Si la filiation est un fait, la ressemblance sur laquelle repose aussi la notion scientifique de la race est un rap- port, une relation de conformite entre deux ou plusieurs etres; relation qu'on n'a pas seulement a constater, mais qui doit etre appreciee, et qui peut l'etre tres diversement. La ressemblance n'est pas Fidentite; elle ne resulte pas del'absence de toute difference : quels etres, en ce sens, . t X ■ ■ L ■ ' ■ A ' • ■ - . 3/1-2 NOTIONS FONDAMENTALES, LTV. II, CHAP. IV pourraient etre dits seinblables ? mais de sur des d'absolu ins marquee des differences aux similitiu plus grand nombre, plus apparentes, por ;rieur. Ici done d'un ordre sup memes pareillement constates, mais diversement appr f • / on tire parfois des consequences contraires. Ou les diffe- rences seront infiniment petites relativement aux simili- tudes, et, a l'inverse, ou, ete'ndues a un tres grand nombre de caracteres et a de tres importants, elles predomineront manifestement sur les ressemblances, la question sera resolue de meme par tous les naturalistes. Mais , entre ces cas extremes, il s'en presentera, et tres frequemment, ou les auteurs resteront incertains, ou se contrediront : telle « collection ou suite d'individus » que les uns consi- dereront dans son ensemble, comme une seule et meme race susceptible de quelques legeres variations locales, sera par d'autres scindee en plusieurs races voisines, mais distinctes. Incertitude inevitable, non des auteurs seulement, mais de qui, en effet, pent ici en presence de passages si bien suivis, de nuances si bien graduees, que la limite echappe aux esprits les plus subtils. Et il est inevitable qu'il en soit souvent ainsi. Si une race nouvelle se forme aux depens et comme de- membrement d'une race ancienne, il y a, de toute neces- site, un moment de transition ou il est vrai de dire qu'elle n'estdeja pluscelle-ci, et pourtant qu'elle n'estpas encore elle-meme. Trop differente, en effet, pour qu'on ne la distingue pas, et pourtant trop semblable encore pour NOTIONS SDR LES RACKS separe n c 363 seinblent ici deux absolument fausse g C'est comme terme moven entre 1'uiie et 1 autre qu'un and nombre d'auteurs ont admis, que plusieurs ad- parmi palement dans les races hurr ; et les vegetaux domestiqu qu'ils ont appele, tantot, et surtout en anthropologic, des branches on des rameaux; tantot, et surtout en zoologie et en botanique, des sous-races. Divisions au-dessousdes- quelles on a encore propose des subdivisions, et pari'ois de pi celles-ci sans noms qu propres; car les langues les plus riches (et la noire est loin d'etre de ce nombre) manquent de mots pour ex- primer tous lesdegres divers de resseinblance, aussi bien que de parente, qui peuvent exister entre des individus de meme originc. En presence de toutes ces variations, de leur hierarchie plexe, et de l'impo les denommer, peut- A deles classer toutes, la division d branches ou sous-races est bien moins une solution qu'i expedient a l'aide duquel encore on ne pare qu'aux pi diflicultes, aux plus appar mass non aux Admettr pris ce mot ; dcnouer a demi les liens qui unissent des individus de meme sang, mais non plus exactement de meme type, c'est se tenir sur les * limites d'une distinction non admise, mais aussi non rejetee; accorder quelquechosearaffirmative, mais aussi a la negative , c'est recourir a un de ces systemes ambi- r \ K ■ v^v»d f 844 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. IV. qu'on decore si faussement du nom si raremer dejustes milieux; a un de ces temperaments deux contraires qui ne sont guere, dans que des moyens ingenieusement deguises de ne dire ouini non, et de tourner des difficultes qu'on ne peut qu'on n'ose vaincre. IV. La distinction, apres les races proprement dites, d'ui grand nombre de sous-races zoologiques et botaniques de branches anthropologiques, est, au fond, en contradic tion avec 1 'esprit aussi bien qu'avec les termes de la defi nition aujourd'hui acceptee. Si Ton veut y rester fidele on doit admeltre autant de races qu'il y a de suites con- stantes et distinctes d'individus : car, apres la communauti d'origine, le second de la definition qui y entre avec elle, c'est la transmission constante des part leur plus ou moins grande phy sieme element necessaire, ce ne sera i modifier la definition , ce serait la refaii pas seulement 7 de des races ne peut elre placee qu la limite elle-meme des deviations specifiques, c'est-a-dire ou finissent les varices, et ou commencent les simples nuances (1). (1) -C'est k la classification, et non a la definition, qu'il appartient de tenir compte de la valeur tres differente des caracteres des races issues de la meme espece, et d'exprimer leurs rapports, tan tot tres in- times, tantot beaucoup plus eloignes. II est des races qui sont liees NQTIONS SUR LES RACES. 3ft5 C'est done a de veritables races, mais moins tranchees, et ordinairement aussi d'une origine plus recente, qu'on a donne le nom de sous-races; toutes les fois, du moins, qu'on l'a applique a des « collections ou suites d'indivi- » dus issus les uns des autres, distinctes par des carac- » teres devenus constants. » * Les races, a ce point de vue, sont en beaucoup plus grand nombre, et par suite, leur distinction estbien moins facile, leur classification bien moins simple qu'on ne Tavait d'abord admis. Ces inevitables consequences qui sem- blaient menacer la science d'une excessive complication, ont fait longtemps reculer devant 1'application de la defi- nition aux races domestiques et aux modifications heredi- taires du genre humain. A une epoque tres voisine de nous, Frederic Cuvier etait presque le seul zoologiste qui osat appliquer franchement et sans hesitation la defi: admise en principe par tous ; qui ne craignit pas de siderer comme « le type d'une race » toute modifn propagee par la epneration (i). et devenue et d'aussi pres au point de vue de la methode naturelle que par leur ori- gine; d'autres, au eontraire, se separent, comme nous le verrons, par des caracteres assez tranches pour etre dits de valeur specifique et meme generique ; d'ou la necessite d'etablir, parmi les races de meme lignee , des groupes subordonnes les uns aux autres , selon les regies de la methode naturelle. Vespece, le sous-genre, le genre, ont ici leurs termes correspondants. Nous aurons, dans ce volume meme, a constater les faits que j'in- dique ici ; mais c'est seulement dans le volume suivant que nous de- vrons rechercher comment et avec quelles modifications sont ici appli- cables le principe de la subordination des caracteres et les formes de la classification parallelique. (1) Art. Chien du Diet . des sciences naturelles, t. VIII (1817), p. 529. ^ 346 NOTIONS FONDAMESNTALES, L1V. II, CHAP. IV. ropologie, meme apres les conceptions bien hardies de Bory de Saint-Vincent et. de Desmoulins, je n'ai pas echappe au reproched'exagerationet de temerite, pour ne pas dire plus, lorsque j 'ai propose, il y a vingt ans, de porter le nornbre des races humaines a dix (1) au lieu de cinq, nornbre si longtemps consacre par l'autorite de aujourd'hui meme, dans ces deux Blumenbach . Et branches de la science, la nomenclature n'a pas entier< ment echappe a 1'iniluence des idees, ou plutot des hab tudes d'esprit qui prevalaient encore il y a un demi-siecli La science biologique qui s'en est la premiere affran- ehie, et le plus completement, c'est 1' agriculture, et sur- tout la zootechnie ; et il devait en etre ainsi. Dans une science pratique, les plus legeres differences acquierent souventune valeur considerable, et il devient manifeste ment necessaire d'accorder a leur etude cette attention scrupuleuse, ce soin heureusement minutieux, dont les (1) Dans des cours fails, en 1837, k la Faculte des sciences, et en 1838 au Museum d'histoirenaturelle; j'avais alors l'honneurde sup- pleer mon pere dans son double enseignement. J'ai porte, depuis, le nornbre des races humaines a onze, et en der- nier lieu a douze, et ce sont ces nombres qu'on trouve dans les comptes rendus de mon enseignement, publies dans divers journaux scienti- fiques. (2) Encore, de ces cinq races, un grand nornbre d'auteurs n'admet- taient-ils que les trois premieres. Voyez,. par exemple, Cuvier, Regno animal, L I (2 e edit., 1829), p. 84. Pour le sens actuel du mot race en anthropologic, voyez, entre autres auteurs : Hollard, De I'homme et des races humaines , Paris, in-12, 1853, p. lko a 20Zi; et surtout Prichard, Histoire naturelle de I'homme, trad. deM, Roulin, Paris, in-8, 1843, 1. 1, p. 190 et suiv., et t. II. —Ces deux savants, d'une juste autorite en anthropologie, distinguent un tres grand nornbre de races humaines. - NOTIONS SUR LES RACES. s botanistes ont donne 347 plus d'un siecle, mais en determination des especes l'exemple depi ctendant troo rarement de des D'ou il depuis longtemps dej de plus ( le sens branches theoriques dans les branches pratiques de qu prendre d de\ fixee, comine le disent les agriculteurs, est, po e, ne fut-elle differenciee que par des lime valeur ; si bien qu'on trouve a pei ne dans les livres recents, quelques vestiges deces anciennes divisions et subdivisions de la race, si generalement ad- c s par les auteurs clu commencement de deux exemples pris dans deux ouvrage publies, et tous deux, a des litres divers, d'une grande i de tionnaire (1) de M. Richard (du Cantal), et dansle Cata- logue officiel (2) de la grande Exposition agricole de 1856, qu'aux produits de croisements recents entre deux races; en d'autres termes, a des suites d'individus tres pres de leur origine, et qui n'ont point encore acquis la stabiiite caracteristique des veritables races. Dans le sens 'leplus moderne de ce mot, une sous-race est done tout au plus une race en voie de formation, et pour ainsi dire a Fetat naissant ; un groupe dont la dis- (1) Dictionnaire raisonne d 'agriculture et d'economie du betail. Paris, in-8 , 185&. Voy. t. II, p. 571. (2) Concours agricole de 1856 ; Catalogue (officiel) des animaux , machines, instruments et produits exposes. Paris , -gr. in-8 , 1856 , 1" partie, p. 1 a 153. I 348 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. IV. } tinction n'est et ne doit etre que provisoire. Oules carae- teres differentials de la sous-race deviendront hereditaires et stables, et elle s'elevera, par cela meme, au rangd'une race; ou le contraire aura lieu, et la sous-race redescendra au rang d'une simple variete, commune a quelques indi- vidus peut-etre, pi ?ra une de a ou lieres plutot que « collections ou suites » d'individus, qui n'ont plus ni type defini, ni rang dans la classification, et que la science, sans prendre la peine d'en fixer par des descriptions les mobiles caracteres, se contente de desi- gner, d'apres Buffon, sous le nom vague d'animaux des rues (1). II est a peine besoin d'ajouter que le mot sous-race, dans cette acception particuliere et nouvelle, est peu sus- ceptible d'application aux animaux ou aux vegetaux tels qu'ils se presentent a nous dans l'etat de nature. A part des cas tres rares et tres exceptionnels, il ne nous est donne ici que devoir des suites toutes formees, et non en voie de formation: et les trois mots nuances, varietes et races suffisent a l'expression de toutes les differences, individuelles ou hereditaires, dont nous avons a tenir compte . (1) Chiens des rues (Buffon, Hist, nat., t. V, p. 229). — Chevaux des rues (Richard, du Cantal, Etude du cheval de service et de guerre, Paris, in-12, 1857, p. 430). / v W- vvx. vvwwww w v WWW WW W W V V V ^ VVV vy W WN/V CHAPITRE V SENS DIVERS", ANCIENS ET MODERNES, DU MOT ESPECE , ET DE SES SYNONYMES. Sommaire. — I. Objet de ce chapitre. — II. Sens des mots T/vo;, E?£o d / L MOTS, GENRE ET ESPEGE. 351 quelles on peut et Ton doit passer rapidement : il serait pueril d'en pousser Fexatnen jusque dans leurs derniers et minutieux details. Mais il en est d'autres dont l'interet s'etend a tout ce qui les touche ; ou tout, jusqu'aux plus petits faits, grandit par la grandeur du but, et a de droit sa plaee dans nos etudes et dans la science. II. Est-il vrai , cprome on 1 appele Genre, rlvo? ou G appellent Espece, Species d que les anciens aient ce que les modernes 1 :> pie qu'elle peut bier, et ni ie oui, parlequel on y a repondu, ni le bob, moins eloigne assurement de la verite, ne sauraient ici nous s grecs re, surtout en ce qui concerne les auteurs Cbez ceux-ci, et parti culierement chez le grand natu- raliste dont tous les autres sont les disciples ou les con- tinuateurs, rlvo? a, sans nul doute, dans une multitude de passages, le sens de notre mot espece. Lorsque Aristotefait (1) Pour cette pretendue synonymie de Wvo* et de Genus avec notre mot Espece, ' voyez particulierement Duchesne, Remarques, p. 141, a la suite de sou Histoire naturelle des Fraisiers, Paris, in-! 2, 1766. « Espece repond exactement, en Histoire naturelle, au Thc<; des d Grecs ou Genus des Romains; rien n'est plus vrai, Lemot rivo; * » parait avoir ete forme en grec du verbera© (je produis}... Genus a » ete employe dans ie meme sens... Les premiers naturalistes modernes » s'en sont aussi servis de meme. » / 352 NOTIONS PONDAMENtALES, LIV. IL CHAP. V. l'histoire des oursins et des pourpres des mers de la * Grece (1) , lorsqu'il distingue «la grande et la petite arai- gnee» (2), lorsqu'il enumere les oiseaux de proie connus de son temps (3), il entend, sans nul doute, parler, comme nous dirions aujourd'hui, des espeees, et il les designe par r«vu, Mais tournez quelques pages, et vous verrez le meme mot prendre un autre sens, tantot plus particulier, tantot plus general. Aristote l'applique parfois a des collections d'individus de meme espece, comme les abeilles ouvrieres et les deux rots qu'il * croyait se partager le gouvernement de la ruche (4). Ailleurs, au contraire, il F'etend a des genres, a des families, a des ordres : par exemple, a toutes les ecre- visses, a tous les crabes, a tous les serpents (5); et meme a 1'ensemble des quadrupedes vrvipares, des oiseaux, des poissons, des insectes, et des ostracodermes ou mollusques a coquilles (6;; i CCS ji.syaAoc OU u.eYiv TENH wcXXa. (Liv. V, III.) (2) T«v cJ's apayvscDv. .. Suo surt TENH : to jj.sv u.v.'Cqv, to $i to D.arrov. (Liv. IX, 63.) (3) Twv £e aer&v sari rcXsfova IlElNH; et un pell plus loin : TENH ££ twv Upcbcav... £«ca. (Liv. IX, Zi i et/j7.) (Zi) Eial£iF&NH twv aeXt-Twv ipXettt... o piv r^sao'vwv. (Liv. IX, 6/t.) (5) rEWH Kapxivcov m\ decraxav. (LiV. I, 7.)— To twv fyeavIl^NOiS. (ifcid.) ^6) ToO rENOYS t&v TSTpstTvo^cov fricov gal '(coctc'xcov. (Liv. 1, 7.) — rEHH jifyarft, . opviQuv,... ixMtov,. .. farpaxc^sppw,*.. tvTOf&av. {Ibid.) ponde MOTS GENRE ET ESPECE. 3 expression, c'est dans 353 upe qu'on le trouvera, precisement parce qu'il est le plu indefini, le plus vague de tous (1). QuandAristole veut opposer a l'idcede genre ou mien de groupe une notion plus particular 3 aduit Sp comme re'vo? par genus (*2), mais qum dans le sens metaphvsique et logique de que entendent les naturalistes. p:!&o<;, subdivision de revo?, est, dans le & pr un groupe plus par consequent, quand rlvo? est le genre naturel, l'espeee zoologique ou botanique (3) Pi dans un sens plus etendu sa subdivision eI^o§ pent < est ;me une collection d'especes, et c'est pourquoi nous voyons quelquefois Arislote, dans un groupe qu'il appelle :a en admettre d'autres qu'il de nom : Etovi £v scoo? (1) Comme comp.ement, au point de vue metaphysique, de ces remarques purement grammaticales, on peut consulter J.-B. Meyer, Aristoteles Thierkunde, Berlin, in-8, 1855. Voy. p. 372 : Ueber Realitat oder Idealitat des Systems. (2) C'est ainsi que dans le traite Des parties des animaux, le cha- pitre iv du premier livre porte ordinairement pour titre dans les editions grecques nsol ^svcus v.v\ si£ou?, et dans les traduction latines, De genere et specie. (3) On peut citer comme exemple le passage oft Aristote parle des mules (wtoW) deSyrie. a Ces mules, dit-il, ne sont point de la meme w espece que les mulcts ordinaires (ou/- oSsav faftS* to afao eiaos), » puisque ces animaux s'accouplent et que leur accouplement est » fecond.» {Hist des anirn., liv. 1, 7 ; traduction de Camus, Paris, hWr, 1783, t. I, p. 23.) (lx) Liv. 1, 6. -Camus, loc. bit., p. 21, traduit ainsi ces mo(s : 11. 23 ^ 1 « : \ \ • -■■' * I 354 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. V. •> L'espece zoologique et botanique n'ayant pas chez les Grecs cle nom qui lui soit proprc, n'en a pas non plus et ne pouvait en avoir chez leurs elegants copistes, Plinc et les aulres latins. lei meme, plus de terme qui corres- ponde, dans son acception plus particuliere, a El&a;, mais seulement genus, forme latine dc re'vos, prise lour a tour dans des sens tres varies. Plinc Feinploie indifferemment pour tous les groupes, pour la race, l'espece, le genre, la famille, la classe, et dans d'autres passages encore sans application a un groupe determine, et a peu pros comme on se sert dans noire langue du mot sorte dont espece et genre prennent eux-memes souvent la vague signification (1). I (( Espece qui renferme en elle d'autres especes. » l'homme comme un des etres auxquels ce mode de subdivision n'est pas applicable; e'est, dit-il, une « espece simple. » (Camus, ibid:) * (1) Void des exemples de ces divers emplois du mot genus: Dans le sens de race : Ovium summa genera duo, tectum et coloni- cum, Pline, Naturalis historice lib. VIII, lxxii (48). — Le mot summa montre que Pline etendait aussi, dans sa pensee, le nom de genus aux subdivisions. Dans le sens d'espece : Camelos... ; duo genera, Bactrim et Arabia? (Li&.VIII, xxvi). — C'est manifestement dans le meme sens que Pline, faisant une distinction que les modernes n'ont pas admise, dit : Leonum duo genera : compactile, et breve, crispioribus jubis {Lib. VIII, xviu).— Ce dernier passage, comme une foule d'autres, est presque une traduction litterale d'ARiSTOTE : r&u £s scm XtoYrw Ho, etc. (Loc. cit., liv* IX, 69). Dans le sens de genre ou de famille : Milvi ex accipitrum genere (Lib. X, xn). — Anserini generis sunt chenalopeces (Lib* X, xu). En fin, dans un sens tres general : Pene bestiarum generis struthio- Aristote cite Afi Apibus... solis ex eo genere hominum causa genitis (Lib. XI, iv). Le groupe dans lequel les abeilles forment une exception si utile a l'homme, est le genus inscctorum. MOTS GENRE ET ^ « J E, . 355 Quant au mot Species, Pline ne 1c d( son sens dinairc nour en f; d'Histoirc natu- Pour toujours d pt ordinaire de ee mot, la forme, Yapparence, la beaute; ee n'est jamais, en un sens particular, 1'espece on tout autre 8 d'animaux ou de plant III. I/introduction, en Histoire naturelle, du mot Sp dans ee sens particulier, date de la 1 fique, et s'est faite sous rinflucnce, dominante en philosophie, d'Aristote et des si longtemps pre Leur sin les universaux les conduisait a dis- partout, apres le genre, revo?, Yespece, e!£o<; ? mot qu'on ne pouvait mieux rendre en latin que pa Species qui eorrespond exaetement a Ik*q$ par sa signi fication propre, et meme aussi logiques (2) . par ses donnees ety ? (1) Et apres Vespece, la difference, le propre et V accident. La variete la nuance etles autres diversites rentrent manifestement dans ces derniers universaux. (2) De ces mots, E&« et Species, qui signifient egalement forme, apparence, et, dans un sens special, beaute, Fun estetymologiquement au verbe E0«, je mis, je regarde, ce que l'autre est a specio (moins usite que ses composes aspicio, conspicio, respicio , etc). Pour le sens des mots genus et species au moycn age, voyez surtout Albert le Grand, et particulierement les parties ci-apres designees de son immense encyclopedic : Opera, Lyon, in-fol., t. \1; Physicorum lib. I tract. I, cap. n et tract. II, cap. vi (chapitre oil l'auteur cxplique V 2 i 356 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. V. n faut de beaucoup qu'en passant de la phie en Histoire naturelle, le mot Espece, Species, y ai le sens que nous lui donnons aujour fication a ete longtemps beaucoup plu d'abord d'hui : etendue sa s pi Dans les anciens livres rits dans notrc lnnmip. 1p. ques botan de yevo; et de genus : on l'emploie pour trad expressions dont on 1 sement tous les sens : genre, et bien plus que donne arbitrairement et confu espece ification plus indefmie 'te. Parfoi de synom mots pent prendre indifferemment l'un pour l'autre; et da memes livres, on ne se fait pas scrupule d'appliquei a tour au meme groupe, dune page a l'autre, les de genre, de sorte, et ft espece (1). Ailleurs,on adopt dans nos habitudes aetuelles d'esp gage, po sembler pi • \ encore, comment on doit entendre que 1'espece est l'ouvrage de la nature, opus naturce est species); ett. VI, De animalibus, lib. I, tract. I, cap. u. « Genus dico, dit ici Albert (p. h, col. 2), sicut avium genus, aut » piscium... In avibus aulem sunt multce species..., et in piscibus » similiter, sicut piscis squamosus, qui multas habet species, cum » tamen sub genere piscium continetur . » — Voy. aussi plus bas, p. 370. (1) Voyez, comme exemple, YHistoire entiere des poissons, par Rondelet, traduct. fran^aise, Lyon, in-fol., 1558; l rc partie, p. 3G5 et 385, et 2 C partie, p. l. Les crustaces, les testaces et les invertebres nus sont d'abord les trois sortes, puis les troisespeces, puis les trots genres des poissons sans sang. C'est le mot genus que le traducteur rend tour a tour par sorte, espece et genre. MOTS GENRE ET ESPEGE. 357 sinon plu especes simples • \ unies en groupes de plus ppeles especes: tellement plus etendus, tous les divisions pri- maires d'un regne sont encore des especes, les especes generates ( 1 ) / Dans les livres ecrits en latin vers la meme epoque, on trouve usites , dans ces acceptions multiples, tantot species, tantot et beaucoup plus souvent genus, ou tout a la fois genus et species. Mots entre lesquel's plusieurs auteurs ne semblent mettre aucune difference, mais qui pour pas exactement synonymes Species est plus rarement que genus etendu aux groupes / • supeneurs ? dans les bons b En ipecies tendre de plus en pi deven une division de genus : Yespece sous le genre, comme on disait depuis longtemps en metaphysique, et comme on va bientot dire en Histoire naturelle, dans un sens special, derive de cette formule peripateticienne. Ce sens nouveau ressort nettement, des 1616, de quelques passages de Clusius (2) et de Columna (3), eontredits, il est vrai, par d'autres ou reparait la nomenclature con- (1) Guy la Brosse, De la nature des plantes, Paris, in-8°, 1628, p. 165. L'auteur range tous les vegetaux «sous sept generates especesw, dont quatre, ajoute-t-il, avaient ete jusque-la reunies par « les mai- tres » dans « l'espece generale des herbes » . (2) Void, comme exemple, un de ces passages, tire de l'histoire des crocus : « Duo primaria genera constituemus, dit Clusius ; singula » delude in suas species distribuemus. » Voy. Rariorum planlarum historia, Anvers, in-fol., 1603, p. 203. L'auteur ajoute, en marge, la distinction d'une variete, varietas, dans sa prima species. : (3) Minus cognitarum rariorumque stirpium &?p*at« , suivi de : ■ . I m 358 NOTIONS FONDAMENIALES, LIV. II, CHAP. V. fuse de cettc epoque ; et meme encore de la suivante ; car il faut venir jusqu'aux dernieres annees du xvn° siecle pour trouver des naturalistes qui rompent definitivement avec les vieilles habitudes de classification et de langage. Est-il meme alors un seul auteur qui sache s'en montrer toujours affranchi? Jean Ray, qui, dans des groupes generiques nettement etablis, classe deja des espeees methodique- ment enumerees, species in generibus; Jean Ray lui-meme 1 etend parfois ce dernier nom jusqu'aux divisions que nous appelons aujourd'hui ordinales et classiques : genus est encore pour lui plutot le groupe que le genre (1). Et Emmanuel Koenig, un des naturalistes qui, en son temps, ont le mieux senti la necessite cTasseoir enfin la nomenclature sue des bases fixes; le premier qui ait reuni expressement « la foule des individus en espeees : magna individuorum turba sub speciebus » ; qui ait fait de Fespece, en termes exempts de toute equivoque, divi du genre : dividitur genus in species une zara #7] (2) ; Koenig non-seulement donne aussi a genus une signification tres generate, mais, dans plusieurs passages, il etend le nom de species aux divisions elles-memes des De aquatilihus animalibus libellus, Rome, in-Zi°, 1616. C'est surtout dans ce dernier traite qu'est nettement indiquee, a plusieurs reprises, la subordination de species k genus. (1) Comme on le voit par le litre meme d'un des principaux ouvrages zoologiques de Ray : Synopsis methodica animalium qua- drupedum et serpentini generis, Londres, in-4% 1693. On trouve aussi dans ce livre : Genus cetaceum et meme Genus quadrupedum oviparorum (p. 51), aussi bien que Genus bovinum, genus ovinwm, etc. (p. 70 et suiv.). (2) Regnum vegetabile, Bale, in-A°, 1688, p. 68 et suiv. f MOTS GENRE ET ESPEGE. 359 t • ppell i eurs, des summa genera, comme il les peut-etre est-ee parce que les peGuliaria iera sont de beaucoim les plus nombreux, species Koen 12 (l'espece, et que eet auteur, quand il s'affranchit des for mystiques de la terminologie hermetique, s'exprime le plus souvent comme nous le faisons aujourd'hui dan pi Le seul naturaliste qui, a fait a la fin de ce siecle, se montre exempt de ces hesitations, de ces retours au passe, c'esl; notre illustre Tournefort (3). Avant lui, species et genus commencaient a etre habituellement appliques a l'espece et au genre ; chez luiils le sont toujours ; et species exelu- * sivement a l'espece, comme genus su genre. L'auteur a, en effet. le soin, avant de se servir de ces mots, d'en fixer (1) Regnivegetab. pars altera, Bale, in-Zr, 1696, p. 265 etsuiv. Les passages plus haut cites, et dont le premier est tire d'un cha- pitre intitule : De speciebus vegetabilium, sont eux-memesau nombre de ceux otle mot species est pris dansun sens tres etendu. Les species vegetabilium de Koenig sont meme plus generates encore que les especes generales de Guy la Brosse. Koenig n'en distingue que deux : arbor et herba. (2) La notion de l'espece est tres nettement exprimee dans une multitifde de passages de Koenig, ou pour mieux dire, elle l'est pres- quea chaque page du second des volumes plus haut cites; volume qui est, a proprement parler, un traite de botanique, ou, comme le dit l'auteur lui-meme, un traite de plantis in specie, c'est-a-dire, ici, des plantes en particulier. Koenig passe en revue les plantes connues de son temps, les repartit en pelits groupes pour chacun desquels vient, apres quelques remarques communes, l'enumeration des especes, precedee presque toujours de cette form ule: Species stmt. Sur Koenig, voyez plus haut, p. 2h. (3) Institutiones rei herbaria? Paris, in-k, 1700, p. SO, et passim. . ' - 360 NOTIONS FONDAMENTALES , LIV. II, CHAP. V. le sens par des definitions emploie d'autres termes, designer les groupes super et toujours les memes, pour disait encore dans temps de Tournefort (1), est pour gener C /tTk\ Aux li mites meme du o du • \ fort essaye done enfin de dissiper cette longuc confus de mots, dont la confusion dans les idees etait, memed les meilleurs esprits, 1'inevitable consequence : confi enim nominibus, omnia confundi necesse est (3). IV. On a dit de Linne, de son vivant et surtout sur sa tomberecemment fermee, et l'onn'a cessede redire depuis pres dun siecle, qu'il a cree, en Histoire naturelle, une (1) On a souvent distingue, en Histoire naturelle, selon les vues des scolastiques, trois genres, genera, ou mieux, trois groupes de plus en plus generaux : genus proximum, et quelquefois peculiare; genus in- termedium , et quelquefois subalternum; et genus summum, to [li^a ou ^s 7 tatov fevos d'Aristote. (Voy. p. 352). (2) Loc. cit., p. 51 et passim. (3) Linne, Syst. nat., derniere edit., loc. cit.; d'apres Cesalpin, Be plantis, Florence, in-Zi, 1583, Lettre dedicatoire. Le passage qui vient d'etre cite est attribue, dans quelques editions du Sy sterna, a Cesalpin; mais dans le traiteDe plantis, on lit gene- ribus, et non nominibus, et par consequent, la pensee est tout autre. Voyez la note de la page 362. MOTS GENRE ET ESPECE. 361 langue nouvelle (1); et cette assertion, a d )* tend son sens ue fini par etre acceptee comme cnos endant fort inexacte , du moins en litteral. La nomenclature binair bien moins une innovation qu'un per 11 en est de plus forte tres nette dn genre et de a ces deux degres de la fectionnement (2 raison, soit de la disti l'espece, soit de l'appl ification, des noms de genus et de species; progres si souvent attribues a Linne, mais pour lesquels on lui trouve, si Ton remonte aux sources, de nombreux devanciers. Linne dit : il v a cinq degresde classification de l'individu au regne ; le systeme a cinq membres pi cipaux, la classe, 1'ordre, le genre, l'espece, la vai" nque appropriata 5 ( genus, spe- propose, en rea- upe po que bonne foi inseparable d'une aussi haute superiorite de esprit. Par des citations empruntees a l'admirable traite (1) Condorcet, Eloge de Linne : Recueil des Eloges des Academi- ciens edit, in-12 de 1799, t. II, p. 122, et OEuvres, edit. gr. in-8 de 1867-1849, t. II, p. 340. (2) Mais si considerable, que ces mots nomenclature binair -e et no- menclature linneenne sont restes et resteront justement synonymes. Voyez ma notice intitulee : Des travaux de Linne sur la nomen- clature et la classification generate, Paris, in-8, 18W, p. 112. oologie f — Et aussi V Introduction histo- rique de cette Histoire naturelle generate , 1. 1, p. 72 et suiv. (3) Aphor. 155 des Fundamenta botanica, 1736, et de la Philoso- 362 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. V. De plantis, Linne, dans le Sysiema naturce, indique Cesalpin comme un desmaitres dontils'cst inspire l);et dans la Philosophia botanica, il dit formellement d nefor exagerant l'homma 'n t> son de\ r jusqu'a phia botanica, 1751 .—On lit variatio dans le premier de ces ouvrages, varietas dans le second. Voy. p. 308, note 2. Dans la Philosophia botanica, Linne eclaire le sens de ces cinq mots par divers exemples, tels que ceux-ci : Classis, Regnum, Ordo, Genus, Species, Provincia, Territorium, Parxcia, Varietas. Pagus. Voy. aussi Syst. nat., dernieres edit., preambule. Classis, ordo, genus, species (mais non varietas, parce que Tauteur n'entre pas dans les details), sont deja dans la premiere edition du Systema, mais sans la coordination et les explications par lesquelles 1'auteur a depuis complete et elucide ses vues. (1) Derniere edit. , loc. cit. — Dans le passage du De plantis que cite Linne, on trouve, non-seulement le mot or dines qu'il repro- duit, mais le mot classes qu'il omet. Nous retablissons ici la phrase telle qu'elle existe dans le texte original de Cesalpin, loc. cit., Lettre dedicatoire : uNisienim in ordines redigantur (plant w) , et » veluli castrorum acies disfribuantur in suas classes, tumultu et flue- » tuatione omnia pertarbari necesse est. » Linne, qui avait fait une etude approfondie de Cesalpin , et qui sa~ vait par coeur les passages principaux des ouvrages de ce maitre , les citait habituellement de memoire sans les verifier : de la les legeres inexactitudes que nous avons eu k relever dans cette note et dans la note 3 de la page 360. Sur Cesalpin et sur le De plantis, voyez V Introduction historique de cet ouvrage, 1. 1, p. Zt3. Linne efttpu et peut-etre du citer, apres Cesalpin, un auteur que j'ai mentionne plus haut (p. 358) comme un des devanciers de Linne, KOENIG, auteur des Regnum animate (1682), Regnum miner ale (1686), et Regnum vegetabile (1688-1696). Ce dernier livreest sans nul doute au-dessous de toute comparaison avec le traite De plantis; mais, tel qu'il est, il a droit a etre rappele ici. II serait facile, sinon de prouver, du moins de rendre tres vraisemblable , par le rapprochement des / MOTS GENRE ET ESPECE. 363 s 1 a ccr (levant lui : « T ourneforho debet botanice has » familiar urn limites (1). » Linne avail done ditde Tournefort precisement cequ'on a tant de fois repete de Jui-meme, et ce qui seraitplus vrai de lui que de tout autre \ car il est encore plus en avant de Tournefort que Tournefort ne Test de Ray et des autres naturalistes du xvn e siecle. C'est depuis Linne et par lui que la nomenclature, jusque-la variable au gre des auteurs, estdevenue fixe, et la meme pour tous. Ses cinq groupes, sous les memes cinq noms et dans le meme ordre de subor- dination, ont etc par tous reconnus comme les « cinq » membres du systeme». Et s'ils ne sont plus aujourd'hui les seuls, si d' autres degres de classification, d' autres pour les denommer, sont venus s'ajouter a ceux idmet e famille 9. ? et la additions textes, que Linne s'est utilement servi des ouvrages de Koenig en ce quieoncerne les degres inferieurs de la classification et la nomencla- ture correspondante, comme il l'a fait pour les divisions superieures, pour les tria regna natures (voy. Liv. I, Chap. I, sect. v). Le nom de Koenig, tres celebre en son temps, est tombe dans un oubli deja presque seculaire. En sens inverse, la posterite n'est pas plus juste envers lui que ses contemporains. (1) Log. cit.—On vient de voir que classis, genus, species, sont textuellement dans Tournefort : ordo y est remplace par sectio. II est a peine besoin de remarquer que , dans le passage de Linne auquel se rapporte cette note, familia signifie groupe, et non famille, comme nous l'entendons aujourd'hui , et comme l'entendait deja Ma- gnol, soit en botanique, comme on le sait generalement , soit en zoo- logie, comme on peut le voir dans la Prcefatio du Prodromus histories generalis plantarum, Montpellier, in-12, 1689. (2) Pour ces groupes, voyez le tome III, dont le premier livre aura pour sujet la classification. 7 i I * ' m ' -■ — - r ■■■ ' 364 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. V. nouvelles concordcnttoutes avec les vues de Linne, et on pu entrer dans le cadre trace par le maitre comme autan d'intercalations, dont la place y etait, en quelque sorie marquee a 1'avance et reservee pour l'avenir. Linne a done eu ici, comme sur tant d'autres points e fixer la science ; de l'asseoir sur les bases peu a peu placee, mais ou, meme apres To nefort bientot universellement obeie ? » formelle P en coutume op inobservee. A par b de / / pourquoi 11 a ici la preeminence devanciers. Tous, fut-celes plusillustres, sontdescendu devant lui au rang de simples precurseurs, et ses suc- cesseurs n'ont ete que jnstes en n'acceptantpas son juge- ment trop partial contre lui-meme, et en lui reportant l'hommage dontil avait honore Tournefort. « \/\/\/ \s \s w v v\y\y v\a/ sJ\S\S\S\S^> GHAPITRE VL i DEFINITIONS DIVERSES DE L ESPECE ORGANIQUE ET RESUME DES VUES EMISES SUR LES RAPPORTS DES ETRES ACTUELS AVEC CEUX DES TEMPS ANTERIEURS. Sommaire. — I. Multiplicity et variete des definitions de l'Espece, et des systemes d'idees qu'elles resument. — II. Ni Aristote, ni Albert le Grand n'ont defini l'espece. Vucs de Jean Ray. Definition de Tournefort. — III. Systeme de la fixite de l'espece. Vues gene- rales de Linne. — IV. Hypothese de Linne sur la formation de nouvelles especes, par fecon- dation hybride. — V. Systeme de la variabilite du type. Vues generates de Buffon. Sa premiere opinion ; son opinion definitive. — VI. Suite des vues de Buffon. Definitions de l'espece, basees sur la continuity indefinie par voie de generation. Opinions successives sur les resultats des croisements hybrides. — VII. Definitions d'A. L. de Jussieu, de Daubenton, de Blumenbach, de Cuvier et d'llliger. — VIII. Vues generales de Cuvier sur l'espece. Sa premiere opinion ; son opinion definitive. Sa definition de l'espece. IX. Vues generales de Lamarck. Influence pretendue des habitudes. Definition de l'espece considered comrae n'ayant qu'une existence relative et temporaire. — X. Vues generales de Geoffroy Saint-Hilaire. Elles concordent mieux avec celles de Buffon qu'avec cellcs de Lamarck. Hypothese de la filiation des especes actuelles et des especes elites perdues. XL Vues des auteurs actuels et definitions recemment proposees, au point de vue de la fixite, par Blainville, De Candolle , A. de Jussieu, A.Richard, MM. Bronn, Dumeril, Flourens, Morton, Straus, Vogt. — XII. Definitions de MM. Ghevreul et Godron. -— XIII. Doctrine admise dans cet ouvrage. Sommaire de la theorie de la variabilite limitee. XIV. Complexity inevitable de la definition de l'espece. Note bibliographiqtte complement aire. — Definitions diverses de l'espece. I r. L'espece est le groupe fondamental donne par la na- ture (1). Tout en part ou y aboutit; comme la variete qui en est une derivation accidentelle (2), et la race une derivation devenue permanente (3) ; comme la famille ou compagnie, la societe, Vagregat et la communante, qui en (1) Preambule du Livre II, p. 263, et Chap, i de ce livre, p. 207. (2) Chap, in, p. 306 et suiv. (3) Chap, iv, p. 333. Wi • • L -I ! 366 NOTIONS FONDAMENTALES, LlV. II, CHAP. VI sont des subdivisions naturelles (1) ; comme le genre qui est la collection des especes qui se ressemblent le plus ; comme les groupes supeiicurs eux-memes qui sont des collections de genres, par consequent, mediatemcnt, d'espeees (2). Si cela est, s'il n'y a dans la nature que des especes diversement considerces, tellement qu'il ne * reste, en dehors d'elles, que « des ombres » (3) ; on ne s'etonnera pas de voir la definition de l'espece placec par les maitres de la science au nombre des plus grands probl ernes dont l'esprit humain ait a se preoc- cuper. Aussi n'en est-il pas un seul, en Histoire natu- relle, dont la solution ait ete plus souvent, plus labo- rieusement cherchee. Depuis un siecle surtout, de Linne et de Buffon a Lamarck, a Cuvier, a Geoffroy Saint-Hilaire et a leurs disciples actuels, c'est une chaine continue d'efforts toujours renouveles ; si bien que nous pourrions a peine citer une seule annee qui n'ait eu, sinon son succes, du moins sa tentative de succes. Des innombrables definitions qu'ont introduites dans la science cette multiplicite d'efforts et, encore plus, la diversite des directions suivies par les auteurs, la plupart * ne sont que de simples variantes les unes des autres, ou ne different que par des nuances. Ailleurs la divergence des doctrines commence a se faire jour par des dissi- dences qui touchent au fond meme de la definition, ou meme elle se traduit par des diversites radicales , telles qu'il n'y a plus a concilier, mais a opler. et (1) Chap- ii, p. 281. (2) Chap, v, p. 349. (o) &UFFON, Histoire naturelle, . XIII p. viij, 1765 * J VUES OES AUTEIJRS SUR L ESPECE. 367 * Les definitions qu'on a donnees dc I'.espccc different aussi entre elles par Fordre dcs idees, par la nature des ■ notions clont elles derivent ; tantot simplement cmpiriques ; tantot scientifiques, particulierement physiologiques ; tan- tot, et le plus souvent, metaphysiqucs ou meme theolo- giques. En sorte qu'aux difficultes resultant de la diversitc des doctrines, viennent parfois s'en ajouter d'autres, nees de la diversite des points de vue que comporte la meme i doctrine. Et s'il est inevitable qu'il y ait discordance entre les definitions des ecoles opposees, ii est possible, et il arrive souvent, que celles qui ont cours dans la meme ecole ne concordent pas non plus entre elles. Le simple expose, la simple mise en regard des vues successivement emises sur l'espece, et dont toutes ces definitions sont autant de resumes divers, est deja un tra- vail qui ne manque pas de difficultes : les elements ne peuvent en etre reunis qu'au prix de longues recherches, et le resultat n'en vaut pas toujours ce qu'il a coute. Peut-etreest-cecequiexplique comment, tantd'auteui "S ayant emis et cherche a justifier des idees plus ou moins nouvelles sur l'espece, aucun encore ne s'est engage dans 'etude serieuse des travaux de ses nombreux predecesscurs. Rendre ici hommage a Linne, aBuffon, a quelques autres maitres, et discuter lours vues, est juste et bien, mais ne saurait suffire dans une question de cet ordre. Le plus grand est encore bien petit devant la grandeur de la nature ; et pas un homme, eut-il le genie de Buffon, fut-il Linne, ne resume en lui tout le savoir de son temps. Ce savoir, nous lc chcrcherons ou il est : non ehcz quelques-uns ; mais, sinon chez tous, car il est . \ ■ ; 368 NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. II, CHAP. VI. des auteurs au-dessous de toute critique, et qu'il convient dc laisser dans robscurite ou ils ont vecu ; du moins chez tous ceux qui ont laisse dans la science une trace durable parlours travaux, leurs essais ou memeleurs erreurs. I II. qui bien connu un grand nonibre d animalcs et vegetales, qui en ont exactement decrit plusieurs, ne nous ont laisse auciine definition generate de 1'espece. Aristote lui-meme, tout habitue qiul etait aux formes dela logiquela plus severe, ption. Eut-il habituellement designe par naturalistes (I), il serait encore loin ne fait pas exci ei&j les especes des d'avoir defini un groupe dont il se borne a detern valeur metaphysique, et a fixer lc rang parmi les i sauoo. Le chanitre souvent cite nepl vevous jcai.st^ De specie ■meme rien qui aille au dela ; n'etant,pour ainsi dire, dans le traite Des parties des animauoc, qu'un fragment philosoph dc faits une / g tomie. Ou le lieu et le titre sembleraient annonc( definition physiologique de 1'espece, on ne trouve que la definition metaphysique des universaux et une introduction a la theorie des substances. ({) Voyez la deuxieme Section du Chapitre precedent. On trouve, dans le traite De la generation, quelques remarques plus applicables a la question de Fespece, mais non encore une defi- nition de celle-ci. k! i ' VUES DES AUTEURS SUR L ESPECE. 369 L'espece n'a pas ete non plus defmie par les auteurs du moyen age et dc la renaissance scientifique : accou- tumes a suivre docilement les aneicns comme des maitres presque infailhbles, ce n'cst pas dans une question aussi difficile qu'ils pouvaient se porter en avant d'Aristotc. Nul d'entre eux ne l'a fait; pas meme Albert le Grand, quoiqu'on Fait souvent preter cette definition : « L'espece est la reunion des dit, ct qu'on ait ete jusqu'a lui dividus qui naissent les des autres ; les especes » constituent le genre I). » Albert aurait ainsi, « pour la premiere fois, deiini » l'espece, demontre le mecanisme par lequel on constitue » des genres (2), » et devance Buffon (3). Plus grande est l'autorite des naturalistes qui ont attribue a Albert ce double progres , plus nous devons dire qu'ils se sontlaisse entrainer, par leur juste admira- tion pour ce grand homme, jusqu'a l'exageration la plus jour dans extreme. Sans nul doute, la notion de l'espece s'etait fait i le vaste esprit d'Albert, mais jamais assez pour qu'il la formula! dans une definition aussi elle qu'on lui a attribute n'est nulle part dans qu'elle n'y peut Elle poserail aux mots genre etespeceh signification precise que nous leur donnons aujourd'hui en Histoire naturelle : celle. tres vasue, ou'ils ont chez Albert, est surtout meta- (1) Blainville et Maupied, Histoire des sciences de V organisation, Paris, in-8, 1865, t. II, p. 86. (2) Pouchet, Histoire des sciences naturelles au moyen age, ou Albert le Grand et son epoque, Paris, in-8, 1853, p. 279. (3) Blainville et Maupied, loc. cit. — Pouchet, loc. cit. u. 24 I NOTIONS FONDAMENTALES, LlV. ll, CHAP. Vl gen et Y&oi d'A 370 physique, et la meme, eomme vaient encore quatre siecles pi species d'Albert , c'est le yevo? Albert est le prince des scolas grand encyclopediste du xin 9 siecle : ne le faisons pa penser et parler eomme un naturaliste du xvnr\ L'espece n'a pas ete plus definie par les premiers suecesseurs d'Albert que par lui ; pas memo par les natu- ralistes de la renaissance scientifique. Pour trouvcr de son temp ne le faison (1) Deux ou trois exemples suffiront pour le montrer quant au mot genus, ie lesemprunteau principal des ouvrages d' Albert le Grand sur l'Histoire naturelle, De animalibus , t.VI des Opera, Lyon, in-fol., 1751. — « Simiarum genera multa suntvalde », dit l'auteur (lib. XXI, tract, i, cap. 3, p. 566); phrase oil genera signitie manifestement especes. Mais, plus bas, genus est non moins clairement le genre ou meme le groupe (la famille, la classe meme) : « genus simiarum » (page deja citee) ; « genus avium » (cap. 5, p. 569). Voici maintenant pour le mot species : « Arbores et herbce ab invi- cem altera sunt specie » (lib. XX, tract. n ? cap. 6, p. 561). — « Plus igitur quam specie {homo) differt a brutisn (ibid.). Assurement Albert n'a pas voulu dire seulement que Thomme et la brute, que le vegetal ligneux et la plante herbacee ne sont pas des especes du meme genre zoologique ou botanique. D'une epoque a l'autre, les memes mots ont souvent des sens tres differents. « Genus plures ambit species », dit Albert dans le meme chapitre, et la meme phrase, on la meme pensee en d'autres termes, se retrouvent, chez Albert eomme chez les seolastiques, dans de nom- breux passages qui, pris isolement, ponrraient induire en erreur des lecteurs peu familiers avecle langage de l'ecole. S'ils venaient a les traduire eomme ils le feraient des memes mots ou d'expressions ana- logues dans Linne ou dans un auteur moderne, ils tomberaient dans un de ces graves contre-sens dont nous aurons bientot a eiter un remarquable exemple. Voyez, page 372, un pretendu passage d'Albert sur 1'immutabilite de Fespece, qui n'est peut-etre pas d'Albert, etqui est, tres eertainement, etranger a la question de Fespece, k w i VUES DES AUTEIJRS SOU L ESPECE. 371 quelques idees justes sur l'espece et les pi definition, il faut descendre de jusqu'a la fin du jusqu'a Jean Tournefort. Le premier, dans VHistoria plantarum (1), entreprend de determiner en botanique quelles differences sont « specifiques», et quelles autres constituent de simples varietes : sa conclusion, tres nettement formulee, est trder comme de meme espece toutes de la meme semence et qui peuvent fonde done d ■6 prop plantes issues reproduire par semis. Ray de l'espece sur la commun gation distincte par la semence : « distinda propagat ex semine » . La definition de Tournefort, car ici il s'agit bien d'ui veritable definition, n'est qu'un essai sur lequel nous i is avance. Apn pas dans un siecle pi dit le genre se b de plantes qu ressemblent par leur structure, simili structura donantur, Tournefort appelle especes celles qui se distinguent dans par quelq « singulari distinguuntur a cmteris » (2). Definition qui / facile de laisse subs le voir, a la surface du sujet, et elle toutes les difticultes. Elle pendant d'etre tiree de 1'oubli secondairc (1) Londres, in-fol.* t. I, 1686 ; lib. I, cap. sx et xxi, p.ZiO etsuiv. (2) Institutiones rei herbarice, Paris, hWi, 1700, p. 383. C'est parce que Tournefort a le premier defini l'espece qu'il a, le premier aussi, determine le rang des principaux groupes de la classi- fication. Voyez le Chapitre precedent, sect. Ill, p. 360. h / •. 372 NOTIONS FONDAMENTALES, L1Y. II, CHAP. VI. Tournefort, mais encore en est-ee un, que d'avoir des lors pose nettement cette question : Quid speciei nomine? et d'avoir essaye d'y repondre. ■ Pouraller au dela et pour essayer de penetrer jusqu'au fond dela question, pour comprendre et faire coinprendre a tous que l'espeee n'est pas seulement un des groupes de la classification, un des termes de la hierarchic taxino- mique; qu'elle est, entre tous, le groupe fondamental, r unite premiere; il fallait plus que le xvu e siecle, plus meme que Tournefort. II fallait, dans le xvm c siecle, Linne et Buffon ; le genie moderne avec les inspirations de l'antiquite. C'est en prenant, l'un la Genese pour guide, l'autre Aristote pour maitre, que Linne et Buffon ont, les premiers, nettement emis, l'un au point de vue melaphysique et theologique, l'autre au point de vue phy- siologique, des vues qu'on n'a guere fait ensuite, durant un sieele entier, que reproduire sous d'autres formes, el non toujours sous de plus heureuses. Pour ces deux grands naturalistes, la notion de l'espeee est si bien la base sur laquelle doit reposer la science tout entiere, qu'ils jugent necessaire, avant tout, de s'en rendre maitr Les de se trouvent resumees au debut meme du Sy sterna naturce (1); celles (1) Observationes in Regno, tria naturce ; premiere page de hi l re edition du Systema natures, Leyde, in-fol., 1735, reproduite par Fee, Paris, in-8, 1830. Dans d'autres editions, les Observationes ;sont rejetees vers la fin ; par exemple, dans la septieme, Leipzig, in-8, 1748, p. 210, et dans laneuvieme, Leyde, in-8, 1756, p. 214. Dans les editions suivantes, les Observationes sont remplacees par le preambule Imperium naturce, ou ne se trouve plus reproduit Je passage sur Vespece. ) VUES DES AUTEDRS SUR L ESPECE. 373 de Buffon, en tete de VHisloire naturelle (1). Chacun d'eux place les siennes an frontispice de son monu- • ment. _ * III. C vain qu'on chercberait dans les ouvrages de Linne line definition proprement dite de l'espece : mais * ce qu'on y trouve, ce son!, reunis et resumes sous la forme la plus nette comme la plus concise, tous les ele- cette definition, telle que la concoit 'eoole de la iixite de l'espece. Linne de n'a pris, ni la, ni dep le de la formuler lui- eu qu'a I'extraire de y est des 1735 pourquoi la doctrine de la fixite ne d qu ait dit moy ni du Nous i d' Albert le Grand, ni de Cuvier; mais de verrons bientot que, dans la question de l'espece, Cuvier n'a fait, en notre siecle, que defendre, apres bien d'autres, une these deja vieillie. Quant a Albert, qui parait avoir ici procede d'Aristote (2), il ne savait (1) Hist, nat., t.H, p. 11; Illi9.— Ce volume est le premier del'Ilis- toire naturelle organique ; celui qui precede est la Theorie de la terre. (2) C'est ce qu'a deja fait remarquer M. Daremberg dans un article surl'ouvrage deja cite de M. Pouchet, insere dans le Journal des Debats, n° du 16 Janvier 185a. Voyez Artstote, Traite des parties des animaux , liv \ I , ch. 3. Les indications qu'on trouve dans ce passage sont extremement vagues. M. Meyer n'a pas meme cru devoir les relever dans son Aristoteles Thierkunde, Berlin, in-8, 1855. Vovez aussi la note qui suit. 37/i NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VI. encore, an moyen age, ni Fenoncer, ni surtout la soutenir. Des deux passages ou. Ton a cru trouver « expose » et meme « demontre » ce que Fecole de la fixite appelle « le grand principe de la science », Fun, qu'on pourrait croire decisif, n'a pu passer pour tel qu'a la faveur d'une meprise : il n'a pas meme trait a la question de Fespece (J)! Et Fautre, degage de ce qu'y ont introduit des interpretes trop portes a retrouver par tout leurs propres idees, se reduit a un de ces vagues apercus de la permanence de la (1) La phrase principale de ce passage est ainsi traduite par M. Hoefer, dans sa savante Histoire de la chimie, Paris, in-8, 1842, t. I, p. 362: « Les especes sont immuables et ne peuvent, a aucune condition, » etre transformers les tmes dans les autres. » Voilk done, ont dit plusieurs auteurs, la doctrine de V immutabilite de Fespece nettement formulee des le moyen age ! Et mfime, des l'antiquite ! eussent-ils pu ajouter; car l'auteur dit formellement qu'il emprunte ces paroles & Aristote : « Aristotelis verba » dicentis : sciant artifices alchimice rerum species permutari non w posse.v (De alchimia, dans les Opera, edit, plus haut citee, t. XXI, p. 2, et dans le Theatrum chemicum, Strasbourg, in-8, 1659, t. II, p. Zi'26.) Cette phrase d' Albert ou attribute a Albert (car il n'est nullement cer- tain qu'il soit l'auteur du De alchimia) peut sembler decisive. Mais qu'on Use le passage entier, et Ton reconnaitra aussitot qu'il ne s'agit nulle- ment ici de l'espece organique. Rerum species, ce sont ici les especes essentiellement differentes des choses, et le vrai sens est : Des choses essentieHement differentes ne peuvent etre transmuees les unes dans les autres ; si le plomb et le cuivre peuvent etre changes en or, e'est que ces metaux ne sont qu'une meme essence sous des apparences diverses. Ce passage du livre'De alchimia interesse done, non l'histoire dela question de l'espece, mais celle du polymorphisme chimique; et M. Hoefer lui a donne sa vraie place en le citant dans son Histoire de la chimie. Sur le meme passage et sur les vues qui y sont attributes a Aris- tote, voyez aussi la Bibliotheque des philosophes chymiques, Paris, in-12, 1672, Preface. VUES DK LTNNE SUR L ESPECE, 875 nature qu'on rencontre souvent ehez les suteurs du moyen age et de la renaissance, et que Jonston s'est plu a developper dans son curicux opuscule : Naturae constantia (1). (1) Amsterdam, in-2Zt ; 1632, livre ou Jonston, c'est lui-meme qu resume ainsi son oeuvre (page 1), entreprend de prouver eette these : « Falsum est mundum universaliter et perpetuo mere in deterius. » L'auteur, apres avoir dit que Pair, les eaux, la terre sont encore ce qu'ils etaient a rorigine, et avant de s'occuper, dans le meme sens, de l'homme et des societes humaines, cherche a etablir (Propos. IV, p. 31) que le monde organique n'a pas non plus degenere : non labitur in deterius. II y a, dans la demonstration de Jonston (page 38), un passage qui merite d'etre cite : « Eadem nunc simplicktm temperature*, » ecedem operationes, eadem animalium quce apud Aristotelem des- » criptio. » Trouverons-nous dans Albert une affirmation plus nette et mieux justifleede la stabilite de l'espece? On doit le supposer, puisque Blainville, M. Tabbe Maupied et M. Pouchet {locis tit.) ne donnent pas meme un souvenir a Jonston et au traite de la Constance de la na- ture, et qu'ils nous montrent Albert posant deja la science sur les bases oil, selon eux, elle doit demeurer. Je cite textuellement Blain- ville et l'abbe Maupied, a l'ouvrage clesquels (t. II, p. 85 et 86) M. Pou- chet renvoie sans y rien ajo titer ; « Albert, comprenant 1'impossibilite de la science sans la perpetuite des especes, soutient qu'elles sont perpetuelles comme le monde : i « Mundus totalis est perpetuus, semper in tempore permanens, nee » unquam in ullo tempore cessavit generare plantas et animalia j) secundum species plantarum et animalium, » Cette phrase, qui n'est, dans sa seconde partie, qu'une reproduction des versets 21, 2Zi et 25 du premier chapitre de la Genese, merite peu a son auteur Thonneur quelui out fait Blainville etsesdeux savants disciples. En supposant que species signiiiat ici espece, selon le sens moderne de ce mot, Albert serait deja moins affirmatif que Jonston : que sera-ce si Ton tient conipte de la multiple et vague signification du mot species dans les ecrits d' Albert ? (Voyez p. 370 et 874, notes.) On avail done attribue a Albert un titre dont rien ne justifle la ♦J I : ■ ! 376 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI. Aussi Linne, quand il traite de l'espece dans l'exorde du Sy sterna natum, ne part-il ni d' Albert le Grand, m de Jonston,- ni meme deRay (1), mais directement de la source ou ceux-ci avaient aussi puise: de la Bible. La premiere ou ceux-ci avaient aussi Genese nous montre, a deux reprises, « tous les animaux » de la terre et tous les oiseaux du ciel » minis sur le meme point du globe : « tout ce qui a vie, omne animce vi- ventisvfi), passe, le septieme jour de la creation, devant Adam qui dorme a chaque animal son vrai nom; et seize siecles et demi plus tard, « tout ce qui respire sousle ciel, cuncta in quibus spiraculum vitce est» (3), tout ce qui a survecu au deluge, se retrouve reuni, a la sortie de l'arche, devant Noe,le second Adam, commel'ont appele les Peres. Toute espece, selon Linne, est une suite, series, * ayant pour origine un de ces couples ou un de ces indi- vidus (4), deux fois mentionne's dans la Genese; et leur descendance leur ressemble encore aujourd'hui, non pas seulement par principaux traits de sa conformation, mais par tous. Car, dit Linne, « le semblable engendre » toujours son semblable, simile semper paritsui simile »; chaque generation repete la precedente, plus nombreuse seulement, sobqles parenti simillima; sans qu'aucune legitimite. La doctrine de la stabilite des especes concorde avec l'en- semble des vues d' Albert, et a pa etre dans son esprit : on en cher- cherait en vain dans ses oeuvres 1'enonce et les preuves. (1) Voyez page 371. (2) Gen., II, 19. — Et verset 20 : « Cuncta animantia^ et universa » volatilia cceli, et omnes bestias terrce. » (3) Ibid. 9 VII, 111. — Et chap. VIII, 17 : a Cuncta anirnantia... ex omni » came, tarn in volatilibus quam in bestiis et universis reptilibus. • . » (4) Un, pour les especes ou les sexes ne sont pas distincts. i VLJES DE LINNE SUR L ESPECE. 377 forme, aucune espece nouvelle seproduise ni aujourd 'hui, ni jamais; « nulloe species novce hodienum producantur ; » nulloe dantur novce species. » Et ceque l'espece est pour Linne en 1735 dans les premieres lignes du Systema naturae, elle Test encore pour lui en 1736, en 1743, en 1751 : . En 1736, dans les Fundamenta botanica, ou Linne resume sa doctrine dans cette proposition si nette et si ferme; dans cet aphorisme, comme il l'appelle : « Nous p.nmntnns nntant. d'psncces oa'il v a eu de formes diverses quot in prineipio En 17/i3, dans V Orotic de mto, ou Linne developpe ce habitabili / / 2) ; ou, de sa riche dition, il essaye de nous expliquer comment tous les indivi- dus actuels d'une espece sont sorlis d'un seul couple, « cree » au commencement descboses : initio rerum creatum*; E 1751, d Philosophia botanica ou il (1) Voici la phrase toutentiere; elle est trop importante pour que nous ne la reproduisions pas textuellement : a Species tot numeramus, » quot diversw formce in prineipio sunt creatce. » {Fund, hot., Aphor. 155, p. 18 de l'edit. originate, Amsterdam, in-12, 1736, 36 pages ) Linne ditaussi, dans les Fundamenia, Aphor. 132 : « Initio rerum - - . . . f'> »> ratio. » (P. 15.) (2) Et particulierement Y Aphor. 132 des Fandam. hot. que l'au- teur prend pour cpigraphe. Nous aurons a revenir a plusieurs reprises sur cette dissertation justement celebre. (3) Aphor. 157, p. 99 de la premiere edition, Stockholm, in-8, 1751, etdecelledeGiLiBERT, in-8, 1787 (reproduction, page pour page, deTedition original e). M \ i # * -. • i ■ 378 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI. reproduit etcommente I'aphorisme des Fundamenta; oil il conclut « qu'autantoo rencontre aujourd'hui de formes » on d'organisations differentes, quot diver see for mas seu » structures hodienum occur runt », autant il existe d'es- peces primitives et perpetuelles ; chacune des formes actuelles derivant d'une de celles que « l'fitre infini a » initialement produites », et qui ont subsiste a travers les temps, « toujours semblables a elles-memes ; plures at sibi » semper similes ». En sorte que tons les changements, tous les progres accomplis durant la suite des siecles, se reduiraient a un accroissement numerique; a la production de milliers de couples ou d'individus, au lieu d'un seul. Qu'est-ce done, pour Linne, que l'espece? La suite des individus nes les uns des autres, toujours semblables, et seulement de plus en plus nombreux. Definition qui n'est pas seulement selon l'esprit de la doctrine de Linne; elle se trouve a la lettre, mais pnrtie par parlie, dans ses deux principaux ouvrages : dans le Systema natures, et e'est par elie qu'il commence (1); et dans la Philosophia botanica; d'ou elle estpassee dans les livres de cette ccole, si longtemps maitresse de la science, aujourd'hui encore si puissante, qui ne voit dans la nature actuelle que la nature antique, toujours continuee, jamais modifiee, et dans le monde moderne qu'une image agrandie de l'Eden . (1) Dans la premiere edition (voy. plus haut, p. 372). 1 VUES DE LINNE SUR L ESPECE. 379 IV. Apres ce qui precede, il peut sembler singulier que nous croyions devoir poser cette question : Linne etait-il partisan sans l'especel reserves de la doctrine de la fixite de ? Non-seulement un des p de cette doctr et dira-t-on j mais le chef de l'ecole qui l'enseigne comment douter d'opinions a tant de reprises et si nette- ment exprime'es ? Species tot quot diver sat forma inprin- cipio; c'est pour Linne, « un aphorisme », presque un axiome. Nulla species nova; c'est une des consequences * qu'il s'attache le plus a mettre en lumiere. Mais Linne n'a-t-il jamais professe que cette doctrine On a reproche a Buffon si •) s contradictions rait-il pas eu aussi les siennes ? Et le meme naturahste qui se fait si manifestement, dans ses principaux ouvrages, lcdevancier de Cuvier et de Blainville, serait-il, dans ses opuscules , le precurseur de Lamarck et des partisans modernes de la variabilite? Deux auteurs recents, Gerard et M. de Quatrefa hesite a donner a Linne ce dernier 1). Selon Gerard, Linne aurait « » reelle de l'espece consideree c< doute de 1' existence mme tvpe de l'unite (1) Gerard, article Espece du Dictionnaire universel d'Histoire na- Quatrefages, Couvs d' anthropologic, ") turelle, t. V, p. Zi30; 18M. publie dans le journal la Science, par M. Delaborde, ann. 1856, p. 589. ■ ' A ■ I : 380 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI. » organique ». Apres ce « reformateur de la science », njoute Gerard, « vient Lamarck. » Scion M. de Quatrefages, Linne n'a pas seulement doute de la fixite, il l'a niee; il a ete jusqu'a regarder l'espece « comme indefmiment variable »; jusqu'a ne voir dans « toutes les especes d'un meme genre » ou mieux « d'une meme famille (car le genre linneen est la famille » de nos jours) », « que des varietes d'une espece principale » appartenant a ce genre ». Telles sont, dit M. de Quatre- fages, les idees, maintenant reconnues fausses, aux- quelles Linne avait ete conduit par ses etudes sur les hybrides, et par lesquelles il a ouvert les voiesouse sont depuis avances Lamarck et Bory de Saint-Vincent. Le passage d'apres lequel Gerard et M. de Quatre- fages ont attribue ces vues a Linne, est de 1762; et ils eussent pu s'appuyer sur un autre, anterieur de trois ans, ou elles sont deja tres explicitement presentees. Tousdeux 1 ) . Dans ces deux passages, fontpartie des Amcenitates Linne emet, « a titre d'hypothese », dit-il, un «soupcon » depuis longtemps nourri », et qu'il formule ainsi : « Toutes les especes d'un meme genre auraient constitue a » l'origine une seule espece, ab initio unam constituerint » speciem » ; elles se seraient ensuite multipliees par des « generations hybrides (2). » Ce passage est aussi clair que possible : il n'y a ici * (1) Generatio ambigena, these de Ramstroem, Upsal, 1759; dans les Amam., edit. d'Erlang, 1789, t. VI, p. 1. tificationis, these de Gr^eberg, Upsal, 1762 fi volume, p. 216. fructific; Amcen., he. cit., p. 296. Plus loin (p. 300), I'auteur etend ses vues a Yordre nature! tout i I •*F« •) VUES DE LINNE SUR L ESPECE. 381 ■ qu'a traduire, et non a interpreter. II n'est pas douteux que Linne, de 1759 a 1762 (1), inclinait a admettre l'existence d'une multitude d'especes plus ou moins * reeentes : mais de quelle origine? et comment produites? Par Yhybridite, et non, selon une expression souvent usitee a la meme epoque, par degeneration ou degene- rescence; par le melange, suppose fecond, des types d'abord existants, et nullement par leur alteration sous l'influence du climat et des circonstanees. Pour Linne, meme ici, pas d'especes derivees, distinctes par des caracteres propres et nouveaux; mais seulement des espeees mixtes, resultant de combinaisons plus ou moins variees des caracteres originels. Est-ce la la doctrine de la variabilite, telle que nous allons la voir inauguree, precisement a la meme epoque, par notre immortel Buffon ; telle qu'elle a ete concue et developpee par Lamarck, ou encore par Geoffroy Saint- Hilaire et son ecole? L'existence d'especes mixtes ou in- termediaires, produites par des generations hybrides,est une hypotbese ; l'existence d'especes derivees, resultant de modifications graduellement produites et devenues bere- ditaires, en est une autre, radicalement distincte de la I entier. — Nous laissons ici de cote les vues de Linne sur le role du pere et celui de la mere. (1) Et, tres vraisemblablement, plus tot : non-seulement des 1759, date de la these de Ramstroem, mais, au moins, des 1757, comme on va le voir (p. 383, note). Quand Linne emet ses vues, en 1759, c'est en des termes qui te- moi^nent d'une grande confiance dans son hypotliese. L'avenir f< dies quce ostendet. i ^ . , v'"" A 382 NOTIONS FONDAMENTALES, LlV. H, CHAP. VI. premiere. Toutesdeux sans doute conciliates, mais logi- quement independantes : celle de Linne peut etre demon- tree fausse, sans que celle de Buffon et de Lamarck soit en rien atteinte, comme la faussete demontree de celle-ci laisserait intacte la question de la fecondite des hybrides. Les vues emises par Linne, en 1759 et 1762, ne sont done nullement celles de Lamarck et de Fecole modernc de du abilite. Mais elles n'en sont pas moins ttention, et cette ecole est fondee acquiescement a ses doctrines, du i a v voir, im e atteinte, et des pi portee aux docti par pari meme de principal defense absolu, et par excellence, durant un quart de siecle, de rimmutabilite du typ duction puisqu'il cherclie a 1'expl de nouvelles cspeces, e par doute tout, ce qu'il avait affirme. Ou il a \ obtenue, il ne reste plus, de son propi ? qu'une questioi faut une preuve d qu pas peine jamais explique une difference bien digne cependant d'at- tention, entre les premieres et les dernieres editions du Sy sterna natures.. A partir de la dixieme, si profondement remaniee par son auteur, qu'on peut presque la dire une oeuvre nouvelle, on cherche en vain la proposition : nulla? species novce, ettoutle passage si remarquable dont Linne de de conclu* finales. Pourquoi? Nous l'apercevons maintenant i , --■-.. . , I VUES DE BUFFON SLR l'eSPECE. 383 tres clairement. Dans ce qui avait ete pour lui, pendant la notion i'ondamentale , Linne ne voyait vingt ans, plus qu'une hypothese hasardee , et il l'eiTaeait de son livre CI Y. Ge que Linne est pour le systeme de la fixite, Button l'est pour le systeme contraire; e'est dcpuis YHistoire naturelle, et par elle, que ce dernier a pris rang dans la - science. Sansdoute, desl'antiquite, plusieurs philosophes avaient vaguement imagine qu'une espeee peut se transformer en une autre : cette doctrine parait avoir ete, des le vi e siecle avant notre ere, celle de l'ecole ionique, et Ton peut ainsi la faire remonler, aussi bien que le systeme de la fixite, jusqu'a l'origine des etudes philosophiques. Sans doute aussi , la meme doctrine avait reparu a plusieurs reprises, au moyen age et dans les temps modernes : elle est dans plu- sieurs livreshermetiques, ou la transmutation des espcces animates et vegetales et celle des metaux sont comme le complement l'une de l'autre. Dans les temps modernes, elle est encore chez quelques philosophes, et surtout chez Bacon dont la hardiesse est ici extreme. Admettant comme jn principe |uelquefois que les plantes de point de plantes d'une autre espeee », Bacon ne craint pas de passer des (1) C'est en 1757 que Linnc a remanic la dixieme edition du Systema natures. Elle a paru en 1758 et 1759. y v . I ■ s I 38/i NOTIONS FONDAMENTALES, L1V . II, CHAP. \I lors de la theorie a Implication : il essaye, en 1635, de donner des « regies » a 1' art de changer « des plantes d'une espece en plantes d'une autre espece » (I) ! que sont de tels apercus quand nulle etude I serieuse n'y a conduit et ne les justifie ? De simples con- jectures qui, en temoignant de la hardiesse ou de la temerite des esprits ou elles se sont fait jour, restent presque sans influence sur la marche de la science ; c'est (1) Sylva sylvarum, or a Natural History, Cent. VI. Le titre de 1'article dans lequel se trouve ce passage en resume Men la pensee : Experiences et observations sur les plantes qui degenerent et se con- vertissent en plantes d'une autre espece. Traduction de Lasalle, Dijon, in-8, t. VIII, p. 304. Voyez aussi la Nova Atlantis, Bacon, supposant realises, dans son ile imaginaire, tous les progres qu'il entrevoyait dans 1'avenir, ne manque pas d'y placer de vastes jardins d'experience ou, a l'aide de methodes appropriees, on « transforme les arbresou les plantes d'une » espece en vegetaux d'une autre espece. » (Trad, de Lasalle, t. XI, p. Zi59.) Le texte latin est plus concis, raais non moins explicite : « Flantas », dit Bacon, « ex una specie in aliam transmutamus. » (Edit, des OEuvres philosophiques deBACON, par Bouillet, Paris, in-8, 183/i, t. Ill, p. 197.) Nousaurons a revenir sur les commentaires que Lasalle a ajoutes a sa traduction, et sur la consequence extreme qu'il indique etqu'il semble, a tort, attribueraBacon. Au nom de Bacon devrait etre ajoute ici celui de Pascal, partisan de la variabilite du type , et meme de la variability la plus illimitee, s'il etait vrai qu'il eut ecrit : « Les etres animes n'etaient-ils, dans le principe, que des individus in formes et ambigus, dont les cir- constances permanentes au milieu desquelles Us vivaient ont decide originairement la constitution? » Cette phrase a ete attribute a Pascal par un tres grand nombre d'auteurs recents ; mais est-elle bien de lui? Je l'ai en vain cherchee dans ses ceuvres; et M. Faugere, qui en a fait une si profonde etude, a bien voulu entreprendre , a ma demande, une nouvelle verification, dont le resultat a ete de meme negatif. VUES DE BUFFON SUR L ESPECE. 385 a peine si dies meritent, Bacon des excepte, que les natu- res en conservent le souvenir. Quant a De Maillet, fait naitreles oiseaux des poissons volants, les reptiles poissons rampants et les hommes des Iritons, scs 3ries, en partie renouvelees d'Anaximandre, out leur place marquee, non dans l'histoire de des aberrations de l'esprit Buff on pom apres Bacon dans l'ordre des temp n'en est d'ailleurs nullement le continuateur : procede ne que de lui-mcme, lorsq arrive a la doctrine de la variabilite des types organiqucs ; lorsqu'il la proclame a son tour, apres de longues hesita- tions au milieu desquelles on peut suivre le travail d'une grande intelligence, se degageant peu a peu du joug des opinions regnantes pour chercher le progres, pour etre elle-meme (2). Mais, de la, dans rinterprctation de l'oeuvre de Buffon . difficultes > iu milieu desquelles les auteurs s< Buffon, d'une parlie a Fautre del'// je completement d'opinion et de Ian a ce point que les partisans comme les adversaires du (1) Pour De Maillet, voyez Telliamed (anagramme du nom de l'auteur), l' c edit., Amsterdam, in-8 (imprime en 1735, public, seu- lement en 1768), Sixieme journee, t. II, p. 128; et l 2 e edit., in-12, la Haye, 1755, t. II, p. 159 et p. 177. Je mentionnerai ulterieurement d'autres systemes d'une date poste- rieure, qui le disputent en absurdite aux conjectures de De Maillet. #< # Sainl-Hilaire, 1837; notice inseree aussi dans les Fragments biogra- phiques , Paris , in-8, 1838. — Voy. aussi les Comples rendus de I' Academic des sciences , t. II, p. 521 ; 1836. IT. 25 I r 386 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II . CHAP. VI. * systemc de la fixite se sont cms et se croient encore au- tolyses a revendiquer Buffon commc un des maitres et des chefs de leur ecole (1). Et les uns et les autres, en apparence, avec des droits egaux. Quel auteur s'est jamais plus fermement prononcc que Buffon en faveur de rinvariabilitc de 1'espece? Ou rencontrer une declaration plus expresse que cclle-ci : « Les especes, dans les animaux, sont toutes separces par » un intervalle que la nature nc peut franchir » (2) ; et que cettc autre : « Nous la verrons dictant ses lois (1) Voici, comme exemples, ce que disent de la doctrine de Buffon sur 1'espece, d'une part , les auteurs de YHistoire des sciences de I' organisation, en 1845 ; de l'autre mon pere, en 1837 : « Pour Buffon, rien n'est plus certain dans la nature que Vimmu- » tabilite des especes... La distinction des especes est etablie par la » nature meme, et elles ne sont pas sujettes a degenerer... Les bornes » de chaque espece sont certaines, constantes. » (Blainyille et Mau- pied, loc. cit., t. II, p. 464.) « Suivons Buffon... dans les idees qu'il a emises sur une question » plus grande encore.... C'est celle de la transmutation des formes w animates, consideree comme dependante de changements dans les » milieux ambiants. ... La question de la mutabilite possible des especes » a ete decidee en sens contraire par Buffon... et par Cuvier.» (Geof- proy Saint-Hilaire , article deja cite sur Buffon; Fragm. biogr., r p. 65 et 67. Voy. aussi les Etudes progressives, in-4, 1835, p. 104.) Sur les opinions de Buffon, voyez aussi Quatrefages, loc. cit. Et surtout Flourens, Buffon ; Histoire de ses travaux et de ses idees, Paris, in-12, 1844, p. 83 eftMiiv. (2) Hist, nat., t. V, p. 59; 1755. -Buffon avait deja dit, en 1749, t. II, p 11 J « Nous avons suppose que, pour constituer une espece, »il fallait une predisposition continue, perpetuelle, invariable. » Mais il s'agit ici particulierement de la ressemblance du produit aYec ses parents, quand ceux-ci sont de meme espece. Voy. plus bas, Sect. VL VtJES DE BtJFFON StR L ESPECE. 387 pies mais immuables, imprimant sur chaque espece ■ caracteres inalterables (1). » Line autre part, ou trouver la variabilitc de Mais, d l'especeplus formellement, plus hardiment affirmee dans ce passage : « Combien d'especes s'etant denaturees, e'est- a » perfectionnees ou degradees paries grandes vieissitudes dire » de la terre et des eaux, par l'abandon ou la culture de » la nature, par la longue influence d'un climat devenu » contra ire ou favorable, ne sont plus les monies quelles * » etaient autrefois (2) ! » Et dans cet autre qui fait suite au precedent : « On sera surpris de la promptitude avec laquellc les » especes varient, et de la facilite qu'elles ont a se cttna- » turer en prenant de nouvelles formes » («S) ; Et dans cet autre encore : « Apres ce coup d'ceil sur les alterations particulieres » de chaque espece , il se presente une consideration » plus importante et dont la vue est bien plus etendue : * » e'est celle du changement des especes m&mes; e'est cette » degeneration plus ancienne et de tout temps immemo- » riale, qui par ait s'dtre faite dans chaque famille (4) . » Ce dernier passage est extrait d'un article trcs etendu i (1) Tome Vt, p. 55; 1756. (2) Tome IX, p. 126 ; 1761. (3) Ibid., p. 127. — « 11 tie serait done pas impossible, ajoute » Buffon, que, meme sans intervertir Tordre de la nature, tous ces » animaux du nouveau monde lie fussent, dans le fond, les memes n que ceux de Fancien , desquels ils avaient autrefois tire leaf < * n ongine. » (4) Tome XIV, p. 335; 1766 / i i ( . 388 I NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI. dont le titre est par lui-meme tres significatif: De la * degeneration des animaux, et qui n'est rien nioins qu'un expose general de la doctrine de la variability de l'espece sous 1'influence du climat et de la nourriture (1 Buffon ne craint pas d'y formuler, en essayant de les j ustifier , les propositions les plus hardies ; de les appliquer aux quadrupedes eux-memes, « ces espeees majeures » dont, selon lui, « 1'empreinte est la plus ferme et la nature la plus fixe » (2) ; et de dire : Nous que les deux cents espeees dont » nous avons donne l'histoire peuvent se reduire a un » assez petit nombre de families ou souches principals, » desquelles il n'est pas impossible que loutes les autres » soient issues (3). » Outre ces passages ou Buffon se montre tour a tour aussi ferme en un sens que Linne, et aussi hardi dans (1) c< Les trois causes de changement, d'alteration et de degenera- » lion dans les animaux sont, » dit Buffon, « la temperature du eli~ » mat, la qualite de la nourriture et (pour les animaux domestiques) » les maux de l'esclavage. » (Ibid., p. 3170 r (2) Epoques de la nature , dans le tome V des Supplements, p. 27; Buffon, Hist, nat., t. IX, p. 126, avait dejk exprime la meme pensee, et en partie dans les memes termes. (3) Hist, nat., t, XIV, p. 358. — « On remarque ordinairement » (dans les families, c'est-a-dire dans les genres), avait-il dit deja (p. 335), « une souche principale et commune, de laquelle semblent » etre sorties des tiges differentes et d'autant plus nombreuses que » les individus, dans chaque espece, sont plus petits et plus feconds. » Dans son ouvrage sur les Oiseaux, Buffon fait quelques applica- 1778. Voy., par exemple, t. II, p. 356 et tions de ses vues a cette classe. 360; 1771. Buffon ne voit dans les faisans dore et argente que des races deri- vees du faisan ordinaire. H VUES DE BUFFON SUR l'eSPECE. 389 l'autre que Bacon, il en est ou Button se place entre deux ; admettant tout a la fois, pour les especes, la per- manence, mais reduite aux traits essentiels de l'orga- nisation, et la variability mais renfermee entre d'etroites limiles. Cette doctrine mixte est manifestement celle de Button, lorsqu'il dit : « L'empreinte de chaque espece est un type dont les » principaux traits sont graves en caracteres ineffacables » etpermanents a jamais; mais toutes les touches acces- » soires varient (1 ) . » Et encore : « La forme mstitutive de chaque animal s'est con- te et sans alteration dans ses principales individus de chaque genre represented ujourd'hui les formes de des premiers siecles, dans les especes majeures ; car les especes infe eprouve d • \ ble les » effets des differentes causes de degener doncincontestablement, dansl'oeuvre de Button deux V de la philosoph On a reproche a Button, et fort durement, ces diver- sites d'opinions, ces « contradictions avec lui-meme»; on Fa represente comme changeant sans cesse de doctrine ; (1) Hut. naL, t. XIII, p. ix ; 1765. (2) Epoq. de la nat., SuppL, V, p. 27; 1778. La nature, dit aussi Buffon, ibid., p. 3, « se prete a des mutations » de matiere et de forme ». Mais il s'agit ici de la nature en general, et non, en particulier, de la nature vivante; du globe terrestre tout entier plut6t que des animaux et des vegetaux qui le peuplent. J J. ' -. ■ .. i a *■ * ■ * • ,"• ' ' 390 NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. II, CHAP. VI. comme llottant pour ainsi dire d'un pole a l'autre, au gre des circonstances, et parfois par des motifs personnels et trop au-dessous de la majeste de la science. Accusa- tions injurieuses dont Pallas lui-meme a eu le malheur de se faire l'organe contre le grand naturaliste qu'il avait si souvent pris pour modele (1) ; et qui ont trouve de nom- breux echos dans les dernieres annees du xvm e siecle (2) jusqua nos jours. Que fallait-il cependa mliquer, d'une manie pour diene de mettre a neant, pour de sa pensee? Mettre Buffon, les vai de chaque passa sa date. Ou se trouvent les passages dans lesquels Buffon affirme l'immutabilite des especes ? Au debut de son oeuvre : est de 1755 pr olume sur 1 u Buffon par (3) vues de Linne, sont les deux suivants, et ils ont paru 1755 et 1756. De quelle date sont ceux ou Buffon se pr de 1766. Et ceux . il la limite ? De Buffon ne se contredit nonce pour la variability ? De 1 7< ou, apres 1 'avoir admise et proc 1765 a 1778. Ce qui peut se traduire ainsi : (1) Pallas va, dans le 12 e fascicule des Spicilegia zoologica, p. 20, jusqu'a faire a Buffon l'application injurieuse d'un passage de Lucain contre Cesar, qui se termine par ce vers : Gaudensque viam fecisse ruina. Nous ne pouvons que nous associer aux justes reflexions que M. Roulin fait a ce sujet dans I'article Chevre du Dictionnaire uni- versel d'Histoire naturelle, t. Ill, p. 50k ; 1843. (2) Nous avons dit ailleurs (t. I, p. 82) de quels sentiments etait alors animee envers Buffon la majorite des naturalistes francais I (3) Tome IV de VHistoire naturelle. ) VUES DE BUFFON SUR L ESPECE. 391 pas, il se corrige. Et surtout, il ne flotte pas; il va, line fois pour toutes, de l'une a l'autre opinion ; dece qu'il avait admis au point de depart, sur la foi d'autrui, a ce qu'il reconnait, apres vingt ans d'etudes, pour leprogres et la verite. Et si, dans son effort pour reagir contrc les doctrines regnantes, il a ete d'abord, comme tout nova- teur, entraine au (tela du but, il essaye aussitot d'y reve- nir et de s'y fixer. Nous n'interpretons pas, nous cxposons; et d'apres Buffon lui-meme. Qu'on jette les yeux sur cette Table generate des matieres,ou Buffon , a la fin de son Histoire nalurelle, reunite! resume tout ce qu'il en veutconserver : les passages affirmatifs del'immutabilite dcl'espece, comme ccux qui la nient sans reserve, sont egalement passes sous silence; et la doctrine de la permanence des traits prin- cipaux, de la mobilite de toutes les touches accessories, est seule indiquee, comme seule aussi elle se rctrouve, f onze ans plus tard, dans les Epoquesde la nature (1). Telle est done la veritable doctrine de Buffon : celle qu'il cherche jusqu'a ce qu'il l'ait trouvee : et quand il l'a fait, il s'v arrete : car alors seulement il sait ou il croit savoir « l'ordre des temps » (2). VI. II est bien remarquable qu'au milieu de ces variations d'opinion, il reste un point sur lequel Buffon ne change (1) Lc tome XV de V Histoire naturelle, dans lequel est la Table, a parti en 1767; les Epoques de la nature sont de 1778. (2) Expressions de Buffon, Ep. de la rial., loc. cit., p. 28. i x r 392 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VI. jamais. Ce que tant de naturalistes ne eomprennent pas encore un siecle apres lui, Buffon l'apercoit tout d'abord, et le reconnait toujours : la necessite logique d'nne defi- nition positive et physiologique de 1'espece. Buffon se garde bien de fairedel'immutabilite quand il y croitavec Linne, on de la variabilite quand il est arrive a l'admettre, l'element principal de sa definition ; il la base sur ee qui fait, independamment de tout systeme, l'esscnce meme de 1'espece: lacontinuiteindefmieparvoie de generation, et la similitude hereditaire. Buffon a compris >< qu'il fallait un caractere positif pour 1'espece » , comme le dit M. Flourens (1); et si je n'ose ajouter avec lui (2), en presence de graves difficultes encore irresolues, que « Buffon nousadonne » ce caractere positif ', au moins a-t-il le merite d'avoir clairement montre la voie dans laquelle nous devonsle chercher. Et . il l'a fait le premier; car il faut la vive lumiere dont il l'a cclairee, pour y reconnai- tre les traces indistinctes de quelques efforts anterieurs ; si faibles encore, si hesitants, qu'ils ne meriteraient pas d'etre mentionnes s'ils n'avaient Aristote pourauteur(3), et s'il n'y avait lieu de penser que Buffon s'en est inspire. Quant a Albert le Grand, dont on a voulu faire ici un devancier de Buffon, comme ailleurs de Linne (/t), nous v ne rencontrons chezlui que de vagues indications d 'apres Aristote, dont la pensee, si obscure deja dans ses oeuvres, (1) Loc. cit., p. 102. (2) Ibid., p. 101. (3) Voy. le traite Des parties des animaux, liv. 1, Chap, in et iv. On pent trouver aussi quelques indications dans le traite De la gene- ration. (lx) Voy. Blainville et Maufied, loc. cit., t. II, p. 86. r . VUES DE BUFFON SUR L ESPECE. 393 acheve de s'eteindre dans les verbeux commcntaires de son C'est parce que la definition de Buffon est positive et independante de toute hypothese, qu'il a pu la concilier avec les systemes qu'il a suecessivement adopt.es, et, sur ce point du moins, n'avoir, du commeneement a la fin de son oeuvre, qu'un seul et meme langage; qu'il a pu dire des 1749 : « On doit regarder commela meme espececelle » qui, au moyen de la copulation, se perpetue et conserve » la similitude de cette espece? (I); repeter en 1753 : « L'espece n'est autre chose qu'une succession constante »d'individus semblables et qui se reproduisent » (2); et redire encore en \ 765 : « L'espece est une collection ou » une suite d'individus semblables (3). » Quand Buffon a il ne s'eiait encore nanence du type : il ecrit le premier de ces passa prononce ni pour ni contre la per etait partisan de l'immutabilite quand il a ecrit le second, de la variability quand il a ecrit le troisieme : et ce- pendant, qu'est-ce que le second nouvelle du prer abregee des deux • \ une redaction on une forme fait a plusieurs reprises la theorie de pece, n'en refait done jamais la definition qu'il l'a placee, des l'origine, en dehors d vant des hypotheses. Et apres ce merite, Buffon en a un auti par (1) Hist, nat., t. II, p. 10 et 11. (2) Tome IV, p. 386. — « Et qui ne peuvent se meler », ajoute Buffon dans une autre phrase du meme passage. (3) Tome XIII, p. j. tv * 1/ : I ! r 394 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI. a conscience que sa definition est vraie dans toutes ses par ties, il sait comprendre aussi qu'elle n'est pas suffisante qu'elle laisse subsister des difficultes, et de Ires graves La premiere est celle-ci : Comment sera-t-il possible, ? l'on s'en tient a la definition de Buffon, de distingucr le especes de ces autres« suites d'individus semblables» que nous appelons des races ?Celles-ci aussi se perpe'tuent parent des simpl 3st par la meme qi ». Toutefois leur pas d'un autre ord perpetuite o des especes En second lieu, si la definition est vraie, sa contre- partie l'est-elle egalement? Et devons-nous en effet a Buffon « le caractere positif » ou, comme on l'a dit aussi, « le criterium »de l'espece? A la fecondite indefinie des unions entrc individus de meme espece, peul-on opposer l'infecondite ou la fecondite tres limitee des unions entre individus d'especes differentes? Oui, disent les auteurs, et plusieurs d'entre eux croient avoir mis hors de doute, par leurs observations ou meme par leurs experiences, ce qu'on a appele le principe de Buffon. Mais ce pretendu principe n'est pas meme, chez lui, une opinion constante; elle est la sienne au commencement de ses etudes ; elle ne Test plus, lorsqu'il arrive a la maturite de son savoir. 11 avait dit en 1749 : « On doit regarder comme des » especes differentes celles qui ne peuvent rien produire » ensemble » , ou dont ne resulterait « qu'un animal mi- » parti » qui « ne produirait rien » (1). Voila, sans nul (1) Hist. mt, 9 t. II, p. 11, 17Zi9; a la suite et comme complement de la premiere definition de l'espece. VUES DE BUFFON SUR l'eSPECE. 395 doute et tres nettement exprimee, ce qu'on a appele doctrine de Buffon ; et, pendant quelques annees, il i laissc eehapper aucune occasion de la reproduire et de developp Mais, plu tard d'affir doute, et plus tard encore, du doute passe a la negation. « II est certain, dit-il, par tout, ce que nous venons d'ex- » poser, que les nutlets en general, qu'on a toujours ac- » euses d'impuissance et de sterilite, ne sont cependant » ni reellement steriles, ni gene'ralement infeconds : et » c'est dans la nature particuliere du cheval et de l'ane » qu'il faut chercher les causes del'infecondite des rnulets » qui en proviennent(2). » Voila done renversees, de la main de Buffon, les barrieres que lui-meme avait elevees entre les especes ! Et ce que tant d'auteurs ont appele et appellent encore « son principe », il va, lui, jusqu'a l'ap- peler un « prejuge » (3) Pourquoi, entre ces passa (1) Voy. surtouttome IV, p. 385; 1753. (2) Tome XIV, article deja cite sur la degeneration, p. 342 et 343; 1766. Voy. aussi SuppL, t. Ill, p. 20; 1777. Dans le remarquable passage qui vient d'etre reproduit, comme dans plusieurs autres du meme article, Buffon a sans nul doute l'intention de se rectifier lui-meme : il reprend , en sens contraire, fait pour fait et quelquefois mot a mot, tous les exemples et tous les arguments dont il s'etait servi dans les premiers volumes de VHistoire naturelle. (3) Et deux fois , a onze annees de distance , en 1766, t. XIV de YHist. nat., p. 336, et en 1777, t. Ill du SuppL, p. 2- Ce mot est done bien l'expression reflechie de la pensee de Buffon. Voyez aussi, sur les rnulets, le tome VII du SuppL, volume publie, comme chacun sait, apres la mort de Buffon, et oil se trouvent ses derniers travaux. . Buffon n'avait jamais admis la fecondite des hybrides ammaux aussi generalement que Linne celle des hybrides vegetaux. - 1 ■ 396 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI. der opinions formellement desavouees par Buffon dr definitives devaient-elles rester dans 1 'ombre essayons enfin de les fa ire sortir? d Si l'histoire de la question de Tespece avait etc plus fidelement ecrite, la science ne se serait pas appuyee, ne s'appuierait pas encore, avec une si entiere et si aveugle confiance, sur un pretendu principe recuse par son inven- teur lui-meme. Elle ne 1'eut pas plus rejetc et eondamne sur la parole du maitre, qu'accepte et maintenu : mais atif; elle fie opinion >arde contre tout « prejuge » posilif ou pas vu les faits a travers le prisme peut-etreeut-elledepuislongtemps saisila vei est : non sans doute, au point ou Buffon avait enfin trouvee, mais dans les voies ou il la cher < \s y v. ■'sv s -If hf t t ■ V A ■ rr. , i ^.~ M : V $ Vlf^ w J t I • I •" I J* V la definition qui se deduit des vues de Lirme, acelle 7 a donnee Buffon, serattachent la plupart des definitions onteu cours dans la suiledu xvm e siecle et dans lenotre. la premiere derivent toutes celles dont l'element p.s- petuelledutyp qui / • espece par la fecondite deux, la multitude posent sur l'une et sur 1 'autre de ces notions. C'est ce qui est surtoul, manifesto dans l'epoque qui - B i VUES DES AUTEURS SUR L ESPECE. 397 suit immediatement celle de Linne etde Buffon. Dans les dernieres annees du xvm e siecle, l'espece est tour a tour definie oar Antoine-Laurent de Jussieu, Daubenton, Blu- menbach, Cuvier et Illiger : de ces auteurs, deux suivent, de plus ou moins pres, Pun Linne, I'autre Buffon; deux se placent entre eux : un seul adopte une definition tres differente de celle de l'un et de I'autre de ees maitres. L'auteur par excellence de II ne , c'est ici Antoinc de mieux aue d'ex traire du Systema et de la Philosophia botanica la defi- nition qui y est iinplicitement contenue, mais que Linne n 'avail pas pris la peine de formuler. Les termes adoptes par Jussieu sont ceux-ci : « L'espece doit etre definie une » succession d'individus entierement semblables, perpetuus » au moyen de la generation : Individua omnibus suis » partibus simillima et continuata generationum serie » semper conformia (!).» « Individuorum series, soboles » parenti simillima », avait dit Linne. 11 suit de la, ajoute Jussieu, que chaque individurepre- sente veritablement toute l'espece passee, presenle et future : « Vera to tins speciei effigies » (2) . De la definition de Linne derive aussi celle de Blumen- baclj; maisdeja, avec lui, nous nous eloignons de la doc- ■ trine pure de l'immutabilite. On sent ici ] 'influence de Buffon en meme temps que celle de Linne. Les variations Que subisscnt les especes, selon les lieux et les r>iwnn- (1) Genera plantarum, 1789. Voy. Introd,, p. xxxvij. — Voy. aussi Particle Methode du Dictionnaire des sciences nuturclles, I XXX, p. 639 ; 182Zj. C'est de cet article qu'est extraite la citation francaise. (2) Gen. plant., ibid. — Voy. aussi Tart. Methode, loc. cit. ■ t I \ 398 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. Vl. , paraissent, a Blumenbach, meriter plus d tion que neleur en accordaient Linne et Jussieu; et iljuge qu'il y a lieu d'en tenir cornpte dans la definition. L'espece est done pour lui une collection, non «d'individus entiere- ment semblables », « mais assez semblables pour que leurs » differences puissent etre attributes a la degeneration ; ut » ea in quibus differunt, degenerando solum ortum duxisse » potuerint » (4) . Definition qui n'est, comme il est facile de le voir, qu'une vue theorique et sans application possible aux faits, tant qu'on n'aura pas resolu cette question : Jusqu'ou peut aller, et ou s'arrete necessairement la degeneration ? Or qu'est-ce que cette question, sinon la question tout cntiere de 1'cspece? Le naturaliste qui, dans le xvm e siecle, se rattache le plus directement aux vues de Buffon, n'est pas, comme on pourrait s'y altendre, son collaborateur Daubenton, mais un naturaliste allemand, tres oppose d'ordinaire aux idees franchises. II est vrai qu'elles lui arrivaient ici par l'intermediaire de Kant. Selon Illiger, l'espece doit etrc dite « l'ensemble des etres qui donnent entrc eux des » produits feconds » (2). La definition d'llliger est done celle de Buffon, sim- plifiee (nous ne disons pas amelioree) par l'elimination d'un des deux termes dont elle se composait : la similitude des individus qui composent ensemble l'espece. (1) De generishumanivarietcdenativa, 3 e ed., Coetting., 1795, p. 66, (2) Void le texte meme de cette definition : « Der Inbegriff frucht- » bare Junge ^engender Geschlechter ist die Art, Species. » (Illiger, Versuch einer Terminologie, Helmstsedt, in-8, 1800, p. 5.) ; I 5 VUES DE GUVIER SUR L ESPECE. 399 G'est. au contraire, a cette similitude seule que s'attache Daubenton. non moins exclusif i f de Buffo-n et de Linne pour se rapprocber nefort, il veut que l'espeee soit simpl roupes de la classificat premiere idu propres expi eelle « des individus qui se resscmblent pi eux qu aux des cspeces, des genres « rassembles eommuns»(l). Des definitions proposees dans le xvni e siecle, il n'en est aucune qui n'ait ete reproduite de nos jours. M. Flou- r'ens s'est declare partisan de eelle d'llliger; M. Brulle, de eelle de Daubenton ; plusieurs auteurs, de celles de Jussieu et de Blumenbach (2). Mais eelle de Cuvier a surtout joui dans notre siecle, et y joui faveur. Nous devons done nous y d'unc tage "i et placer, en regard des idees de Linne et de Buffon, celles de Cuvier. VIII. Les definitions de Daubenton et d'llliger font exclusive - ment, l'une de la ressemblancc, l'autre de la filiation, le lien commun des individus de meme espece. Cuvier a i 1 (1) Troisieme le^on a TEcole normale, 1795. Voy. Seances des Ecoles normales, edit, in-8 de 1800, 1. 1, p. 429 et 430. (2) Voyez, pour M* Flourens, p. 422. — Et pour les autres au- teurs, la note bibliographique qui termine ce chapitre. / * _*■ ■ "**• * 400 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI. ptc dc ces de de les de de Blumenbach [(1), et celles definition si souvent reprod de Buffon de la, eette i de tous les corps organises de parents communs, et de » ceux qui leur ressemblent aatant quils se ressemblent » entre eux (2) . » Definition que Cuvier reconnaitd'une « application fort difficile », mais qu'il croit pouvoirdire« rigoureuse» (3). La premiere partie de ce jugement de l'auteur sur son ceuvre n'est que trop incontestable; mais la seconde est loin d'etre aussi bien justifies Les individus qui, dans une espece, composent ensemble une meme compagnie ou une meme communaute, se ressemblent plus entre eux qu'ils ne ressemblent aux individus d'un autre groupe (k) ; et a plus forte raison, d'une autre localite et surtout d'une autre contree. Prise a la lettre, la defini- (1) Le Manuel d'Histoire naturellede Blumenbach est, sans nul doute, une des sources que Cuvier a mises le plus a profit pour la re- daction des generalites de l'ouvrage cite ci-apres. (2) Tableau elementaire de I'Histoire naturelle, Paris, in-8, 1798, p. 11. On voit que la definition de Cuvier est bien anterieure au Regnc animal et aux Recherches sur les ossements fossiles ; ouvrages d'apres lesquels on la cite ordinairement L'auteur n'a fait que l'y repro- duce, en modiflant legereraent la redaction du premier membre de phrase. Voy. Regne anim , 1. 1, l" edit., p. 19; T edit., p. 17; 1817 el 1829; et Ossein, foss., Discours preliminaire sur les revolutions du globe, edit, in-4 de 1821, t. I, p. lviii. (3) Regne anim., ibid. (it) Voy. le Chapitre II. ^f J VUES DE CUVIER SUR L ESPECE kO\ les de Cuvier limiterait presque l'espeee aux individus us procbainement unis par le sang. Comment ppliquer rigoureusement aux vastes oupes que uaturalistes appellent des especes, et qui, s'etendant sou vent sur toute plusieurs, partie du monde sur y presentent des differ comme le cerf et d ordinaire et l'hvene herbivore si marquees : )mme le loup niere, selon les pays, fauve ou noire, lisse ou ondulee, etendue jusqu'a la poitrine, reduite a un collier, ou peine indiq par elq poils Q serait-ee si nous parlions des animaux domestiques, auxquels cependant Cuvier veut aussi que sa definition soit applicable ! Cette definition n'en a pas moins etc reproduite a plu- sieurs reprises par son auteur, en des termes presque identiques, mais avec des remarques complementaires dorrt la diversite atteste chez lui, d'une epoque a Fautre de sa vie scientifique, des vues profondement differentes. i On n'a pas assez remarque que Cuvier a eu, comme Linne et surtout comme Buffon, ses changements d'opinion ; mais en sens inverse, de la variabilite a rimmutabilite. S'il ne s'est jamais formellement prononce pour la pre- miere, au moins est-il manifeste qu'il inclinait de ce cote dans sa jeunesse. A I'origine meme de sa vie scientifique, et encore etudiant en Histoire naturelle plutot que natu- raliste , il etait tres porte, comme le prouve une lettre ecrite a Pfaff en 1790, a ne voir dans ce qu'on nomme les diverses especes d'un genre, par exemple, le loup et le chaeal, que «de simples varietes », c'est-a-dire des modi- n. 26 I J i 1x0-2 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI. fications d'un meme type specifique (4). Cinq ans plus tard, dans un de ses premiers memoires, on le voyait re- produce hardiment, et tout a la fois, les idees de Buffon et celles de Linne; se demander, et dans les termes les plus nets, si « ce que nous appelons des especes » ne seraient pas simplement « les diverses degenerations d'un » meme type », et, de plus, si « beaucoup d'entre elles » ne seraient pas nees de l'accouplement d'especes voi- » sines » (2) . Cette double question se trouvait, il est vrai, posee dans un memoire ou Guvier avait Geoffroy Saint-Hilaire pour collaborateur, et il est vrai aussi que les deux au- teurs la laissaient sans reponse. Mais il est clair qu'ils esperaient pouvoir un jour la resoudre par raffirmative; et quelques annees plus tard, Guvier, et ici lui seul, n'he- sitait pas a admettre comme « la plus plausible, l'opinion » de Buffon » qui fait deriver un genre tout entier de ses « espeees principales » (3). (1) Voy. G. Cuvier's Briefe an C. H. Pfaff, in-8, 18^5, p. 172; tra- duction fran<;aise par M. Marchant, Paris, in-12, 1858, p. 178. On lit un peu plus bas, dans la meme lettre de Cuvier a son con- disciple Pfaff : « Tu trouveras que nous appelons especes tous les indi- » vidus qui, en fait, descendent originairement d'un meme couple, » ou qui , du moins, pourraient en descendre »... Mais « quel moyen » avons-nous, a l'heure qu'il est, de retrouver le fil de cette genealogie? » ce rfest pas assurement la ressemblance dans la configuration. II ne » reste en realite que raccouplement... Toutes les autres preuves ne » sont que presomption. » ('2) Memoire sur les Orangs, insere dans leMagasin encyclopedique, 1795, t. Ill, p. 452. (3) 11 s'agit ici du genre Sajou. Voy. la Menagerie du Museum d'His- toire naturelle, t. II, p. 92, de 1'edit. in-12. ) VUES DE CtJVIER SUR L ESPECE. 403 1798, sa definition dees, Cuvier, lorsqu'il donne l'espece, la eommente surtou dansle sens deBuffon. Ilpose, lui aussi, la fecondite des prod comme le caractere essentiel de espeee, et insistant sur les variations auxquelles elle est soumise, dans l'ombre la ressemblance s descendants actuels avec les premiers ancetrcs. En 1817, au con- traire, il passe rapidement sur les varietes, ou plutot il ■upe dire renfe dans des d'hui » que dans l'antiquite plus reculee. Ce qui le conduit a « adn form es se sont perpet dep Vorigine des » choses » , et a conclure ainsi : ppartenant a 1 'une de ces formes (pet » petuees depuis Vorigine des choses) constituent ce que » Ton appelle une espeee. » Cuvier finit done par ou Linne avait commence ; moins absolu cependant dans leur commune doctrine. 11 reprend et presque mot pour mot, Faphorisme de \ 736 : Species ■ rmce in principio sunt tot numeramus quot diversce ft creates : mais il pas ce piemen t de la doctrine 5 reserves, emper sibi similes (I). / (1) Encore f'aut-il remarquer que ces reserves vont toujours en s'effacant, a mesure que Cuvier avance dans sa carriere. II n'admet plus, a la fin, que des variations tout a fait superficielles et insi- gnifiantes qui , encore, ne seraient pour la plupart que des mo- difications artificielles, produites en domesticite sous l'influence de rhomme. Nous reviendrons sur ce point en discutant les limites des varia- tions. • m NOTIONS FOND AMENT ALES, LIV. II, CHAP. VI. ? i IX. Si Cuvier est, dans la question de l'espece, le conti- nuateur moderne deLinne, Lamarck, inutilement seeonde par Delametherie (1), est iei eelui de Buffon. Mais Cuvier reste en deoi de Linne ; et Lamarck s'avance bien au dela de Buffon , et par des voies qui lui sont propres ; ses (1) II suffira d'indiquer Ires sommairement les vues de Delame- therie. L'ouvrage oil il les a surtout developpees, est le TraiU de la perfectibilite et de la degenerescence des etres organises, Paris, in-8, 1806 (formant le t. Ill des Considerations sur les etres organises, 1804). On ne trouve dans ce livre que des notions tres vagues, raanifestement empruntees, en ce qu'elles ont de juste, a Buffon et a Lamarck. Dela- metherie les resume lui-meme dans ces deux propositions : « Les vegetaux et les animaux sont susceptibles de se perfectionner » ou de se degrader a un point qui les rend souvent meconnaissables.» (P. 56 et 130.) « Les especes d'animaux ne sont pas capables d'une perfectibilite » ou d'une degenerescence indefmies. L'une et l'autre ont des limites » assez fixes. » (P. 136.) Les developpements qui precedent ou suivent ces enonces sont tel- lement vagues, et, en outre, entremeles de tant de conjectures et d'erreurs, qu'entre les mains de Delametherie, la question recule au lieu d'avancer. Et cependant il est ici en grand progres sur lui-meme et sur ses precedents ouvrages, ou, sans etremoins vague, il etaitde plus gros- sierement absurde. Yoyez, par exemple, son systeme sur l'origine de l'homme , dans ses Vues physiologiques sur V organisation. Amster- dam, in-12, 1780, Preface; et meme encore dans le 1. 1 des Conside- rations, p. 49 etsuiv. Lamarck est done bien, dans son epoque, le seul continuateur de Buffon; Delametherie n'en est que lecopiste; encore, pour lui don- ner ce titre, faut-il lui faire grace de ses premiers ouvrages. .< % « * YUES DE LAMARCK SUR L ESPECE 405 vues ne sont pas seme 1 mieux plus temeraires ; beaucoup plus hardies profondement diffe rites. Est-ce un progres? Est-ce une deviation? Tout le monde sait que les immenses travaux de imarck se partagent entre la botanique et la physique, dans siecle, philosoph naturelle, dans le xix e . Ce qu'on sait moins, c'est que La- marck avait cte longtemps partisan de l'immutabilite de l'espece (1) : comme Buffon, il avait subi d'abord l'empire des doctrines regnantes ; c'est en 1801 settlement, que nous le voyons s'en affranchir, apres de longues medita- lorsq deia Buffon Mais Lamarck, une fois decide, Test pour dans 1'age mur, pour propager, pour defendre un jeune homme. En trois ans, 1801, 1802, 1803, il expose ses convictions nouvelles, toute l'ardeur d deux fois dans fois dan (2). II y revient et les precise en 1806 (3) 1809 demonstration de rande parti' principale, la Philosophie zoologique (Ji) (1) C'est lui-meme qui nous l'apprend. Voy. p. 410, note 1. (2) Systeme des animaux sans vertebres, Paris, in-8, an IX (1801) ; Discours d'ouverture, p. 12 et suiv. — Recherches sur l' organisation des corps vivants, Paris, in-8, 1802, p. 50 et suiv. — Discours d'ou- verture d'un Cours de zoologie pour Van XI, Paris, in-8, 1803. Ce discours est consacre tout entier a la solution de cette question : « Qu'est-ce que l'espece parmiles corps vivants? » (3) Discours d'ouverture du Cours de 1806, Paris, in-8, p. 8 etsuiv. (h) Voy. particuliereraent, dans le 1. 1 (1" edit., p. 53 et 218), les Chapitres m et vii de la l ie partie ; et dans le t. II (p. 451), Additions. L'auteur donne, dans la Table du 1. 1, le sommaire de sa doctrine. h 406 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VI. A ce moment, la taehe qu'il s'etait donnee semble accomplie, et il pourrait s'arreter, et attendre, dans le repos, le jugement de scs pairs. Mais il est trop convaincu. de • / dernie v * jt de sa doctrine, pour qu'il ne s'efforce pas, jusq faire comprendre et accepter. 3 plus que septuagenaire, il l'exposc des fermement que jamais, en 1815, dan s, en 1820, dans 11 des connaissances positives Gette doctrine, si ehere a son auteur, et dont des l'exposition, la defense, ont rempli si laborieus< seconde moitiede sa vie scientifique, a ete 1'obj emems les plus eonlraires. Trop admiree par les uns ; car ils ont oublie que Lamarel de et que devancie est Buffon (2). op par dans (1) Hist, des anim. sans vert., t. I, Introduction, 1" edit., 1815, p. 161 etsuiv. — Syst. des conn, posit., Paris, iu-8, 1820, l rc part., 2' Sect., Chap, ir, p. lift et suiv. (2) Sans parler ici des simples precurseurs. Apresles auteurs qui le sont ausside Buffon (voy. p. 383), faut-il citer ici J. -J. Rousseau? J'ai transcrit plus haut (Chap. I, p. 271) une phrase, malheureusement un peu amhigue, qui semble montrer, dans ce grand ecrivain, un partisan de plus de la variabilite du type. Goethe etait aussi, sans mil doute, partisan, et meme k 1'extreme, de cette doctrine, ainsi qu'on le voit par son Introduction generate a I'anatomie comparee ( OEuvres d'Histoire naturelle , traduites par M. Martins, p. 32). On sait que cet important travail a ete compose en 179/t et 1795, mais il n'a paru que longtemps apres la Philosophie zoologique. - - * VUES DE LAMARCK SUR L ESPECE. A07 damnation. Comme s'il etait possible que tant de travaux n'eussent conduit un aussi grand naturaliste qu'a une « conception fanlastique », a un « eeart »; plus encore, prononcer le mot qu'on n'a pas dit : a une « folie de pi \ ce que put tend A din attristee deja par la maladie et la cecite ; ce qu on n craignit pas de repeter sur sa tombe recemment fermee qu'on redit chaq pi etude faite d'apr d'infideles pt endus qui ne de Lamarck que ce qu'une caricature est a un portrait! Quand viendra, pour nous, le moment de discuter et, disons-le a l'avance, de combattre sur quelques-uns de du points principaux la doctrine de Lamarck, moins avee le respect du a l'un des pi de notre science! Et des a pr dont on s'est pi les temerites, de o a 8 de toutes les pi tant de commentates, a la fausse lumiere desquels naturalistes ont cru la jugerl Si son auteur doit etre en effet'condamne, que ce ne soit du moins qu'apres avoir cte entendu. Les propositions suivantes que nous extrayons des ouvrages de Lamarck nous ont paru propres a faire connaitre fidelement et brievement sa doctrine sur les variations des corps vivants : « La supposition presque generalement admise que les j> corps vivants constituent des especes constamment » distinctes par des caracteres invariables « et « aussi • i I 408 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI. » anciennes que dementie en- (C ature meme » est « tous les jours Les circonstances influent sur la de forme et l'organisation » de ces corps (2). II ne peut se produire « de grands changements dans :s circonstances » , sans qu'il en resulte aussi « de grands changements dans les besoins » des corps vivants, par 'te dans leurs « actions » et leurs habitudes. L'influence bitudes » des pale « cause qui modifie leur organisa--' n et leurs parties » (3). L'habitude d'exercer un organe lui fait developp des dimen qui le chang insensiblement, en sorte qu'avec le temp fort different Au contraire, « le defaut constant » d d s appauvrit graduellement » » » linit par I'aneantir »(4). Car, pour la nature, «] e temps n'a point de limite, et en consequence, elle Fa toujours a sa disposition » (5). (1) Philos. zool., t. I, p. 54. (2) Ibid., p. 221. (3) Bid., p. 218 et 221. (Zi) Organ, des corps viv., p. 53. — Le systeme de la variabilis, sous l'influence des actions et des habitudes, laisserait en dehors de lui les vegetaux, chez lesquels « il n'y a pas d'actions, et par conse- » quent point (V habitudes proprement dites». Lamarck, pour expliquer ici les variations produites, recourt aux « changements survenus dans » la nutrition du vegetal », a l'influence des divers agents physiques, et a ce qu'il appelle « la superiorite que certains des phenomenes vitaux » peuvent prendre sur les autres. » (Philos. zool.Joc. cit., p. 223.) Par ces derniers mots, l'auteur essaye manifestement de raltacher les variations des vegetaux a son systeme favori sur l'influence des actions et des habitudes. (5) Syst. des anim. sans vert., p. 13. 1 - VUES DE LAMARCK SLR L ESPEGE. 409 « Chaque organisation, chaque forme » ainsi acquise, est conservee et se transmet « successivement par la » generation jusqu'ace que de nouvelles modifications de » ces organisations et de ces formes aient ete obtenues » par la meme voieetpar de nouvel « Les circonstances determinent » chaque corps La variabilite les circonstances »(1). positivement ce que 9 » est illimitee. La nature, par « la suc- » cession des generations », et a l'aide « de beaucoup de » temps et d'une diversite lente mais constante dans les » circonstances », a pu produire, dans « les corps vivants » de tous les ordres », les changementsles plus extremes, et « amener peu a peu », a partir « des premieres ebauches » de Tanimalite » et de la vegetalite, « l'etat de choses que » nous observons maintenant» (3). « Parmi les corps vivants, la nature n'offre » done, a proprement parler, « que des individus qui se succedent » les uns aux autres par la generation et qui proviennent » les uns des autres. Les especes, parmi eux, ne sontque » relatives et ne le sont que temporairement (/i). » Si Ton en a juge autrement, e'est parce que « la chetive duree (1) Discours de Van XI, p. 15. (2) Syst. des conn, posit., p. l/i3. (3) Disc, de Van XI, p. 16 a 18. L'origine de l'animalite est double, selon Lamarck : etant, d'une part, les vers intestinaux; de Tautre, les infusoires. (Voy. Philos. zool, t. II, Additions.) Les premieres ebauches out pu resulter, selon Lamarck, de genera- tions spontanees. Nous aurons ailleurs k nous occuper de cette question qui touche a celle de Tespece, mais ne se confond pas avec elle. (i) Disc, de Van XI, p. /|5. — Voy. aussi Bech. sur Vorgan., p. 141. \ II -. ! , . . - a ' ■■ % ,. 410 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI. » de l'homme lui permet difficilement d'apercevoir les » mutations considerables » qui ont lieu a a la suite de » beaucoup de temps » (1). En d'autres termes, et c'est encore a Lamarck que nous les empruntons, les collections « auxquelles on a » donne le nom d'especes » ne sont que des « races » (2 Aussi Lamarck donne-t-il de l'espece une definition qu'on ramenerait facilement a celle de la race (3). L'espece est, selon lui, une « collection d'individus sem- » blables, que la generation perpetue dans le meme etat » tant que les circonstances de leur situation ne changent » pas assez pour faire varier leurs habitudes, leur carac- » tere et leur forme (/j.) . » Disc, de 1806, p. 12. — Hist. nat. des anim. sans vert., loc. cit. 9 p. 197. — Et surtout Philos. zool. 9 t. 1, p. 66. « Ce qu'on nomme espece, dit ici Lamarck, n'a qu'une con- » stance relative dans son etat et ne peut etre aussi ancien que la » nature. » (1) Disc, de 1806, p. 9. — Voy. aussi les Rech. sur V organ., p. 141. aL'origine de cette erreur, dit Lamarck, vient de la longueduree, » par rapport k nous, du meme etat de choses dans chaque lieu. » C'est dans ce remarquable passage que Lamarck nous fait connaitre ses premieres opinions, favorables a Timmutabilite : «J'ai longtemps » pense, dit-il, qu'il y avait des especes constantes dans la nature. » Et plus bas, sur cette meme erreur : « Je l'ai partagee avec beaucoup w de naturalistes, qui meme y tiennent encore. » (2) Hist. nat. des anim. sans vert., loc. cit., p. 197. Plus absolu lorsqu'il avait moins profondement medite sur ces diffi- ciles questions, Lamarck avait dit en 1802 (comme Buffon, voy. p. 270, mais dans un sens different) : « II n'y a reellement dans la nature que » des individus. » (Rech. sur V organ., p. 141.) (3) Voy. le Chap. iv. (k) Disc, de Van XI, p. 45. VUES DE LAMARCK SUR L ESPECE. Ml par auteur lui-meme, la doc- de Lamarck, et Ton peut dcja voir combien clle est celle de Buffon. Les auteurs de YHistoire diffe rente de de Philosophie zoologiq deux la variability : mais le premier la vent limitee, et le second illimitee. II y a pour Buffon des especes princi- pals, et pour ainsi dire des especes meres; il n'y a plus pour Lamarck que des especes derivees. Sur ce point, Lamarck s'avance bien au dela de Buffon, mais, du moms, il reste dans la meme direction : sur un autre, au contraire, il s'en ecarte, il s'en eloigne. Ce que Buffon attribue d'une maniere generate a Taction du climat, Lamarck le donne, surtout pour les animaux, influence des habitudes tellement que, selon lui, ils ne seraient pas, a proprement parler, modifies les circon stances , mais modifier eux-memes. par Ce sont la sans nul doute, de tres profondes dissi dences, et qui vont jusqu'au cceur de la question. Mais, au-dessus d'elles, est un principe commun : 1'espece n'est pas absolue et perpetuelle , mais relative et tempo- raire. Etle savant qui, de 1801 a J 820, a si energique- ment defendu cette proposition , est bien de Fecole de celui qui avait dit, trente ans avant lui : Des animaux de peuvent cependant etre « d'especes diffe— meme onsine de jst dans un mouvement de flux pour l'homme de la saisir dans IV. 71 (1) BUFFON, Hist, nat., t. IX, p. 127; 1761. ■ ■ f " 412 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI X. ■ On a souvent assoeie, dans l'histoire de la question de l'espece, le nom de Geoffroy Saint-Hilaire a eel ui de Lamarck, et 1'auteur de la Philosophie anatomique s'est plu a se dire disciple de 1'auteur de Philosophie zoologique. II en est du moins le successeur, en ce sens qu'on le voit prendre en main la cause de la variability presque au moment meme ou Lamarck venait de cesser de la defendre en cessant d'ecrire. Le Systeme des connaissances positives avait paru en 1820; e'est en 1825 que Geoffroy Saint-Hilaire ouvre, par son memoire sur les gavials et les teleosaures, la serie de ses travaux surla question de l'espece (1). II avait alors precisement l'age auquelvenaient aussi deparvenirBuffon et Lamarck, lors de leurs premiers ecrits en faveur de la variabilite : est-ce la une simple rencontre fortuite? Ou ne serait-ce pas bien plutot 1'accord tacite de trois grandes intelli- gences, logiquement conduites apres de longs efforts, et quand elles eurent atteint les derniers sommets de la phi- losophie naturelle, a y apercevoir les memes verites? La question de l'espece est le lerme, le couronnement de la science: doit-on s'etonner siBuffon, Lamarck, Geoffroy Saint-Hilaire, ont tous les trois voulu faire de sa solution le couronnement de leur vie scientifique ? Pour Geoffroy Saint-Hilaire, il avait, avant de re- i (1) Recherches sur I' organisation des gavials , dans les Memoir es du Museum d'Histoire naturelle, t. XII, p- 97. / VUES DE GEOFFROY SAINT-HILAIRE SUR I prendre l'oeuvre de Buffon et de Lamarck ftl fallu la sienne propre. Si 1818 est la date principale de la creation de l'anatomie philosophique, il a energique de 1830 pour lui donner dans la science sa place legitime, et pour rendre ainsi a son auteur la libre disposition de lui-meme. Voila pourquoi Geoffroy Saint- Hilaire ne vient, dans la question de l'espece , qu'apres lalors que Lamarck mmutabilite, avait ose dire : les N Lamarck; lui qui, des 1795, et croyait encore a 1' especes pourraient b d'un meme type » (1) ; lui qui, formant quatre ans plus tard iches d antiq s destinait surtout, dans qu fei •2 t depuis, il ne I'avait jamais perdue de decider, durant plus d'un quart de sic passer de la meditation a Faction. II emet enfin en 1825 son opinion ; il y revient , mais brievement encore, en 1828 et 1829 (3), et ne s'attache a la developper et a l'eta- (1) Question posee dans un travail commun k Cuyier et a Geoffroy Saint-Hilaire. Voy. p. 402. (2) Geoffroy Saint-Hilaire, dans son Memoire, deja cite, sur les gavials, p. 153, nous apprend lui-meme que tel etait son « espoir » lors de son depart pour l'Egypte. (3) Rapport sur un memoire de M. Roulin , fait a l'Academie des sciences en decembre 1828, et insere dans les Mem. du Mus. d'hist. nat., t. XVII, P- 201, et dans les Annales des sciences naturelles, t. XVI, p. 34; 1829. — Note additionnelle a ce (Rapport Ann. sc. nat., ibid., p. Ztl). — Memoire oil Von se propose de rechercher dans quels rapports sont entre eux les animaux des ages historiques et vivant actuellement , et les especes antediluviennes et per dues {Mem. du Mus., 1829, ibid., p. 209). « C'est la, dit l'auteur en commencan .' t - \ 414 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI blir qua partir de 1831 (l),l'annee meme qui avaitsuivi la memorable discussion aeademique sur 1'unite de com- position organique. On voit qu 'il ne perd pas de temps pour passer del'une a l'autre des deux grandes questions de 1'Histoire naturelle ! Geoffroy Saint-Hilaire, qui suit de si pres Lamarck, dans 1'ordre des temps, en partage, endeveloppe-t-iltoutes les vues? Non, et desle premier travail ou Geoffroy Saint- Hilaire aborde la question de 1'espece, il enonce desidees tres differentes. S'il commence par rendre hommage a son illustre devancier, par poser y un « fixe dans et surtout dans la nature vivante; il fait suivre eette ad- hesion a la doctrine generale de la variability par l'ex- pression de dissentiments qui touchent au fond meme de la question; et ces dissentiments deviennent de t 1 i \ »une question que j'entends poser seuleraent, mais non resoudre » aujourcThui. » f< fluence du monde ambiant pour modip, dans ses Memoires, t. XII, p. 63; 1833. Ce memoire avail deja paru, reuni a plusieurs autres, sous ce titre : Recherches sur de grands n 1831 (meme pagination que dans le recueil de 1'Academie).- Voyez aussi : Geologie et paleon- tographie, dans les Etud. progr., p. 87; 1835. - Des changements a la surface de la terre, dans les Comptes rend, de I' Acad, des sr... t. V. p. 183; 1837. ibid. , p. 365.1 Pour les autres memoires paleontologiques de Geoffroy Saint-Hilaire, voy. la Table analytique de ses ouvrages et memoires , a la suite de ft Paris, gr. in-8, et Paris, in-12; 18A7. m i VUES DE GEOFFROY SAINT-HILAIRE SUR l'eSPECE. ^15 plus en plus manifestos dans ses travaux ulterieurs. Non- seulementGeoffroy Saint-Hilaire se garde bien d'admettre cette extension sans limites des variations qui est le fond meme du systemede Lamarck, mais aussi,et surtout, ilse refuse a expliquer cedes qui ont pu se produire, par des changements factions et ^habitudes : hypothese favorite de Lamarck qui s'etait efforce de la demontrer, sans par- venir meme a la rendre vraisemblable. Dans la doctrine de Lamarck, de ce « profond physio- » logiste, habile a poser des principes , moins dans le » choix de ses preuves» (1), Geoffroy Saint-Hilaire fait * done deux parts : il adopte formellement Fune, il rejette \ non moins formellement Fautre. Et quelle est celle-ci? Precisement ce qui, dans cette doctrine, est plus parti- culierement propre a Lamarck. Ce que Geoffroy Saint- Hilaire adopte, conserve et s'attache a developper, e'est surtout ce fonds commun d'idees que Lamarck a, sans nul doute, dans une epoque plus avanceede la science, mieux expose et defendu que Buffon, mais qui etait deja dans les ouvrages de ce grand homme, et dont il est le veri- table createur. Si bien que si Geoffroy Saint-Hilaire est, dans l'ordre chronologique, le successeur de Lamarck, on doit voir bien plutot en lui, dans l'ordre philosophique, le continuateur de Buffon, dont le rapproche en effet tout ce qui l'eloigne de Lamarck. La doctrine de Geoffroy Saint-Hilaire sur l'espece peut, en ce qui la constitue essentiellement, se ramener propositions principales : deux pr (1) Memoire de Geoffroy Saint-Hilaire sur Vlnfl. du monde amb., p. 81. ' i ? ! i K u M6 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. Vl. une consequence relative aux etres recents et actuels compares entre eux, et deux autres a ces memes etres compares avec ceux qui ont tres anciennement peuple le globe. Les deux premisses sont celles-ci : L'espece est « fixe sous la raison du maintien de l'etat » conditionnel de son milieu ambiant » (1). Elle se modifie, elle change, si le milieu ambiant varie, et « selon la portee » de ses variations (2). D'ou cette premiere consequence : Parmi les etres recents et actuels, on ne doit pas voir et Ton ne voit pas se produire « de difference essentielle » : pour eux, « c'est le meme cours d'evenements » comme « la meme marche d'excitation » (3). Au contraire, le monde ambiant ayantsubi, d'une epo- que geologique a l'autre, des changements plus ou moins considerables (4); l'atmosphere, dit Geoffroy Saint- Hilaire, ayant meme varie dans sa composition chimi- que, et les conditions de la respiration ayant ete ainsi modifiees (5); les etres actuels doivent differer, parleur organisation, de leurs ancetres des temps anciens, et en differer selon « le degre de la puissance modificatrice» (6). A ce point^de vue, dit Geoffroy Saint-Hilaire, l'evolu- tion des especes peut etre comparee a celle des individus. (1) Etud. progress., p. 107. (2) Ibid. (3) Ibid. {U) Sur I'infl. du monde ambiant, loc. cit., p. 75 et suiv. (5) Ibid. (6) Recti, sur les Gavials, loc. cit. VUES DE GEOFFROY SAINT-HILAIRE SUR l'eSPECE. l\ 17 i « Dans un meme milieu et sous Fintluence des memes physiques et chimiq des autres. Mais que rement : de nouvelle » des repetitions exactes les uns » tout au contraire , il en soit au » ordonnees , si elks interviennent sans rompre V action » vitale font varier necessairement les etres qui en res- » sen tent les effets ». « Ce qui, dans les grandes operations » de la nature, exige un temps quelconque considerable; mais ce qui « est accessible a nos sens el se trouve pro- » duit en petit et sous nos yeux , dans le spectacle des » monstruosites , soit accidentelles, soit volontairement » provoquees» (1). cinquieme proposition que fois q 3S animaux vivant aujourd'huiproviennent, par suite de generations et sans interruption, des anin perclus du monde antediluvien » (2) ; par exemple, - ocodiles de l'epoque actuelle, des especes rel liourd'hui a l'etat fossile » ; les differences ~*T> » ci es qui les separent les uns des autres fussent-elles « assez grandes * (1) Rech. sur les gavials, loc. cit. C'est en 1825 que Geoffroy Saint-Hilaire ecrivait ce passage, et il ne s'y agit encore que de monstruosites produites, chez l'homme, par des manoeuvres criminelles destinees a amener 1'avortement. Les celebres experiences de Geoffroy Saint-Hilaire sur les mons- truosites provoquees sont de 1'annee suivante. On eut done pu, au besoin, induire du simple rapprochement des dates ce que Geoffroy Saint-Hilaire nous a depuis appris lui-meme : il avait « pense que » quelques experiences de physiologie pourraient etre entreprises au , profit des questions de la geologie antediluvienne. » (Mem. sur les rapp. des anim. des ages histor., loc. cit., p. 219.) fl II. 27 i ' » b ' * I 1 1 i -. * .- 418 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VI. ,♦ » pour pouvoir etre rangees, selon nos regies, dans la » classe des distinctions generiques» (1). C'est sur cette derniere consequence que Geoff roy Saint- Hilaire a le plus insiste, et il devait le faire; car ellc etait, elle est encore la plus neuve. Buffon, dans le de- veloppement de ses vues sur la variabilite, n'avait jamais franchi leslimites du monde actuel : tout au plus pres do descendre dans la tombe, avait-il jete « sur la vieille na- ture », comme Moise sur la terre promise, un prophetique regard (2). Et si Lamarck avait commence a rechercher dans le regne animal antique les origines du regne animal actuel; si meme il avait dit tres nettement: Un grand nombre de « coquilles fossiles » appartiennent « a des » especes encore existantes, mais qui ont cbange de- » puis » (3) ; s'il avait cru pouvoir presenter « cette pre- » somption» comme « tres probable », ilne l'avait nijustifiee par les faits, ni generalisee, ni surtout etendue aux grands animauxterrestres; s'arretant ici devant une supposition singuliere, la destruction par l'homme de ceux qui au- raient disparu de la surface du globe. Les palceotherium, ■ (1) Rech. sur les gavials, loc. at., p. 153. Geoffrey Saint-Hilaire a admis, dans quelques-uns de ses travaux, la possibility qu'un type passe a un autre, differencie par des carac- teres de valeur plus que generique; mais il a toujours rejete l'hypo- these qui fait descendre « d'une espece antediluvienne primitive)) toutes les especes actuelles. « Rien de pareil, a-t-il dit lui-meme, ne n se lit dans mes livres, n'y existe ; ce serait la un non-sens pour ma » doctrine. » (Geoffroy Saint-Hilaire, Dictionnaire de la conversa- tion, t. XXXI, p. 487, 1836, dans une reponse a un article precedem- ment insere dans le meme recueil.) (2) Voy. YHistoire naturelle des miner aux, t. IV, p. 157; 1786. 3) Des especes dites perdues, dans la Philos. zool., loc. cit., p. 77. .- - ■ -- ^^^^B^^H \T ' VUES BE GEOPFROY SAlNT-tOLAIHE SUR l'eSPECE. 419 les anoplolherium, les megalonyx, les megatherium, les mastodontes n'auraient peri (si tant est qu'ils aient peri ! ajoutait Lamarck) que parce que nos aneetres seraient « parvenus a detruire tous les individus » des especes qu'ils n'ont pas voulu « conserver et reduire a la do- » mesticite » (1) ! Associer a ces suppositions puremcnt imaginaires, a ces conjectures en Fair, une idee par elle-meme d'une grande hardiesse, n'etait pas le moyen de la faire accep- d ppm i science. Presentee d'ailleurs sans nulle p , Fhypotliese de la parente des mollusque des mollusoues actuels ne devait paraitre parut qu'un paradoxe de plus : on ne qu'il y eut lieu a examen ; elle fut comn apres comme avant la- Philosophie Z( daiener meme en nommer 1'auteur, Ci et sans epr d'une maniere absolue jamais rencontre un seul contradicteur serieux, cette con- clusion, selon lui, rigoureusement demontree: «Les ra- » ces actuelles » ne sont nullement « des modifications de » ces races anciennesqu'on trouve parmi les fossiles; les » especes perdu es ne sont pas des varietes des especes » vivantes » (2). G'est contre cette conclusion, encore generalement acceptee par les naturalistes, que s'eleve enlin Geoffroy Saint-Hilaire, la declarant sinon fausse, du moins prema- turee, hasardee. Les naturalistes crovaient avoir saisi une grande verile; ils n'avaient fait, selon lui, qu'admettre (1) Phil, zool., loc. cit., p. 76. (2) Ossem. foss. 9 edit, \x\-lx de 1821-1823, 1. 1 ? p. lvii. II ; \\ 420 NOTIONS FONDAfllENTALES, L1V. H, CHAP. VI. une hypothese, en face de laquelle il pose l'hypothese contraire; non demontree, il le reconnait, ni meme encore demon trable ; mais plus simple, a ce titre deja plus vraisemblable, et anssi plus conforme aux fails et a la raison (1). Geoffroy Saint-Hilaire se tient dans ces limites ; il croit avoir entrevu la veritable solution, il sait bien qu'il n'en est pas encore maitre. C'est « une ques- que j'ai posee, c'est un « doute » que s reproduis au sujet de l'opinion reg dit-il a plusieurs repr pense ( crois temps d'un savoir veritablement satis - ;ie ne sont pas encore venus » (3). Ce qui peut se resumer ainsi : Cuvier avait dit : L'espece est immuable ; done les differences, meme simplement de valeur speeifique, que nous constatons entre les etres actuels et anciens, sont neeessairement primitives : les etres actuels ne (1) Faut-il, dit Geoffroy Saint-Hilaire, Mew, de 1829, Introduc- tion, « prononcer que les animaux des premieres epoques de la terre » ne furent point lies, a titre d'ancetres, a ceux presentement vivants? » 11 y aurait quelque temerite, je crois, a l'af firmer. L'idee contraire )> nait plus naturellement dans tous les esprits; car, autrement, il fau- » drait que Yamvre des six jours eut ete reprise , que de nouveaux » etres eussent ete reproduits par une nouvelle creation. Or cette pro- » position, deja contraire aux plus anciennes donnees historiques , » repugne tout autant aux lumieres de la raison naturelle qu'aux » speculations plus reflechies des sciences physiques. » (2) Sur Vinfl. dumonde amb., p. 78, note 1. (3) Mem. de 1829, Preambule. « En geologie » , dit l'auteur; on dirait aujourd'hui : en paleonto- logie; car il s'agit ici specialement des etres organises qui ont autre- fois peuple le globe, VUES DE GEOFFROY SAINT-HILAIRE SUR L'ESPECE. &21 descendent pas des etres plus ou moins differents, dont les restes fossiles nous font connaitre l'antique exis- tence. 1 Geoffroy Saint-Hilaire dit au contraire : L'espece est variable sous l'influence des variations du milieu ambiant : done des differences, plus ou moins conside- rables selon la puissance des causes modificatrices, ontpu se produire dans la suite des temps, et les etres actuels peuvent etre les descendants des etres anciens. Guvier avait peuple lemonde antique d'un autre regne animal : selon Geoffroy Saint-Hilaire, la paleontologie peut n'etre que la premiere zoologie, et, ici encore, la diversite secondaire des formes n'exclut pas 1' unite fondamentale du regne (1). XI. Apres les « doutes » de Geoffroy Saint-Hilaire, comme apres les hypotheses de Buffon, la doctrine de l'immuta- bilite de l'espece, affirmee dans les classiques ouvrages de Guvier, comme elle I'avait ete dans ceux de Linne, est restee admise par I'immense majorite des naturalistes ; elle prevaut encore aujourd'hui dans la science. Si Ton s'ecarte des vues de Cuvier, e'est meme, sou- vent, en sens contraire de la variabilite. Guvier avait fait (1) Pour la doctrine de Geoffroy Saint-Hilaire sur l'espece, voyez aussi Vie, travaux et dootr. de Geoffroy Saint-Hilaire, p. 3/1/4 et suivantes. ' 1 1 - ■ a * 1- > II 422 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI. quelques concessions a Buffon, a Lamarck, a Geoffroy Saint-Hilaire. Si legeres qa'elles fussent, elles ont paru de nos jours exagerees, et il se fait depuis quelques annees parmi les naturalistcs un mouvement marque de retour vers les opinions plus absolues de Linne, vers le Systeme pur de la perpetuite et de l'immutabilite. La doctrine de Cuvier suffit a peine au defenseur principal actuel de la fixite de l'espece, a M. Flourens, qui veut limiter Taction des « causes accidentelles » aux « carac- teres les plus superficiels » , meme dans les « animaux domestiques» (1). Et elle ne suffit decidement plus a Blainville, tour a tour eleve et adversaire de Cuvier; ni a plusieurs des zoologistes et des botanistes qui se ratta- chent de plus pres a ce grand maitre par leurs sympathies personnelles et scientiiiqucs. Parmi les zoologistes, plus partisans de l'immutabilite (1) Journal des savants, aim. 1837, p. 239, dans un article sur les Ossements fossiles de Cuvier, dont M. Flourens resume ici le Discours preliminaire. — Et Analyse raisonnee des travaux de George Cuvier, Paris, in-12, 1841, p^ 255 ; reproduction du passage precedent. Dans ce dernier ouvrage, M. Flourens donne, p. 262 a 26Zi, sa defi- nition de l'espece, qui est, commeil le fait voir, celle de Buffon, » ; et qui rentre, par la meme , moins « le fait de la ressemblance » ; dans celle deja donnee par Illiger. « L'espece est, dit M. Flourens, la » succession des individus qui se reproduisent et se perpetuent » ; et son caractere essentiel est « la fecondite qui se perpetue », par oppo- sition a celui du genre, qui est « la fecondite bornee ». Nous re- viendrons ulterieurement sur cette dernierevue, qui est propre a M. Flourens. Sur Tespece, voyez aussi les autres ouvrages de M. Flourens, parti- culierement le livre deja cite sur Buffon, Chap. V, p. 101 et suiv., et De talongevite humaine, Paris, in~12, 185/j, p. 130. X VUES DES AUTEORS SUR L ESPECE. que Cuvier lui-meme, on compte le premier de £ borateurs, M. Dumeril, et son savant eleve M M. Dumeril voit dans l'espece « une 423 race idus semblables, oiii, sous un nom collectif, se continuent » et se propa idenliquement les m&mes » (1/ i et M. Straus, plus affirmant encore, ne craint pas de dire : « // est certain que les hommes, aussi bien que les divers » animaux, ont toujours reste ce quails ont ete, et le sont » encore de nos jours, sans la moindre difference Quant a Blainville, il definit l'espece « l'individu •7 5 le temp Cuvier d'e dans l'espace 8), et des espeees, a leur negation (ft.) doctrine de l'immutabil soit aussi absolument admise, soit temperee par quelques concessions, est, de meme, cellc qui a domine dans ces derniers temps et domine encore en botanique. L'autorite elle-meme do De Candolle n'a pu y maintenir, sans alteration, la defi- (1) Ichthyologie analytique, dans les Mem. de I' Acad, des sc. t. XXVII, l re part., 1856, p. 78; et a part, Paris, in-4, 1856, p. 78. Voy. aussi Dumeril et Bibron, Erpetologie generate, 1. 1, 183Zt. Dans la Preface de ce grand ouvrage, l'espece est, de meme, deflnie par M. Dumeril : « un groupe d'individus qui se reproduisent avec des » qualites, une structure et des proprietes absolument semblables. » (2) Theologie de la nature, Paris, in-8, 1852, t. II, p. 36.3. (3) Definition donnee a plusieurs reprises par Blainville dans ses lecons orales; peut-etre d'apres A.-L. de Jussieu, Gen. plant, (voyez * p. 397). (4) Blainville et Maupied, loc. cit., t. Ill, p. 375. 11 s'agit ici, il est vrai, du Tableau elementaire. animal, voyez p. 38Z|. Pour le Regne ■ m NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II CHAP VI nition par laquelle il faisait de l'espece «la collection de » to us individ se ressemblent pi qu'ils ne ressemblent a d peuvent, par » fecondation reciproque, produire des individus fertiles; » et qui se reproduisent par la generation, de telle sorte » qu'on pcut par analogic les supposer tous sortis origi- » nairement d'un seul individu (1). » L'idee de la simi- litude et de la permanence du type n'a pas paru aux bota- nistes recents et actuels assez nettement exprimee dans cette definition. Geux meme qui montrent habituellement le plus de deference pour De Candolle croient devoir, comme Adrien de Jussieu, dans sa Botanique classiquc pre officielle, n'adopter que lafinde cette definition; ils en modifientle terme inter- mediate, substituant a l'idee dela fecondite continue, celle de la ressemblance des etres produits avec ceux dont ils proviennent(2). Etd'autrcs, dont les definitions corres- pondent a celles de Blainville et de MM. Dumeril et Straus en zoologie, veulentmeme, comme Achille Richard, que l'espece soit definie : « l'ensemble de tous les individus » qui ont absolument les memes caraderes » , et « qui » peuvent se feconder mutuellement et donner naissance (1) Theorie elementaire de la botanique, Paris, in-8, 1813, p. 157. « Telle est, dit De Candolle, Tidee essentielle de l'espece. » (2) L'espece est la « collection de tous les individus qui se res- » semblent entre eux plus qu'ils ne ressemblent a d'autres, et qui, * )> par la generation , en reproduisent de semblables; de telle sorte » qu'on peut par analogie les supposer tous issus originairement d'un 3> meme individu. » (A. de Jussieu, Cours elementaire d'Histoire natu- relle, § 502 ; in-12, 1848, p. 378.) Au moins eut-il fallu ajouter : ou d'un seul couple. VUES DES AUTEURS SUR L ESPECE. > d'individus se reproduisant ave 425 » caracteres » (1 A l'etranger, la meme doctrine n'a pas de moins nombreux partisans. Les vues et la definition de Cuvier, presentees dans les memes termes, ou sous des formes un peu differentes, ont cours dans tous les pays; et quand on s'en ecarte on ne fait presque toujours qu'exprimer autrement, et souvent d • \ plus absolue, la doctrine. 11 est facile de la reconnaitre dans la defi de M. Bronn et meme aussi dans celle de M. Vogt discutees a plusieurs rep dans derniers temp 5 par espece est, selon le pr individus de meme origine, et de ceux qui Elle iblables qu'ils le sont entre eux » (3) Yost, la reunion de « tous les indi » vidus qui tirent leur origine des » qui redeviennent , pai pai parents, et leurs des- s emblables a leurs premiers ancetres » : defi » cendants, nition ou l'auteur veut, avec deux ordres de fails trop question de l'espece : la * compte de dehors de la metamorpbo (1) Precis debotanique, Paris, in-12, 1852, t. II, p. U. Voyez aussi les autres ouvragesd'A. Richard, etson savant article Methode, dans le Dictionnaire classique d'Histoire naturelle , t. X , p. 498; 1826. (2) Inbegriff, mot a mot, \econtenu. (3) Handbuch der Geschichte der Natur, Stuttgard, in-8, 1862- 18Zi9, t. Ill, p. 63. — Voy. aussi, sur l'espece, un autre ouvrage du meme auteur : Allgemeine Einleitung in die Natur geschichte, Stutt- aard, in-12, 1854, p. 29 et suiv. 1 I '? L *■ 426 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VI. ? J alternante (1). Enfin, si ce n'est plus la definition de Cuvier, c'est du moins encore sa doctrine, et celle de Linne, ' qu'admettent, sous une forme plus abstraite, ceux qui voient dans l'espece, comme plusieurs naturalistes alle- mands ; « une forme de la vie organique, determinee, » arretee et s'entretenant elle-meme» (2); on qui disent, comme Morton, dont la formule nette et concise a souvent ete reproduite : « L'espece est une forme organique » primitive (3). » XII. Devon s-r doctrine de aux- ous comprendre, parmi les partisans de la Linne et de Cuvier, deux auteurs recents dont les travaux sur l'espece ont justement fixe l'attention : M. Chevreul et M. Godron? Deux noms que reunissent ici la similitude des dates et celle des conclusions quelles sont arrives, chacun de leur cote, le chimiste illustre et le savant botaniste (4). On les a cites l'un et (1) Lehrbuch der Geologie und Petrefactenkunde, T edit., Braun- schweig, in-8, 485Zi, t. II , p. 38 '2 et 383. Voici le texte de la seconde partie de la definition : « Individuen welche... selbst oder dutch ihre Descendenten deriStammeltern toieder ahnlich werden. » (2) Voyez le savant memo-ire de M. Leuckart, Ueber den Polymor- phismus der Individuen, Giessen, in-Zi, 1851, p. 2. (3) « Primordial form », Morton, dans les Types of Mankind de MM. Nott et Gliddon, Londres, gr. in-8, 185Zi, p. 81. — « Espece et forme primitive sont une seule et meme chose » , avait deja dit Link, Die Urwelt und das Alterthum, trad, de M. Clement-Mullet, Paris, in-8, 1837, t. II, p. 155. (lx) Chevreul, Rapport sur V ' Ampelographie de M. le comte Odart, WES DES AUTEURS SUR L ESPECE. 427 l'autre comme des adversaires de la doctrine de la vana- bilite : est-ce a bon droit ? Pour M. Chevreul, la reponse est facile : lui-meme nous en donne tous les termes (1 ). S'il « accepte les defi- » nitions des especes comme les naturalistes qui croient » a 1'immutabilite absolue peuvent les donner », c'est seu- lement, dit-il, « pour les circonstances ou ces cspeces-la habi des circonstances diffe sntes, ces definitions cesseraient d'etre «vraies». II faut, 1 effet, admettre, dit M. Chevreul, « la possibility de la mutabilite des especes dans certaines limites par l'effet de circonstances dependant du monde exterieur »; et ni l'opinion de la mutabilite », ni meme celle de la trans- foi d espece « en espece sont a ses yeux ou absurdes ou demontrei S'il les repousse, c'est parce que « les faits de y point confer df deroger aux regies de « les admettre en principe, serait » la methode experimentale. » M. Chevreul n'est done que presentement et provisoi- rement avec les partisans de 1'immutabilite ; il se tient a » * * suivi de Considerations generates sur les variations des individus, dans les Memoires de la Societe royale et cenlrale a" agriculture, 1846, p. 287. L'auteur developpe ici des vues qu'il avait deja indiquees dans le Journal des savants, 1840, p. 715 et suiv. Godron, De I' espece et des races, dans les Memoires de la Societe des sciences de Nancy pour I'annee 1847, p. 182; 1848; et suite, Memoires de la meme Societe pour 1845, p. 381; 1849. — Voyez aussi le memoire du meme auteur Sur le genre Rubus consider e au point de vue de I'espece, Mem. pour 1849, p. 210; 1850. (1) Loc.cit., p. 296 et 297. a mt^m 428 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. \I. ? 1 parait la limite actuelle des faits, et reserve l'avenir. Et c'est pourquoi il definit ^implement l'espece : la reunion des « individus issus d'un meme pere et d'une » meme mere : ees individus leur ressemblent le plus » qu'il est possible relativement aux individus des autres espeees; ils sont done caracte d'tm certain ensemble de rapport des organes de meme nom (\\ M par la de Godron semble, au premier aspect, bien plus oppose que M. Chev hypothese de la abil 11 la combat vivement dans toutes ses parties; et affi l'espece, au moins a l'etat sauvage. est « fixe »; » climat n'exerce qu'une action modificatrice pi » les earacteres des espeees vegetales » (2). Ap passage, il semblerait qu'on dut ranger M. Godron /< partisans les plus absolus de mite une reserve, et, par tout est remis en ins pour le passe. L'espece ne chang pu changer. Comme M. Chevreul ah fixite des 8 dan presentemenl , M. Godi periodc l'espece immuable que « depuis l'origine de la » geologique actuelle » (3). En d'autres termes, pour lui, comme pour M. Che- vreul, les espeees n'ont varie que dans des earacteres ■ (1) Ibid., p. 292. (2) De l'espece, loc. cit., p. 20Zt. (3) Ibid., p. 237 et 238. VtJES DES AUTEURS SUR l'eSPECE 429 pen poi actuelles ; lesq _ us l'intluence des circonstances avait deja dit Geoffroy Saint- Hilaire, sont tres limitees dans leur action modifica r trice . Les vues de M. Chevreul et de M. Godron, en opposi manifeste de Lamar surtout avec hypothese sur l'influence des habitudes done nullement avec le systeme d'idees dont Geoffroy Saint-Hilaire s'est declare le partisan. En ce qui touche 1'ordre present des choses, ou, comme le dit M. Godron, jusqu'aux limites de la « periode geologique actuelle», ces deux savants defenseurs de la fixite et le successeur de Lamarck ont, au fond, les memes vues, et ils les expri- ment parfois dans les memes termes. Et au dela, ou est, nous ne dirons pas le disaccord, mais la diffe- rence de leurs doctrines? Ou M. Chevreul et M. Godron se tiennent dans une complete reserve, ou ils se taisent, Geoffroy Saint-Hilaire emet « un doute ». Ou ils s'arretent sans espoir d'aller au dela, il pense n'avoir pas encore atteint le terme, sinon present, du moins possible el futur, de la science ; et il en appelle aux faits et a l'expe- faveur de l'hypothese dont il ose proclam sembl attendant demontre r - t f la vente. XIII . + Entre ces voies diverses parallelemont ouvertes par les efforts de taut d fondamentale de ! / - 430 NOTIONS FONDAMENTALES, LlV. II, CHAP. VI. rattachent viennent d'etre to meme des travaux faits pour Les questions qui s'y posees par le resume resoudre : elles doivent une, et discutees selon les lumieres de la science actuelle. A quelle solution serons-nous conduit? Nous le dirons a l'avance. L'ensemble de faits et d'idees oue nous epn plexe, qu'il pourrait etre diffi de • • le voyageur a I 'entree d'une longue route, nos paux points de depart et d'arrivee. Nous donnerons des a present une esquisse de la doctrine que nous ; dcvelopper dans les chapitres suivants, comme dejii l'avons exposee en partie dans d'aulres ouvrages (1). entier dans nos cours de zoologie generale (2). La theorie de la variability limitee de Fespece., ain nous avons nomme cette doctrine, nous a paru pouv resumer, en tout ce ciu'elle a d'essenlieL dans les pnnci pro positi (1) Histoire generale et particuliere des anomalies, t. I, 1832, p. 285, et t. Ill, 1836, p. 605. — Memoire Surlechacal dans V Expe- dition scientifique de Moree; Mammiferes, p. 19; 1833. — Article Zoologie de V Encyclopedie du dix-neuvieme siecle, t XXV, p. 764 ; 1837. — Article sur la Domestication des animaux, dans Y Encyclo- pedie nouvelle, t. IV, p. 37Zi et suiv., 1838; reproduit dans nos Essais de zoologie generale, Paris, in-8, 1841 (voy. p. 292); ouvrage ou sont aussi quelques apercus sur la partie paleontologique de la question de l'espece, p. A29 et suiv. 'feres du nord et du sud de I'Af; diffi de I' Acad, des Sc, I. XXIII, p. 650; 1846. — Vie, trav. el doctr. de Geoffroy Saint-Hilaire, loc. cit., 18Zi7. (2) Voy. la Preface de cet ouvrage, p. xv. (3) Ce resume, redige en 1850, a ete lithographic a cette epoque, et ■ I I. fHEORIE UE LA VAR1AB1L1TE L1M1TEE. Les caracteres des A31 absolument fixes, comme plusieurs Vont dit, ni surtout indefiniment variables, comme d'autres l'ont soutenu. lis sont fixes pour chaque espece, tant qu'elle se perpetue au milieu des memes circonstances. lis se modifient si les circonstances ambiantes viennent a changer. / JI, — Dans ee dernier cas, les caracteres nouveaux de r espece sont, pour ainsi dire, la result ante de deux forces contraires : rune, modi ficatrice , est l'influence des nou- velles circonstances ambiantes; l'autre, conservatrice du type, est la tendance hereditaire a reproduire les memes caracteres de generation en generation. Pour que V influence modi ficatrice predomine d'une maniere tres marquee sur la tendance conservatrice, il faut done qu'une espece passe, des circonstances au milieu desquelles elle vivait, dans un ensemble nouveau, et tres different, de circonstances-, qu'elle change, comme on Fa dit, de monde ambiant. de nouveau en 1854, et distribue, les memes annees, aux auditeurs de mes cours au Museum. On le irouve reproduit, d'apres les feuilles lithographiees, dans la Revue et magasin de zoologie , 1851 ; la Gazette medicate, 3 e serie, t. VI, p. 158, mars 1851 ; la Revue philosophique, 1855, et YAmi des sciences, annee 1855, n 08 15 et 16. Ces diverses reproductions, et celle que je donne a mon tour, sont conformes a r edition de 1850. Avant que j'eusse redige ce resume, M. A. Blanc avait donne des analyses tres etendues de mes lemons sur Tespece, dans le Journal general de V Instruction publique, 1847; et a part, Paris, in-8, 1848. D'autres resumes ont ete publies (par un anonyme) dans la Revue franQase, t. I et II, 1837 ; — parM.Ch. Roux, dans la Revue philoso- phique, 1855; — par M. Delvaille et M. Foucou dans la Revue des cours publics, 1856; — et par M. Meyer, dans le Moniteur des cours * publics, 1857. i -y , i I , . /jo2 NOTIONS PONDAMENTaLES, LlV. 11, CHAP.. VI. III. — De la les limites tres etroites des variations observees chez les animaux sauvages. De la aussi l'extreme variability des animaux domes- tiques. IV. — Parmi les premiers, les especes restent generale- ment dans les lieux et les conditions ou elles se trouvent tablies j ibl organisation est en harmonie avec ces lieux et ces condi- tions : d ambiantes. Les memes caracteres doivent done se trans* * mettre de generation en generation. Les circonstances etant permanentes, les especes le sont aussi. V. Deja pourtant la permanence, la fixite, ne sont pas absolues. L' expansion graduelle des especes a la surface du globe est, a la longue, la consequence necessaire de la ■ multiplication des individus. D'autres causes, d'un ordre moins general, peuvent aussi amener des deplacements parliels. D'ou, aux limites surtout de la distribution geo- jraphique des especes qui se sont le plus etendues, des differences notables d'habitat et de climat, qui, a leur tour, entrainent inevitablement quelques differences secondaires dans le regime et meme dans les habitudes. A ces divers genres de differences correspondent des races , caracterisees par des modifications dans la couleur et les autres carac- teres exterieurs, dans les proportions et la taille, et parfois dans V organisation interieure. Ces races ont ete fort arbi- trairement, Ian tot appelees varietes de localite, tantot considerees comme des especes dislinctes. VI. Chez les animaux domestiques, les causes de variation sont beaucoup plusnombreuses et plus puissantes. THE0RIE DE LA VARIABlLITE L1M1TEE. 433 Dans une longue serie d'experiences qui, pour avoir ete entreprises dans un but tout pratique, n'ont pas une moindre importance Lheorique, des especes de plusieurs classes, au nombre de quarante environ, ont ete contraintes, par I'intervention de l'homme, de quitter l'etat sauvage, et de se plier a des habitudes, a des regimes, a des climats tres divers. Les effets obtenus ont ete en raison des causes : il s'est forme une multitude de races tres distinctes. Parmi elles, plusieurs offrent meme des caracteres egaux en valeur a ceux par lesquels on differencie dWdinaire les genres. VII. — Le retour de plusieurs races domesliques a l'etat sauvage a eu lieu sur divers points du globe. De la une seconde serie d'experiences, inverses des precedentes, et endonnantla contre-epreuve. Si des animaux domestiques sont replaces dans les circonstances au milieu desquelles avaient vecu leurs ancelres sauvages , les descendants reprennent, apres quelques generations, les caracteres de ceux-ci. lis revetent seulement des caracteres analogues, s'ils sont rendus a la vie sauvage dans des conditions ana- logues, mais non identiques. VIII. Ainsi, en resume : *. h J observation des animaux sauvages demontre deja la variability limitee des especes. Les experiences sur les animaux sauvages devenus domestiques, et sur les animaux domestiques redevenus sauvages, la demontrent plus clairement encore. exp • rfv» ; rences produites peuvent etrede valeur generique. IX. La verite ou l'erreur d'une doctrine peut presque ii. 28 - \ II ■u ! r 434 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VJ toujours etre mise en lumiere par la valeur des conse- i quences qui en derivent. La theorie de la variabilite limitee peut conduire a des solutions rationnelles, a regard de questions qui sont com- pletement insolubles pour les partisans de la fixite absolue, ou que ceux-ci ne resolvent qu'a Faide des hypotheses les plus complexes et les plus invraisemblables. X. — II en est ainsi de la question fondamentale de l'anthropologie. L'origine commune des diverses races humaines est rationnellement admissible au point de vue ■ de la variabilite, et a ce point de vue seul. Les partisans de la fixite ont du, pour Fadmettre avec nous, conclure contre leur propre principe. XL — En paleontologie, a la theorie de la variabilite limitee correspond une hypothese simple et rationnelle, celle de la filiation; a la doctrine de la fixite, deux hypo- theses egalement compliquees et invraisemblables, celle des creations successives et celle dite de la translation. Selon Thypothese de la filiation, les animaux actuels seraient issus des animaux analogues qui ont vecu dans 1'epoque geologique anterieure. Nous serions fondes, par exemple, a rechercher les ancetres de nos elephants, de nos rhinoceros, de nos crocodiles, parmi les elephants, les rhinoceros, les crocodiles dont la paleontolc Texistence antediluvienne. Cette hypothese a ete rejetee comme inccnciliable avec la fixite de Vespece, en raison des differences specif ques qui existent entre les animaux antiques et leurs analogues modernes. A la simple explication de ces differences par les changements survenus, d'une epoque geologique a r autre, dans les circonstances ambiantes, on a cru devoir THEORIE DE LA VARIABILITY LlMlTEE. I preferer l'hypothese de plusieurs creations succ plus tard, celle dela translation. Pour reprendn A 35 ? et, pi pi ces deux hypotheses s'accordent a admettre Textinetion complete des anciennes especes d'ele- phants, de rhinoceros, de crocodiles j raais la premiere les remplace par des elephants, des rhinoceros, des crocodiles de nouvelle creation ; la seconde, par les especes actuelles, pposees lob Des trois hypotheses, celle qui derive de la theorie de la variability est incontestablement la plus simple et la pi pour XII. a vantage. Mais elle n'a pas seulement sur les autres cet Elle est verifiable, et des a present verifiee, dans son application a divers cas particuliers (cours de 1847). En outre, elle est confirmee par diverses considerations desque hypotl Sans insister sur celle des crea- tions successives. depuis longtemps abandonnee et formel- lement condamnee par son auteur, nous nous bornerons a mettre ici en opposition, dans deux de leurs consequences, Fhypothese de la filiation et celle de la translation. Selon la premiere, les animaux actuels descendraient d'animaux analogues ; selon la seconde, d'animaux sem- blables a eux-memes. Or, la conservation des memes carac- teres specifiques, a toutes les epoques, supposerait l'exis- tence, a toutes les epoques aussi, des memes circonstances ambiantes ; ce qui est inadmissible, Dans Fhypothese de la filiation, le nombre des especes a ■ ^hmm^MM ■ ■ , : 436 NOTIONS FONDAMENTALES, LlV. II, CHAP. VI pu varier, d'uneepoquegeologiqueal'autre, en plus comme en moins; car si, a chaque revolution, il y a eu extinction (Tune partie cles especes, celles qui ont subsiste ont du subir des modifications, qui ont pu etre diverses selon les circonstances et les localites, et acquerir la valeur et la permanence de caracteres specifiques. Dans Fhypo these opposee, a chaque revolution, une parlie des especes dispa- rait; les autres restent ce qu'elles etaient ; elles se depla- cent, mais sans modifications organiques. Par consequent, les extinctions sont ici sans aucune compensation possible- Done, selon cette hypothese, le nombre des especes ani- males, et de meme des especes vegetales, aurait du aller sans cesse en decroissant; il y aurait eu diminution pro- gressive, depeuplement du globe; les deux cent soixante rnille animaux etvegetaux qui, d'apresles estimations les plus recentes, couvrent aujourd'hui la surface de la terre, ne seraient que les restes d'une creation inliniment plus ^ riche dans les temps antiques ! Telle est la consequence a laquelle arrivent necessairement les hypotheses de la fixite absolue et de la translation : chacun jugera jusqu 7 a quel point elle concorde avec les notions que nous possedons sur Tetat ancien du globe. XIII. - Tout ce qui precede conduit a considerer Tes- pece, non plus d'une maniere absolue, et independam- tenip mais relativement au monde actuel, ou, d'une maniere plus generale, relativement a chacune des epoques geologiques. D'ou il suit que nous avons a resoudre, a Tegard des especes, des problemes de deux genres, ou mieux, de deux degres : pour chaque epoq P .♦ — .A- ^ ~S -i» j *■ * * *s*y ■ ..* THEOKIE DE LA VARIABIL1TE L1M1TEE, 437 istes poursuivent sihahilement, depuis Linne, quant aux especes vivantes, et les paleontologistes, depuis Cuvier, quant aux especes f'ossiles. Comp des especes actuelles avec celles d I'epoque anterieure, ou plus generalement, des especes de deux epoques consecutives, en vue d'etablir leurs rapporls de filiation. Probleme nouveau, sans doute insoluble dans la plupart des cas , mais certainement soluble dans plu- sieurs. XIV. La substitution de la theorie de la variability li velle definition de Vespece. Pour nous rapprocher le plus bl et en ne consi q dirons : L'espece est une collection ou une suite d'individus caracterises par un ensemble de traits distinctifs dont la transmission est nature lie, reguliere et indefinie dans * Vordre actuel des choses (1). La possibility de la distinction, la transmission naturelle tabilite et la permanence egales a celles ;lobe, tels sont les elements essentiels de cette definition de l'espece. Quelques mots suffiront pour en expliquer les termes. (1) Cette definition est, comme on le voit, degagee de toute notion hypothetique. II est a peine besoin de faire reraarquer qu'il s'agit ici de l'espece actuelle, et non de l'espece en general. Pour rendre la definition generale, c'est-k-dire applicable a une epoque geologique quelconque, il suffit de retrancher les cinq derniers mots. J'avais d'abord caracterise ainsi l'espece (cours de 18Z»3-18/»Zi) : « Un •j y (^r^ L r tS* ■- ,■:..;, . ■■• •.• **, * *• .:■•■■ . . .. '■-.■■'\' - w * 'J * . f • .. ••":• :-. • - : ■:' . * - ■A ■ - •V: , ■ ■ 438 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. 11 CHAP. VI. Les hybrides ne sont pas geiieralement infeeonds, comme on l'a souvenl dit. lis peuvent transmettre leurs caracteres, i toujour s mixtes entre eeux des types d'ou ils proviennent : mais les races hybrides nese propagent pasavec la Constance et la regularity qui appartiennent aux especes, et elles s'eteignent bientot ou disparaissent par Teffet des croise- ments. La transmission n'est doncni reguliere,\\\ indefinie. II en est de meme des races monstrueuses, ou plus gene- ralement, anomales. Ces races ne constituent de meme, en quelque sorte, que des faits accidentels et temporaires. Dans les races domestiques, on .retrouve une grande partie des caracteres de l'espece. Chez les races qui sont tres anciennes, et qui ont acquis une grande lixite, la transmission peut meme etre dite reguliere ; elle peut etre indefinie, et aussi durable meme que Tordrede choses actuel, mais seulement par I'intervention de rhomme, necessaire pour maintenir les races comme elle l'a ete pour les creer. La transmission n'est done pas naturelle. XI V. Telle est, sur la question de l'espece organique, la doc- * trine generate qui nous a paru repondrea l'etat actuel de » ensemble de traits distinctifs, commuus a un plus ou moins grand » nombre d'individus, et regulierement et indefiniment transmissible » par voie de generation. » J'ai reeonnu, depuis, la necessite de faire entrer dans la definition un element de plus : la transmission na- turelle. Parmi les auteurs qui ont repris et developpe cette definition et les vues qu'elle resume, voyez surtout le prince Ch. Bonaparte, Consi- derations sur l'espece, allocution prononcee au congres ornitholo- gique de Cothen, dans la Revue el Magasin de zoologie, 1856, p. 292. I THEOME DE LA VARIAB1L1TE L1MITEE. 439 dire, des e exprime exactement, nous croyons grande partie des faits eonnus ; ell res avec une approximation suffi Moyenne, en quelque sorte, entre tons les systemei cessivement proposes, on eut pu Ten faire sortir pa d'eclectisme, et, pour ainsi dire, en les temperant, rectifiant les uns par les autres ; mais elle a plus di ment son origine ou est, en biologie, eelle de tout I trine, non systematique ou hypothetique, mais theoi elle derive des faits observes, compares, cette Methode des sciences naturelles, que nous avons exposeeet discuteedans la premiere partie decetouvrage, efforcons d'y appl D doctrine admise dans ouvrage, nous qu nous eon- duirait a une definition moins simple que plusieurs des formulesaujourd'hui en usage dans la science; mais com ™™t nA„ c cmictmirps A ofitte eonseauence de la multitude Sans de la diversite des elements qu'il faut ici associer ? doute, l'alliance de 1'exactitude et de la concision, de la jrite dans les resultats et de la simplicite dans leur expres- on, est l'ideal de toute science ; mais ou est-il possible de ;aliser cet ideal ? En mathematiques souvent, en physique \ r quelquefois. Les autres sciences ne font qu'y tendi d loin qu'elles considerent de pi plexes et de pi biologiques ej par pies ne sont presque jamais que des solutions provisoires, destmees a devenir, par des corrections successives, plus complexes en memo temps que plus exactes. Tellement qu'A mesure \ I * ■ \) } t • .-• -/•■-. ' ,..- . 7 f ■ ..-■■■;• •■-•■:-.-• ■ » * ■ ■ v v a - L 1 440 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI. qu'on se rapproche de la verite, on s'ecarte inevitable - ment de ce que nous aimerions a lui donner partout pour attribute : la simplicite et la nettete logique. Les definitions ordinaires de l'espece,cellesqu'un long- usage semblait avoir consacrees, avaient essentiellement ce caraetere provisoire. C'est parce qu'elles sont simples qu'elles se sont perpetuees dans la science depuis un siecle; mais pourquoi sont-elles simples? Parce qu'elles ne disent pas tout ce qu'elles devraient dire ; parce qu'elles ne tiennent compte que d'une partie des fails dont elles devraient embrasser l'ensemble. Inexactes, par con- sequent, en tant qu'incompletes, et devant subir une reforme dont le resultat est et pourra. etre encore de les rendre plus complexes (1). Nous pouvons,nous devons regretterla necessite de cette reforme : y aux premiers ages de la science ces definitions ou quel- ques mots ingenieusementalignes affirmaient d'autant plu^ que leurs auteurs savaientmoins. Elles ont fait leur temps : n'essayons plus de les faire revivre, ou d'en arranger, dansle silence du cabinet, d'inutiles variantes composed; en Tabsencedes faits, oua l'aide de faits choisis: on n'est alors qu'elegant,et il s'agit avant tout d'etre vrai. Sovons- ledonc, etne cherchons pas l'impossible. Sachons accep- ter notre science telle qu'elle est, avecses innombrables (1) Comme l'ont compris dejk la plupart des auteurs qui ont long- temps reflechi sur la question de 1'espece. Voyez les definitions de Lamarck (p. 410), de De Candolle pere (p. /|2Z|), de M. Chevreul (p. 428), etc. Voyez aussi plus bas (Note bibliographique) , celles de MM. Henri Martin (de Rennes), 1'abbeMAui'iED et Alph. De Catsdollk. '-*• ^f . THEORIE DE LA VARIABIL1TE LIM1TEE. 441 de fait sa methode inductive , avec ses solutions plus ou moins complexes au fond, par consequent complexes aussi dans expr Et pour parvenir gnons pas de restituer aux questions dont rendre maitres les d artees par une elimir } qu ( arbi tr aurait omises ter meme aux plus lointaines premisses. Ne negli rien a l'entree dela route pour que rien ne nous manqi a l'arrivee : reunissons tropde faitsplutot que pas assez et si quelqu'un venait a nous dire, a l'exemple d'un ph losophe illustre de nos jours : « Les faits genent l'esprit > nous repondrions : Heureui lorsqu'on allait s'egarer (1). g } ne la sent que (1) Les auteurs qui se sont occupes de la question de Pespece sont trop nombreux pour qu'il ait ete possible de les citer tous dans ce Chapitre, si etendu qu'il soit. Pour les vues generates emises par plu- sieurs d'entre eux, voyez les chapitres qui vont sulvre. Pour la definition de Pespece, nous avons deja cite Tournefort (p. 371), Linne (p. 378), Bcffon (p. 393), A.-L. de Jussieu (p. 397), Blumenbach (p. 398), lLUGER(t'6uZ.), Daubenton (p. 399), Cuvier (p. 400), Lamarck (p. 410), Dumeril (p. 423), Straus [ibid.), Blainyille (ibid.), de Candolle (p. 424), Ad. de Jussieu (ibid.), Flourens (p. 422), A, Richard (p. 425), Bronn (p. 425), Vogt (ibid.), Morton (p. 426). — Voyez en outre : Fabricius, Philosophic* entomologica, Hambourg, in— 8, 1778, p. 79. a Species tot numeramus, dit Fauteur, quot diver see formce con- » stantes existunt hodie. » Virey, article Especes du Dictionnaire d'Histoire naturelle de * Deterville, t. X, 1817, p. 451. — « Nous entendons generalement par » especes, dit Virey, tout corps, soit organise, soit meme inorganique, » affectant constamment une meme forme, ou presentant les memes » oaracteres et attributs habituels, et les transmettanta cFautres corps U*\ > 1 442 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VI. \ » emanant de lui. » ~ L'auteur se declare partisan des vues de La- marck, a l'appui desquelles il presente quelques considerations gene- rales. Milne Edwards, Elements dezoologie, Paris, in-8, 183ft, p. 22ft, « On donne, dit l'auteur, le nom d'especes a la reunion des individus » qui se reproduisent avec les memes proprietes essentielles. » L'abbe Forichon, Examen des questions scientifiques , Moulins, in-8, 1837, p. 393. — « On appelle especesles etresqui se continuent » dans le temps et l'espace, en procluisant par la generation des » individus qui leur ressemblent. » Cette definition est un developpe- ment de eelle de Blainville. Duges, Traite de physiologie comparee, t. 1, p. 1ft ; 1838. — «L'es- » pece n'est pas un assemblage d'individus, mais un assemblage de » caracteres distincts; e'est un type ideal de forme, d'organisation, » de mceurs, auquel on peut rapporter tous les individus qui se res- » semblent beaucoup et se propagent avec les memes formes. » — Voy. sur cette definition, ou plutot sur une variante de cette defini- tion, NaudiN-, Sur Vespece et la variete, dans la Revue horticole, 1852, p. 102. Lacordaire, Introduction a Ventomologie, t. II, p. ft05; 1838. « On entend par espece une collection ou un groupe d'animaux qui » possedent en commun certaines particularity d'organisation dont » 1'origine ne peut etre attribuee a Taction des causes physiques » connues. » * Brulle, Sur quelques points de la methode en Histoire naturelle (These pour le doctorat es sciences), Paris, in-Zi, 1839, p. 28. — « L'es- » pece se compose de tous les individus qui ont entre eux des carac- » teres communs, et qui se ressemblent entre eux beaucoup plus » qu'ils ne ressemblent a ceux d'une autre espece. » L'auteur ajoute que les especes se maintiennent par la generation; caractere qui « semble leur avoir ete donne par la nature meme » . Hollard, Nouveaux elements de zool, Paris, in-8, 1839, p. xxxv. L'especeest, selon lui, « un type d'organisation, de forme et d'activitc » rigoureusement determine, qui se multiplie dans l'espace et se perpe- » tue dans le temps par generation directe et d'une maniere indefinie.» Cette definition derive manifestement de celle de Blainville. — Pour B1BL10GRAPH1E . MS M. Hollard, voy. aussi De Vhomme et des races humaines, Paris, in-12, 1853, p. 208 et suiv. Prichard, Histoire naturelle de Vhomme, trad, franc- deM. Rou- lin, 1843, 1. 1, p. 14. — « Le mot espece, dit l'auteur, ne signifle autre » chose que ce que Ton en tend communement par race , lignee , pa- » rente, ?o ao-r^vlc..: Les especes sont done simplement des ensembles » de plantes ou d'animaux que Ton sait, de science certaine, ou que Ton » petit croire, d'apres de justes motifs, etre des rejetons d'un meme » tronc, ou descendre de families extremement semblables et impos- » sibles k distinguer les unes des autres. » Bazin, Sur la valeur des mots espece et variete, dans les Actes de la Societe linneenne de Bordeaux, t. XIII, p. l/i2 ; 1 843, — « On entend par » espece, en zoologie, une forme animale capable de se reproduire et » d'engendrer des animaux qui se ressemblent entre eux et a leurs » parents par tous leurs caracteres zoologiques. » L'auteur ne consi- dere pas comme des caracteres zoologiques les simples differences de taille, de pelage ou de plumage. Dujardin, Memoir e sur le developpement des polypes hydr aires, dans les Ann. dessc. not., 3 e ser., t. IV, p. 279 ; 1845. — En terminant ce remarquable memoire,sur lequel nousaurons a revenir dans le cha- pitre suivant, l'auteur s'exprime ainsi au sujet des animaux a genera- tion alter nante : « On doit, pour ces animaux, modifier la definition de » Tespece... Ce devra etre la notion des formes successives sous les- » quelles la vie se manifeste, soit isolement, soit en commun, dans » les etres qui derivent les uns des autres. » Endlicher etUNGER, Grundzuge der Botanik, Vienne, in-8, 18/|3, p. 405.— L'espece est la reunion des « individus qui concordent entre » eux dans tous les caracteres invariables {unver Under lichen) » . Mais quels sont les caracteres invariables? Et est-il certain qu'il en existe de tels? t. 1, p. 17. facten Deulschland's, Tubir Selon lui, l'espece est une reunion d'individus distincts par des caracteres assez nets pour etre faciles a communiquer (leicht mittheilbare) au moyen de la description et du dessin. , Henri Martin (deRennes), Philosophie spiritualiste de la nature, t. II, p. 302; 1849. — «Une espece d'animaux ou de vegetaux est I > hhh NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VI ? ■ » rensemble des individus qui, ayant herite d'une organisation sem- » blable dans tous ses principaux details, peuvent remonter par propa- » gation a des etres propagateurs semblables entre eux poster ieurement » a la dernier e grande revolution du globe, et dont les differences \ » d'organisation, s'il y en a, peuvent par consequent s'exprimer par » Taction prolongee des causes actuelles, tant naturelles qu'artifi- cielles. » Definition qui exclut, comme le remarque Tauteur, « la » variability illimitee » , sans supposer « la fixite absolue du type » specifique. » issenschaftlichen partie, 3 e edit., Leipzig, 1850, p. 516. — La determination « la plus rigou- » reuse » que Ton puisse donner de Tespece est, selon lui, la sui- vante : « On doit rapporter a une meme espece tous les individus qui, » dans des rapports entierement semblables, ^ part le lieu et le temps, » presentent aussi des caracteres completement semblables. » L'abbe Maupied, Dieu, I'homme et le monde, Paris, in-8, 1851, t. HI, p. 529. — « L'espece (zoologique) est Tanimal muni d'organes, reunis » ou separes, a Taide desquels il peut se perpetuer dans le temps et dans » Tespace, avec les m femes proprietes et qualites plus ou moins deve- » loppees dans un certain laxum, ayant ses minima et ses maxima » determines par les circonstances et les milieux, maisqui ne peuvent » etre depasses sans que Tanimal perisse. » Le savant disciple de Blainville est loin, comme on le voit, de se montrer ici partisan de la fixite absolue. Reichenbach, Ueber den Begriff der Art, dans le Journal filr Or- nithologie, 1853, t. I, p. 5. — L'espece est, selon ce celebre ornitho- logiste, (Inbegriff) des individus qui se conviennent Plu- » (ubereinstimmen) dans tous leurs caracteres essentiels ». sieurs autres auteurs allemands, parmi lesquels M. Bronn, dans son ouvrage deja cit(d(Allgem. Einleit., p. 33), donnent aussi cette defini- tion, qui est analogue a celle d'Endlicher et Unger, et encourt une semblable objection : est-il plus facile de determiner les caracteres essentiels que les caracteres invariables? Brehm, Ueber Species und Subspecies, dans la Naumannia, 1853, p. 9. — L'espece est, pour ce celebre ornithologiste, « une suite de » creatures (Geschdpfe) qui, en masses (in Massen), se ressemblent » pour la taille, la forme et, sauf quelques exceptions, la couleur. » • r*-' ■ — — « BlBLIOGRAPttiE* . 465 H. Lecoq, Etudes sur la geographie botanique de I' Europe, Paris, gr. in-3, 1. 1, p. 199 ; 185Zi. — L'espece est « une succession d'individus » offrant des caracteres semblables et constants pendant la meme » periode geologique » . x\lphonse DeCandolle, Geographie botanique raisonnee, Paris, in-8, 1855, t. II, p. 1072.— Les especes du regne vegetal, « comme elles ■ » se presentent h nous a l'epoque actuelle, » sont, dit M, A. De Can- dolle, « des collections d'individus qui se ressemblent assez pour » 1° avoir en commun des caracteres nombreux et importants qui se » continuent pendant plusieurs generations sous l'empire de circon- » stances variees; 2°s'ils out des fleurs, se feconder avec faciliie les » unsles autres et donner des graines presque toujours fertiles; 3° se » comporter, a regard de la temperature et des autres agents exte- » rieurs, d'une maniere semblable ou presque semblable; k° en un » mot, se ressembler comme les plantes analogues de structure que » nous savons positivement etre sorties d'une source commune, depuis » un nombre considerable de generations. » M. Alphonse De Candolle remarque avec raison que cette definition differe peu, au fond, de celle qu'avait donnee son illustre pere. Bronn, Untersuchungen iiber die EntwickelungsgeschicKte der organischen Welt, Stuttgard, in-8, 1858. — Ce livre vient de paraitre et n'a pu etre cite avec les autres ouvrages du meme auteur (voy. p. Zi25). L'auteur, revenant sur la definition de l'espece par Cuvier, explique (p 228) en quel sens et dans quelles limites elle lui parait pouvoir etre adoptee ; et il etablit par quelques remarques generales la necessite de « comprendre dans une seule espece tous les individus ,, de temps differents qui seraient reunis sans difficulte s'ils etaient » contemporains. » Un grand nombre de definitions pourraient etre encore ajouteesa celles qui ont ete donnees dans le cours de ce long Chapitre, ou dans cette note nibliographique; mais elles rentreraient dans celles qui precedent, et il serait superflu de les reproduire apres tantd'autres. Ce n'est pas par suite d'une omission qu'on ne trouve dans ce Cha- pitre aucune definition de l'espece par Geoffroy Saint-Hilaire. L'auteur des vues nouvelles, analysees plus haut (sect. X), ne les a jamais resumees dans une definition. L'espece n'a pas ete definie non plus par un savant geologue dont l ' ** *' * * 9 ■ ■ • ^. "--■: i- • _ .■• ■•; ■■-.-;. ..■ , i 446 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VI. les vues sont tres analogues a celles de Geoffroy Saint-Hilaire, M. d'Omalius d'Halloy, tlont les reraarquables Notes sur la succes- sion des etres ont ete inserees dans les Bulletins de VAcademie des sciences de Bruxelles, t. XIII, l re part., p. 581, et t. XVII, 2 e part., p. ^98; 18/|6 et 1850. Les memes vues avaient deja ete sommairement presentees par M. d'Omalius dans ses Elements degeologie, in-8, 1839, p. 711. Nous aurons a revenir sur les vues du celebre geologue beige. Sur plusieurs des definitions qui viennent d'etre citees, voyl Gerard, loc. cit., 1844. - Quenstedt, loc. cit., 18Z|6-Z|9. — J.-B. Jaubert, Quelques mots sur Vornithologie europeenne, Marseille, in-8, 1851, p, 6. Leuckart, loc. cit., 1851. Et surtout Giebel, Einige Hunderassen oder Hundearten? Pour celui-ci, oii,comme son litre l'indique, la question est specialement traitee relativement aux races canines, voy. la Zeitschrift fur die gesammten Naturwissenschaften de MM. Giebel et Heintz, 1855, t. V, p. 348 ; et pour 1'autre article, parti- culierement relalif aux races humaines, le meme recueil, 1855, t. VI, p. 437.— Voy. aussi le pamphlet deM.VoGT, intitule : Kohlerglaube und Wissenschaft, k c edit., Giessen, in-8, 1856, p. 49 et suiv. —Et plu- sieurs articles inseres dans le journal IzNaumannia, et sur lesquels nous aurons a revenir, comme sur quelques-uns de ceux qui pre- cedent. H ~ * * , * .y\^W^\> \s\s V\y ^x/ V x^ V V W WW w CHAPITRE VII • NOTIONS SUR LES DIVERS1TES SUCCESSiVES DES INDIVIDUS 1 ET SUR LES FORMES PERMANENTES D1VERSES DES ESPECES ET DISCUSSION DE LA PREMIERE PARTIE DE LA * DEFINITION DE L ? ESPECE. ? Sommaire. — I. Diversites successives, on phases. Diversites permanentes, ou stases. Polymorphismehiologique. — II. Vues admises dans le xvm c siecle. Systemes qui re- duisaient les phases a de simples apparences. Preexistence des germes. Preformation. III. Phases. Metamorphoses. Mues. — IV. Existence tres generate des metamorphoses chez les etres organises, et particulierement chez les animaux. — V. Analogie des metamorphoses exterieures et des metamorphoses embryonnaires. VI. Stases. Dualisme sexuel ; mammiferes, oiseaux, insectes, crustaces, vers. Dimorphisme. ■VII. Stases multiples ; oiseaux, insectes. Polymorphisms — VIII. Stases alternantes, ■ ou generation alternante ; tuniciers ; vers, acalephes et polypes. IX. Consequences relatives a la notion de Tespece. — X. Determination du premier * terme de la definition. . 1 ■ L'hypothese de l'immutabilite du type n'implique nul- lement la similitude de tous les representants de ce type. * Desespeces chez lesquelles cette similitude existerait et se maintiendrait a travers les temps et les circonstances ; des especes partout et toujourshomogenes,nous montreraient la fixite dans sa forme la plus simple et la plus facile- ment saisissable, mais non la seule possible. Des modifi- cations constantes, c'est-a-dire constammentcoexistantes ou renaissant constamment les lines des autres, seraient encore la permanence, la stabilite de 1'espece, puisque : § ■■ ' J * . • ■:■■■ * s * . ■ ,* 1. ■- ;* - ■ ■ ■ ■ *' '* *: " * ;.: . . - . ■■-"-■'■ : - ' ■■'. '. .•■-"•-■.;■ ■■ •" ,:' .;■■ .--- ' .'•'--..' L /-;• •/. ■ ;■■■ ■;- ■" ■ * -■ ■ . i * * . . t* hhS NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. 11, CHAl>. VII. malgreladiversite des temps etdes circons uverait perpetuellement dans la suite des i qu'elle etait a l'origine. Elle serait etablie sur un pi beaucoup plus complexe plan, eussions-nous peine a en demeler les complications, n'en resterait pas moins toujours le meme. L'existence deplusieurs etats, celle memede plusieurs formes tres differentes dans une espece, ou le polymor- phisme (1), n'a done logiquement rien de commun av^n » ' •; les changements d'etat de celte espece polym L J * & phisme n'est pas la variabilis ; et les assimiler l'un a fait 2 l/' ^ (1) Pour les mots dimorphisme et polymor phisme, dont l'emploi est aujourd'hui si frequent en Histoire naturelle, voyez (pour citer des a present les auteurs qui les premiers ont fait passer ces termes de la mi- neralogie dans les sciences biologiques) : Henri Martin (deRennes), Philosophie spiritualiste de la nature, Paris, in-8, 1849, t. II, p. 347,— et surtoutLEUCKAirr, Ueber den Polymorphismus der Jndividuen, Gies- sen,in-8, 1851, travail que Ton consultera avec beaucoup d'interetet de fruit sur toutes les questions qui vont faire le sujet de ce Chapitre. Polymor phisme derive si naturellement de polymor phe, qu'on pour- rait faire remonter ce mot jusqu'au xvm e siecle, jusqu'a Likne lui- meme ; e'est lui, en effet, qui, dans plusieurs de ses ouvrages, a donne a une des hepatiques europeennes les plus communes et les plus souvent etudiees, le nom de Marchantia polymorpha, qu'elle porte encore. En zoologie, Latreille a propose d'appeler polymorphes les ani- maux, et particulierement les insectes sujets a des metamorphoses, par opposition aux homotenes, sujets seulement a des mues (voyez Cows d'enlomoloyie, 1« annee, Paris, in-8, 1831, p. 274). Cette ter- minologie n'a pas ete adoptee. Pour des exemples soit de dimorphisme, soit de polymorphism^ voy. les sections VI et suivantes. (2) Voy. particulierement Gerard, article Espece du Dictionnaire universel d'Histoire naturelle, t. V, 1844. — Pretendre demontrer ■ ^ «..*..- .\.ta- .-, « * < . - * * -i4 * , *> - * ". ' * - - ; ■ \ \ CONSIDERATIONS PRELIM IN AIRES. 449 c'est confondre deuxordres, fondamentalement distincts, de differences entre les etres de meme origine et dememe i espece : d'une part, celles encore contestees par tant d'auteurs,non encore demon trees peut-etre, mais demon- trables, qui sont les effets des temps, des lieux et des cir- Constances; de l'autre, celles qui resultent des lois memes ■ de la vie des individus et de la succession des genera- tions : comme sont ces differences d'age et de sexe, que l'observation journaliere nous fait reconnaitre dans notre espece et parmi les etres qui vivent autour de nous ; et comme sont aussi une multitude de modifications, de mutations, de metamorphoses, que la science constate ou chez ces memes etres ou ehez d'autres. Les premieres peuvent seules etrc dites des deviations, des alterations du type specifique j les secondes n'en sont que des formes diverses. ■ Mais deux ordres de faits et de phenomenes peuvent difficile, impossible els pourtant, qu'il soit les etudier l'un sans pour le polymorph variabilite nombrables div • a r par l'observation, ou finit que ■ - l'autre? La limite nous echappe souvent. et Feus- sions-nous deter point par point, comment demon trer la mutabilite du typ f • fique sous l'in- fluence des temps et des circonstances, sans tenir compte ainsi la doctrine de la variabilite, c'est la compromettre ; et nous voyons en effet les arguments de Gerard invoques par plusieurs au- teurs contre les verites memes dont il s'etait fait le defenseur plus ardent qu'eclaire. n. 29 I \ \ uJ 450 VJV, flONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VII. de la diversite des formes sous lesquclles cc type peut se presenter, independamment de toute influence modifi- catrice? A ce point de vue, et non parce deux ques onfondent parce que l'etude moms de l'une est une introduction de l'autre, nous devrions deja faire preceder la demons tration de la variability de l'espece de remarques generate sur ses drv individuels permanents, ou, en deux sur ses ph stases (1) Mais l'etude des ph ppell diver et des stases, comme definitifs, appartient directement encore a notre sujet sous un autre point de espece r. r definie par Buffon « une suite d dividus semblables forme moins la meme definition , « une succession constant vidus semblables et qui se reproduisent » (3) science tourne depuis plus d'un siecle autour definition dont la pensee et presque les termes s d'indi- et la de (1) Par opposition aux phases ou etats passagers de Tespfece, a eeitx qu'elle traverse dans le cours de ses developpements, nous appelons stases (de a-vd^, pause, station, etat fixe) ses etats permanents, ceux qu'elle presente au terme de son evolution. C'est quand ces etats sont tres differents, que la dualite ou la mul- tiplicite des stases prend justemeflt le nom de dimorphisme ou de polymorphisme. (2) Histoire naturelle, 1765. - Voy. plus haut, pi 393. (3) Ibid., 1753. • -. . *.*;•: ■■■■;-.. ■ - ■• i> « n i i .**.*...• flHHB . SYSTEME DE LA [^EXISTENCE DES GEHMLS. dans Linne (1). Aujourd'hui encore, si la si k filiation des individus est, pour l'cspece, tin carac ad mis par tous, leur ressemblance non moins essentiel , auteurs. Ce carac tere doit-il de la pluj de s etre conserve? Ou est-ce a tort qu'on le maintient, d'un accord presque unanime d i prendre depuis plus d'un sieele ? 'etude des phases et des stases qui va nous Tap II. Ce caractere, et c'est ce qui lui a valu la faveurdont a joui dans la science, se rattaehait al'ensemble des ide qui regnaient sur 1'origine des elres. La similitude de toi les individus de meme espece est, en zoologie et en bot; nique, la correlative d'une autre admise en physiologie ; celle de l'individ a toutes les epoques de son existence similitude longtemp de son existence anterieure a la naissance, anterieure meme a la & pr Hypoth laquelle il faut bien que nous nous arretions ici quelquc instants : car elle est la negation meme des metamor phoses et des phases organiques, ne nous laissant plu aper r dest de] nes et trompcuses appa- graduellement devant les (i) Voy; le Ghapitre precedent, sect. JUL I -- " v - ¥ \ & \ ■ v 452 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VII. Le systeme de la preexistence desgermes est d'ailleurs comme la premisse fondamentale de V immutabilite de 1'espece; a ce point qu'il ne saurait etre vrai, sans que celle-ei le fut aussi. La preexistence, c'estpour 1'individu, rimmutabilitc, et comment l'immutabilite de 1'individu n impliquerait-elle pas celle de 1'espece ? Comment les especes pourraient-elles varier si les individus dont elles aien! pas ou etaient a peine variables ? Ces deux syslemes, l'un deia tombe, l'autre si > ' eb ne fond que les deux partie :ral , celui de la pre format >t la preformation individ eformation specifique de pom exception, parmi les naturalist.es, 1 les memes adversaires (1). Qu'est-ceque la preexistence ? Q » tence qui est avant d'etre » (2 » ment, dit Geoffroy Saint-Hilaire, contradiction dans les » termes : elle est d'abord ettoute dans l'idee. » Et n'veut- il pas contradiction, que seraitle systeme de la preexistence des germes ? Supplement un moyen, Cuvier lui-meme le y a pas (l) Dans le xvm e siecle, Linne est favorable a la preexistence, Buffon la rejette expresseraent. Dans notre siecle, elle a pour elle Cuvier, contre elle Geoffroy Saint-Hilaire. Voy. les notes ci-apres. Du dissentiment de Cuvier et de Geoffroy Saint-Hilaire sur cette question derive peut-etre leur disaccord sur tous les autres grands problemes de 1'IIistoire naturelle. >ffi Saint-Hilaire, gr. in-8, et in-12, 18A7, p. 361; voy. aussi p. 286. (2) Geoffuov Saint-Hilaire, Philosophieanatomique, t. II, 1822, p. Zi80. c %" • ■ ■ ■ .-...- ». . ... dA^A- ... :.-•>.* ■ *ji * * ■ * * i * ;v^*fl.«»*'^^^'»#w-fci . .• . iff el 91 SYSTEMS DE LA PREEXISTENCE DES GERMES. 453 reconnait (1), de « reculer la difiiculte », de « la reporter si loin, qu'elle semble disparaitre », de « tranquilliser l'imagination »; en un mot, de l'avea meme de ses parti- sans les plus eclaires, un expedient, et non une solution. - La preformation de l'etre organise dans des germes preeocistants n'en a pas moins ete, je ne dirai pas la phi- losophie, mais la metaphysique de la science jusqu'a la fin du xvm e siecle, et plus pres de nous encore. Guvier a, de nos jours, admis la preexistence des germes (2), et Meckel en est reste, jusqu'au terme de ses travaux, un des sectateurs les plus convaincus. Elle a, encore aujour- d'hui, quelques partisans attardes. On aura un jour peine & concevoir cette longue favour accordee a une hypothese qui se heurtait contre les fails les plus vulgaires, contre les resultats les plus manifestes (1) Dans une des notes du poeme de Deluxe sur les Regnes de la nature, l rc edition, 1808. Ch. Bonnet, principal defenseur, representant par excellence (mais non invenleur, comme on Fa dit quelquefois) du systeme de la preexistence des germes, laisse lui-meme echapper un semblable aveu, au debut meme de l'ouvrage ou il s'efforce de justifler ce sys- teme.— Voy. les Considerations sur les corps organises, Amsterdam, in-8, 1762, 1. 1, p. 1. (2) 11 y a dans les nombreux ecrits de Cuvier des passages qu'on pourrait cliversement interpreter; mais il en estdontle sens ne peut preter k aucune equivoque. — Voyez, entre autres, le Regne animal, Introduction, t. I, l re edition, 1817, p. 20; 2 e edit., 1829, p. 17. Cuvier n'a pas ete moins explicite dans ses cours, en faveur de la preexistence et de Yemboitement des germes. II a notamment defendu ce systeme dans son cours de 1817, au Museum, le dernier qu'il ait fait dans cet etablissement. — Voy. Strauss, Theologie de la nature, Paris, in-8, 1852, t. II, p. 351. Cuvier s'est encore pronorice dans le meme sens dans sa derniere ' • v i \ ■ f 45/i NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II CHAP. VII. de l'observation quotidienne; d'une hypothese qui peutse resumer ainsi L'homme, l'anima], le vegetal, sont essentiellement, des Porigine, ee qu'ils doivent etre un jour : les change- ments dont nous croyons etre lemoins ne sont que des illusions : au fond, l'etre est presque immuable, a la gran- deur pres. Le foatus n'est que la repetition, en petit, de l'etre adulte : sa miniature (1.) ; l'oiseau est tout entier dans rembryon, 1'embryon tout entier dans le germe ; le papillon est dejaenveloppe, emmaillotte (in pupa) dans la cbrysalide, masque {larmtus) dans la larve, cache dans I'ceuf. Rien, en eux, ne se forme ; tout est pre forme; ou plutot, tout preexistait dans un germe cree des l'origine des choses. Done point de vraies metamorphoses, et meme lecon du College de France, lecon publiee a part par M. Magdeleine de Saint-Agy, Paris, in-S, 1832. « Je ne crois pas a la formation » des etres » , dit Cuvier, page 19 ; et ce sont presque les derniers mots cfu'il ait prononces en public. Le poete DeLILLe a dit dans les Trots Regnes, chant VII : Dans lews berceaux dornient deja formes Ces germes eternels Tun dans Tautre enfermes. ..... Comme l'animal, la plante cache en elle D'enfants qui la suivront line race immortelle. Ce resume poetique dusysteme de Vemboitement, si longtemps do- minant dans la science, parait avoir ete ecrit sous Finspiration de Cuvier. Lie avec Delille a Tepoque ou furent composes les Regnes, Cuvier a place a la suite du texte (l ,e edition, 1808) de nombreuses notes qui paraissent etre restees inconnues aux naturalistes, meme aux bio- graphes de Cuvier, et aux auteurs qui se sont attaches a donner la liste complete de ses productions. Ces notes sont cependant tres bonnes a consulter, au moins historiquement. J\ai fait connaitre plus hint le curieux aveu que renferme une d'elles, relativement a la preexislence desgermes (voy. p. 653, note 1). (1) Expression somen! employee par les auteurs. i \' : '' :\>V r - ( , < t .,♦■ « »v«9.*%ai4V.« l , * * ,-. * . --;-i»f*. - - ■ '" *» *^ - •* ^ ■ » _* • * * . M • SYSTEMS DE LA PREEXISTENCE DES GERMES. h 55 aussi point de vraie generation (1) ; car la fecondation ne fait que «rendreplus propre a croitre d'une maniere plus n sensible » (2) ce qui preexistait dans une imperceptible petitesse ; ou encore que monter une machine toute con- struite a l'avance, et lui imprimer le mouvement (3). Voila les idees qui dominaient encore dans la science (1) Bonnet, loc. cit., t. 1, p. 60 et 168, et t. II, p. 227, ou OEuvres, Neuchatel, in-A, 1779-83, t. Ill, p. ZiZi, 135 eU13. [ (2) P.-S. Regis, Systeme de philosophie, in-Zj, 1690, t. Ill, liv. vm, part. I, chap. ix. — C'est ce savant medecin qui a le premier com- plete l'hypothese generate de la preexistence des germes, par la suppo- sition de germes origin airement monstrueux. (3) Bonnet, Corps organ., t. II. — Bonnet reconnait cependant que « le jeu de la petite machine montee n'est pas seulement celui » d'une montre : il y a quelques changements de forme et de situa- » Hon. » (Voy. p. 229, et dans les OEuvres, p. 426 et Zi27.) Ces changements sont d'ailleurs, selon Bonnet, renfermes dans -de tres etroites limites. Sa pensee est exprimee de la maniere la plus nette dans le passage suivant : «Le germe porte l'empreinte originelle de l'espece, et non celle de » l'individualite. C'est, en tres petit, un homme, un cheval, un tau- » reau, etc. Maisce n'est pas un certain homme, un certain cheval, » un certain taureau, etc. » Void un autre passage d'un resume plus net encore, non plus de Bonnet, mais d'un de ses devanciers, Bazin (voy. ses Observations stir les plantes, Strasbourg, in-8, 17Z|1, p. U) : « Le foetus, l'enfant d'un » jour, l'homme de quarante ans, ont un meme nombre de parties : » la difference entre elles n'est que dans l'etendue. » Sur l'ensemble du systeme de la preexistence, voy. Serres, article Organogenie del' Encyclopedic nouvelle, t. VII, p. 7 etsuiv., 1842, ou Precis d'anatomie transcendante , Paris, in-8, 1842, l re partie, chap. Ill et V. — La doctrine de la preexistence et ses consequences ne sont nulle part mieux appreciees que dans ce beau livre. Voy. aussi Duges, Traite de physiologic com par ee, 1839 , t. IIT, p. 323. ) 11 1 v I I j • • I 456 que NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VII. quelles se rangeait le grand Haller lui-mem e microscope etait deja dans toutes les m; and, depuis un siecle et plus, les ph de la nremiere foi phases visibles a l'oeil nu v a celles pi ecedent, et presque sonder les myster de l'etre vivant. M us on se refusait a l'evidence; on s'attachait, pour les mettre en lumiere, a quelques faits, favorables, en apparence, a la preexistence : tons les autres restaient dans 1'ombre. II a fallu que les preuves se multipliassent a I'infini, que les physiologistes eussent vu des milliers de fois des organes se former de toutes pieces sous leurs microscopes ; que 1'experience fut venue ajouter ses vives lumieres a celles del 'observation; qu'on eut reussi, a plusieurs reprises et par diverses methodes, a modifier, presque a volonte,des organismes en developpement (i);ila fallu surtoutque 1'esprit de la science changeat ; que la faveur, si longtemps i (1) Geoffroy Saint-Hilaire, Philos. anat., t. II, 1822, p. 509, et surtout Sur des deviations provoquees chez le poulet pendant I'incu- bation, 1826, dans les Memoires du Museum d'Histoire naturelle , t. XIII, p. 289, les Archives generates de medecine, t. XIII, p. 289, et le Journal complementaire des sciences medicates, t. XXIV, p. 256. Bareste, Sur le developpement du poulet dans des ceufs partielle- ment vernis, dans les Annates des sciences naturelles, Zoologie, A e serie, 1856, t. IV, p. 119. J'ai fait moi-meme, en 1831, des experiences d'incubation, comple- mentaires de celles de mon pere (voy. Histoire generate des anomalies de I 'organisation, t. Ill, p. 503, 1836). — J'ai recemment commence une autre serie d'experiences sur des ceufs sounds a Taction d'ai- mants. Le developpement a ete retarde dans quelques cas. Deux ordres d'experiences out paru pouvoir fournir aussi des preuves decisives contre la preexistence : les experiences de regene- SYSTEME DE LA. PREEXISTENCE DES GERMES. 457 usurpee par les entites et les hypotheses metaphysiques, fut restituee aux etudes positives, et qu'on se fut resolu a juger des hypotheses selon les fails, et non des fails selon les hypotheses ; il a fallu tous ces progres, pour qu'on en iroire a ee qu'on voyait, a e pour qu'on reconnut enfin d able et presque demontree depuis un siecle : L'horn / pas d sont pas preformes, ils se forment ; il y a epigenese. III. Sous le regne, si long et si prejudiciable a la science, du systeme de la preformation, on ne pouvait manquer de retrecir le plus possible le champ des metamorphoses. t C'est ce qu'on a fait. Non-seulement on pretendait les reduire a de simples apparences, souslamobilitedesquelles r * ration (voy., entre autres auteurs, Henri Martin, deRennes, Philo- sophic spiritualiste de la nature, t. II, p. 2 16, 1869), et les experiences de croisement entre especes differentes (voy. particulierement Ch.-J. Panckoucke, De I'homme et de la reproduction, in-12, 1761, p. 22, et surtout Flourens, dans plusieurs de ses travaux recents, notam- ment: Longevite humaine, 2 e edition, 1855, p. 181). M. Flourens montre tres bien qu'on ne saurait admettre la preexistence en pre- sence des faits d'hybridite, sans admettre aussi qu'un experimentateur peut « changer un germe en un autre ». La gravite de ces objections n'avait pas echappe aux partisans de la preexistence, et particulierement a Bonnet, qui revient, a plusieurs reprises, dans ses Considerations sur les corps organises, et ailleurs, soit sur les regenerations, si admirablement etudiees par lui chez les animaux, soit sur les hybrides. \ i j JlM - l\ 58 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VII. * persistait le meme fond d 'organisation ; mais on voulait que ces trompeuses apparences fussent, dans la serie ani- cxceptions, aussi rares que diffieiles a ramener male alaregle. II n'y a de metamorphoses que chez lesinsectes, disaient les uns ; quelques reptiles et la plupart des in* sectes se metamorphosent, concedaient les autres (1 ailleurs, il n'y a que de simples mues. Mais ou est la limite entre la metamorphose et la mue ? II y a loin, sans doute, du remplacement annuel de quel- ques parties accessoires,presquestoutes cutanees, par des parties de meme nature developpees sur les memes points du corps, a ces grands phenomenes devolution qui sub- stituent a des organes importants, interieurs aussi bien qu'exterieurs, des organes d'une autre nature, apparaissant sur d'autres points et souvent dans des regions tres dif- ferentes. Apres ces mues, l'etre se retrouve sensiblement ce qu'il etait ; apres ces metamorphoses, au contraire, il n'esfc pas seulement modifie; il est presque renouvele, et lout a la fois dans sa forme, dans son organisation, par suite, dans son modede vivre : il est entre dans une phase nouvelle. Mais ces petits changements periodiques et ces evolutions de l'organisme en progres (2) sont pa- reillement explicables par des metastases physiologiques et reductibles a des lois communes; et ils different bien ? ? plutot parle degre que parla nature des phenomenes qui les constituent. Aussi existe-t-il entre euxde nombreux infer- (1) Le Dictionnaire de VAcademi.e fran$aise, quoique Cuvier en soit im des auteurs, s'arrete encore la dans sa derniere edition. {"!) En progres dans la tres grande majorite des cas, mais non dans tons. II y a des metamorphoses retrogrades. Voy. p. 462. * PHASES. METAMORPHOSES. 459 mediaires. Au-dessous des grandes metamorphoses, il y en a de petites, ^incompletes, cornme clisent les auteurs ; des demi-metamorphoses, et moins encore, de simples commencements, des ebauches de metamorphose (1), comme on le sait de tant d'insectes, et aussi de divers batraciens. Les mues, a leur tour, sont de plusieurs genres. Au- dessus des mues periodiques, sont les mues d' evolution , si bien connues aussi chez les insectes, les changements de dentition chez les mammiferes, et quelques autres phenomenes analogues dans diverses classes. Puis vien- nent des mutations d'une valeur si exactement moyenne, qu'on ne sait plus comment les nommer. Que sont, par exemple, les phenomenes d'evolution que presentent les jeunes myriapodes ? Quand un iule,apres s'etre depouille, apparait avecla meme forme generate, mais avec des an- neaux et des pattes de plus, suffira-t-il de dire que l'ani- mal a mue ? et ne sera-ce pas trop de le dire metamor- phose 1 IV. I I 1 ! A ce point de vue di spa rait rait, deja le caracfere exeep- tionnel si long (temps attribue aux metamorphoses des insectes et des batraciens (2) ; mais nous pouvons alter plus (1) Metamorphosis inchoata (Latreille, loc. cit., p. 27Zi\ (2) Nous avions deja presente ces memes vues et d'autres qu'on trouvera rappelees plus loin, dans Particle Mues du Dictionnaire classique d'Histoire natureMe, t. XI, p. 277, 1827 ; article reproduit en partie dans nos Essais de zoologie generate, Paris, in-8, 1841, p. 483. ] j • ■ ■ I n 460 1 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VII. loin. Ou est, aujourd'hui, meme rapparenced'uneexcep- tion? On caracterisait les insectes a 1'egard des autres ar~ ticules ou anneles par lews metamorphoses (1) : qu'est devenue aujowd'hui cede distinction? Les beaux travaux de MM. Thompson, de Nordmann, Milne Edwards, de Sie- bold, de Quatrefages, Van Beneden, Kiichenmeister, et de taut d'autres, l'ont presque mise a neant. Les annelides, et surlout les helminthes, ont aujourd'hui lews metamor- (1) Jusque dans son dernier ouvrage {Cows deja cite, p. 176), le premier de nos entomologistes, Latreille, a maintenu l'existence des metamorphoses au nombre des caracteres distinctifs des insectes, et son exemple a ete suivi par presque tous ses successeurs. M. Lagor- DAiREluknSme, dans sa classique Intro duction a Ventomologie, Paris, in-8, 183/1, p. 3, reproduit ce pretendu caraetere, et il le fait mfime ressortir, en ajoutant, p. 4 et 5 : « Point de metamorphoses » chez les crustaces, ni chez les annelides. Ce n'est pas seulementk ce point de vue qu'il y a lieu de revenir sur les notions generalement admises sur les metamorphoses des insectes. On a pris pour types des metamorphoses en general les phenomenes si connus de la metamorphose du ver a soie, et parce qu'on voit se sue- ceder chez lui et chez un grand nombre d'autres trois phases bien tranchees, larva, pupa, imago, on veut que trois phases aussi, etles monies, se retrouvent chez presque tous les insectes. Mais ne peut-il y avoir plus ou moins de trois phases, et les phases sont-elles partout les memes? Deja plusieurs auteurs ont en partie repondu k la premiere de ces questions, en faisant connaitre desexemples tres remarquables de ce qu'ils ont appele V hyper metamorphose. — Voyez, par exemple, pour les oestres, M. Joly, dans les Comptes rendus de VAcademie des sciences, t. XXIII, p. 510, 1846, et t. XLVI, p. 942, 1858 ; et tout recemment, pour les meloes, M. Fabre, ibid., t. XLVI, p. 443, 1858 (rapport par M. Dumeril, ibid., p. 553). La seconde question ne merite pas moins d'etre examinee. Deja j'ai essaye d'y faire une premiere reponse dans mescours, en etablissant la o r PHASES. METAMORPHOSES DES ARTICULES. 461 plu formation, si bien etudiee chez les terebelles (1), d'un animalcule ovo'ide et cilie en un long chelopode i ie etonnantes que la transmulation d yst / ♦ du rat ou du lap tierement different par sa du chat ou du chien (%) ? I for para plus comme l'cntendait Fabricius (3 necessite de distinguer les phases de Pexistence des insectes d'apres les caracteres, le degre d' organisation et le mode de vie qu'ils pre- sentent durant ces phases, et non d'apres Vordre dans lequel el les se suceedent. En les determinant, comme on l'a fait, d'apres leur ordre de succession, on a ete conduit a reunir sous le meme nom, et par la meme a assimiler les uns aux autresdes ctats anatomiquement et phy- siologiquement tres differents. La confusion est surtout devenue ex- treme en ce qui concerne Tetat de nymphe : les organisations les plus disparates out ete ici associees ; en sorle qu'il serait absolument impos- sible de deflnir la nymphe consideree en elle-meme, eta part ce fait qu'elle resulte de la transformation de la larve. Malheureusement, pour fairela reforme que j'indique ici et dont j'ai voulu tracer, du moins dans mes cours, les premieres lignes, il faudra reprendre par la base toute la question des metamorphoses. (1) Par M. M. Edwards. Voy. ses Observations sur le developpement \ des annelides, dans les Compt. rend, de VAcad. des sc, t. XIX, p. 1409, 184Zi, et dans les Ann. des sc. nat., 8 e serie, 1845, t. Ill, p. 1Zi5. (2) Pour les metamorphoses des helminthes, voyez les excellents resumes des decouvertes recentes, qu'a donnes M. de Quatrefages dans un Rapport a l'Academie des sciences, Compt. rend., t. XXXVIII, 1854, p. 166. (voy. aussi t. XXXIX, p. 46), etdansun article tres etendu, * intitule : Les metamorphoses , et public dans la Revue des Deux- Mondes, numero d'avril 1855. (3) Philosophia entomologica, Hambourg, in -8, 1778, pv 56. Les crustaces et les arachnides (aranea, cancer, astacus), selon Fabri- cius, ont aussi leurs larves et leurs nymphes, imisenlierement sem<~ / \ J . V" ft r it /i62 NOTIONS FONDAMENTALES, LiV. II, CHAP. VII ■) bien dc veritables mei i deeotivre chez eux dc do decapod ijourd'hui ont presq iepous par presenter les caraeteres d'un des ordres inferieurs de Les metamorphoses sont ici ascendantes, progressi comme celles de presque tous les insectcs. M d articules, au d > i superieur, elles le de ter l'animal a un type baissent, ou meme en- deferment, sans preeisement le degrader grades ou recurrentes dans le premier i pi f blables a l'etat parfait : « larva et pupa currentibus, agilibus, omnibus partibus imagini simillimis. » Les entomologistes n'ont pas adopte cette maniere de voir ; mais ils admettent toujours les vues generates sous l'empire desquelles Fabri- cius s'efforcait de retrouver les trois metamorphoses chez des etres qu'il croyait ne jamais changer de forme.— Voy. la note de la page460. (1) Voyez, dans les Compt. rend, de I'Acad. des sc, les communi- cations toutes recentes de M. Coste (t. XL VI, p. 547) sur les lan- goustes, dont les phyllosomes seraient les larves, d'apres des obser- vations dues a M. Guillou ; et de M. Valenciennes (ibid., p. 603) sur les homards, et sur les zoes, formes passageres de ces decapodes. M. Thompson avait vu, il y a trente ans deja, dans les zoes, de simples larves de decapodes, mais non de homards. C'est M. Thompson qui a, le premier, fixe l'attention sur les metamorphoses des crustaces. Outre les travaux, devenus celebres, de M. Thompson, et ceux de M. Milne Edwards, cites a cette occasion par M. Valenciennes, il est juste de rappeler ici ceux de M< Joly sur la Caridina Desmarestii, et les conclusions, tres avancees pour cette epoque, par lesquelles ce savant zoologiste terminait, en 1842, son remarquable Memoire. Voy. les Comptes rendus de I'Academie des sciences, t. XV, p* 36 et 595, et t. XVI, p. 174 (rapport par M. M. Edwards). PHASES. METAMOKPIIOSES DES AUTICULES 46 3 aberrantes dans le second (1). Ces deformations, ct sur- tout ces degradations, s'observent, soit chez les para- sites (2), soit plus generalement, qu'ils soient parasites on autosites, chez les animaux qui se fixent. Dans ces cas, les metamorphoses vont sou vent jusqu'a rendre mecon- naissable, chez les adultes, le type general de leurembran- chement : Cuvier lui-meme a toujours place les cirripedes parmi les mollusques , et les lernees parmi les vers in- testinaux, par consequent, selon sa classification, parmi les zoophytes (3). Est-ce parce que les lernees sont a la (bis fixeeset parasites, les cirripedes fixes, mais autosites, ■ que les premieres sont plus degradees que les seconds ? (1) Metamorphoses progressives et metamorphoses retrogrades ou recurrentes. Cette distinction et ces termes, souvent reproduits dans lesouvrages recents, ont ete attribues, par les uns a M. Rathke, par les autres a M. Milne Edwards. Mais ces deux zootomistes eminents sont ici precedes d'un demi-siecle, au moins pour Fapplication aux vegetaux de cette distinction et de cette nomenclature. Goethe commence, en 1790, sa Metamorphose der Pflanzen, par distin* guei* les metamorphoses en trois genres , dont les deux premiers sont la metamorphose reguliere ou progressive (fortschreitende), et l'irreguliere ou retrograde (ruckschreitende). Le troisieme, la meta- morphose accidentelle ou par cause exteneure, rentrerait comme cas particulier dans ce que nous appelons en general la metamorphose aberrante. * On pourrait remarquer cependant que le mot metamorphose n'est 4 m pas pris ici, par Goethe, dans le sens tres general que nous lui don- nons dans ce Chapitre. (2) Gomme l'ont indique, des 1826, MM. Audouin et M. Edwards* Memoire sur lanicothoe, dans les Ann. des sc. nat., t. IX, p. 35Zi.— Les auteurs avaient des lors pense a appliquer a l'ensemble des hel- minthes leurs vues sur rinfluence du parasitisme. (3) 11 est a peine besoin de rappeler qu'on doit surtout aux belles recherchesde M. de Nordmann d'avoir reconnu dans les lernees des j \ ! } i * * | _ » ;. ... . -. .- ■\ \'\ . " t i - , IV- . n m NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VII. P i communes d / Ie second dan embranchement du regne animal , Ie sont beaucoup ; le premier; mais encore n'y sont-elles ni rtout propres aux batraciens ou amphibiens. Au-dessus de ceux-ci, on eut deja pn titer en exemples 1 les changements si considerables d'organisation & et de mode tal que subissent, dans la poche mammaire, is mammiferes marsupiaux ; et au-dessous, une pbose, bien mieux caracterisee, est connue chez poisson cyclostome. Dans le lamprillon de f seaux, type du genre ammoccetes , si different des vrais petromyzon, M. Anguste Miiller vient de reconnaitre un etat transitoire de la petite lamproie de riviere (1). Premier exemple auquel de nouvelles etudes sur les cvclostomes ne pourront manquer d'en ajouter bientot d'autres. Un poisson peut done avoir aussi son tetard, sa larve (2) . Les metamorphoses ne sont pas seulement tres multi- I articules deformes, vue qui toutefois avait ete indiquee par Desmarest; et a celles de MM. Thompson et Burmeister d'avoir rendu aux cirri- pedes leur veritable place, deja apercue par Lamarck. — Sur ces der- Jiiers, voyez aussi Martin Saint-Ange, Memoir e sur V organisation des cirripedes, clans le recueil de VAcademie des sciences, Savants etrangers, t. VI, p. 511 ; 1835. (1) Voy. A. Mulleu, Ueber die Entwickelung der Neunaugen, dans VArchiv fur Anatomic und Physiologie de J. MOller, t. XXIII, p. 323, 1856; traduit dans les Ann. des sc. nat., [\ e ser., t. V, p. 375. (2) Un autre fait bien plus remarquable encore, chez les vertebres, serait celui qu'a annonce recemment M. Meisner, a la reunion des naturalistes Suisses (voy. Berichte der Schweizer Naturforscherver- sammlung in Basel, 1856; extrait, par M. Leuckart, Amis VArchiv fur Naturgeschichte de Troschel, 23 c ann., 5 e cah., 1857). — Selon M.Meisiner, les tres jeunes individus du genre Sagitta, si longtemps .. , * - i .- -* .- - * ;\ - ■ ; **,*■ — '-■'* »*'»-■ PHASES. METAMORPHOSES DES MOLLUSQUES. Zi65 pliees dans les deux embranchements dont on voulait qu'elles fussent l'attribut exclusif : on les retrouve, et deja en tres grand nombre, dans les trois embranchements inferieurs, les molluscmes, les radiaires, les homogenes. metamorphoses ont ete P d des ehez quelques tuniciers compose M. Audouin et Milne Edwards (1), des 1832 chez jphale, l'anodonte, par M. Cams (2). Mais l'autorite meme de ces zootomistes ne suffit pas pour fair pter des resultats si contraires aux idees recues : de ob les deja verifies a pi sieurs reprises, qu'on hesitait encore a leur donner d la science leur place legitime. Aujourd'hui, les inetam phoses des ascidies soit simples, soit composees, sorit ballotte de classe en classe, et meme d'embranchement en embranche- ment, auraient un systeme fierveux de vertebre, et la Sagitta ne serait autre chose qu'un vertebre degrade par une metamorphose retrograde. Les vues de M. Meisner ont ete admises par le prince Ch. Bona- parte, qui a aussitot propose (Compt. rend, de VAcad. des sc., 1856, t. XLIII, p. 1022) de faire de la Sagitta le type d'une classe a part, les Aphaniaires {Aphanozoa), qui prendrait place a la suite de notre classe des myelaires, et serait le dernier terme de la serie des vertebres. Mais de graves objections se sont elevees contre cette maniere de voir, et contre le fait lui-meme qui en a ete le point de depart. Nous nous bornons ici k les mentionner ; leur discussion viendra plus natu- rellement lorsque nous aurons a traiter de la classification (t. III). ■ (1) Resume des recherches faites aux iles Chausey, dans les Ann. dessc. nat. y t. XV, p. 10. « Lors de la naissance, disent les auteurs, » ces petits etres different totalement de ce qu'ils deviennent plus » tard. » • (2) Neue Untersuchungen iiber die Entvnckelungsgeschichte unserer Flussmuschel, dans les Nova Acta naturae curiosorum, t. XVI, p. 1. ir. 30 I r \ i i * - mt i 466 NOTIONS FOINDAMENTALES, L!V. JI, CHAP. VII. riombre des mieux connues, grace aux observations de M. Daly ell, et surtout de M. Edwards (1) ; et les larves des anodontes, ces larves dans lesquelles on avait persiste, apres le beau travail de M. Cams, a ne voir que des para- sites, ont leurs analogues chez d'autres acephales, a com- mencer par les plus communs de tous, les huitres D'autres transformations ont en outre ete observees dans •> une troisieme classe de mollusques : les acteons et d'autres gasteropodes du meme groupe subissent des changements assez considerables pour meriter le nom de metamorphoses, ainsi que nous l'a surtout appris M. de Quatre'fages (o). Chez les radiaires, les exemples de metamorphoses (1) Graham Dalyell, A singular Mode of Propagation, dans 1 Edinburgh new Philosophical Journal, 1839, t. XXVI, p. 153. M. Edwards, Observations sur les ascidies composees (1839), clans les Memoir es de VAcad. des sc 9 1842, t. XVII. Voy. p. 241 etsuiv. (2) Davaine, Recherches sur la generation des huitres, dans les Memoir es de la Societe de biologic, 1853, t. IV, p. 297 ; memoire cou- ronn6 en 1855 par l'Academie des sciences (Comptes rendus, t. XL, p. 46). D'autres acephales dont les metamorphoses sont tres remarquables et manifestement retrogrades, sont celles des tarets, etudiees par M. de Quatrefages en 1849. Voy. son Memoire surVembryogenie des Tarets, dans les Compt. rend, de VAcad. des sc, t. XXVIII, p. 430 (extraiti, et dans les Ann. des sc. nat. 9 Zoologie, 3 C serie, 1849, t. XI, p. 203. Voy. aussi Souvenirs d'unnaturaliste, Paris, in-8, 1854, t. II, p. 276. (3) Un court resume de ses nombreuses observations a ce sujet se trouve dans Particle Metamorphoses, deja cite. Pour l'acteon en partieulier, voy. aussi Vogt, Recherches sur I'em- bryogenie des mollusques gasteropodes, dans les Ann. des sc. nal., Zool, 3 e serie, 1846, t. VI, p. 5. Entre autres faits importants, M. Vogt a constate chez l'acteon Tabsence du cocur et de la circulation pendant tout le jeune age. - , *-♦ r *- ■*• ' — ^ > J ■ I M^B vie -»'»-■ ,.> PHASES. MTAMOBPHOSES DES 'RAUIA1RKS. k 07 sunt, relativemcnt au nombrc lolal des especcs, aussi multiplies que chez lcs inscctes eux-memcs. Peut-etre meme de toutes les classes du regne animal, les polypes forment-ils celle ou la metamorphose s'observe le plus generalement : M. de Siebold se demande s'il est meme ici une seule especequi en soit exempte (1). Aucun em- branchement n'offre non plus de transformations plus completes que les metamorphoses signalees par ie meme M. de Siebold" chez quelques acalephes, et par M. Sars chez quelques echinodermes (2) ; chez ces derniers surtout, qui se presentent a l'etat de larves cylindriques, ahongees, couvertes de cils vibratiles, avant de devenir des ani- maux aplatis, polygonaux, etoiles, non cilies. L'illustre Jean Miiller, a son tour, n'a pas cru trop faire en consacrant dix annees a l'etude du developpement et des metamorphoses de ces radiaires (3) , et il a eu raison : (1) « Chez un grand nombre de ces animaux, peut-etre chez tons, * il existe une metamorphose. » Traduction faite par M. Lacordaire (t. 1, p. 52) de YAnatomie comparee de MM. de Siebold et Stannius. A parties fails que M. de Siebold a ici particulierement en vue. on peut dire qu'il y a metamorphose partout ou il y a generation fissi- pare. Une fraction d 'animal se completant, devenant un animal entier, ce n'est pas un simple developpement , c'est une transfor- mation. I (2) Siebold, Beitrage zur Naturgeschichte der wirbellosen Thieve, dans les Neueste Schriften der Naturforschenden Gesellschafl de Sars, Zur Entioickelungs- geschichte der Mollusken und Zoophyten, dans YArchiv fur Natur- geschichtede Wiegmann, ann. 1837, t.I, p. /tO/t, et Ueberdie Entwicke- lung der Seesterne, ann. 18i/j, t. I, p. 169. Pour ce dernier travail, voyez aussi les Ann. dessc. ?iat., ZooL, 3 e serie, t. II, p. 190. (3) J. Filler a consigne les resultats de ses longues recherches dans une suite de Memoires qui font partie des Abhandlungen der Danzig, 1835, t. HI, p. 21 et suiv. i» I m ! j /j(>8 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II CHAP. VII que de decouvertes il a ajoutees a celles dc M. Sars, et cependant combien il est loin d'avoir tout dit! Les organisations si simples des homogenes sont elles- fi Sa parler ici des amibes fu protees, comme on les appelait autrefois, div pi des ch dc Telles sont, par dans leur forme et dans leur maniere dc sequent, de veritables metamorphoses, exemple, les vorticelles dont l'existence i bien etudiees surtout par M. Dujardin (1). Des inetamor- oses bien plus remarquables encore sont celles dc libi *s et spongiaires, d'abord isoles, se mouvant comparables « a certains infusoires ou acertaines larves de » polypes » distincte. dan puis fixes et confondus, sans individuality :es masses amorphes dont la nature est s un des plus obscurs mysteres de la temp science. / Void done la des metamorpl r * cette sene i i ' Akademie der Wissenschaften de Berlin, et de VArchiv fur Anatomie und Physiologie. Voy. Ueber die Larven mid die M et amor pho sen der Ophiurenund Seeeigel, Akad., ann. 1846, p. 273 (public en 1848).— 2 e Mem., Ibid., ann. 1848, p. 75.— 3 e (holothuries et asteries), Ibid., ann. 1849, p. 35. — 4 e , Ibid., ann. 1850, p. 37. — 5 C , Ueber Ophiu- renlarven (Ibid., ann. 1851, p. 33).— 6* et 7% Arch. f mn. 1854, p. 69, et 1855, p. 67. (1) Histoire naturelle des infusoires, Paris, in-8, 1841. Voy. p. 533 et 534. Les «deux phases », comme lesappelle M. Dujardin, n'avaient pas echappe a M. Ehrenberg. (2) Expressions de M. Milne Edwards, resumant dans sa Zoologie {Cours elementaire d 9 Histoire naturelle, par MM. Beudaint, Milise Edwards etDE Iussieu, 1850, t. Ill, p. 557), l'etat de nos connais- sauces, alors tout nouvellement acquises, sur les spongiaires. * ** * r • * - I* * ^ ■ H 3 #f * * * B '! . ■I f PHASES. METAMORPHOSES DES PLANTES. 469 qu'on avait pretendu reduire a deux tonnes, etendue aux cinq embranchements et atteignant aux dernieres limites de l'animalite. Et s'y arretera-t-elle ? Les vegetaux n'ont-ils pas aussi metamorphose ? La rcponse a cette question est faite depuis longtemps ; * elle Test par Linne lui-meme. Un de ses ecrits portc ce titre : Metamorphosis plantarum (1) ; et la proposition qu'il y developpe est celle-ci : La metamorphose, la vraie metamorphose, comme dans les insectes, et « non moins ■ digned' admiration, won minori admirationedigna», existe aussi chez les plantes ; et non ehez quelques-unes seule- ment, mais « dans la plupart, in plerisque metamor- phosis*. Etc'est une analogie de plus, remarque le grand naturalisle suedois, entre les plantes et les insectes (2). Y. Quoique Linne ait donne a un autre de de Metamorphosis humana (3 point ad de veritables metamorphoses chez l'homme, et de (1) Amcenitates natures > Erlang, in-8, t. IV. Voy. p. 370 et suiv. * * These soutenue en 1755, par Dahlberg, mais qui a ete redigee par Linne lui-meme. Son style s'y retrouve presque a chaque page, comme sa science et son esprit. ■ (2) Nous reviendrons ulterieurement sur les metamorphoses des plantes, considerees surtout au point de vue oil s'est place Goethe, dans sa celebre Metamorphose der Pflanzen. (3) Amcen. nat., t. VII, p. 326. — Le mot metamorphosis est pris ici dans un sens special. \ h&f i' . *i * l - ,-■* - ■ * v- J I : 470 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VII. meme, chez les animaux qui, comme lui, its de ce qu'ils seront a 1'etat adulte expressement , mais il est clair que ] pe differ pas piloses lie Bout, pour lui, que les grands changements qui se produisent apres la naissance; et c'est en ce sens que le mot elamorphose a ete entendu jusqu pai Mais les phys lui en depuis longtemp donne / • pi re plus etendu. Les grands changements i naissance sont aussi pour eux des meta- tantot les seules qui existent; tantot les s premieres d'une longue serie, qui commence la mere ou dans l'oeuf, pour finir sous nos yeux dans le monde exterieur. A ce point de vue, l'embryogenie presque tout entiere est la science des metamorphoses extra-uterines, ou mieux, extra-maternelles et extra-ovines. I Les embryogenistes sont ici, sans nul doute, dans le vrai. Comment les memes phenomenes qui, se produisant dans le monde exterieur, sont des metamorphoses, n'en i lorsqu'ils s'accomplissent secretement i dans l'ffiuf? Serait-il loaiaue de donner ce pa corps epiniere, a la disparition du prolongement caudal, au de- veloppemeut des meinbres chez les batraciens anoures, et de le refuser a ce meme ensemble de changements. a ca s es iransforma lions, chez l'emb des mammiferes oui l^s affrm * 3S qui les offrent comme lui a notre observation vers le quart ou le tiers de la vie intra- uterine? Autre milieu, autre date, etautres circonstances; * * r l ,-»-#•■•»* I PHASES. METAMORPHOSES EMBRYONNAIRES. mais, m fond, mimes effels des memes causes phenomenes soumis aux memes lois (1). Nommons done ici ces phenomenes, pour et: A memes conse- s, comme nous les nommons la. Et au lieu de dire, le Bonnet et comme les zoologistes : « les change- rs des embryons « peuvent etre compares a des me- phoses » ; reconnaissons franchement de veritables phoses dans changements embry quand ils sont assez considerables pour meriter ce nom; pour donner, eux aussi, a l'etre en evolution, une forme fi La peut pas avoir une nomenclature , et l'embryog qu'une partie de la zoolog une settle science , il faut ui ici, celle de l'embryogenie autre. Pour : et comme, manifested la phi logique, e'est elle qu'il faut adopter aussi en zoologi et plus generalement en Histoire naturelle. En ce sens qui est le plus juste, parce qu'il est le pi elendu, la metamorphose estun des faits raux de l'histoire des etres vivants gene- Si Et Q * (1) Sur ces metamorphoses de l'homme et des mammiferes, voyez surtout Serres, Anatomie comparee du cerveau, t. I, p. 100, et t. II, p. 116 et 134 ; 182Zi et 1826. (2) Linne, Melam. plant., loc. cit., p. 368. (3) Ce que j'etablissais deja en 1827, dans V article, Mues, Diet, class., loc. cit. — J'avais cru pouvoir dire des lors : « On sera peut-etre 8 meme oblige d'admettre que, de toutes les classes du regne animal, » les plus elevees en organisation sont precisement celles qui subis- » sent les metamorphoses les plus nombreuses et les plus completes. » Sur l'existence tres generate de metamorphoses dans le regne ani- \ x ) ■ 472 NOTIONS IONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VII. nencement de son existence ? Une vesicul cellule, une utricule, presque un point vivant. Et que de- vient-il graduellement ? Presque toujours un systeme com- plexe d'appareils et d'organes, exercant sur le monde exterieur des actions tres variees. Entre ces deux termes extremes est necessairement une suite d'etats interme- diates, de phases, que traverse successivement chaque etre organise; et d'autant plus qu'il appartient a une es- pece plus elevee en organisation, c'est-a-dire douee d'un plus riche, plus compl par plus eloigne de l'etat initial. La metamorphose est done presque partout : il n'y a, il ne peut y avoir d'exception que pour un tres petit nombre d'etres organises, les plus es de tous. Et elle est particulierement la ou les anciens zoologistes etaient g de la cher chez les supe et chez Fhomme hi- de 17 que 1 regie. pt fait la regie de la permanence du type ; comme disait Latreille (1): elle n'est )se oui est la et c'est ph mal, voy. pour plus de developpements, Duvernov, Legonssur I'His- toirenaturelle (faites au College de France en 18Z|1), 2 e fascicule, Paris gr. in-8, 18^2, p. 21 etsuiv. — EIQuatrefages, art. Metamorphoses, loc. cit. L'auteur conclut, « longtemps apres M. Duvernoy » , dit-il, qu'on doit « assimiler aux metamorphoses proprement dites les faits » embryogeniques et tous les changements eprouves par les orga- » nismes les plus stables. » Si j'ai ici precede mes deux savants confreres, je suis le premier a reconnaitre que ces vues ont ete bien mieux exposees et justifiees par Duvernoy, et surtout par M. de Quatrefag-es rjue par nioi. (1) Loc, cit. STASES. DISPARITE SEXUELLE. A73 VI \ ■ I La regie n'est pas plus la similitude de tous les indi- vidus adultes d'une meme espece, que celle de l'individu dans tous ses ages. II pent y avoir, il y a des espeees chez lesnuelles on ne trouve normalement. revolution une fois plie, que de simples nuances Individ Mais plus souvent, les etres organises ne s'avancent pas ivers les diverges formes qu'ils revetent successiveme rs un etat definitif unique, mais vers deux ou plusiei s distincls. L'espece n'a pas sei ussi ses slases. Elle n'est pas phases, mais aussi ses stases. double ou multiple. Nous n'avons besoin que de eonsiderer notre espece pour apercevoir un premier exemple de propre de la difference, de lopposition des sexes ; de leur polarite ou polarisation, com me on a dit souve Allemagne, et quelquefois en France ( w 2). Le coupl main, ce n'est pas le meme individu repete, mais individus dont chacun, dans le type commun, a son type propre. Quel appareil, quel organe peut etre c dere comme identictue chez 1'homme et chez la fei de Cer parties different pi d'autres moms, mais toutes different. Nous ne dirons pas de la femme comme les anciens physiologisles : propter solum uterum est * id quod est; mais, du moms, est-il vrai qu'ellecst femme, l\ (1) Voy. le Chap. Ill, Sect, vi, p. 318. (2) Vir.KY, Philosophie de I'Histoire naturelle, in-8, 1835, p. 327. LT W L r I I i S! I !A m NOTIONS FONDAMENTALES, LIY. II, CHAP. YI1 non par son appareil generateur seul, mais par tout son etre : elle est de son sexe, comme 1'hommc du sien, en tout et partout. Dans 1'espece humaine toutefois, les ressemblances d'un sexe a ('autre l'emportent de beaucoup sur les dif- ferences, et il suffit d'un coup d'coil pour reconnailre dans le male et la femelle deux etats d'une meme espece et d'une meme race. Parmi les animaux, les deux sexes se ressemblent sou- vent plus encore que dans noire espece : chez un grand n ombre les differences ne sont saisissables, a part celles de l'appareil reproducteur, qu'a l'aide d'un examen minu- * tieux, ou meme elles echappent entierement a l'obser- ' vation. Mais, ailleurs, elles se prononcent davantage, chez divers mammifer chez b and nombre d'oiseaux (1), d'insectes, de crustaces et d * zoaires ("2). Parmi les premiers, on voit dc : i s super ♦ - / fo males se distingucr par ces pommettes lobiferes qui les rendent si bizarrement hideux. Parmi les singes encore, le hurleur caraya est tout noir, quand sa femelle, longtemps (1) Dans les autres vertebres, les differences sont bien moins remarquables. Je citerai cependant en exemples les tortues a plastron concave chez les males, plat ou presque plat chez les femelles. 2) La disparite sexuelle fl* est pasabsolument etrangere aux vege- taux. On pent citer pour exemples certaines hepatiques, et particu- * lierementla Marchantia polymorpha, si souvent et si bien observee par les botanistes modernes. * • 'i ^ *; : i ■■ /-* - * ' - STASES. DISPARITE SEXUELLE CHEZ LES 01SEAUX. 475 prise pour une espece differente, est loute jaime (1). Dans les autres ordres d'onguieules, le lion porte seul une criniere, et les phoques males a trompe et a capu- chon ont seuls les singuliers appendices qui leur ont fait donner ces noms. Chez les herbivores,- les males sont quelquefois armes de defenses, et souvent de prolonge- ments frontaux tres developpes, qui n'existent qu'en ties petit chez les femelles, ou meme leur font eompletement defaut. Les fails de ce genre sont extremement communs parmi les oiseaux. D'un sexe a l'autre, il y a une difference tres marquee de taille ; a l'avantage des males, chez les galli- naces et les palmipedes polygames; bien plus marquee encore, mais a l'avantage des femelles, chez les faucons, les autours, les eperviers, et dans les genres voisins : les males, en termes de fauconnerie, ne sont ici que des tier- celets. Bien plus frequemment encore, le male etlafemelle different par le plumage, a couleurs vives chez le premier, ternes chez la seconde(2) ; les rhynchees seules offrent un exemple contraire (3). Les males, en meme temps qu'ils + m 1'emporlent par Fecial, de leurs couleurs, out souvent des ornements de plumage et des cretes ou caToncules qui (1) Le male est le Stentor ou Mycetes niger, la femelle le St, ou M. stramineus des auteurs. — Parmi les ruminants, le nil-gaut offre aussi un exemple de coloration differente d'un sexe h l'autre. Chez ees mammiferes, les jeunes males ressemblent aux femelles par leur coloration. 2) Ici encore, conrme tout le monde le sait, le jeune male ressemble / a celui de la femelle. 3) Cetle exception se reduil (i'ailleurs a la presence de qnelques laches, analogues a celles des jeunes. ■■Vrl \ * \ ■ I ^* r ■ . . . * ^ L I f rl •| J A* II *A • ' 676 NOTIONS FONDAMENTALES, L1Y. II, CHAP. VII. int aux femelles. II en est de meme des ergots > des coqs et d'un grand nombre d'autres g naces, notamment des eperonniers et de quelques fran- eolins qui ont jusqu'a deux et trois eperons a chaque patte. Un fait Men plus singulier encore, et jusqu'a present unique, est eelui que presentele genre neomorphe, etabli en 1836 par M. Gould (1). Dans l'oiseau de la Nouvelle- Zelande qui en est le type, le bee du mal moj presque droit : eel u i de la femelle, double en longueui est recourbe en demi-eercle. Dans cet exemple tres remarquable, le male, a prendr Cuvier un passereau la femelle devrait etre rangee parmi les / • dentirostre ; tenuirostres (2). Apres toutescesdiffei presentent parfois d'interieures. Les plus remarquables sont celles qu'offre la traehee-artere , tantot renflee en \ oiseaux en bour comme chez pi 6t forman t des renlis hez le par et d'autres gallinaces du meme sexe. Ces replis sont quelquefois assez considerables pour donner a la trachee- arlere, chez le male, une longueur double ou meme triple de ce nu'elle est chez la femelle (3). / the Zoological Society of (2) M. Gould s'etait bien garde de commettre cetle faute ; mais il n'avait pu se defendre du moins de faire du male et de la femelle deux especes distinctes, Neomorpha crassirostris (lemale), et N. acuti- rostris (la femelle). Cette erreur, bientot relevee par M. Gray, a ete rec- tifieepar M. Gould dans ses Birds of Australia, t. IV (I8ZiO-18Zi8),n rt 1 9. (3) Pour ces diverses dispositions de la traehee-artere (soil dans les especes ou elles sont propres au male, soit dans celles ou elles son t STASES. D1SPAR1TE SEXUELLE CHEZ LES INSEGTES. l\17 Les exemples de differences entre les deux sexes abondent chez les insecles, comme chez les oiseaux aux- quels on a si souvent a comparer cette immense classe ; et elles sont souvent plus remarquables encore. ■ Un grand nombre d'especes sont, en premier lieu, chez le male et la femelle, de taille inegale ou de couleur difference, ou Tun et l'autre a la fois, comme chez le Ihmbyoo dispar de Fabricius, la Geomctra disparata de Hubner, et une foule d'autres lepidoptcrcs bien plus dis- parates encore ; aussi a-t-on souvent pris les deux sexes pour deux especes distinctes. Chez les insectes comme chez les oiseaux, c'est le male qui est d'ordinaire le plus vivement colore ; mais, ce qui n'a lieu que dans une seule famille ornithologique, c'est presque toujours la femelle qui est la plus grande chez les insectes, et souvent avec une difference considerable (4). Dans une partie de ces memes especes, et dans d'autres, * semblables de taille et de couleur, on voit varier d'un sexe a l'autre la conformation des antennes. Chez les x. communes aux deux sexes), voyez surtout le System der vergleichenden Anatomie de Meckel, t. VI, p. 319; trad, frangaise par MM. Riester, A. Sanson et Schuster, t. X, p. 383. — Ce resume, tres complet a Fepoque ou il a ete ecrit (1833), laisse maintenant a desirer. Pour les gallinaces, voyez Temminck, Histoire naturelle des galli- naces, Amsterdam, in~8, 1813-1815, t. II (avec pi usieurs figures). (1) Les males sont quelquefois « d'une petitesse enorme par rapport » a leurs femelles », selon les expressions deE.-L. Geoffroy, Histoire abregee des insectes, in-Zi,1762, t.I, chap, n.— J'ai vu, ajoute-t-il, le male « courir et se promener sur le corps de sa femelle comme sur un » vaste champ. » ■ Aucun des exemples cites par Geoffroy n'est pourtant aussi remar- quable que ceux que nous offrent les driles. Voy. plus has, p. 481. \ t Y ! ■ ff t/K 478 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VII coleopteres surtout, il n'est pas rare deles voir Hliformes ehez la femelle, pectinees, flabelliformes, rameuses ehez le male, ou encore petites ehez celle-la, tres longues ehez celui-ci. D'ou, en entomologie, une foule d'especes nominates, placees parfois dans des genres differents, ■ eomme l'a ete, par exemple, la femelle du Cebrio giyas dans le pretendu genre Hammonia : erreur de Latreille lui-meme que tons les entomologistes ont longtemps partagee. Tous les autres appendices sont sujets a de semblables modifications. Chez les Ateuchus, les tarses anterieurs manquent ehez le male, existent ehez la femelle. VJcro- cinus longimanus ne presente que ehez le premier cette enorme longueur des pieds anterieurs qui lui a valu son nom. Les cuisses different d'un sexe a Fautre, a la se- conde paire de pattes, ehez les calosomes et dans quelques enres voisins, et a la troisieme dans une partie des Coreus de Fabricius. Les mandidules sont parfois tres inegale- ment developpees, notamment ehez les lamprimes, les pholidotes, les ryssonotes et les lucanes. Qui ne connait, parmi ces de rniers, notre cerf- volant et sa biche, ainsi qu on nomme eommunement la femelle du Lucanus I cervus, de Linne, si remarquable par ses longues man- dibules arquees et un peu rameuses, eomme les bois de divers cerfs auxquels on les a eomparee N Chez d'autres coleopteres, on voit le male porter sur la tete, sur le thorax ou sur tous deux, une ou plusieurs ■ comes qui manquent ehez la femelle, ou dont celle-ci ne presente les analogues qu'en tres petit. Le scarabee her- ( J ule, par exemple , a deux cornes, dont une thoracique h % r ; - - - - * ■ i /.-* STASES. D1SPARITE SEXUELLE CHEZ LE8 INSECTES. 479 aussi tongue que le reste cle I'animal ; l'acteon en a trois j le eopris d'Isis en a cinq. Leurs femelles sont acercs. Les comes sont done ici, disait Etienne-Louis Geoffrey il y a prcs d'un siecle, « a peu pres comme eelles des beliers » que la nature a refugees aux brebis (1). » Tous. ces faits et bien d'autres se placent a cote de ceux qu'on eonnait ehez les mammiferes et les oiseaux, mais les diversites sexuelles des insectes ne s'arretent pas la. Apres des especes ou le male differe de la femelle par la taille, par la couleur, par la conformation des antennes, des mandibules ? des pattes, il en est d'autres ou la difference porte sur les organes eux-memes d'apres lesquels les en- stes ont characterise et denomme leurs ordres, sur les ailes. Que diraient les ornithologistes, si Ton venait a leur annoncer 1'existence d'un oiseau aile dans le sexe mas- culin, inaile dans le feminin ? lis ne croiraient pas a un fait aussi paradoxal. Ce fait,cependant, existe chez les insectes et non pas dans une ou quelques especes a titre de rare exception , mais chez un grand nombre, et dans des groupes tres differents. L'absence des ailes chez les femelles se rencontre chez des hemipteres, comme les cochenilles • / chez des hymenopteres , comme les apterogynes, ainsi nominees en raison de ce singulier caractere, et comme diverses especes du. grand genre Ichneumon de Linne, speeialement etudiees par Gravenhorst; chez des lepi- dopteres, comme les psyches, quelques especes encore confondues avec les Orgyia, et la Nyssia zonaria des environs de Paris ; enfin, chez des coleopteres, comme quelques lampyres et les driles. / (1) Loc. citi \ - : •■" ' ..- - *.?_«.-■ • £f:r m A : ■ 480 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VII. Chez plusieurs de ces insectes, le defaut d'ailes n'est meme pas encore la plus remarquable des particularites propres aux femelles. Les deux sexes peuvent ne se res- sembler en rien, en dehors des caracteres generaux de J leur classe ; et, par consequent, les deux stases devenir assez tranchees pour que l'espece puisse etre rigoureu- scment dite dimorphe. Si la conformation differente des antennes, du thorax, de l'abdomen, chez quelques hyme- nopteres tels que les apterogynes, laisse encore aperce- voir chez le male et la femelle ce qu'on peut appeler le type communde l'espece, oulelrouver chez \eLampyris splendidula et dans les autres lampyres du meme groupe 1 Comment croire que le ver luisant soit la femelle inailee, sans elvtres, vermiforme, rampante et lumineuse, d'un ? petit coleoptere aile, elytre, agile et presque entierement obscur ? C'est cependant ce qui est, et l'observation des moeurs, au temps des amours, l'a depuis longtemps fait reconnaitre : a l'eclat que jette, la nuit, sa femelle ram- pante, le lampyre aile la decouvre, prend son vol, vient s'y unir, et la feconde. Nuptice demonslrant. Le ver luisant nous offre-t-il enfinle dernier terme de la disparite sexuelle chez les insectes ? On a pu le croire jusqu'a la decouverte du Cochleoctonus vorax ; jusqu'aux recherehes de Desmarest et d'Audouin sur ce singulier insecte et surle Drilus flavescens (1). Ces deux insectes, qui (1) DESMAREST, Memoir e sur una espece d'insecte des environs de Paris, dans les Ann. des sc. nat., 182Zj, t. II, p. 257. — Audouin, ■ Recherehes anatomiques sur le Drile jaundtre [Ibid., p. Zifto). — Le Cochleoctonus avait ete, depuis peu, deeouvert et ainsi denomme par » un naturaliste polonais, M. le comte Mielsinsky. ■ • STASES. DIM0RPH1SME CHEZ LES 1NSECTES. 481 sont europeens, et menie des environs de Paris, se rappro- chent par leur teinte generate, mais different par tout le reste : le drilus ayant tous les caracteres d'un coleoptere offrant en grande par de l'ordre des thv on l'avait d'abord range ; le premier, a ailes et elytres bien de\ loppes, a tres longues antennes pectinees ; le second, sans ailes, sans elytres, a thorax decompose en anneaux presque semblables a ceux de l'abdomen, a antennes courtes el lies ; le premier, en outre, tres petit, le second rifoi quintuple en longueur et lume (1) : tels en un mot que pi r • qu on ne saurait sa indre ressemblance vo- en tre et pas plus dans les mocurs que dans la conformation tandis oltige autour des fleurs des arbr (1) Les entomologistes sont, il est vrai, loin d'admettre ce rapport ; presque tous copient ou Desmarest, he. cit., ou Latreille, Regn. anim. de CuviER, 2 C edit., 1829, t. IV. Selon Desmarest (p. 266), le drile serait «d'un volume quinzefois moindre» quele cochleoctone ; selon Latreille (p. 470), ce dernier serait « presque trois fois plus » grand » (en longueur sans doute). Mais les veritables dimensions des deux insectes different bien davantage : les longueurs (mesurees V sans les antennes) sont, chez Tun, de 5 millimetres; chez l'autre, d'un peu plus de 25. Le rapport des longueurs est done a peu pres :: 1 : 5, et celui des volumes serait, si les formes etaient semblables, : : 1 : 5 3 ou 125. Desmarest et Latreille sont done restes bien en decja de la verite. Mais le premier s'est indirectement rectifie, en disant & la fin de son me- moire : « L'abdomen tout entier&u male {drilus) pourrait entrerdans » Touverture exterieure de Torgane de la femelle (cochleoctonus) . » (2) Expressions d'AuDOuiN, loc. cit. — Mais a l'interieur on troiive sur plusieurs points des ressemblances qu'Audouin s'est attache a mettre en lumiere. n. O v i ^v l/' ■• •■;■ . T « <" - \ ■ I 48*2 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. 11, CHAP. Vll. le cochleoetone se traine a terre, cache dans l'herbe ou sous lcs feuilles tombees. Ou trouver un contraste plus marque, entre deux insectes? Et cependant, Desmarest Fa demontre, ils font le couple : le coehleoctonus est la femelle, et le drilus le male. D'une seule espece on avait fait deux genres ; un genre.de coleopteres, et un genre de tbysanoures | Ces exemples de disparite sexuelle chez les lampyres et es driles sont particulierement remarquables par la res - semblance qui existe entre les femelles et des larves. Ces pretendus insectes parfails, car les entomologistes ont * voulu, encore ici, retrouver les trois etats (2), peuvent etre assimiles a des larves continuant leur existence au (1) Parmi les autres driles deja connus, une espece africaine, le D. mauritanicus, a presente a l'observation une serie de faits aussi ft scientiftq gerie, Zoologie , t. II, 1849, p. 176). (2) Voyez la note de la page 460. On a vu plus haut (p. 461, note 3) comment Fabricius parvenait a retrouver les trois etats chez les crustaces et les araehnicles, que Ton considerait de son temps comme des insectes apteres. Y a-t-il Men * loin de ces vues, justernent critiquees par les entomologistes, a Tappli ■ dont eux-memes disent : /< « La larve (du lampyre commun) ressemble beaucoup a la femelle, » mais elle est noire, etc. » (Latreillk, Regn. anim., l re edit,, t. Ill, 1817, p. 2ZiO ; <2 e edit., t. IV, 1829, p. Z(68). « La larve (du meme lampyre) a beaucoup de ressemblance avec la » femelle, qui elle-meme ressemble a un ver bexapode. » (Tignv, llistoire naturellc des insectes, 0° edit. revue par M. Guerin- Meneville, t. Ill, 1828, p. 226. Voyez aussi p. 284.) «Pendant longtemps j'ai cru que l'individu (cochleoctone) donne * '* ..-.* ,» % ... ■ . I * ***«« . . X STASES. DiMOflPfilSME CIIKZ LE8 1N8ECTE8. ftcSo dela du tcrmc ordinaire, et dcvenant propres a la rcpro duction. Les individus de 1' autre sexe possedcnt, an plet les earaeteres de adultes, d'inscctes parfaits ; en sortc que le male rep sente, par rapport a la femelle, u n ble developpemcnt, combine avee im arret, consid able aussi, d foils, tres remarouablcs a plusieurs points de vue. II nous suffit, pour le moment, d'avoir montre en eux des exemples de stases aussi tran- chees que le sont les phases elles-memes des animaux a metamorphoses, et d'espeecs qui, a formes suecessives multiples, offrent, en outre, a l'etat adulte, des Fails tres earacterises de dimorphisme. Parmi les arlicules, on trouve cneore, ct en grand nombre, de remarquables exemples de stases chez les crus- taees suceurs. Dans l'ordre des siphonostomes, les deux sexes sont, de meme que chez, les driles, assez differents pour qu'on les ait rapportes, non-senlement a des especes, mais a des genres differents : les males sont encore ici plus petits, souvent meme beaucoup plus petits que les fernelles. Dans le groupe des lernees, les differences d'organisation et de faille sont portees encore beaucoup plus loin. Les males « ne ressemblent plus en rien » (1) i i » )) fait i) )> du genre telephore. » (Desmarest, loc. cit., p. 261.) On « l'a vue (la larve du cochleoetone) se transformer en insecte par* fait ; mais ses earaeteres (dans eet etat) sont exactement ceux d'une * larve. » (Audolin, loc. cit., p. liko et kUl\.) (1) M. M. Edwards, Histoire naturelle des crustaces* Paris, in*8 f / ■ m NOTIONS FONDAMENTA. r ,ES, LIV. 11, CHAP. VII. femelles, pi de fois pi qu eux, et sous 1'anus desquell quelquetbis singulierement accroches. Enfin, chez les entozoaires a sexes separes, le male presente souvent a l'extremite caudale tantot une cupule simple oil divis lui sont prop femelle (\ ppendices aliformes q , il est plus petit que : VII. Dans les deux dispa on rencontre quelquefo pies non plus seulement de deux, mais * plus ou moinsdistinets. Cesexemples si des parmi les oiseaux, dans un seul genre, les combattants divei pteres et hemipt Chez les combattants, les differences n'aff t. HI, 1840, p. 492. L'auteur cite, dans la seconde partie de ce volume, un grand nombre d'exemples tres remarquables de differences d'organisation et d'inegalites de taille. (1) Aussi est-il vraisemblable qu'on s'est trompe a 1'egard du Distoma hatmatobium, tres curieux entozoaire recemment trouve par M. Bilharz dans les veines du foie et du mesentere de l'homme. Le male, long de 8 millimetres environ, porteraitsa femelle, toute petite et d'une forme tres differente, dans une rainure longitudinale de l'abdomen. M. Moquin-Tandon (Lecons orales a la Faculte de me- decine) a pense que le petit individu loge dans la rainure de l'autre « comme une epee dans son fourreau » est, non la femelle, mais le male; et il y a tout lieu de penser que les observations ulterieures donneront raison a mon savant confrere et ami. \ :*-»vf«L»%ai-4 . o G*Bu*J <■'■ *>" ■ h 11 h. I A^t^ (X*. '■■ > k a S^b**Wb %**>* STASES. POLYMORPHISME CHEZ LES INSECTES. 485 que le plumage, et seulement pendant l'efe. Sans impor- tance, par consequent, en elles-memes, elles deviennent par Elles ralement, en nombre indefmi : non-seulement les indi vidus de pays different, mais ceux de la memelocalite e de la meme troupe ne se ressemblent pas. LaMenageri du Museum d Pi pris tous ensemble a l'embouchure de la Somme ; plusieurs sont de couleurs tres differentes , et il n'y en a pas deux que Ton puisse dire semblables. Parmi les insectes, les stases desbymenopteressociaux pi mais de tout le monde. Chez les s, qui sous notre climat sont seulem uepes, les ou estivales, se composent de trois sortes d'individus : de males, seulement reproducteurs; defemelles, repro- ■ ductrices et travailleuses ; et d'individus inutiles a la reproduction, mais travailleurs , d'ou leur double nom de neutres ou mulets. et d'ouvrieres. Les societes, estivales aussi, des bourdons ont une composition analogue, mais deja plus complexe. En meme temps que les differences des individus des deux sexes sont plus prononcees, les males et les femelles de la nre- miere generation annuelle sont plus petits que ceux de la seconde. L'espece a done ici cinq stases dont trois tres marquees. Chez les melliferes a societes permanentes, ou les abeilles, on trouve de meme, et tres frequemment, de plus petits males, et quelquefois aussi de plus petites ■ femelles, distingues par les agriculteurs sous les noms de %s*% €> * \ 1 * f : - . t 486 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VII. petits bourdons et de petiles reines (t). Mais ce qui est constant, c'cst Tcxistencc de quatrc sortes d'individus : la re we on la femelle mere; des males ou faux bourdons, tellement differents des autres abeilles, qu'on les a cms longtemps d'une especea part (2); et des milliers d'ou- vricres qui se distinguent, par leur conformation aussi bien que pur lours fonctions sociales, en cirieres et nour- rices, ou, plus generalement et plus exactement, en ouvrieres proprement dites et menageres, celles-ci plus petites, a abdomen beaucoup moins developpe (3). Chez les fourrnis, et surtout dans quelques genres voisins tels que les aites et les myrmices (k), les societes, (1) Ces petites reines, qui ont les caracteres exterieurs des neutres, mais pondenl des oeufs de males, ne doivent pas etre confondues avec ce que les agriculteurs appellent improprement des reines artifi- cielles, c'est-a-dire des reines provenant de larves destinees d'abord a devenir ouvrieres, mais qui ont ete nourries par les abeilles de bouillie royale dans des cellules agrandies. Ces reines artiftcielles, leur developpement acheve, ressemblent aux reines naturelles. Elles passent toutefois pour muettes. (2) Dans quelques pays on regarde encore les faux bourdons comme d'une espece ennemie des abeilles, et on leur fait la guerre a ce tit re. (3) CArieres et nourrices. (F. HuBEH, Nouvelles observations sur les abeilles. Geneve, in-8, 1814, t. I.) Huber semble avoir voulu resumer en deux mots ces vers si conn us des Georgiques : Pars tenaces Suspendunt ceras ; alice, spem gentis, adultos. Educunt foetus. s Mais ni les cirieres ni les nourrices ne se bornent h ces travaux. Aux premieres reviennent la recherche, le transport et la mise en ceuvre de tons lesmateriaux; aux secondes, les soins interioms du menage. (S) Yoyez Lund, Lellres sur les habitudes de quelques fourmis, STARES'. POLYMORPBISME CHEZ LES 1NSECTES. /|87 ore ici permanentes, se composen femelles, qui sont ailes , de neutres deux sortes tres distinctes : les i •1 / ord a la fois ouvriers et menagers; et d'autres, en pi * nombre, plus grands, plus robustes, a plu Mi defenseurs des demeures construites et entretenues p les autres : veritables soldats, pour employ temps en usage a regard des tern nom Chez ces nevropteres, les fourmis blanches des voya- geurs qui tous out compare les republiques des termites a celles des fourmis, on avait depuis longtemps distingue des males ou rois, comme les a nommes Smeathman (1), des femelles ou reines, des neutres, les ouvriers, a tete arrond F d'autres neutres, les soldat plus volumineuse, allongee, armee de forfes mandibules, et des demi-nymphes ; en tout, cinq sortes d'individus, en comprenant a la fois les phases et les stases(2). La distinction doit etre poussce beaucoup loin, d'apres les recherches de quelques auteurs recents , et surlout de M. Lesp heureusemei sur le lucifu dev tres commun dan d mal- de la dans les Ann. des sc. nat., 1831, t. XXIII, p. 113. —Toy, aussi La- CORDAIRE, IOC. tit., p, A98. (1) A l'exemple de quelques voyageurs en Afrique qui avaient vaguement parle des rots des fourmis. Le remarquable memoire de Smeathman, Sur les termes ou fourmis blanches (de Guinee), a ete longtemps le seul travail que Ton put con- suiter avec fruit sur les termites. Jl avait paru redige en franeais par Rigaijd (Paris, in-8, 1786). (2) Les neutres, qui sont des adultes, avaient ete pris ? tantot pour des larves, tantot pour des nymphes. wm . 1 ■ 488 NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. II CHAP. MI France (1). Dans les lermitieres de celte espece, on trouve. outre les larves et les nymphes, deux sortes de rots, deus de reines, deux d'ouvriers, deux de soldais. Parmi les rois el les reines (d'abord ailes, mais bientot prives de leurs ailes), les differences consistent surtout dans des developpemenfs inegaux de 1'abdomen et des organes reproducteurs (2). Parmi les neutres qui sont apteres chez le termite lucifuge (mais non chez tous ses congeneresj, on trouve souvent, fern el I des conforme a ce qu des neutres des hymenopteres (3). Mais, chez d'autre ouvriers et d'autres soldats, M. Lespes a trouve, et c'es sa plus curieuse decouverte, un appareil male rudimen taire : deux tres petits testicules, avec des canaux extre tfles et des traces de vesicules seminales. Voila done quatre etats, quatre stases principales, roi ne, ouvrier et soldat , qui, se dedoublant toutes quatre us donnent l'exemple d'une espece, non plus double // (1) Lespes, Recherches sur le termite lucifuge, dans les. Ann. des sc. nat., Zool., k e serie, 1856, t. V, p. 227. Pour les connaissances anlerieurement acquises sur les termites, cons, surtout KmBY et Spence, An Introduction to Entomology. Voy.' T edition, Londres, in-8, p. 285 et 306. (2) H y a aussi une legere difference de faille, qui, ici, comme chez Jes bourdons, est a 1'avantage des males et femelles de la fin de 1'ete Ceux du commencement de la belle saison (premiers jours de juin) sont appeles par M. Lespes petits rois et petites reines. II est a craindre que la similitude des noms ne fasse croire a une analogie qui n'existe pas entre les petites reines des termites, et celles des abeilles. (Voy. p. 486, note 1.) " (3) Mais ce qui pourrait bien n'etre pas vrai d'une maniere abso- lument generale, comme le fait remarquer M Lespes. rf STASES. POLYMOttPHISME CHEZ LES INSECTES. 489 comme chez la plupart des animaux sexues, triple comme dans les guepes, quadruple comme dans les fourmis, quintuple comme dans les bourdons, mais octuple. Parmi les hemipteres, on observe chez les pucerons des faits moins complexes, mais sont-ils moins remar- quables ? Ici plus de neutres, plus de travailleurs ; plus de cites on de republiques, mais de simples societes, dont la composition varie selon les saisons : il n'y a qu'une seule sorte d'individus adultes au printemps et en ete; il y en a trois en automne. Les premiers dont les generations se succedent pendant toute la belle saison (1), sont ces femelles ap teres, si bien etudieespar Leuwenhoeck, Reau* / mur, Degeer, Duvau, et surtout par Bonnet et Kyber. Les autres sont des males ailes, et des males et des femelles apteres ; celles-ci semblables a ce point de vue, et par l'ensemble de leur conformation, aux femelles qui * les avaient precedees, mais tres differentes au point de vue de la reproduction : ellessont ovipares apres fecondation ; les premieres etaient fecondes sans accouplement, et vivi- pares. Des differences importantes dans la conformation anatomique de l'appareil reproducteur correspondent a la diversite de ces modes fonctionnels. Les femelles printanieres et estivales, et les femelles automnales representent done bien , dans leur espece, deux stases distinctes, mais d'un ordre tres different de presque toutes celles qui viennent d'etre mentionnees. Ces stases sont alternantes, et non plus concomitantes. (1) Et indeflniment si les animaux sont soustraits a l'influence de la mauvaise saison, comme Ta montre Kyber par des expe- riences qui formentle digne complement de celles de Bonnet. (Voyez : :/•>.■ '. ■ 4> ft 90 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VII. I «- - »: . VIII. On pent c! e j a voir que ce qu'on a appele In generation altemante (1) nes 'observe pas settlement parmi les ani- maux inferieurs dont on l'a dit si souvent l'attribut exclu- p sif. Ce qui est propre a ceux-ci, ce n'est pas 1 'alternance en elle-meme, mais la difference considerable des slases * ..... . . qui alternent. Dans l'exemple qui precede, si remarquable qu'il soil, les semblances l'empor differences de beaucoup Quand des pucerons ovipares Erfahrung logie.&e Germar, 1" ann. (1815), 2 C cah., p. 1.) (1) D'apres Chamisso, comme on le verra plus bas, p. 493, note 2. (2) A plus forte raison en est-il ainsi chez les bourdons ou nous venous de voir de plus pelits individus en engendrer de plus grands qui, a leur tour, en engendrent de plus petits. 11 y a ici alternance de stases; les generations suecessives different; mais il n'y a pas alternance dans le mode de generation. Ce qui n'empeche pas, cepen- dant, que ce fait puisse etre, a un point de vue general, rapporle au meme ordre de phenomenes. C'est un premier degre, un premier mode d'alternance, infiniment moins remarquable que les autres; mais encore faut-il en tenir comple. Est-ce en raison des vues theoriques admises par plusieurs auteurs, et notamment en raison des vues de M. Steenstrup, sur les gene- rations nourricieres (ammende Generation en) ; ou est-ce simplement parce qu'on n'y a pas donne attention, que le fait relatif aux bour- dons a ete neglige jusqu'a ce jour par les auteurs qui ont traite de la generation alternante ? Pour les vues deM. Steenstrup, voy. Ueher den Generation we?h$el, Copenhague, in-8, 18/i2 (traduit en allemand, d'apres le manuscrit danois, par M. Lorenzen), "w -^ T . . : . . ; **».** . > . PP^ ^M ■ STASES ALTERNATES. pares qui en reproduiront d'ovipar h9\ . le mode different de re pi pucei la nilitude J sembl identite pecifique reste facile a ape Mais 1 e pen Des etres de fferer. d non-seulement parun ou quelques-uns de leurs organes, par la plup Si J epr d maniere generate des deux types par T, T\ T, T\ T,.... (1 1 rrf ence de T a T pourra recevoir presque 1 ws imaginables. A peine appreciable dans , elle deviendra aussi considerable dans d'ai diversites generiques, ordinales, ou meme c les Presqu( dans d nulle, en un mot, dans certains cas ; extreme utres, Ou trouver deux modes de vivre plus opposes que ceux de 1'animal unitaire et de 1'animal compose Ou rencontrer, dans un meme embrancbe- ment, deux classes plus differentes que celles des aca- lephes et des polypes? 11 n'en a pas moi T pent or d lib a un etre engage, comme par d UIH J ndiv ou se perd pli que T peut oil moins son acalepbc, quand T' rcpresente un polype. (1) Expression qui n'est generate que si T et V sont consideres comme pouvant representor plusieurs generations (par exemple, toutes les generations estivales des pucerons) aussi bien qu'une seule. L'alternanee pent avoir lieu une a une, une a plusieurs, ou meme * encore plusieurs a plusieurs generations. * '* ' ■'"■ * - ; I 492 NOTIONS FONDAMENTA.LES , LIV. II, CHAP. VII. La generation alternante se retrouve dans o ds gnes organiques Chez les vegetaux, elle n'est pas seulement commur double mode habitue], normal, de la reprod graine produite par i Quand semons fleur, le corps organise qui en pi fleur plantule qui, bientot, donne de o bourgeons, des rameaux ; premier mode de reproduction : puis, des rameaux ainsi formes, naissent des fleurs desti- nees a redonner des graines ; second mode, tres diffe- rent, de reproduction. II y a done generation alternante, ou mieux, tout a la fois, alternance de types, et alternance de modes de reproduction. Mais, iei, les phenomenes se suceedent avec une eontinuite qui en rend la distinction illeurs, dans ces communautes des arbres, ouest l'individu? On n fait, on ne le voit nulle part peu ssable: et d plus foi / generation bien autrement remar- quable chez un grand nombre d'animaux, et particuliere- ment chez ceux ou Chamissol'a, le premier, observee et fait connaitre par un memoire devenu celebre. II y a, disait Chamisso, il y a quarante ans (1), des especes, et tels sont les biphores, « qui se montrent sous une double » forme; ou le produit est, pendant tout le cours de sa de son parent, mais dont le produit est different » semblable a celui-ci. » « Chaque salpa ressemble, non a » sa mere, non a ses lilies, mais a son ai'eule, a ses pe- (1) De animalibus quibusdam e classe vermium linnceana, fasc. I, De salpa. Berlin, in-4, 1819, p. 2. i . '%*- ■ ■ .... ..... r N STASES ALTERNANTES. 493 ) » tites-filles et a ses soeurs : Matri ceque ac filiabus dispar , » avice, neptibus et sororibus par. » Sorte de metamor- phose, non de l'individu, mais del'espece, « quis'aceom- » plitendeux generations successives», et regulierement alternanles, d'animaux « solitaires » et d'animaux reunis, « enchaines ». J'ai vu, ajoutait l'auteur, le « cycle entier de » eette metamorphose » (1), de ces alternances de genera- tions (2), chez un biphore des mers des Canaries, la Sal pa pinnata. Mais celui qui decouvrait ces fails en 1815, avec le eoncours d'Eschscholz (dont on a trop oublie le nom dans 1'histoire de la generation alternante) ; celui qui les annon- cait en 1819 etait plus connu comme poete et romancier que comme voyageur et naturaliste ; et malgre la neltete de ses affirmations, malgre la precision des details dont il les appuyait, on crut longtemps queChamisso venait de faire un roman de plus. Sa decouverte resta comme non avenue, et Ton n'en continua pas moins a maintenir dans la science l'aphorisme linneen : « Simile semper parit sui simile (3). » AujourcFhui on sait que non-seulement Chamisso avait dit vrai, mais qu'il n'avait pas dit toute la verite. Grace (1) « Integrum cyclum, hiatu nullo. » (Loc. cit., p. 10.) (2) «Alternatio generationum. » {Ibid.) — « Speciei alternantes formal », dit aussi Chamisso, p. 2. On voit que Chamisso avait deja applique, aux phenomenes sur lesquels il a le premier appele l'attention, le nom meme sous lequel on les designe generalement dans la science, depuis la publication de l'important ouvrage deja cite de M. Steenstrup. (3) Voy. le Chapitre precedent, p. 376. -' ."*■.■'. i , "" t ■ .' i m NOTIONS FONDAMENTALES, LIV. 11, CHAP. Vll cehcrches recentes dc M Krohn et Huxley (1), y a, chez les biphores, alternance, non-scu- lement d'individus libres et d'animaux en communaute, mais aussi de modes de reproduction. De ces deux sortes d'animaux, les premiers sont neutres et se reproduisent par une sorte de bourgeonnement interne ; les seconds sont hermaphrodites et ovovivipares : ceux-ci par con- sequent, veritablement were* on plutot parents, les autres n'etant que des nourrices, selon l'expression introduite dans la science par M. Steenstrup (2). Les faits decouverts par Chamisso, si mei incroyables qu'ils aient paru d'abord, ne le sont pas plus que bien d'autres decouverts depuis. Chez plusieurs helminthes, il n'y a pas seulement metamorphose et suc- cession de phases, mais aussi alternance de generations et de stases (3). 11 en est de memo chez diverges annelides, par exemple, chez les syllis, si bien etudiees par M. de Qua- si - (1) Krohn, Observations sur la generation et le developpement des biphores, dans les Ann. des sc. nat., 3 e serie, Zool, 1846, t. II, p. 110. Huxley, Observations upon the Anatomy and Physiology ofSalpa, dans les Philosophical Transactions de Londres, 1851, part. II, p. 567. (2) hoc. ciL (3) On trouvera de bons resumes des principaux faits connus dans un Rapport de M. de Quatrefages a l'Academie des sciences {CompU rend., t. XXXVIII, p. 167 et suiv.), et dans l'article deja cite du meme auteur sur les metamorphoses et les generations alternantes. Voy. aussi Steenstrup, loc. cit., p. 50 et suiv. — M. de Filippi a donne aussi un resume bien fait, et avec figures, des principaux faits rclatifs a la generation alternante, et en general aux phases et aux stases. (Voy. Delle funzioni riproduttive degli animali, 2 e edit., in-1 2. Turin, 1856.) : r ** ,i :» ■ ■ j, - < a- - ■, , ■ v*4Mfc* i ,- - I ■ ...... Hv - STASES ALTERNANTES. h 95 trefages (i). Lorsque est venu le moment cle lour repro- duction, a la ibis alternante et fissipare, le corps se par- tage transversalement en deux portions qui se complement bien lot en produisant par hourgeonnement, l'une une tele, l'autre une queue. Ges nouveaux animaux, non autres non sexues, et sexues, en donnent, de memc, d ainsi a plusieurs reprises; puis vient une sexuec. Gelle-ci se reproduit par des oeufs, et le cycle generation recommence. Lesquels sont les plus dignes d'interet, ou de ces faits observes chez les anneles, ou de ceux que Ghamisso avait decouverts chez les mollusques ? On peut elre ici divise d'opinion; mais ce qui est hors de doute, c'est que les radiaires en offrent de plus remarquables encore. Des biphores neutres et libres, ou sexues et en commu- naute, sont toujours des biphores; des syllis, encore reuniesouscindces, neutres ou sexuees, sont toujours des syllis j mais il est, chez les radiaires, des especes dont les divers individus, a ne considerer que leur organisation et non leur filiation, devraient etre repartis dans deux classes differentes du regne animal. Le dimorphisme va presqueici a l'opposition des caracteres. G'est a MM. Sars et de Siebold qu'on a du surtout, de 1837 a 1839, la connaissance de ces exemples extremes de generation al- ternante, ou Ton voit des polypes produire par bourgeon- i ■ (1) Memoir e sur la generation alternante des syllis, dans les Ann. des sc.nat., ZooL, 4 C serie, 1854, t. 11, p. lli'S. M. Milne Edwards a fait des observations analogues et non moins eurieuses sur un autre annelide marin, du groupe des myrianes. (Voy. Obsero. sur les developp. des annelides, locis cit.) m r . Zj96 NOTIONS FONDAMENTALES, L1V. II, CHAP. VII. lent, tantot et le plus souvent, d'autres polypes, tanto individusmedusiformes; etceux-ci, une fois transfer en de veritables acalephes, redonner naissance pai oeufs a des polypes. II y a done ici alternance, dam une meme espece, d'individ libr et unitaires, et d'autres minis en cornmunautes ; les uns et les autres yant d'ailleurs des modes divers de reproduction et par-dessus lout, tres differents par leur org aussi differents qu'un polype hvdraire l'est d lepl pas permis de douter. Au fails s'introduisaient dans la science par leurs deco M. Sa Siebold des deja fait ses laitres de la pr ? M. de science : et a leurs par elles-memes d'une si grande quelques autres failes M bientot ssi a la meme epoque par s'ajouter un grand nombre de faits analogues, constates dans les memes especes et dans plusieurs autres par MM. de Nordmann, Kolliker, ■ Krohn, et surtout Steenstrup, Van Beneden et Dujar- ph linneen tombait done, cette fois pom fallait bien les zoolo- (1) Le beau memoire de M. Dujardin, Sur le developpement des meduses et des polypes hydraires (Ann. des sc. nat., ZooL, 3 e serie, 1845, t. IV, p. 257), renferme, avec deux nouvelles series d'obser- vations, un resume historique tres fldeledes travaux deja fails sur le meme sujet. Je ne puis mieux faire que d'y renvoyer le lecteur. Voyez aussi le meme memoire pour les rapprochements qui peuvent etre etablis entre ces faits et ceux qu'offre le developpement, d'une part, des vegetaux phanerogames, de l'autre, des champignons. fefe % /' "* ' PREMIER TERME I)E LA DEFINITION DE L ESPECE. 497 gistes se decidassent a toucher a « l'arche sainte » de leur science, a reprendre jusque dans son principe la notion del'espece. IX. Nous venons de faire connaitre, par leurs principaux exemples, ces phases et ces stases, soit simultanees, soit alternanles, qui ont donne lieu, de nos jours surtout, a des travaux d'un si haut interet. Nous aurons a revenir, a plusieurs reprises, stir ces faits dont les consequences s'etendent a presque tous les grands problemes de l'His- fut que parce qu sont, pom pplication immediate fondamentale, celle del'espece. C'est de celle-ci seule que nous nous occuperons en ce moment. Nous nous demandions, au commencement de ce Chapitre, si l'espece peut continuer a etre dile une suite d'individussem&/afe, a etre caraeterisee par la succession ou la filiation, et par la similitude ? Apres ce qui precede, est-il besoin d'insister sur la necessite de rectifier cette definition ? Des deux elements qu'on y avait associes, le 4 + premier reste, pour l'espece, un caractere dont on a seulement a regler, a limiter l'application ; mais comment continuer a admeltre le second ? Dans quelle espece ne voyons-nous que des individus tous semblables les uns aux autres (1) ? ou meme « se ressemblant plus entre eux (1) Dumeril, Ach. Richard, Stralss, et plusieurs autres auteurs. Voy. p. A23 et m. ii. 32 ! m -t i ^4 111 i i 498 NOTIONS FONDAMENTALES, WV. II CHAP. VII. Ou est-il vrai d » qu'ils ric ressemblent a d'autres » (1 dire que les fils ressemblent ettrtem^. „ tTO „ w « Jofofe, ^n^- W/ma» (2) ? que chaque indjvid| « represente ainsi a lui seul toute son espece, totius spe '■ffigies » (3) ? que 1 'espece n'est que individ >> repete et continue dans le temps et dans l'espace* (W Expressions abstraites, dira-t-on, d'une des grandes lois de la nature, et qu'il faut entendre en un sens genera! et philosophise, et non prendre a la lettre : mais que sont des formules qui laissent en dehors d'elles d 'innombrables tots? qui passenl, comme si elles n'existaient pas, sur ph differences d'age, de sexe, d A 1'ancienne de faits, a l'aide /. / etre coneiliee avec une grande partie d'une interpretation, d'un sous-entend nul doute, dans la pensee des auteurs. La similitude qu"ils ont admise est seulement celle des adulles, des individus par faits; la similitude des formes definitives; les formes transitoires etant supposees comprises dans celles-ci. Non plus, sans doute, pour les naturalistes de nos iours comme, autrefois, pour les des germes j non plus mate partisans d (1) De Candolle, Theorie elemental™ de la botanique, Voy. p. 424. (2) Linne, Sy sterna natures, V edit., 1735. 1813. C'est dans le memo passage que Linne dit aussi : « Simite semper parit sui simile, n voy. p. 0/6. (3) A. L. de JUSSIEU, Genera plantar un* 1789. (U) Blaikville, Lemons orales. Voy. p. u K 2'o. Voy. p. 3u7, imm m i -. t>.m V|ry.*% , . ^ K -• i r - * " r flT7 '. >'* :' • 1 1 i PREMIER TERME DE LA DEFINITION DE L-ESPECE. l\ 99 virtuellement. Qui voudrait soutenir aiijoiird'hui que l'embryule n'est qu'un plus petit embryon, l'embryon un plus petit foetus? que la larve est deja la nymphe, et la nymphe le papillon ? Personne sans doute, a prendre ees mots dans leur sens propre et litteral. Mais donnee au defaut de cette vieille erreur en fin aban s vraies de l'identite de dans toutes ses phases, et du type vers lequel il tend, a partir du premier moment de son existence (1). Si bien que nous pouvons concevoir ee type comme deja virtuellement existant, alors meme qu'il reste encore sans aucune realite. G'est en ce sens qu'on a pu et qu'on pourrait dire encore dans notre siecle, non-seulement que l'embryule est le commencement de 1'etre, que la chenille prepare le papillon, mais qu'ils sont deja cequ'ils doivent etre : sunt quod futuri sunt, selon le mot celebre de saint Augustin . La meme interpretation, a la rigueur, pourrait etre etendue des phases a la plupart des stases. Que sont les abeilles ouvrieres et menageres, que sont les fourmis, les termites ouvriers et soldats, sinon des individus imparfaitement sexues ? Meme type, par consequent. Seulement le type est ici incompletement realise. Les caracteres du neutre sont done, en quelque sorte, compris dans ceux del'individu sexue, comme les caracteres du jcune dans ceux de I'adulte. (1) Voyez le Liv. I, Chap, IV, Sect, vi (sur ridentite), et vn (stir le type); t. II, p# 83et87. ' 500 NOTIONS FONDAMENTALKS, L1V. II, CHAP. VII. ? y a plus. Dans quels rapports sont les deux sexes cux-memes? Ne sont-ils pas tres souvent Tun a l'aut pour la plupart de leurs caracteres, ce cm'un individu de developp dividu compl milee, prolon ppe ? Si bien qu'une stase sexuelle peu beaucoup phase indefini ase qui peut meme avoir son terme. J'ai vli (!) et d'autres naturalistes ont vu chez les oiseaux, et quelquefois dans d'autres classes, les femelles subir, dans un sW. nlns nn par moins avance. les memes ch lutre sexc revet, dans la ieui de Padulte; et il arrive meme. f; femelles pi habitudes leurs instincts sexuels. Mais expliquer des dissemblances, n'est pas les fa disp peut encore raltacher une unite reelle resultats posi opres peut Ces considerations, et toutes celles qu'on faits, tendent bien plutot a s a une unite theorique qu'a : vues de 1 'esprit, et non nation ; par la meme, tres une formule philosophi(iue, et de fait de 1'obser base a une veritable Et ? dut-on considerer toutes les (1) Sur des femelles d'oiseaux, spe'cialement de faisans, a plumage de males, dans mes Essais de zool. gener., p.Zi93; reproduction, avec additions, et avec figures, d'un travail publie d'abord dans les Memoires du Museum d'Histoire naturelle, 1825, t. XII, p. 220. J'ai observe en 1851 un fait analogue sur une cane de la Caroline, agee de deux ans seulement. 'IIJl v.wv-i -.< » '■ - -.- . I . . .» - r_ PREMIER TERME DE LA DEFINITION DE L'ESPECE. 501 phases, toutes les stases simultanees d'une espeee comme virtuellement comprises dans une derniere phase, dans une stase principale et typique, la difficulte ne serait que reculee : elle se representerait a l'egard des stases alter- nantes, et non pas seulement plus grave, mais absolu- ment insoluble. Decidement, ici, l'espece se presente sous deux formes distinctes, irreductibles, etla necessite de reviser la definition devient manifesto. / - X. Mais comment devra se faire cette revision, demand deja, comme conclusion des travaux recents surla gen ration alternante, et commencee meme par MM. Steei strup, Dujardin, Krohn, Vogt et de Quatrcfases (\ Dev dans les » vant l'idee toute morphologiqae d'idenlite » caracteres » pour nous en tenir a « l'idee toute biologique » de succession des etres » ? Ou l'element morphologique que tous les auteurs, moins Illiger et M. Flourens, avaient admis dans la definition de l'espece, ne pourrait-il y elre maintenu sous une autre forme ? Si de ces deux caracteres, la similitude et la filiation, nous retranchons purement et simplement le premier, si l'espece est definie « la succession des individus qui se (l) Steenstrup, Dujardin, Krohn, lociscit.— Vogt, Lehrbuchder Geologie und Petrefactenkunde. Braunschweig, in-8, 1854, t. II, p. 382 a 386. — QUATREFAGES, Souven. d'un rial., 1854, t. I, p. 25^. I i l ? 502 NOTION FONDAMENTALES, LIV. II, CHAP. VII. » reproduisent et se perpetuent » (1 ), nous avons, comme Va dit justement M. Flourens, une «defmition par le fait», et par un seul fait ; tres nette par consequent, et surtout tres simple. Mais l'unique fait sur lequel elle repose, est-il bien le seul essenliel a la vraie notion de l'espece? De ce qu'il n'y a pas similitude entre tous les individus de meme espece, resulte-t-il que nous ne puissions saisir entre eux aucune relation morphologique? Et de ce que chacun ne represente pas a lui seul toute l'espece, suit-il qu'elle ne puisse avoir nulle part sa representation? Ses caracteres, qu'ils sc partagent entre un ou plusieurs individus, an lieu d'etre reunis chez un seul, en forment-ils moins un en- semble de traits organiques, transmis de generation en generation ? Et si la communaute de sang est le premier element de 1' unite de l'espece, n'en est-ce pas la un se- cond dont l'importance ne saurait etre meconnue? Difficile peut-etre a determiner dans beaucoup de cas ; mais la i science n'est-elle institute que pour resoudre lesproblemes simples \ Retranchons done de la definition, il le faut sous peine de la rendre erronee, cette similitude de tous les individus, o (1) Flourens, Analyse raisonnee des travaux de G. Cuvier. Paris, in-12, 18H, p. 263. M. Flourens, qui n'a pas discute la question de l'espece au point de vue de l'alternance des stases, rejette de la definition la similitude, parce que ce caractere, selon lui, comme selon Buffon (qui l'a nean- moins conserve, voy. 393), est tire d'une « idee accessoire». Est-ce au meme point de vue que s'etait place Illiger, en proposant en 1800 sa definition citee plus haul (p. 398) ? L'auteur ne s'explique pas a cet egard. . 1,1 -. i ••« « • • ■■;- ..-■... ■ - * j . - . a , : \ i PREMIER TERME DE LA DEFINITION DE l'eSPECE. 503 - si longtemps admise par les auteurs; mais en lui substi- tuant une relation d'un ordre plus general; en placant, a cote de la filiation, un second earactere : la transmission d'un ensemble de traits distinctifs, plus ou moins regu- lierement perpetue de generation en generation. Cet ensemble de traits qui distingue une espece entre toutes n'est autre que ce qu'on appelle generalement le type specifique. Mais l'ancienne definition g type realise tout entier dans chaque individ par chaque ascendant a chaque descendant. pposait pi alheureu Concept • * pie, puisque les caracteres dont Pensemble que typ quatre indivi- dus, et davantage encore ; parfois entre des individ V^ differ hors de toute contestation par les faits pi Tel est le resultat qui a ete mis lui, il faut bien accepter quence, si contraire qu'elle soit aux vues qui ont re•> que le cavalier charrua s'enleve sur son cheval : ce pouce » pese seul sur cet anneau, qui revient pour 1' usage a tin » e trier. » Apres ces exemples quiauraient duetre cites dans notre tra- vail, en voici d'autres nouvellement recueillis en Afrique par M. Georges Pouchet : (( Nous avons vu f dit-il, dans un ouvrage recent (1), les » Nubiens Barabras monter a la grand e vergue des dahabiehs » du Nil, en saisissant au-dessous d'elle, avec le gros orteil, la » corde qui soutient la voile... Un Barabra, un negre a cheval » prend de preference la, courroie de l'etrier entre les pouces » et les autres doigts : ainsi monte toute la cavalerie abyssi- » nienne. » 11 est interessant de voir se multiplier ainsi les exemples d'une disposition a laquelle on n'avait donne pendant long- temps aucune attention. Meme Chapitre , Section XIX. — Resume general (T. II, p. 260.) Depuis la publication de la premiere partie de ce volume, les vues qu'on trouve resumees a la fin du Chapitre VII ont ete de nouveau exposees et developpees dans une serie de legons faites a la Faculte des sciences sur les regnes organ iques, et en particulier sur Thomme. Ces legons, outre quelques analyses partielles dans diverses feuilles publiques, ont ete resumees par un de mes auditeurs, M. Delvaille, dans une publication speciale ou Ton pourra trouver quelques considerations et develop- pements nouveaux (2). (1) De la pluralUe des races humaines . Paris, in-8, 1858. Voyezp. 58. (2) Etudes anthropolog iques (extraites de la Revue des cours publics) Paris, in-8, 1856. ■ i • 1 " ■ i . . ■..'.■■ ■■ # v\/\^\y\/ \a/vvvvvv \j\yvj'\/\j\s\s\s\s vvvv\/ V\y\r-wvwv \ TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS LE DEUXIEME VOLUME If SECONDE PARTIE. NOTIONS EIOEOCIOCES FONDAMENTAEES, Introduction i LIVRE PREMIER. DES REGNES ORGANIQUES CHAPITRE I. — Notions historiques sur les regnes de la nature, El - PR1NCIPALEMENT SUR LES TROIS REGNES DES ALCH1MISTES I. Etat de la question * II. Division des corps naturels, selou Aristote, et selon les auteurs 3 3 peripat^ticiens de la renaissance scientifique 5 111. Doctrine des alcbimistes. Division ternaire de la nature. 9 IV. Origine du mot regno. Les trois regnes des alcbimistes 14 V. Les trois regnes de Kcenig, de Linn6 et des autres naturalistes des xvn e et xvm e stecles • 22 CHAPITRE II. VUES DES AUTEURS MODERNES SUR LES REGNES DE LA NATURE 27 I. Nouveaux regnes proposes depuis Linn£ 27 , 29 II. Regnes proposes parmi les corps bruts. Regne ethe're > III. Regnes proposes parmi les corps organises. Regne des zoophytes ou psychodiaire 33 IV. Regne humain . 37 V. Regnes organique et inorganique « VI. Empire organique et empire inorganique 45 48 y I 518 TABLE DES MATIERES. CHAPITRE III. ~ Des regnes organiques , de ^organisation et de LA VIE •••• 5o I. Empires et regnes de la nature. Questions k resoudre 53 II. Premieres notions sur l'organisation et la vie $$ III. L'organisation sans la vie. Destruction graduelle de l'organi- sation par la mort S9 IV. Suspension de la vie chez divers fores organises 61 V. Aptitude vitale 6 „ CHAPITRE IV. — Etude generale de la vie (37 I. Notions generates preliminaires. De la definition de la vie. . . 67 H. Premier caractere general de la vie : Activity propre 70 III. Conservation de l'etrc organise au milieu de circonstances exte- rieures tendant a le dctruire, Definitions de la vie par la resis- tance a la mort et par la resistance aux lois de la nature. Generalise de ces lois 72 IV. Changement continuel de la composition intime. II n'y a point de matiere organique propre. Les corps simples les plus abondants dans les composes organiques sont aussi les plus r^pandus dans la nature inorganique 75 V. Modifications successives de I'ctat general. Cours de la vie. . . 80 VI. Identity organique. Individualite 33 VII. Type organique 87 VIII. Ddclin. Mort. Reproduction. La vie de I'espece est une vie sans declin q IX. Resume. Principals definitions de la vie 93 CHAPITRE V. — Des caracteres qui distinguent essentiellement les ANIMAITX DES VEGETAUX, ET PARTICULIEREMENT DE LA SENSIBILITE... 103 I. Caracteres essentiels du regne animal , selon les anciens et selon les modernes. Sensibilite. Motility j03 II. La sensibilite est, theoriquement, le caractere par excellence de l'animalite; la motilite en est le critcnum 108 III. Des sensations des animaux. Comment nous pouvons en j«ger f| J CHAPITRE VI. — Des caracteres qui distinguent essentiellement LES ANIMAUX DES VEGETAUX , ET I'ARTICULIEREMENT DE LA MOTILITE OU FACULTE locomotive ..- 11/ * ■ •; ■ v».< ,••* ■-.« . ! .', •• • '-- ' ' .. ■ ■ ;i TABLE DES MATIERES. ■ I. Mouvements des animaux. Mouvements mecaniques. Mouve- ments organiques ou automatiques . Mouvements autono- miques. II. Mouvements autonomiques des animaux. Mouvements encore facilement comparables aux nitres. Mouvements lents, rares, difficiles h suivre , mais par lesquels l'animal se deplace 519 117 encore en totalite III. Mouvements des animaux fixes. Locomotion seulement parlielle. IV. Les derniers animaux, et les spongiaires eux-m^mes, ne sont 120 125 pas entierement prives de la faculte locomotive 129 V. Mouvements des plantes. Exemples de mouvements partiels, et m6me de mouvements g^neraux, dans le rfegne vegetal. . Vallisn^rie, dion^e attrape-mouche, sensitive, desmodium oscillant, algues 135 VI. Discussion de ces exemples. Mouvements partiels continus , habituels, periodiques, accidentels 142 VII. Mouvements gdneraux. Corpuscules reproducteurs mobiles des algues. Prdtendu r&gne des psychodiaires, caract£ris6 par Talternance de la vie animale et de la vie veg^tale 151 VIII. Conclusion. L'autonomie, par consequent la sensibility, carac- terisent ranimalite. Les vegetaux et les animaux forment, dans l'empire organique, deux r&gnes distincts 159 \ CHAPITRE VII. DES CARACTfeRES QUI DISTINGUENT L'hOMME DES ANIMAUX, ET DU REGNE HUMAIN 167 I. Introduction. L^tude de Thomme moral et intellectuel est inseparable de l'etude de 1'homme physique 167 II. Vues 6mises par les auteurs sur les rapports naturels de Thomme avec les animaux. Regne humain. Classe de Thomme. Ordre des inermes ou bimanes 170 III. Suite. Sous-ordre humain. Famille humaine 177 181 IV. Suite. Sous-famille et genre humain V. Resume 185 VI. Caracteres distinct! fs par lesquels Thomme se separe nette- ment des animaux * 89 VII. Attitude verticale VIII. L'homme est bimane et bipede 191 197 IX. Dents 208 i \ ■i : 520 TABLE DES MATIERES. X. Systeme pileux XI. Caracas encore distinctifs, par lesquels l'homme se rap- proche des auimaux. Encephale XII. Conformation gendrale de la tete. Angle facial XIII. Front. Menton. Situation du grand trou occipital .Os'i mter- maxillaire XIV. Caracteres communs a l'homme et a un petit nombre de quadrumanes. Nez. Ongles. Os du carpe. Cacum. Forme de la poitrine, du sternum, des os scapulaires et iliaq Coccyx ues. XV. Caracteres communs a l'homme et a un grand nombre de quadrumanes. Systeme dentaire. Forme et disposition des narines, des oreilles, des yeux. Cloison orbito-temporale..- XVI. Suite. Caracteres tires de l'ence"phale 211 218 225 231 236 XVII. R&unys et conclusions. Similitude de l'organisation de Thomme et de celle des premiers quadrumanes. L'homme, a ce point de vue, constituent une famille dans l'ordre 245 247 des primates XVIII. Par l'ensemble de ses caracteres, il constitue a lui seul des grandes divisions de la nature Regne humain. . . 250 une XIX. Resume general 254 260 ■^ LIVRE DEUXIEME. De l'espece chez les etres organises $ CHAPITRE I. Notions generales sua la filiation des etres ORGANISES, ET SUR LA QUESTION DE L'ESPECE I. Succession des individus et permanence des types. Existence 267 individuelle et existence collective II. Connaissance du type par l'individu ; de l'existence collective 267 par l'ehide de l'existence individuelle III. Caracteres de la notion de l'espece IV. Bases sur lesquelles cette notion doit etre logiquVment fonde'e! 269 271 Point de depart et point d'arrivce. Direction ordinal suivie, et direction qui doit l'etre. rement 27 CHAPITRE II. - Notions sdr les collections d'individus que la TURE rniiSENTE IMMEDIATEMENT A L'OBSERVATION , LA COMPAGN1E FAMILLE, LA SOCIETE, L'aGREGAT ET LA COMMDNAUTli NA- OU 281 . TABLE DES MATJERES 521 I. Petits ensembles dans Pensemble de la nature* . . 281 II. Definition 282 III. La compagnie ou famille. Elle est, dans les especes oil elle existe , I'unitd fondamentale 286 IV. La societe. Elle peut exister avec ou sans la compagnie 288 V. Vagregat. La communaute. Degres divers de ('union et de la communaute. Individuality collective 294 VI. Necessity de tenir compte en taxouomie de ces diverses col- lections d'individus 299 CHAPITRE III. Premieres notions sur les varietes 301 I. Ilemarques preliminaires 301 II. Notion generale du type 303 III. Notion generale de la variety. Diversite des definitions propo- sees par les auteurs 306 IV. Definition donnant au mot variele une signification tres etendue 308 V. Autres definitions lui donnant un sens plus ou moins res- treint. Sous-varietes, variations, varietes proprement dites, races et sous -especes. 311 VI. Premiere distinction de la nuance, de la variete, de la race, de la monstruosite 318 VII. Nuances et varies 322 •at VIII. Varices et monstruosites 326 CHAPITRE IV. Notions sur les rages 333 I. Sens divers du mot race. Definitions 333 II. Races secondaires ou denvees 339 III. Rameaux, branches et sous-races des auteurs 341 IV. Application de la definition k ces groupes 344 ■ * CHAPITRE V. — Sens divers, angiens et modernes, du mot Espece, i ET DE ses synonymes 349 * I. Objet de ce chapitre 349 II. Sens des mots rs'vo;, ElSo;, Genus chez les anciens. Aristote Pline 351 111. Sens des mots Genus, Species, Genre, Espece, Sorte, chez les auteurs de la renaissance scientifique et du xvn e siecle. Clusius. Colonna. Ray. Koenig. Tournefort. . k 355 IV. Fixation de la nomenclature dans le xvm e siecle. Linne. ... 360 ^ **** 1 - ^22 TABLE DES MATIEKES. CHAPITRE VI.— Definitions diverses de l'espece organique, et resume DES VUES EMISES SUR LES RAPPORTS DES ETRES AGTUELS AVEG CEUX DES TEMPS ANTERIEURS t**ig obi) I. Multiplicity et varied des definitions de Pespece, et des sys- temes d'id£es qu'elles rfeument 355 II. Ni Aristote ni Albert le Grand n'ont d&ini Pespece. Vues de Jean Ray. Definition de Tournefort. , , . 355 III. Systeme de la fixite de Pespece. Vues generates de Linne. . . 373 IV. Hypothese de Linne sur la formation de nouvelles especes, par fecondation hy bride 379 V. Systeme de la variability du type. Vues generates de Buffon. * Sa premiere opinion ; son opinion definitive 383 VI. Suite des vues de Buffon. Definitions de Pespece basees sur la continuity indefinie par voie de generation. Opinions succes- sives sur les resultats des croisements hybrides 391 VII. Definition d'A.-L. de Jussieu, de Daubenton , de Blumen- bach, de Cuvier et d'llliger 395 V11I. Vues generates de Cuvier sur Pespece. Sa premiere opinion; son opinion definitive. Sa definition de Pespece 399 IX. Vues generates de Lamarck. Influence pretendue des habi- tudes. Definition de Pespece consideree comme n'ayant qu'une existence relative et temporaire 404 X. Vues generates de Geoffroy Saint-Hilaire. Elles concordent mieux avec celles de Buffon qu'aveccelles de Lamarck. Hy- pothese de la filiation des especes actuelles et des esp&ces dites perdues ^ 12 XI. Vues des auteurs actuels et definitions recemment proposees, au point de vue de la fixite, par Blainville, de Candolle, A. de Jussieu, A. Richard* MM. Bronn, Dumeril, Flourens, Morton, Straus, Vogt 421 XII. Definition de MM. Ghevreul et Godron 426 XIII. Doctrine admise dans cet ouvrage. Sommaire de la theorie de la variabilite limiteei , 429 XIV r . Complexite inevitable de la definition de Pespece 438 Note bibliographique complementaire 441 CHAPITRE VII. —Notions sur les diversites suggessives des individus ET SUR LES FORMES PERMANENTES DiVERSES DES ESPECES, ET DISCUSSION DE LA PREMIERE PARTIE DE LA DEFINITION DE L'ESPECE 447 .1 J TABLE DES MATTER ES. 523 I. Diversity successives ou phases. Diversites permanentes onstases. Polymorphisme biologique. 447 II. Vues admises dans le xvm e siecle. Systemes qui reduisaient les phases a de simples apparences. Pr^exislence des germes. Preformation 451 ill. Phases. Metamorphoses et mues 457 IV. Existence tr6s generate des metamorphoses chez les &tres or- ganises, et particulierement chez les animaux 459 V. Analogie des metamorphoses exterieures et des metamorphoses embryonnaires 469 VI. Stases. Dualisme sexuel : mammiferes, oiseaux, insectes, crustacfo, vers. Dimorphisme 473 VII. Stases multiples: oiseaux, insectes. Polymorphisme 484 VIII. Stases alternantes : generation allernante ; tuniciers; vers, acalephes et polypes 490 IX. Consequences relatives a la notion de Tespece 497 X, Determination du premier terme de la definition 501 Rect IFICATIONS ET ADDITIONS AUX DEUX PREMIERS VOLUMES DE L'HlSTOIRE NATURELLE GENERALE DES REGNES ORGAN1QUES. 507 * ERRATA. 152 290 299 343 372 409 25 Leurs systemes Davisson. . Lcur systemc Davissoxe. xviip Ici meme D'autres. ■ Le second en est. . . Taxinomie Dans ce volume meme Taxinomique Etant Trenle Generations. . . . Plantanimal (apres chaotiqae) xvir. » Des auteurs. En est le second. Taxonomie. Bientot. Taxonomique. » Quarantc. Degenerations i * - . * i 4 ^)C^/D BULLETIN MENSUEL DE LA SOCIETE IDZPERIALE Z00L0G1QUE 7 ACCLLMATATION Fondec Ic lO Fevrier 1854. COMMISSION DE PUBLICATION MM." I*. UEOFFROY S M VV-IIIIHItL (de l'institut), presided i>e w / St CTB. VICE-PRESIDENTS. llitOM\ DE LHUYS, A. PASSY (de l'institut), RICHARD (da Canfal), lie comte d'EPREJJIESXIL, secretaire gen&ral. Augttste DC U I £R I L , secretaire des seances. E. DUPIN, secretaire pour l'interieur. GIJERIlV-MiWEVILLE, secretaire du conseil. Lc comte de SHWETY, secretaire pour i,'etranger, COS§ON, archiviste. J. CLOQUET (de l'institut), Frederic J ACQUEMART , MOQUIN-TANDON (de l'institut), BE QUATREEAGES (de l'institut), Lc baron SEGUIER (de l'institut), Le martinis DE SELVE, Jacques VALSERRES, MEMBRES Dtf GONSSlLr J Le Bulletin est envoye sans retribution a l(ms les membres de la Societe a partir du commencement de l'annee ou ils sont regus. Les personnes qui ne font pas partie de la Societe peuvent s'abmner PRIX POUR UNE ANNEE : Paris. ISfr. Departements et etranger 14 Prix de chacune des annees deja publiees pj f r Pour les Membres. . . , 9 * Paris. - Imprimerie (ie L. Martiket, rue Mignon, 2 I